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interviewBFMTV· 12 mai 2023 52 min

Le discours en intégralité d'Emmanuel Macron à Dunkerque sur la réindustrialisation de la France

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Locuteur

Merci beaucoup pour votre accueillie.

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Emmanuel Macron

Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Messieurs les maires, Monsieur le Président du Conseil régional, Monsieur le Président du Conseil départemental, Mesdames et Messieurs, je suis très content d'être parmi vous aujourd'hui et d'être en particulier ici à Dunkerque. Quelques 48 heures, trois jours avant le Choose France, qu'on va accueillir à Versailles pour la 6e édition, et c'est vrai qu'on vient beaucoup dans la région pour les Choose France et en particulier à Dunkerque, et les collègues d'AstraZeneca s'en souviennent quand on avait eu des bonnes annonces.

Alors d'abord, je suis heureux d'être dans votre usine et je veux saluer l'ensemble des collaboratrices et collaborateurs d'aluminium Dunkerque qui sont là parce que les mois passés ont été difficiles et le choc qu'on a subi, en particulier lié au prix de l'énergie, a quand même mis en péril à un moment donné la production. Vous avez tenu, la France a fait le choix d'aider et on l'assume totalement. Et c'est vrai que quand on entend parfois de manière abstraite qu'on aide les entreprises, c'est pour préserver l'outil de travail dans les moments difficiles, ce qu'on a fait.

Et donc il y a eu une aide d'urgence du gouvernement, et je le remercie, pour le redémarrage et vous êtes quasiment repartis à la normale. Et puis il se trouve qu'on est dans un site dont on parlait aussi il y a quelques mois ensemble à l'Elysée et qui est emblématique de la stratégie que j'ai essayé d'expliquer hier et que je présentais aux Français, cette accélération de la réindustrialisation et de la réindustrialisation verte, parce que vous êtes dans un site qui consomme beaucoup, qui émet du CO2 et qui s'est engagé sur une démarche de décarbonation et donc qui est au coeur de ce projet des 50 grands sites industriels français qu'on va décarboner.

C'est plusieurs milliards d'investissements et vous êtes engagés dans de l'innovation, dans du changement de pratique, et je vous en remercie, c'est très important. Ce qui montre qu'au fond, quand on résiste, quand on croit dans l'avenir et qu'on innove, il n'y a aucune fatalité. On peut réindustrialiser dans le pays et on peut le faire de manière décarbonée, respectueuse de la biodiversité et en créant des bons emplois. Et c'est exactement la stratégie qu'on cherche à apporter. Alors cet écosystème de Dunkerque qui est emblématique de cela, et je salue toutes celles et ceux qui sont là, les ASCO et les ArcelorMittal qui sont présents, AstraZeneca qui est là.

Et donc il y a tout un écosystème industriel qui a su résister en temps de crise, et vous êtes d'ailleurs vous aussi engagés sur la décarbonation, dans la même logique. Il y a un écosystème qui est lié aussi aux grands ports maritimes, et je veux vraiment saluer l'ensemble de ces équipes, directeurs, mais l'ensemble aussi des docteurs, des salariés, parce qu'il y a à la fois une infrastructure exemplaire sur laquelle on investit, qui va embaucher dans les prochaines années, et qui est porteuse d'un dialogue social exemplaire et extrêmement pacifié.

Et je remercie les représentants syndicaux présents pour la qualité du dialogue social, qui fait aussi que la place de Dunkerque est restée extraordinairement attractive et est au fond un hub, si je puis dire, d'attractivité. Le choix qu'on a fait d'investir dans l'énergie décarbonée, les EPR, les deux EPR à Gravelines, ce qui va renforcer encore cette attraction, et puis au fond, toute cette stratégie électrique qu'on a déployée ces dernières années en France, dont les Hauts-de-France, notre cher Nord-Pas-de-Calais, pour les anciens comme moi, est emblématique.

Et au fond, on l'a ici, des Toyota, des Renault, des Stellantis, Luciano, des Renault, d'accord, mais je le prends entre plusieurs fidélités, qui se sont mis sur l'électrique, de ce qu'on a réussi à développer ensemble avec Envision Adway, Vercors, que je salue aussi à Dunkerque, ACC pour nos amis du Pas-de-Calais, et donc il y a toute une vallée des batteries et une stratégie du véhicule électrique, et au fond, de l'électrification de nos pratiques qui va avec la décarbonation.

Et au fond, Dunkerque, et plus largement, ce qu'on fait à Dunkerque, à Douai, jusqu'à d'autres sites du Pas-de-Calais, c'est exactement cette stratégie qu'on décline sur d'autres bassins d'emploi, et je pourrais vous citer l'Occitanie ou la région lyonnaise ou autre, qui est, on remet le turbo, on réindustrialise, mais on ne fait pas de l'industrie d'hier, pas de nostalgie, on fait une industrie qui est de très grande qualité, qui a été très décarbonée, ce qui suppose d'investir plus et d'avoir cette relation de confiance publique-privée.

Le résultat de cette politique pour Dunkerque, il est simple et quelques chiffres en parlent, Patrice va être content, c'est le fruit de cette mobilisation collective et c'est l'ensemble du collectif, ce sont les femmes et les hommes que vous êtes, ce sont l'ensemble des métiers, des forces vives, des forces économiques du bassin d'emploi et de la région, ce sont vos élus, la communauté urbaine, les maires, vos parlementaires, le département, je salue le président qui est là aussi avec nous et c'est la région qui investit beaucoup, mais cette équipe alliée avec l'Etat, c'est des résultats très simples. À Dunkerque, entre 2000 et 2020, on avait détruit 6 000 emplois industriels.

On a d'ores et déjà signé, sur la période 2022-2030, la création de 16 000 emplois industriels. Donc ce n'est pas simplement qu'on répare la désindustrialisation subie, c'est que d'ici à la fin de la décennie, on aura plus industrialisé le bassin d'emploi que ce qu'il y avait au fond avant le décrochage des années 2000. Et c'est emblématique de ce qu'on est en train de faire à l'échelle du pays. Je citais hier un chiffre très simple. On a désindustrialisé massivement depuis le milieu des années 70. Ca s'est accéléré après la crise financière. En France, on a vu 600 usines disparaître entre 2008 et 2016. Depuis 2017, on en a recréé 300 net.

A la fin de 2027, on aura effacé la destruction liée à la crise financière et après. Donc on repart à marche forcée avec une stratégie. Et cette stratégie, elle est simple. C'est la compétitivité, l'innovation, les territoires et l'Europe. La compétitivité, c'est au fond toutes les réformes qui ne sont pas très populaires, mais il faut les faire. Et je le dis, c'est pour ça que je les défends. Moi, je tiens le même langage un peu partout. Mais au fond, pourquoi on n'arrivait pas à industrialiser ? Parce que, je dirais, on déplorait des conséquences dont on chérissait les causes. Et on disait, on veut réindustrialiser, mais on ne voulait jamais faire les réformes qui vont avec.

