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speechyoutube.com· 9 juillet 2026 11 min

Discours d'Amélie de Montchalin - Colloque #JamaisSansElles à l'Assemblée nationale

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour à tous et toutes, chère Tatiana, chers amis aussi collègues parlementaires que j'ai un plaisir à retrouver dans cet hôtel de la SEC qui est voisin du quai d'Orsay. D'abord un grand bravo parce que je crois que si jamais sans elle existe, c'est parce qu'à un moment donné, les photos de réunions internationales, nationales ou de quelque nature que ce soit, soit uniquement avec des hommes en costume et en cravate, vous avez vu que j'ai mis une veste rouge, a sûrement déplu et au-delà de la photo, ça a montré qu'il y avait quand même un problème dans un certain nombre de cercles. Je crois que depuis que vous existez, de grands progrès ont été faits.

Le premier d'entre eux est celui que maintenant nous reconnaissons qu'il y a un problème quand cela se reproduit. Moi, jusqu'à maintenant, je n'avais pas signé la charte, mais j'avais l'impression qu'à chaque fois que je venais, je permettais la charte d'être remplie puisqu'en venant, je permettais qu'il y ait au moins une femme sur le panel. Maintenant, je crois que je vais activement m'assurer que les autres panels, même ceux où je ne suis pas, soient bien constitués ainsi. L'Europe, vous savez, a des pères fondateurs. Il y a aussi des mères fondatrices, mais on en parle beaucoup moins.

Mais je crois que Simone Veil ou Louise Weiss nous ont tous montré que nous pouvions être des femmes et des grandes européennes. J'ai rencontré récemment Catherine Lalumière, qui était la secrétaire d'État en charge des Affaires européennes quand je suis née, en 1985. Et elle m'a fait remarquer qu'il y avait eu beaucoup de femmes, parfois, en charge des questions européennes. C'est parce que beaucoup d'hommes les considéraient peu importantes, donc c'était bien qu'il y ait des femmes. La bonne nouvelle, c'est que ces femmes ont fait des grandes choses et que l'Europe est devenue une chose importante.

Et que je suis très heureuse que depuis quelques années, Michel a rencontré beaucoup de mes précédentes homologues. Elles ont été des femmes. Et il y a eu Elisabeth Guigou, Catherine Colonna, Marielle de Sarnez, Nathalie Loiseau et moi-même. Nous avons été un certain nombre à porter haut le projet européen. Le projet européen, Michel Roth l'a rappelé, est fondé sur ce principe d'égalité. Et les droits des femmes en Europe sont probablement le continent où ils sont les plus avancés. Mais l'égalité, elle, n'est pas atteinte. Que ce soit pour les questions d'emploi, 67% des femmes travaillent, 78% des hommes au niveau de l'Union européenne.

Des salaires, 16% des carreaux moyennes, des femmes qui sont plus souvent des travailleuses pauvres et des femmes qui sont plus souvent en charge de familles monoparentales où elles connaissent toutes les difficultés que nous savons être associées à ce moment où vous devez élever seul vos enfants et en plus avoir à travailler. Mais il y a des bonnes nouvelles. Comme l'a dit Michel, certains pays ont pris des initiatives, chacun un peu dans leur coin, pour faire avancer cette égalité réelle. Et c'était l'idée du pacte Simone Veil que Marlène Schiappa et Nathalie Loiseau ont présenté pendant la campagne européenne.

C'est que nous puissions, par le haut, faire converger au niveau national les pratiques des uns et des autres au niveau européen pour que ceux qui marchent ailleurs puissent marcher aussi chez nous. Il y a aussi au niveau du Conseil de l'Europe, qui est une institution que la France préside jusqu'au mois de novembre, énormément de droits nouveaux qui ont été créés et qui doivent être associés ensuite à la mise en œuvre. C'est la Convention d'Istanbul. Et c'est aussi un travail extrêmement renforcé sur la protection contre le travail forcé et l'esclavage, je ne dirais pas moderne, parce qu'il n'a rien de moderne, mais je dirais plutôt contemporain.

