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interviewLe Figaro (sur YouTube)· 3 décembre 2024

Censure, démission, avenir: ce qu'il faut retenir de l'interview de Michel Barnier

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Vous venez de suivre l'interview de Michel Barnier au JT de 20h de France 2 ou de TF1. Eh bien, on est là pour le débriefer. Nous aussi, on l'a regardé avec Guillaume Roquette.

Bonsoir Guillaume. Bonsoir Vincent. Merci d'être avec nous aujourd'hui pour débriefer cette interview.

Un peu peut-être la dernière grande interview de Michel Barnier. Déjà, globalement, selon vous, qu'est-ce qu'il faut en retenir ? Il faut en retenir que Michel Barnier est, je pense, résigné.

C'est-à-dire qu'il y avait un petit côté un peu dernier effort pour défendre son bilan, pour expliquer. Et il y a des raisons pour ça. Expliquer que ce serait pire que mieux de mettre fin à ce gouvernement.

Mais sur le fond, on voit bien que Michel Barnier est résigné. Pourquoi ? Parce qu'il ne veut pas prendre de nouvelles initiatives.

Il n'a pas renversé la table ce soir. Il n'a pas dit, par exemple, OK, Marine Le Pen veut qu'on rediscute de la désindexation des retraites. « Je suis d'accord pour ouvrir le dossier ».

Il ne l'a pas fait. Il n'a pas non plus, d'ailleurs, annoncé sa démission, alors que certaines rumeurs allaient en ce sens. Donc, il attend.

Il attend avec une forme de sérénité qui est sa marque de fabrique. Mais je dirais que c'est là qu'on voit que Michel Barnier n'est peut-être pas un très grand politique. C'est-à-dire qu'il ne sait pas surprendre, il ne sait pas prendre l'initiative dans un moment de crise.

C'est un bon technicien, finalement, et on l'a peut-être mis à ce poste-là, parce que c'est un grand négociateur, mais pas un très bon politique, c'est ça ? Alors, technicien, ce serait un peu désagréable. Je pense que c'est un gestionnaire.

En plus, ça n'est pas non plus un faiseur de miracles, parce qu'en l'absence de majorité à l'Assemblée, c'est difficile. Il a fait ce qu'il a pu. Il a pris des risques, notamment lundi, en admettant que c'était Marine Le Pen qui lui avait demandé de sursoir au déremboursement d'un certain nombre de médicaments.

Mais il est resté au milieu, si vous voulez. C'est-à-dire que c'est intéressant. Dans la relation avec Marine Le Pen, par exemple, ce soir, il dit « Les électeurs du RN ne comprendront pas que leur parti vote la même motion de censure que la gauche », alors que la gauche, en écrivant cette motion de censure, a dit que l'extrême droite, c'était très mal.

Donc, on dit « Ah, il défend plutôt le RN ». Mais la phrase d'après, il dit « Ah, mais si j'ai cité Marine Le Pen dans mon communiqué au moment de l'annonce du renoncement à l'augmentation des médicaments, c'est parce que c'est la dernière qui m'en a parlé ». On dirait du Chirac.

On disait que Jacques Chirac était toujours d'accord avec les derniers qui lui parlaient. Là, pour le coup, c'est une façon de dire « Ah non, mais Marine Le Pen, elle ne vaut pas plus que les autres ». Donc, il y a une espèce d'entre-deux.

Certains appelleraient ça une ligne de crête. Je pense que ce n'était pas jouable. Il a dit d'ailleurs qu'il n'y avait pas de marchandage avec Marine Le Pen.

Ce qu'on a vu quand même depuis un peu moins d'une semaine, ça y ressemble quand même furieusement à des marchandages. Oui, c'est un marchandage, mais pour marchandage, il faut être deux. Un client, un acheteur et un vendeur.

Et là, effectivement, Michel Barnier a pris ses deux concessions, ses trois concessions successives importantes. D'abord, l'annonce d'une réforme de l'aide médicale pour les étrangers avec un panier de soins moindre. L'annonce du renoncement à l'augmentation des taxes sur l'électricité.

Et puis, dernière en date, lundi, c'est-à-dire hier, vous avez tellement envie qu'on ne sait plus, l'annonce de ce moratoire sur le déremboursement des médicaments. Mais ça n'a pas suffi. Là où Michel Barnier est assez crédible, c'est quand il dit à chaque fois que je lui donnais quelque chose, elle demandait quelque chose de plus.