Or, on avait un des droits du travail les plus incertains et les plus compliqués d'Europe. On a fait les changements sur le droit du travail en 2017 avec nos fameuses ordonnances travail. C'est plus simple, ça marche, on crée plus d'emplois. Le travail était trop cher. On a baissé les cotisations. On a aussi baissé les impôts des salariés. On a supprimé la taxe d'habitation, l'IR, etc. 4 milliards. Et puis, on a baissé le coût du capital. On a baissé l'impôt sur les sociétés. Puis, on a fait cette fameuse flat tax. On m'a dit, vous faites des cadeaux aux riches. Non, on a fait des cadeaux aux investisseurs puisque les gens qui investissent payent beaucoup moins d'impôts.

À bilan des courses, ils investissent beaucoup plus. Et le résultat est clair. Ca fait 4 ans que la France est le pays le plus attractif d'Europe. Et puis, on a investi sur les compétences, un plan d'investissement des compétences avec les régions de manière inédite, la réforme de l'apprentissage. On est passé de 250 000 apprentis par an à plus de 800 000. Et on va arriver à 1 million. Et donc, voilà, on a fait un ensemble, si vous voulez, de réformes pour être plus compétitifs. Et d'ailleurs, notre réforme des retraites, qui est si impopulaire, comme vous l'avez compris que j'assume, elle va dans cet ensemble. C'est que si on veut être compétitif, on doit travailler un peu plus.

Et quand on regarde la France, on travaille moins que les copains en Europe. Et c'est simple, vous prenez le produit intérieur brut par habitant, entre l'Allemagne et la France, il y a 10 points d'écart. C'est lié à quoi ? Au fait qu'on a plus des industrialisés et qu'au fond, on rentre plus tard dans le marché du travail, on en sort plus tôt et on a moins d'heures travaillées par an. Et bien, on a créé les souplesses et puis on fait un peu d'efforts collectifs pour travailler plus tard et on va aider les jeunes à rentrer plus tôt. Si on ne fait pas tout ça, on ne pourra pas réindustrialiser. Et bien, on est en train collectivement de le faire.

À côté de ça, on a investi massivement dans les territoires d'industrie, Dunkerque en fait partie, 149 France entière, ce qui nous a permis de créer des emplois industriels dans toute la France. Pendant le Covid, on a fait France relance, enfin, dès la sortie de Covid, plusieurs milliards et surtout plusieurs dizaines de milliers d'emplois industriels recréés. On a fait 90 000 emplois industriels recrés en sortie de crise. Et puis maintenant, France 2030, pour se projeter sur les nouveaux métiers qui vont de la pharma à l'électrification des pratiques, etc., etc., beaucoup de métiers qui touchent absolument tout ce que vous avez.

Et donc, on a territorialisé cette politique et on a joué avec les villes, avec les régions pour investir massivement et des start-up aux grands groupes internationaux en mettent partout. Je dis des choses très simples. Choose France, c'est la 6e édition. On va passer les 10 milliards d'investissements lundi. 75 %, c'est dans des villes moyennes de province. Et puis enfin, l'Europe, c'est qu'on a boosté la politique industrielle européenne. On a lancé des grandes politiques d'investissement, 50 milliards. On en a, nous, beaucoup profité, dans les semi-conducteurs, par exemple, du côté de Grenoble, dont on a besoin pour fabriquer vos voitures, on le sait bien.

Vous ne pouvez pas sortir une voiture de vos sites, qu'il s'agisse de Valenciennes, qu'il s'agisse de Douai ou d'ailleurs. Il faut des semi-conducteurs. On s'est mis en situation d'en produire plus. On va doubler les capacités. Et on a ainsi mobilisé l'Europe sur l'hydrogène, sur le semi-conducteur, pour nous donner des financements et pour booster les choses. On a bâti une politique industrielle pour, au fond, être compétitif par rapport à la Chine et aux Etats-Unis d'Amérique. Donc, les résultats que je vous donne sur Dunkerque et France entière, ils ne sont pas le fruit du hasard, ils sont le fruit de notre mobilisation collective.

Et ici, vous l'avez tout particulièrement, je dirais, bien décliné, parce qu'il y avait un bon terrain de départ, un port, je le disais, qui marche bien, de l'énergie. On a bien préparé les friches industrielles et on a bien su les faire pivoter. Et il y a eu une très bonne dynamique collective et de coopération entre les acteurs. Et c'est ce qui fait, et c'est au fond, au-delà du constat des félicitations pour le passé, la 2e raison de ma présence, c'est qu'on va aller plus loin et plus fort. Hier, je disais, on va accélérer, et je donnais la stratégie pour le pays.

Eh bien, la 1re illustration sur le terrain, je voulais la donner à Dunkerque parce qu'on a de très grandes annonces à faire aujourd'hui parmi vous, qui sont le fruit du travail de toutes les équipes et surtout de partenaires qui tiennent leur parole et nous font confiance. Et puis, c'est, si j'ose dire, le fruit de votre travail collectif, parce que c'est par votre capacité à avoir, en quelque sorte, à donner ce visage, cette image, à avoir ces résultats, qu'on arrive à attirer d'autres investisseurs. Et donc, c'est pour ça que je voulais le faire parmi vous en vous en remerciant. La 1re bonne nouvelle, la plus importante, la plus grosse, c'est Prologium. Le CEO est là, M.

Yang, et je veux vous remercier. On peut l'applaudir. Il est où, M. Yang ? Il est là, derrière. On se retrouvera après au bâtiment de la communauté urbaine. Alors, Prologium est un très grand groupe asiatique avec des investisseurs de toute la région, basés à Taïwan. Et il fait donc des gigafactories de batteries. Merci, le voilà, avec M. Normand, qui est le Français de l'équipe. Ils ont fait un boulot formidable. Il y a un an, j'étais à ses côtés à Versailles. Il me montrait sa technique de batterie très innovante et il a pris l'engagement, vous avez pris l'engagement à ses côtés, de regarder la France.

Il y a eu un an de travail, et nous voilà, et Prologium annonce 5 milliards 200 millions d'euros d'investissement sur Dunkerque, ce qui va permettre de créer une immense usine de batteries électriques et 3 000 emplois. 3 000 emplois. Ça, c'est le fruit d'un travail collectif. Il y a déjà eu des signatures avec plusieurs acteurs, Renault, Mercedes, ACC. Et donc, c'est aussi un travail avec, si je puis dire, toutes des entreprises pour certaines qui sont déjà installées dans la région. Et puis, on vient de signer, par ailleurs, ce qui est complémentaire avec une JV qui est faite entre XTC, un autre groupe asiatique, et Orano.

Un 2e investissement, cette fois-ci, pour la production de matériaux de cathode pour les batteries lithium. Et donc, XTC et Orano, c'est une JV entre un acteur chinois que j'ai vu il y a quelques semaines à Canton, quand vous me voyez parfois aller au bout du monde, c'est pour défendre les couleurs, et j'étais avec eux. On a mis le paquet ces dernières semaines. Ils signent un accord, ce sera 1,5 milliard d'euros d'investissements encore à Dunkerque pour 1 700 emplois juste à côté. Vous êtes bien renseignés.