Donc nous continuons à pouvoir passer de ces droits écrits à cette égalité réelle. Pour cela, Michel l'a rappelé, par les outils du budget, la Commission européenne essaie de montrer comment telle ou telle ligne budgétaire est un facteur d'égalité ou de poursuite des inégalités. La Commission européenne a aussi, depuis maintenant plus de 15 ans, une base de données extrêmement fournie pour établir des faits. Et elle cherche, dans beaucoup de ses statistiques, à non pas donner des agrégats en moyenne, mais à distinguer par sexe, hommes, femmes, et aussi par âge.

Ce qui est également une dynamique intéressante, puisque nous savons que les discriminations touchent aussi parfois les plus jeunes ou les plus âgés. Je crois qu'en établissant des faits et en fournissant des données, la Commission européenne met un aiguillon dans nos discussions à Bruxelles, nous rappelant que nous devons toujours réfléchir aux conséquences de nos différentes politiques. Alors, il y a bien sûr celui déjà des nominations, nous assurer que l'Union européenne fait montre d'exemplarité.

Il n'y a que 39% de femmes dans ce nouveau Parlement européen, c'est moins qu'en France désormais, mais nous avons vu que certaines listes, de manière volontariste, avaient imposé la parité, et cela contribue à un grand progrès. Nous avons cinq chefs d'État femmes qui siègent au Conseil européen sur 28. Nous pouvons probablement faire un peu mieux. Nous avons une nouvelle présidente slovaque qui a été investie hier, c'est une bonne nouvelle également. Nous avions uniquement neuf commissaires sur 28 qui étaient des femmes. La décision a été prise qu'à partir de la prochaine commission qui commencera à travailler à partir du mois de novembre.

Il y aura bien 14 commissaires sur 28 qui seront des femmes. Et puis nous avons pris, au niveau du Conseil européen, pas moi-même, mais plutôt les chefs d'État, l'engagement sur les quatre postes clés au niveau européen, c'est-à-dire la présidence du Parlement européen, la présidence de la Commission européenne, la présidence du Conseil européen et la haute représentation pour les affaires extérieures, qu'il y aurait bien deux hommes et deux femmes. Donc les progrès se font. Et ils se font, je dois dire, assez vite. Puisque vous voyez qu'en l'espace de cinq ans, un certain nombre des chiffres dont je vous parle auront changé. Alors que fait la France en Europe ?

Et que devons-nous faire aussi quand vous êtes dans ma position ? A savoir avoir une forme quand même d'influence, j'espère, sur un certain nombre de processus qui ne doivent plus être vécus comme des faits devant lesquels il faut se résigner, mais bien des faits face auxquels il faut agir. La France porte un projet ambitieux de diplomatie féministe.

C'est-à-dire qu'au niveau du G7, au niveau du G20, au niveau de l'ONU, au niveau aussi de l'Union européenne, que ce soit par notre politique de développement, que ce soit par notre politique de plaidoyer, que ce soit la défense aussi des droits reproductifs, c'est-à-dire la protection du droit à l'accès à la fois à du suivi médical, mais aussi à l'IVG, nous puissions continuer à porter un message d'avancée et non pas nous résigner à voir des reculs se produire. Marlène Schiappa a été très engagée et de grands progrès ont été faits, vous le savez, lors du G7 pour l'égalité qui s'est tenue en Seine-Saint-Denis.

Au niveau du Quai d'Orsay ensuite, je constate, ayant rejoint ce ministère il y a maintenant deux mois et demi, que les chiffres sont manifestement vrais. Il n'y a qu'en gros un quart d'ambassadrice, un quart de consul et consul général et un quart de directrice sur l'intégralité des postes qui sont aujourd'hui donc effectifs. Un engagement a été pris d'avoir 40% de femmes dans les primo-nominations d'ambassadeurs, qui est un objectif qui permettra, et bien vous voyez graduellement, de passer de 26% d'ambassadrices à au moins, nous espérons, 40%. Comment le faire ?