Donc, il y a un moment où il fallait s'arrêter, sans doute. En tout cas, ça montre qu'il n'y a pas l'oxygène politique nécessaire pour un gouvernement. Et c'est assez logique.

Ça, ce n'est pas la faute de Michel Barnier, puisqu'il n'y a pas de majorité. Mais on aurait pu avoir quelqu'un qui aurait, encore une fois, changé les règles du jeu. Par exemple, en disant au RN, d'accord, j'ai besoin de vous, donc je vais vous associer, d'une certaine mesure, au gouvernement.

Ça aurait été un choc, parce que ça porte un nom, ce genre de choses. Ça s'appelle l'union des droites. Et ça, il n'y était pas prêt.

Mais il l'a fait un peu quand même en lui donnant des concessions. Donc, voilà. Il y a un flou dont Marine Le Pen a voulu sortir.

Je pense que c'est une mauvaise décision pour le pays, parce qu'on a besoin d'un peu de stabilité. Mais en tout cas, elle a pris son risque. Ça, c'est justement ce dont Michel Barnier a voulu insister.

Finalement, à quoi servait cette interview ? C'est un peu ça aussi la question. On aurait pu penser qu'une grande interview, soit il faisait des concessions et il les annonçait à la télé, soit il démissionnait, soit il continuait à se défendre comme d'habitude.

Et c'est un peu ce troisième scénario qu'on a vécu ce soir. Je me suis posé la même question que vous. À quoi sert cette interview ?

Je pense à marquer les esprits pour que...

C'est parce que c'est un petit peu le testament de Michel Barnier. C'est probablement sa dernière interview en tant que Premier ministre. À moins que les députés partant du RN ou ceux du nouveau Front populaire changent d'avis pendant la nuit.

Mais ce n'est pas l'hypothèse la plus probable. Et donc, il veut dire, regardez, j'ai fait de mon mieux. Regardez, j'ai respecté tout le monde.

Il veut laisser une espèce d'empreinte comme ça positive. Et c'est vrai qu'il n'a pas démérité. Mais voilà, mais il n'y arrive pas.

Il n'y arrive pas. Et finalement, aujourd'hui, il a une nouvelle fois joué le refrain habituel finalement de ce socle commun qui est moi ou le chaos. Et vous avez choisi le chaos.

Tant pis pour vous. Oui, c'est ça. Ce socle commun, il fonctionnait quand même.

Qu'à un cas, même si les événements les plus compliqués étaient encore à venir. Par exemple, le projet de loi sur l'immigration porté par Bruno Retailleau, qui devait être présenté à l'Assemblée en début d'année prochaine et qui déplait, on le sait, à l'aile gauche du socle commun, à Gabriel Attal et ses amis. Mais voilà, ça fonctionnait à peu près.

Sauf qu'il n'y a pas de majorité. Donc, et il y a un Rassemblement national qui a fait ce choix, ce pari de préférer. Alors le chaos, on ne sait pas.

C'était...

Si on se résume, il y avait deux objectifs à cette interview. Vous me demandez à quoi elle servait. Bon, d'abord, il y en avait trois.

D'abord, elle servait à laisser un bon souvenir aux Français. Et c'est vrai que Michel Barnier est quelqu'un qu'on ne connaissait pas bien et qui apparaît comme un homme sage, pondéré, réfléchi, probablement plus que l'époque que nous traversons. Le deuxième objectif, même s'il était évidemment perdu d'avance, c'était d'essayer de dissocier le Rassemblement national de la gauche en disant...

En prenant à partie les députés du RN, en disant que vous ne pouvez quand même pas voter une motion de censure où on dit que l'extrême droite, c'est que des gros vilains. Mais ça, évidemment, ça ne marche pas parce que Marine Le Pen a décidé de voter la motion de censure point. Et puis, le dernier objectif, c'était d'essayer, et c'est compréhensible et c'est assez justifié de dire aux Français, mais regardez, on arrive dans une période qui est dangereuse.

On arrive dans une période qui est risquée parce que notre pays est très endetté. Et puis parce que ce n'est pas parce qu'on change de Premier ministre que les problèmes vont disparaître. Pourquoi est-ce qu'il y a un budget, et encore, il n'est pas très rigoureux, il y a surtout des hausses d'impôts, mais pourquoi il y a un budget difficile pour l'année prochaine ?