Et donc, eux, en plus, c'est très complémentaire parce qu'ils produisent de l'amont et ils vont nous permettre de sécuriser dans la chaîne de valeur l'amont de la production pour les batteries lithium. Ces 2 annonces, vous le voyez, ça ajoute aux 16 000 emplois qu'on avait déjà quasiment 5 000 de plus, ce qui veut dire que, très largement, avant la fin de la décennie, on aura 20 000 emplois industriels nouveaux sur le bassin d'emploi de Dunkerque grâce à ces 2 annonces du jour et à cette mobilisation de toute l'équipe. Donc ça, vous pouvez en être fiers. Moi, j'en suis en tout cas très fiers.

C'est un immense travail et je veux remercier, évidemment, les investisseurs et toutes les équipes qui ont négocié et remercié les collectivités. Et donc, vous le voyez, tout ça est source d'espoir. Et on va continuer de le faire et on va se donner les moyens, en allant plus vite et plus fort, en continuant de baisser nos impôts de production, la CVAE qui pèse beaucoup sur les industriels, en continuant d'avoir une stratégie de start-up. Parfois, j'ai entendu les discours qui disaient ce président-là, il croit que dans les start-up, pas dans l'industrie. Non, il ne faut rien comprendre au monde d'aujourd'hui. Et d'ailleurs, vous l'avez démontré ici à Dunkerque.

Les start-up sont industrielles. Vercors, c'est quoi ? C'est une start-up de la deep tech, elle est industrielle. Et Vercors, ici, développe des milliers d'emplois industriels et va en développer. Et les start-up travaillent avec des grands groupes et aident à les moderniser. Et donc, on va continuer de développer cela et de créer des emplois. Et puis, on va maintenant, si je puis dire, mettre le paquet et aller beaucoup plus loin sur les compétences et la formation, qui est la mère des batailles, et j'ai besoin de vous tous. Pourquoi ? Parce que derrière, il va falloir recruter. Or, on a encore du chômage dans notre pays.

Même si on l'a beaucoup baissé, on a créé 1,7 million d'emplois ces 5 dernières années, on a encore trop de chômage, on n'est pas au plein emploi. On a des jeunes qui ont envie de se former, il faut leur donner le goût des métiers industriels. Donc je vais avoir besoin de vous pour la réforme de l'orientation qu'on va systématiser dès la rentrée. En classe de 5e, la journée à venir, orientation, il faut que les métiers d'avenir de l'industrie, que nos consulaires qui sont ici présents, y compris que nos artisans, nos industriels, aillent dans les classes pour expliquer les métiers.

Mais avec vous tous, avec les syndicats, les organisations patronales et l'ensemble des employeurs et des employés. 2, la réforme du lycée professionnel. C'est une petite révolution, mais c'est 600 000 jeunes par an. On va devoir adapter la carte des formations, être beaucoup plus efficace pour lutter contre le décrochage et démultiplier l'effort pour améliorer l'insertion. Aujourd'hui, un tiers de nos jeunes qui rentrent en lycée pro décrochent. Simplement 40 % des jeunes qui sont en lycée pro vont avoir un emploi à terme. Pourquoi ? On ne met pas assez le paquet pour lutter contre le décrochage et on a des formations qui ne correspondent plus aux besoins.

On va, d'ici la fin de l'année, changer les cartes. J'ai besoin de vous tous pour qu'on y arrive. Et puis, c'est la reconversion tout au long de la vie. On a un très grand travail qui a été fait ici au niveau du département avec toutes les collectivités pour justement, et c'est au coeur de cette réforme France Travail, aller chercher les bénéficiaires de RSA, mieux les accompagner pour revenir vers des emplois. On va devoir mettre de la formation sur des chômeurs de longue durée, des personnes qui sont très loin de l'emploi pour les faire revenir vers les métiers concrets et que ce soit des emplois industriels ou des emplois de services qui y sont liés.

Mais cette bataille pour les compétences et la formation, on va mettre le paquet. Et puis, si on veut continuer, réussir à attirer d'autres Prologium, d'autres XTC Orano et même faire ce qu'on leur a dit, on va devoir aller plus vite et plus fort. J'ai été interpellé par votre sénatrice tout à l'heure sur ce sujet. Et je veux dire ici qu'au fond, et je finirai là-dessus, ce qu'on va faire au-delà de ces annonces, c'est accélérer avec ce projet de loi Industrie verte qu'on lance. Qu'est-ce qui va nous permettre de faire ? D'aller beaucoup plus vite sur les projets. Au-delà de tout ce que j'ai dit, quel est notre ennemi ? On est trop lent.

Quand on décide un investissement, si on met un an et demi, deux ans à faire les procédures, ça décourage tout le monde et ça augmente les coûts. On va passer un texte, et je compte sur les parlementaires de toute sensibilité pour nous y aider. Vous avez compris mon clin d'oeil à la responsabilité. Eh bien, on va passer un texte pour aller beaucoup plus vite et garantir qu'un projet, on donne toutes les autorisations en 9 mois. On peut le faire. Ca veut dire juste que l'Etat, les collectivités, tout le monde, tous les ministères, eh bien, ils font leur travail en parallèle au lieu de le faire bout à bout. Et on a une équipe projet qui s'occupe de tout régler.

Un, la garantie en 9 mois, et pour les grands projets d'intérêt national, même en moins de temps. Deux, vous entendez parler, on dit, on ne veut plus artificialiser les sols, mais on veut ouvrir des usines. On peut le faire, pourquoi ? Parce que si on arrivait à nos objectifs pour réindustrialiser le pays, il nous faudrait aller 20-25 000 hectares France entière. Nous avons entre 90 000 et 150 000 hectares de friches. Qu'est-ce qu'on doit faire ? Et vous avez très bien fait ça dans le Dunkerquois. C'est planifier la revitalisation et la reviabilisation de nos friches industrielles. Partout où on a des friches, n'attendons pas les projets.

On va investir pour dire on les reviabilise et, clé en main, on les donne aux investisseurs. Et donc, on va mettre 1 milliard d'euros avec la Banque des territoires. Ca va être piloté par la Banque des territoires, la Caisse des dépôts et la Mission France 2030. Et on va viabiliser partout où il y a des friches qui existent ces sites France 2030 qui vont nous permettre d'atteindre nos objectifs. En parallèle de ça et de cette accélération, on va aussi essayer de rendre l'Europe et la France un peu plus cohérentes, et je terminerai là-dessus. Et ça touche tout à fait vos secteurs. Cohérente, comment ?

C'est simple, on va continuer de mettre de l'argent pour aider et développer la transition, mais on va plutôt la cibler sur ce qui est fait en Europe. Et donc, c'est simple, aujourd'hui, on aide tout le monde pour acheter des véhicules, mais on ne regarde pas tellement où les véhicules sont faits. On veut la conversion. A partir du projet de loi Industrie verte et de ce qu'on fera d'ici à la fin de l'année, on va cibler nos aides pour ce qui est à faible émission carbone, c'est-à-dire les productions européennes. Et on va aider les véhicules et les batteries qui sont faites en Europe. Et on va cibler cette aide. C'est très important parce qu'il faut donner un booster à notre production.