Il y a bien sûr un vivier interne, puisque 43% des femmes qui s'appellent secrétaires des affaires étrangères, 43% de ces secrétaires d'affaires étrangères sont des femmes, donc il y a un vivier interne. Il y a aussi, je pense, un énorme besoin de s'appuyer sur un vivier externe de femmes compétentes qui ont tout à fait les caractéristiques pour devenir elles-mêmes ambassadrices, et beaucoup de nominations se font en agrégeant des compétences, des parcours, des expériences, également de l'extérieur. Et puis je crois qu'après, il y a une réflexion à avoir sur la diplomatie elle-même.

J'ai été très frappée dans de nombreux cercles à constater que le sujet n'était pas uniquement français, vu les salles de conférences, vu les conseils auxquels je participe. Je crois que trop souvent, la diplomatie est associée à l'idée qu'il faut déménager souvent, qu'on ne peut pas avoir de vie de famille, que c'est dangereux, et que donc, ce n'est pas pour nous. Je crois que la diplomatie, c'est aussi affaire de persévérance, de conviction, de partage d'idées, autant de choses que généralement, on associe au stéréotype féminin.

Et donc, si on croit au stéréotype, ce que je ne crois pas, mais si on y croyait, on devrait déjà pouvoir se dire qu'il y aurait bien plus besoin de femmes dans la diplomatie. La clé pour moi, c'est effectivement ce que conduit l'association Femmes et Diplomatie, c'est-à-dire des initiatives de sensibilisation au métier de la diplomatie, à la réalité du métier, à ce qu'on y fait vraiment et pas uniquement à ce qu'on imagine ou ce qu'on projette être ces métiers. Un autre enjeu, c'est celui de créer des passerelles extérieures. On a parlé du vivier extérieur qu'on pouvait faire rentrer dans la diplomatie.

Je crois qu'il est aussi extrêmement important que les diplomates Femmes et Hommes, et ça bénéficiera à tout le monde, puissent également avoir des carrières qui vont irriguer d'autres métiers, que ce soit dans les entreprises, que ce soit, bien sûr, dans d'autres ministères. Le monde entier évolue, et il est extrêmement important que dans tous les domaines, nous ayons des gens qui connaissent ce monde entier, qui puissent les faire évoluer.

Je suis ravie de voir Mme Domenac, qui, après une carrière de diplomate, aujourd'hui travaille, vous voyez, auprès du Premier ministre, sur des enjeux de radicalisation, qui sont des sujets à la fois intérieurs, mais qui montrent bien l'importance d'avoir une connaissance de l'international. La diplomatie, si je peux me permettre, doit être aussi pour elle, et donc jamais sans elle. C'est un métier, une fonction et un honneur que de pouvoir porter la voix de son pays et de rayonner.

J'observe que dans beaucoup de pays, le fait d'arriver comme femme permet de lier et de nouer des contacts différents, et également de montrer une forme de dynamisme auprès des femmes qui, dans leur pays, aimeraient pouvoir, elles aussi, porter la voix de leur nation, de leur État, et des progrès auxquels les aspirent. C'est, je crois, un sujet sur lequel, en France et en Allemagne, nous avons l'ambition de travailler ensemble. Nous serons toute la journée avec Michel Roth aujourd'hui. Nous allons à Colmar faire un échange avec des jeunes lycéens et étudiants franco-allemands.

Nous serons accueillis par une femme, la seule présidente de département de toute la région Grand-Est, Brigitte Klinkert, et je crois qu'il y a là aussi un bel exemple d'un engagement progressiste pour que le projet franco-allemand, le projet européen, rayonne avec la jeunesse et avec 50% de l'humanité, à savoir celles qui ont féminin sur leur carte d'identité. Merci, Tatiana, pour cette initiative. L'Europe, en tout cas, se démène. Nous ne sommes pas arrivés au but et je crois que, dans nos institutions, que ce soit administratives, diplomatiques, politiques, nous avons encore beaucoup à faire, mais se sentir soutenu est essentiel. Et je vous remercie.

La beauté et la bonté dont vous parlez, nous essayons de la faire nôtre également. Je vous remercie.

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