Parce qu'on a une montagne, un Himalaya, un Everest de dette, et que donc on est obligé de faire un minimum d'efforts, parce que sinon, nos créanciers vont paniquer, et là, ça coûtera très cher. La question, c'est qu'est-ce qui se passe maintenant ? Alors, demain, on débat de la motion de censure, on la vote probablement, et ensuite, qu'est-ce qui va se passer finalement ?

Par exemple, pour Emmanuel Macron, on lui a demandé d'ailleurs, à Michel Barnier, qui serait son successeur ? Alors, il n'a pas voulu trop se mouiller en disant, moi, je reste au travail, on ne sait jamais, mais on va quand même commencer par se poser vraiment cette question. Oui, alors la Constitution, d'abord, qu'est-ce qui va se passer ?

Ne prévoit pas de délai pour le président de la République, même si, quand un gouvernement est renversé, il peut continuer à expédier les affaires courantes, mais il n'a vraiment plus de légitimité. Et donc, on ne peut pas dire tout continue comme avant. Emmanuel Macron ne peut pas ignorer la décision de l'Assemblée nationale.

Après, ça peut être qui ? Vous avez vu les noms qui tournent. Ou bien c'est, on va dire, un centriste.

Alors, un centriste de droite, certains pensent à Sébastien Lecornu, le ministre de la Défense. D'autres pensent à des centristes un petit peu plus à gauche, comme François Bayrou. Enfin, c'est là que vous voyez que, quand même, on ne renouvelait pas beaucoup le personnel, même si ce sont des gens de qualité.

Et puis, l'alternative, c'est de nommer un Premier ministre technique, entre guillemets, c'est-à-dire un Premier ministre qui viendrait de la société civile ou du monde de l'entreprise. Et puis, dernière chose, dernière possibilité, renommer Michel Barnier. Sauf qu'il n'a pas vraiment répondu, quoi.

Il n'a pas, évidemment, dire on va me renommer, c'est-à-dire que je vais être censuré. Donc, il a un peu botté en touche. Moi, je le vois difficilement, après un échec comme une censure, revenir à Matignon, comme si de rien n'était.

Je pense que ce ne serait pas de nature à détendre l'atmosphère au Palais Bourbon. Oui, donc, on est quand même dans un grand flou, parce que toutes ces options qu'on a sur la table, Sébastien Lecornu, François Bayrou, peut-être on parle aussi de Bernard Cazeneuve ou d'une solution technique, il faut quand même qu'il y ait 289 députés qui ne soient pas contre vous à ce moment-là. Oui, absolument.

Et donc, le gouvernement serait condamné au service minimum pour éviter de mécontenter les députés. Sauf que, même si vous ne faites pas grand-chose, entre guillemets, sauf que si vous ne faites pas beaucoup de projets de loi ou uniquement des projets qui soient consensuels, vous devez quand même avoir un budget. Et donc, parce qu'il faut un budget, c'est là-dessus que le gouvernement Barnier va probablement tomber demain après-midi.

La question qui suit aussi, c'est Emmanuel Macron. On entend cette petite musique qui monte de démission. D'ailleurs, le président, on a parlé aujourd'hui, il dit que c'est vraiment de la politique fiction.

Ça, c'est vraiment quelque chose qui, selon lui, pour l'instant, ne peut pas arriver. On n'en est pas encore là du tout. Non, on n'en est pas là.

Moi, je partage assez les arguments de Michel Barnier, disons que le président de la République a été élu pour 5 ans, il a la légitimité pour ça, il n'y a qu'une raison qu'il s'en aille. C'est un peu une culture du coup de force d'essayer de l'acculer le chef de l'État à la démission. Maintenant, d'un point de vue politique, en d'autres temps, le général de Gaulle, quand il avait été mis en minorité par un référendum en 1969, il avait démissionné dans les 3 heures.

Je crois qu'à minuit moins 5, il a envoyé un communiqué en disant « je cesse mes fonctions » à partir de ce soir minuit. Bon, ce n'est pas la culture d'Emmanuel Macron. Je pense qu'on a encore de la marge avant qu'il soit, entre guillemets, contraint à démissionner, parce qu'on peut imaginer un gouvernement de substitution qui vote, qui vote, qui expédie les affaires courantes.