On ne ferme pas la porte, on ne devient pas protectionniste. Mais ni le contribuable américain ni le contribuable chinois ne financent les batteries qui sont faites en Europe. Donc pourquoi on serait le seul espace au monde qui met de l'argent du contribuable pour donner une aide quand on achète non européen ? On va arrêter de le faire. Et donc nos aides et nos boosters, si je puis dire, nos crédits, nos bonus, on va les mettre sur des productions européennes et aider beaucoup d'entre vous qui sont ici. Et au fond, on va démontrer qu'on sait faire de la réindustrialisation en faisant de l'écologie, de la préservation du climat et de la biodiversité et en développant notre souveraineté.

C'est aussi pour ça qu'on va demander les closes miroirs quand on négocie des accords à l'étranger. Et c'est pour ça qu'hier, j'ai parlé d'une pause. Certains ont voulu, cherchent des polémiques partout, faire dire n'importe quoi en disant on voudrait revenir sur ce qu'on a fait. On a été les premiers à défendre le Green Deal, tout ce qui est bon pour l'écologie. Mais je dis maintenant, impliquons et allons au bout de notre programme législatif avec la Commission, mais n'en rajoutons pas plus stabilité, mais réciprocité. Parce qu'on doit demander à tous ceux qui importent chez nous de faire la même chose.

Et en gros, moi, je préfère des usines qui respectent nos normes européennes qui sont les meilleures plutôt que ceux qui veulent encore ajouter des normes et toujours plus, mais sans avoir plus d'usines. Ça ne me semble pas être une bonne option. Et donc, oui, ce que nous sommes en train de faire et ce que Dunkerque démontre, ce que vous démontrez chaque jour, c'est qu'on peut réindustrialiser le pays, être plus souverain en construisant des solutions industrielles pour nous, chez nous, être plus respectueux du climat et construire et créer des bons emplois pour tout le monde. Parce que c'est ce que chacune et chacun veut.

C'est créer des emplois qui sont qualifiants pour pouvoir avoir une carrière qui monte, avoir des emplois de qualité qui vont éviter justement les troubles, l'usure professionnelle et qui permettront à nos enfants d'avoir de l'espoir. Et je suis fier ici de le dire dans un bassin d'emploi qui avait vu pendant longtemps des usines fermées. On est en train collectivement de démontrer qu'on en rouvre et qu'on en rouvre pour faire de l'industrie, qu'on en rouvre pour bâtir des véhicules, des batteries, des solutions industrielles pour notre pays et qu'on va exporter. Et que les emplois industriels qu'on crée, ce seront des beaux et des bons emplois dont on a envie pour nos enfants.

Tout ça, c'est une immense fierté. C'est celle que vous portez et c'est celle que je veux porter à vos côtés. Vive la République et vive la France.

22:23
Locuteur 8

C'est des questions, donc n'hésitez pas. Moi, j'en ai une sur la fin, si je puis me permettre. L'aluminium, c'est un précurseur qu'on va retrouver dans les batteries. Vous l'avez dit, quand on produit en Europe, on produit décarboné. Ici, sur Aluminium Dunkerque, on produit en scope 1 et 2, donc direct et indirect, à peu près 4,3 tonnes de CO2 par tonne d'aluminium qu'on produit, ce qui veut dire qu'on est parmi les 10 % des plus performants au monde, à peu près 4 fois moins, 5 fois moins que ce qui est produit en Inde ou en Chine, qui sont les plus gros producteurs mondiaux.

Pourtant, aujourd'hui, sur les 18 derniers mois, il y a 50 % de la production primaire d'aluminium qui a disparu en Europe. Vous l'avez dit tout à l'heure, ici, sur Aluminium Dunkerque, on a dû baisser notre production. On a dû arrêter des cuves, ce qui, franchement, est pour nous très, très difficile. Heureusement, on arrive à les redémarrer. Qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce qu'on peut faire collectivement, en France, mais aussi en Europe, pour protéger notre savoir-faire, pour protéger notre industrie décarbonée, de telle sorte qu'on arrive à faire des filières complètes, de l'aluminium vers la batterie, etc.

23:55
Emmanuel Macron

Merci beaucoup. Ce que vous dites est très juste. Alors, c'est simple, il faut défendre notre modèle, imposer les mêmes exigences aux autres et aider à la transition. Défendre notre modèle, ça, c'est faire ce qu'on a moins fait que certains voisins, c'est-à-dire créer des chaînes de valeurs qui ont une solidarité de fait. Et donc, on continuera à avoir besoin d'aluminium, d'intrants, et même si on va vers plus de véhicules électriques, on sait qu'on allège une partie des composants, qu'on a moins besoin de ces derniers, mais on a besoin de composants qui sont de meilleure qualité, qui correspondent plus à vos modèles de production. Et donc, vous avez une carte à jouer.

Simplement, il faut créer justement une relation donneur-d'ordre sous-traitant qui est beaucoup plus solidaire. Le bassin comme le vôtre aide à cela, et c'est ce que vous êtes en train de développer et qu'on doit consolider. La deuxième chose, c'est que nous, on doit avoir une stratégie qui vous aide à résister aux chocs internationaux. De deux manières. Un, en fournissant et en ayant de la visibilité sur de l'énergie à bas coût, qui est votre principal intrant et celui qui, en quelque sorte, vous crée des problèmes, sous votre contrôle, un site comme le vôtre, c'est une demi-centrale nucléaire. Bon, ce n'est pas rien. Donc c'est évidemment d'avoir nous de la visibilité pour produire.

La difficulté qu'on a eue, c'est qu'on a sous-produit en France ces dernières années à cause des difficultés historiques de la filière. On est en train de réparer. Je pense que d'ici, ça s'améliore beaucoup, mais on sera à pleine vitesse dans les prochains mois, prochains semestres. Mais surtout, on a le plan de charge pour la suite. Mais donc, c'est de vous fournir, à travers la réforme européenne du marché de l'énergie et surtout notre stratégie de production d'une énergie décarbonée et sûre, la possibilité d'avoir des contrats de long terme décarbonés et à bas prix. L'autre point sur lequel on vous aide avec France 2030, c'est d'investir à vos côtés dans la stratégie de décarbonation.

Pour décarboner votre industrie et être compétitif, c'est des milliards d'euros. Pour chaque site, c'est vrai pour vous, c'est vrai pour ArcelorMittal, Asco, etc. Et donc, sur chacun de ces sites, dans les 50, on fait un contrat et on met quasiment, je dirais, à parité de l'argent public. C'est des sommes énormes pour nos compatriotes, ça paraît impressionnant, mais c'est la clé pour garder ces emplois et surtout permettre la transition. Et puis, la troisième chose, c'est de se dire, quand on vous impose d'être au meilleur standard, de se dire, on ne peut pas laisser des industriels d'acheter un acier ou un aluminium qui ne respectent pas ces standards à l'autre bout du monde.

Et ça, c'est notre fameux mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. On l'a porté, on l'a voté, c'est une vraie réglementation, mais c'est de dire, au fond, vous ne respectez pas les standards en termes d'émissions de CO2 qu'on a imposées à nos industriels, eh bien, on vous compense à la frontière et donc vous payez un équivalent de prix, vous allez subir un tarif qui vous rend moins compétitif que vous ne l'êtes.

Sinon, en quelque sorte, ça n'a aucun sens, et c'est ce que je disais tout à l'heure en parlant de cohérence et de réciprocité, parce qu'en fait, on décarbonerait chez nous en tuant notre industrie, mais on importerait des matériaux qui sont mauvais pour le climat à l'autre bout du monde. On ne règle pas le problème collectif, on vit sur la même planète. Ce qu'on veut, c'est régler le problème dans le monde entier. Comme l'Europe est un grand marché, on a cette capacité à l'imposer à nos grands fournisseurs. Voilà les 3 piliers.

27:18
Locuteur 1

Bonjour. Que pensez-vous pour la décarbonation pour la décarbonation, justement, des entreprises de l'hydrogène sur le territoire français ? Quel est votre sentiment sur l'avenir de l'hydrogène sur le territoire français ?

27:32
Emmanuel Macron

Alors, l'hydrogène, c'est une des techniques qui va aider à la décarbonation. Alors, l'hydrogène, comme vous le savez, c'est un moyen de transporter l'énergie, pas de la produire, comme on fait parfois la confusion. Et c'est une technique qui, pour beaucoup d'entreprises, d'usines dans le secteur industriel, va permettre de remplacer, par exemple, le gaz ou d'autres types, justement, d'intrants. Donc l'hydrogène, pour la décarbonation et de l'industrie et de certains transports, est clé. Donc nous, on a investi massivement. En faisant quoi ? On a une stratégie française dès 2018, puis une stratégie européenne deux ans plus tard.

Donc on investit, et dans la décarbonation, dans les 50 sites, il y a des projets d'hydrogène. Deux, on se met en situation de la produire. Et qu'est-ce qu'il faut pour ça ? Il faut de l'électricité décarbonée, si on veut de l'hydrogène verte. Donc là, on se bat aujourd'hui partout en Europe pour que le nucléaire soit reconnu comme une source, parce que nous, on en a. Et donc nous, on est très bien placés parce qu'en fait, on est des super producteurs d'électricité décarbonée, nucléaire et renouvelable. Et avec notre stratégie, on va aller encore plus loin et plus fort. Et puis trois, ce qu'on veut faire, c'est produire les électrolyseurs qui vont permettre de faire l'hydrogène.

Et ça, c'est une filière industrielle en tant que telle. Et donc l'hydrogène va permettre de décarboner l'industrie, mais l'hydrogène doit aussi être une filière industrielle en tant que telle. Et là, on est en train de développer, pour citer d'autres régions, par exemple en région Occitanie. J'étais il y a quelques mois à Béziers. On a une formidable start-up française qui est en train de devenir déjà une entreprise de taille intermédiaire qui s'appelle Genvia, qui vient du CEA et qui s'est mariée avec Schlumberger et qui va produire des électrolyseurs et qui vont nous permettre de faire de l'hydrogène en France. Donc c'est un formidable levier d'avenir. Nous, on y croit beaucoup.

Et la France est bien positionnée sur l'hydrogène pour produire, pour faire l'électrolyse et évidemment, pour décarboner ces industries.

29:29
Locuteur 7

Monsieur le Président, on n'a pas assez d'aluminium en France, pas suffisamment. Et pourtant, la première chose que le CEO de Prologium est venu voir, nous a dit, j'ai besoin d'aluminium. Et donc, on ne peut pas lui en proposer. Donc, il va aller l'acheter ailleurs et avec la taxe carbone, ça coûtera plus cher. Donc demain, en effet, on va avoir de plus en plus besoin d'alu pour produire l'alu. En effet, il y a le prix de l'électricité compétitif, en termes décarbonés, nécessaire. Moi, je vous lance un défi. On fait une nouvelle série d'électrolyses à Dunkerque.

30:04
Emmanuel Macron

Bah, je vais vous dire, le raisonnement que vous tenez, c'est exactement celui que tous ensemble, on tient ces dernières années. C'est-à-dire, il faut remonter la chaîne. Je vais vous dire une petite anecdote. Luciano s'en rappelle peut-être. Je crois qu'il était là. Il y a six ans, je recevais avant, dans le salon de l'automobile, nos grands industriels. Je leur disais, mais pourquoi on ne va pas plus vite et plus fort sur la voiture électrique ? Ils disaient, malheureux, ne faites pas ça, on ne produit pas de batterie électrique, tout est fait en Corée ou en Chine. Tout s'est accéléré, ils ont eu la pression, etc.

En six ans, ce qui n'est rien à l'échelle de l'industrie, qu'est-ce qu'on a fait ? On a fait venir l'industrie de la batterie en France. On a lancé des projets, ils sortent de terre et on est en train de les développer, la capacité à faire des batteries électriques sur notre sol. Et puis, on est en train de remonter avec des Prologium ou des XTC Orano. On produit les cathodes pour faire les batteries lithium et on doit aller plus loin, exactement comme vous l'avez dit. La transformation du lithium pour les batteries, ça, on ne l'a pas encore sécurisé. 90 % de ça au niveau mondial, c'est en Chine.

Et donc là, c'est une compétition pour l'avoir chez nous et que tout n'aille pas aux Etats-Unis ou en Chine. C'est exactement la même chose sur l'industrie, l'aluminium et autres. On a remonté, on a réussi à faire repartir ici, on s'est défendu, on va décarboner. Vous avez parfaitement raison. On dépend de quelques fournisseurs. Certains sont parfois dans des pays un peu compliqués pour rester pudiques ici. Et donc, on a besoin de continuer à diversifier notre approvisionnement, mais surtout, là aussi, de faire de l'électronisme et d'être compétitif sur ce sujet et d'investir. Donc, je vous dis banco. On remonte la chaîne.

31:47
Locuteur 8

Je ne sais pas si vous avez des questions.

31:49
Emmanuel Macron

Allez-y.

31:50
Locuteur 5

M. le Président, j'ai des diplômes, j'ai des formations, mais je ne trouve pas d'emploi. Personne ne veut... Je postule à des offres d'emploi dans l'industrie, dans mon domaine, que je cherche. Vous avez dit qu'il y aura plein de mal d'offres d'emploi qui va... J'ai un BTS électrotechnique. Et j'ai postulé à pas mal d'offres dans l'industrie, comme la sidérurgie, comme ArcelorMittal et tout.

32:17
Locuteur 8

Mais voilà, il y a quelques années,

32:25
Emmanuel Macron

ça m'avait valu beaucoup d'ennuis. Je disais qu'il fallait traverser la rue. Là, il faut faire un mètre, puisque apparemment... Non, mais je suis sérieux. Il se trouve que BTS électrotechnique, là, je pense qu'il y en a plein. Là, honnêtement, le sujet va être plutôt nous, de mettre en face des jeunes qui n'ont pas forcément les bonnes formations, des formations courtes et qualifiantes, pour répondre à vos besoins. Et c'est pour ça que c'est un travail d'anticipation. Il ne faut pas attendre que Prologium ouvre ou d'autres pour qu'on forme les jeunes, c'est dès maintenant. Et donc, ça, on sait qu'on va tous y coller. Donc, c'est vous, madame, qui avez dit ? Ou c'est vous ?

Vous avez le CV sur vous ? Vous avez laissé votre carte. Oui ?

33:10
Locuteur 6

Je voudrais rebondir, justement. Vous parliez sur les formations et mettre en agote d'équation les bonnes formations avec les bons emplois. Un des viviers de formation, c'est les jeunes filles ou les femmes qui, naturellement, ne sont pas forcément motivées par les filières techniques et plus généralement par l'industrie. Est-ce qu'au vu de cette vivacité industrielle, il est prévu de faire quelque chose spécifiquement pour les jeunes femmes ?

33:37
Emmanuel Macron

Oui, et il se trouve que plusieurs représentants, d'ailleurs, à la fois des ingénieurs, des opérateurs, des salariés femmes étaient hier à Bercy quand on a fait l'événement pour tenir le même discours. Je vais vous dire, notre ennemi sur beaucoup de sujets en France, c'est un peu les idées reçues et le déterminisme. Et moi, ce contre quoi j'essaie de me battre depuis que je suis engagé en politique, c'est ce que j'appelle l'assignation en résidence. C'est que tu es né dans un endroit ou dans une famille, tu n'as pas les mêmes chances qu'à côté.

On n'aura pas tous les mêmes trajectoires parce qu'on n'a pas envie de faire les mêmes choses, il y en a qui ont envie de donner plus de temps à leur famille. Tout ça, je respecte. Ce qui est anormal, c'est que selon qu'on est né fille ou garçon ou dans telle ou telle famille, si on a la même motivation, on ne va pas pouvoir faire les mêmes choses. C'est l'école de la République qui doit corriger ça et c'est de revenir sur les représentations. Pour gagner cette bataille, c'est la bataille de l'orientation qui font gagner. Qu'est-ce qui fait qu'on a trop peu de jeunes qui vont vers les métiers industriels ?

C'est qu'ils ne les connaissent pas ou que leurs parents ont une représentation passéiste de ces métiers. Ils disent l'industrie, ça n'est pas propre, c'est très dur, c'est des métiers qui sont tous très pénibles. Ce qui n'est plus vrai parce que l'industrie s'est modernisée, elle s'est elle-même décarbonée, elle s'est transformée parce qu'il y a une formation, il y a la mécanisation et la robotisation qui s'est faite. Et donc il faut que celles et ceux qui travaillent dans l'industrie aillent en parler. Et l'autre présentation, c'est que c'est un métier de garçon. Et donc il faut aller expliquer aux jeunes filles que c'est un métier passionnant qui permet de faire des choses.

Je vois plusieurs visages féminins depuis tout à l'heure et qui permet de faire des choses, de s'épanouir. Hier, il y avait Bercy, une jeune fille qui faisait de la fonderie. Et donc... Non, non, mais elle était déjà embauchée. Elle était en forge, vous avez parfaitement raison. C'était une forgeronne, exactement. Donc il y a tous les métiers. Donc la clé, c'est que vous puissiez nous aider à aller dans les classes dès la 5e, parce qu'on va ouvrir ces demi-journées qui sont au moins deux fois par mois dès la 5e pour aller présenter les métiers. Et donc quelle est notre stratégie ? Ça va être de présenter, d'abord d'actualiser la carte des besoins.

Quels sont les métiers qui sont en tension aujourd'hui ? Il y a 60 000 emplois industriels non pourvus au moment où je vous parle. Et quels sont les besoins pour demain ? Si je parle, par exemple, j'étais sur Graveline, si je parle que du nucléaire, on a besoin de 100 000 emplois dans le nucléaire sur les 5-10 ans qui viennent. Dans tous vos métiers, compte tenu des chiffres que j'évoquais, vous imaginez France entière ? Il y en a partout.

Il faut que, bassin d'emploi par bassin d'emploi, on sache métier en tension, métier en devenir, qu'on puisse préparer les CFA, les formations diplômantes, premier cycle universitaire, nos lycées pros, pour adapter les formations et arrêter, par exemple, de former des jeunes quand il n'y a pas forcément de débouchés et aller les mettre sur ces filières et aller expliquer dès la 5e pour bien orienter. C'est ça, la bataille, pour lutter contre le déterminisme, permettre qu'il y ait plus de femmes et qu'il y ait aussi plus de jeunes venant de tous les milieux dans les métiers de l'industrie.

36:40
Locuteur 5

Oui. Justement, pour rebondir à votre réflexion sur le nombre d'emplois, on parle de Vercors, on parle d'un certain nombre d'entreprises qui vont venir s'installer sur le territoire. Est-ce qu'aujourd'hui, le territoire est assez équipé d'un point de vue infrastructures, autoroutières, etc., pour absorber cette population qui va arriver en masse sur Dunkerque et qu'est-il prévu si jamais le territoire n'est pas en capacité d'absorber toute cette population ? Merci.

37:08
Emmanuel Macron

Alors, je vous rassure, d'abord, tout ça, il y a une stratégie. Il y a encore des logements vacants, mais il y a une vraie tension qu'on a partout sur le logement. Donc derrière ça, il y a une stratégie qu'on a avec les collectivités, parce que derrière est engagée, évidemment, la région, la communauté urbaine sur une stratégie à la fois transport et logement. On a des très gros projets de transport qui sont structurants avec la région et le préfet aura un mandat ambitieux sur des annonces que j'ai pu faire il y a quelques mois et qui touchent encore plus le bassin minier que le Dunkerquois. Mais qu'est-ce qu'on doit faire pour ça ?

Un, se mettre en situation d'accueillir ceux qui arrivent, donc reconvertir beaucoup plus vite les logements vacants ayant encore plusieurs milliers sur le bassin d'emploi, continuer à construire, et là, on va avoir besoin d'un choc d'offres sur le logement et on va s'y employer parce qu'on n'est pas au rendez-vous, et faciliter le transport et le transport collectif. Et vous êtes d'ailleurs sur un bassin d'emploi qui a beaucoup investi en torts de transport collectif et qui a été très précurseur avec ce qu'a fait M. Vergritte en la matière avec des politiques très incitatives. Donc à chaque fois, oui, il y a une stratégie, vous avez raison, derrière.

D'abord, de foncier et de foncier industriel, mais il faut, derrière, y accrocher une stratégie de logement et une stratégie de transport. Parce que tout ne se concentrera pas dans le Dunkerquois. Plusieurs de vos collègues voudront aller habiter un peu plus loin, et il faudra qu'on leur donne la possibilité de faire ces allers-retours de la manière la moins onéreuse et la plus respectueuse de l'environnement. Il y avait madame qui, depuis tout à l'heure, là, j'entends derrière.

38:43
Locuteur 6

Bonjour, AFPA. Donc, nous, on a un centre de formation sur le Dunkerquois. On rencontre des difficultés à recruter, on rencontre des difficultés à recruter les stagiaires pour multiples raisons. Qu'est-ce qui est prévu pour 2024 ? Est-ce qu'il va y avoir des budgets complémentaires pour pouvoir les accompagner, ces futurs stagiaires, et ouvrir aussi les formations sur des coloris industriels ? Avec le conseil régional, entre autres, ou aussi l'État et l'État ?

39:12
Emmanuel Macron

Allez-y, pour enchaîner, je vais répondre aux deux.

39:16
Locuteur 4

Bonjour, pardon. Moi, j'ai une question. On va faire l'analogie avec les voitures, parce qu'on parle de batterie. Aujourd'hui, on avance déjà depuis longtemps, on roule depuis longtemps vers notre décarbonation. Et on a des projets ambitieux pour accélérer, accélérer, accélérer, comme vous le dites si bien. Le problème, c'est que pour accélérer, on doit changer de voiture. Et pour changer de voiture, on a besoin chez nous d'un nouveau contrôle technique. Et ce contrôle technique, il passe notamment par un contrat long terme qui nous assure justement la visibilité pour investir dans cette nouvelle voiture. Est-ce qu'on travaille déjà avec vos équipes ? Et on a un support de vos équipes.

Est-ce qu'on peut avoir un support fort du président de la République pour accélérer l'obstention de ce contrat ?

40:01
Emmanuel Macron

C'est très cohérent. Non, sur le deuxième point, parce qu'il est cohérent avec ce qu'on disait par ailleurs, c'est exactement la même logique. Oui. Et d'ailleurs, ce qu'on fait avec les sites qui sont engagés dans la décarbonation, c'est exactement ça. Parce que ce que vous avez très joliment appelé le contrôle technique pour vos sites, c'est aussi d'avoir de la visibilité pour avoir derrière de la stabilité réglementaire et aussi les coûts les plus compétitifs et les plus visibles. Donc c'est exactement la logique dans laquelle on s'inscrit. Et au fond, ce dont on a besoin, ce dont souffre l'Europe, c'est surréglementation, instabilité.

Ce dont on a besoin maintenant, parce qu'on a ces dernières années beaucoup, beaucoup accélérées, il faut aller au bout de ce travail et de l'exigence environnementale et industrielle. Maintenant, il faut de la mise en oeuvre avec rapidité, stabilité. Décider vite et donner de la stabilité. Sur les stagiaires, à la fois qu'il s'agisse des CFA ou des lycées pros, on a besoin de l'engagement des entreprises. Ce n'est pas l'argent public qui permet de donner une place aux stagiaires, c'est d'avoir des entreprises partenaires. Donc on a toujours, honnêtement, on trouve des stagiaires, maintenant qu'ils soient en apprentissage et en apprentissage avec la réforme qu'on a faite, ça cartonne.

Il faut juste qu'on ait des formations sur les secteurs où il y a de la demande. Et donc c'est pour ça que la clé, c'est la réforme de la carte des formations. Partout où on a des problèmes pour trouver des stages, je vous le dis en toute sincérité, c'est qu'on n'a pas assez de partenaires et donc c'est qu'on a une offre qui ne correspond pas aux besoins. Si c'est de l'apprentissage, j'en suis sûr parce qu'on aide tellement les patrons, c'est quasiment les aides qu'on fait qui couvrent le coup, que franchement, on doit en trouver.

Après, on va faire une réforme pour les stages et le côté alternance pour simplifier, parce qu'il y avait trop de complexité, et permettre aussi des stages plus longs, plus compatibles avec le temps de l'entreprise. Donc pour moi, la mer des batailles et ce qu'on lance dès maintenant et qu'on veut finaliser à la fin de l'année et qu'il sera un travail fait bassin d'emploi par bassin d'emploi, par les services de l'Etat, par les régions et par l'ensemble des acteurs locaux et surtout aux premiers chefs des entreprises, des branches professionnelles, c'est une cartographie des besoins.

Ça, ça nous permettra d'adapter la carte des formations et de se dire telle filière, on a moins besoin, on n'a plus de débouchés, et quand on n'a pas de débouchés ni en formation ni en emploi, c'est qu'il faut fermer. Et à l'inverse de dire là, on a beaucoup de demandes, c'est d'investir pour créer des plateaux techniques qui sont adaptés, qui est parfois une contrainte pour vous.

Et donc dans la mission France 2030, on a mis des crédits pour, aux côtés des régions, et plus qu'on ne le fait aujourd'hui parce que la charge reste beaucoup sur les régions, sur certains de ces plateaux techniques, mettre plus d'argent du côté de l'Etat pour aider à cette conversion et aller vers de nouveaux segments industriels sur lesquels on a des besoins. Voilà, on en a besoin à fond. Mais recruter des jeunes, ou recruter des, trouver des employeurs pour avoir des stages. Ça, ça rejoint ce que je disais sur l'orientation, c'est le travail d'information.

Il faut expliquer aux jeunes que l'hydrogène, comme le nucléaire, comme l'aluminium, l'acier, la batterie, etc., sont des métiers d'avenir, qu'on a des tels niveaux d'investissement, de besoins, qu'on a de l'avenir. C'est ce que disait monsieur. L'hydrogène, il y en a pour des décennies, parce que ce sera au coeur de la décarbonation. La batterie électrique, il y en a pour des décennies. On a d'ores et déjà sécurisé, pour la fin de cette mandature, 1 million de batteries électriques. On sera autosuffisants en production. Et si on fait bien tout ce qu'on a dit, on va aller même vers les 2 millions, on sera exportateurs de batteries électriques.

43:42
Locuteur

Comme pour l'alu.

43:43
Emmanuel Macron

Comme pour l'alu. Donc là, ça, c'est vraiment une question d'orientation et d'information. Donc on doit filer, si j'ai bien compris. Non, mais est-ce qu'il y a d'autres questions ? J'ai quand même pas créé de frustration.

44:02
Locuteur 9

Vous le savez, l'industrie doit être flexible aujourd'hui. On l'a bien vu avec la hausse des coûts de l'énergie. Il a fallu s'adapter rapidement. Aujourd'hui, on a une problématique au niveau de l'industrie. C'est lié à la médecine du travail. Chez nous, pour obtenir une visite médicale d'embauche, on doit attendre 2 mois, que ce soit pour prendre des CDI ou des salariés en intérim ou issus de groupements d'employeurs. Est-ce que vous pensez réformer ou assouplir les règles par rapport à la médecine du travail ?

44:32
Emmanuel Macron

Je vous promets de regarder ça. C'est un exemple très concret. Non, mais c'est un truc très pragmatique de simplification. La médecine du travail est en difficulté. Or, on en a besoin, on en aura de plus en plus besoin pour prévenir l'usure professionnelle et justement tout ce qu'on veut améliorer. Et donc, c'est aussi un sujet de réforme qui fait partie de l'immense continent, si je puis dire, de sujets de santé qu'on doit régler. Mais sur ces éléments de simplification, il faut peut-être mieux prévoir, mais je vais l'intégrer à ma liste de course. Vous pouvez compter sur moi. Est-ce qu'il y a d'autres questions sur d'autres sujets ? Oui.

45:14
Locuteur 10

Caroline Chapman, responsable communication de Dillinger France. Pour vous situer, Dillinger France, on est leader européen de fabrication de tôlefort en acier avec différents marchés comme la construction, la construction, le BTP et l'éolien au shore. On est référencés dans plus de 80 champs éoliens à travers le monde. On appartient au grand groupe qui a racheté Ascoval il y a deux ans. Et en fait, il y a un marché, un champ éolien qui a été construit à Saint-Brieuc. Et ce marché-là nous a échappé. Est-ce qu'il est envisagé dans votre projet de loi une préférence nationale, sachant que notre maison mère est allemande, donc le jeu européen est aussi pris en compte ?

45:54
Locuteur

Merci.

45:56
Emmanuel Macron

Alors, on est en train de développer sur l'éolien. Beaucoup d'acteurs, vous n'êtes pas les seuls, européens et français. Et de Saint-Nazaire au Havre, on a beaucoup de sites de production de nos éoliennes. Donc, on sécurise sur l'éolien offshore la même chose que ce que je vous disais sur la batterie, c'est-à-dire l'inverse de ce qu'on a fait. Il y a une quinzaine d'années sur les panneaux photovoltaïques qu'on déploie, mais on produit français et européen. On ne peut pas faire de préférence strictement française, mais on essaie à travers nos dispositifs d'aide de favoriser des offres européennes. Et on va continuer de le faire. C'est compatible avec le droit européen. C'est cohérent.

Et partout, on met des crédits. Donc le crédit d'impôt, vous avez compris, et les mécanismes qu'on a mis en place là pour, en particulier les batteries, on va le faire. On va continuer à le faire pour tous les matériaux. Donc oui. Il y a d'autres interrogations ou questions ? Je représente la société centenaire Ascométal,

46:58
Locuteur 3

l'usine des dunes, du groupe Suisse Steel, leader mondial des aciers spéciaux. Tout d'abord, je félicite tous les acteurs du développement industriel qui, ainsi que pour tous les fonds versés dans notre bassin d'Acarcois, et les milliers d'emplois à la clé. Toutefois, la société, comme la nôtre, subissent de plein fouet la hausse des énergies impactant lourdement nos résultats. A ce titre, nous mettons tout en oeuvre pour nous adapter à titre d'exemple, développement du travail à façon, récupération de la chaleur fatale. Vous avez évoqué le plan de France 2030 pour aider les entreprises françaises à devenir leaders du monde de demain.

Comment pouvons-nous faire pour obtenir votre soutien et intégrer ce panel de leaders qui fera la fierté de notre nation ?

47:40
Emmanuel Macron

Non, merci beaucoup. Vous faites, je pense, partie des sites qui sont intégrés dans la stratégie de décarbonation. En fait, ce qu'on a proposé, vous avez tout à fait raison de le dire, si on veut réussir la décarbonation, il faut changer le processus de fabrication. Chez vous, ici, à Aluminium Dunkerque, et chez plusieurs. Il n'y a pas une seule réponse. Il y a la capture de carbone, il y a peut-être de développer de l'hydrogène là, il y a électrifier telle partie. Donc c'est un ensemble de réponses qui changent la procédure et modernisent l'instrument de production. Ça coûte très, très cher. Et donc nous, on a deux éléments qui sont au coeur de notre stratégie.

Le premier élément, c'est ce que la ministre de l'Énergie qui est là a tâché de faire, c'est de vous sécuriser au maximum des contrats de long terme et la possibilité d'avoir une fourniture d'énergie décarbonée à bas coût, qui est clé pour toute votre industrie. Et donc ça, c'est ce qu'on a fait avec des aides d'urgence qui ont permis de passer les moments difficiles. Mais c'est la production pour l'avenir et la réforme européenne et la possibilité de contractualiser dans le long terme. La deuxième chose, c'est la mission France 2030, ce que les ministres de l'économie, des finances, de la souveraineté et le ministre de l'industrie portent, c'est aider les sites comme le vôtre à décarboner.

Et au fond, qu'est-ce que c'est ? C'est très simple. C'est un contrat qui est dire si vous êtes prêts à vous engager, à investir, eh bien l'Etat vient prendre en charge une partie considérable, et c'est quasiment la moitié, parfois c'est même un peu plus, de cet investissement pour aider à décarboner. Et donc, dans le bassin d'ailleurs, c'est ce qu'on fait sur l'alu, sur l'acier, sur les grandes cimenteries aussi, où on prend exactement ces structures-là. C'est un contrat. C'est un contrat gagnant-gagnant. On va faire le point d'ailleurs. Roland. Roland Lescure. Il est là, Roland. Roland qui parle. On fait le point sur les 50 sites industriels quand, là, vous le faites ? En juin.

Avant fin juin, il y a un site. Le site d'Ascométal est dedans. Et donc, il y a un point qui sera fait avec votre site en juin pour voir exactement où vous en êtes et donner le montant de ce que l'Etat prend en charge et le montant de ce qui reste à financer. Voilà. De manière très pratico-pratique. Est-ce qu'il y a d'autres questions ? Ah, merci beaucoup. Merci à vous.

50:08
Locuteur 8

Est-ce qu'il y a d'autres questions ? Non.

50:10
Emmanuel Macron

Allez-y.

50:11
Locuteur 8

D'autres questions ?

50:12
Emmanuel Macron

Est-ce qu'il y a d'autres questions ? Non, tout est clair. Vous êtes tellement soudés. Non, non, pas du tout. Je ne suis pas en train. Non, mais avant de filer, je voulais quand même vous dire collectivement, soyez fiers de ce que vous faites. Et je le dis avec beaucoup de cœur. Alors, soyez fiers des métiers que vous avez embrassés, de ce que vous faites et de ce que vous faites chaque jour. Ça a beaucoup de sens. Notre pays en a besoin. Et c'est ça qu'on veut démultiplier partout. Et c'est vrai que parfois, quand on suit l'actualité, on a l'impression que tout va mal. Non, il y a des difficultés. On peut avoir des difficultés dans nos vies. Il y a des moments où c'est difficile.

Et même sur le territoire, il y a des entreprises qui traversent des difficultés qu'on doit aider. Mais enfin, il y a aussi des choses qui marchent. Et il faut le dire. Et il y a une ambition collective qu'on peut porter. Parce que si on ne regarde que ce qui ne marche pas, c'est le désespoir. Et je peux vous dire, on peut être fiers du travail collectif qui a été fait ces dernières années, ici et ailleurs. Et vous, vous pouvez être fiers de ce que vous représentez, de ce que vous faites et de ce que vous pourrez ensuite transmettre. Et pour moi, c'est ça le progrès.

C'est de réussir, nous, à porter des solutions et de s'assurer que nos enfants pourront à leur tour le faire et qu'on en sera fiers. Donc soyez fiers.

51:31
Locuteur 8

Merci beaucoup, monsieur le président. Sous-titrage Société Radio-Canada