On peut imaginer aussi, on l'a expliqué déjà, que le budget 2024 soit prolongé de mois en mois en 2025. Donc on peut encore arriver K1KA à juillet prochain, où on pourrait à nouveau dissoudre l'Assemblée nationale. Mais quelle que soit la façon dont on prend le sujet, on s'aperçoit qu'on est vraiment dans une impasse.

Et c'est pour ça que je pense qu'il aurait fallu d'une manière ou d'une autre dire « il faut changer la règle du jeu ». Soit en allant vers la gauche, soit en disant aux socialistes « allez, séparez-vous, éloignez-vous du nouveau Fonds populaire ». Ça c'était impossible, on a l'impression que la gauche est tellement arrimée au LFI qu'ils ne peuvent pas sortir de cet accord.

Eh bien oui, parce qu'elle était surtout arrimée à ces circonscriptions. Et donc si dans la perspective d'une prochaine dissolution, les députés, même s'ils sont assez raisonnables, même s'ils trouvent que M. Mélenchon est vraiment un extrémiste dangereux, ils disent « bon bah si LFI met un candidat contre moi l'année prochaine, je ne serai pas réélu ».

Effectivement, il y a donc 5 députés socialistes, sur les 60 ou 66, je ne me souviens plus, au total, qui ont dit qu'ils ne voteraient pas la censure. Ça veut dire que vous avez un ancien président de la République, François Hollande, qui est quand même l'homme à qui les Français ont confié le destin du pays, qui est prêt à rendre ce pays ingouvernable. C'est quand même inquiétant.

Alors, est-ce qu'il n'y avait pas de l'autre côté, avec les parlementaires sciotistes, pour élargir un peu la majorité, avec peut-être un soutien sans participation du RN ? Michel Barnier a esquissé une main tendue vers ce côté-là, mais il n'est pas allé jusqu'au bout, et donc forcément, ça a coincé. Alors, je sais qu'on n'est pas là pour faire forcément de la politique-fiction, mais à votre avis, qu'est-ce qui pourrait se passer aujourd'hui, maintenant, dans les semaines à venir ?

Quelle est l'option, finalement, la plus probable ? Alors, c'est très difficile à dire. Pour moi, l'option la plus probable, c'est qu'Emmanuel Macron rafistole, en quelque sorte, le dispositif gouvernemental, en reprenant peut-être un certain nombre de ministres actuels, et puis en essayant de consolider le plus longtemps possible le socle commun.

Tout ça n'est pas très enthousiasmant, mais j'allais dire, c'est la faute des Français. Dans un pays qui est fracturé en trois tiers, qui n'arrive pas à s'entendre, il est normal, c'est l'arithmétique, qu'il n'y ait pas de majorité. Donc Emmanuel Macron a précipité cette crise politique par la dissolution, mais ce n'est pas lui qui l'a créée, puisqu'encore une fois, jamais la société française n'a été aussi fracturée.

Et ça, malheureusement, les politiques doivent faire avec. Il n'y a pas de solution miracle. Et dommage pour Michel Barnier.

Est-ce que finalement, qu'est-ce que ça a été un bon Premier ministre ? Parce qu'il y a eu un peu...

Sophie Lapix lui en a parlé. Vous étiez la personne du compromis. Est-ce que finalement, il a échoué, il n'a pas réussi sa mission de Premier ministre ?

Moi, je pense que, pour tout dire, et je l'ai écrit, je me souviens des premiers mots de Michel Barnier, Premier ministre, c'était pour dire qu'il fallait augmenter les impôts pour plus de justice fiscale, comme si ce pays n'était pas le pays le plus redistributeur au monde, comme si l'essentiel de la charge fiscale ne pesait pas sur les épaules des Français les plus favorisés. Donc déjà, je me suis dit, oulala, un Premier ministre de droite, enfin supposer le droit qui commence comme ça, c'est mal engagé. Après, il a fait de son mieux, avec ce très gros bémol.

Je pense qu'il est revenu aussi sur la politique qu'on appelle en franglais pro-business d'Emmanuel Macron, en augmentant la fiscalité sur les entreprises. Je pense que ce n'était pas des très bons choix. Donc Michel Barnier était un homme de compromis, mais il me semble que ce compromis, c'était quand même un peu à la petite semaine.

Il n'a peut-être pas été à la hauteur de la difficulté, mais en même temps, il ne faut pas trop lui en vouloir, parce que je ne sais pas qui aurait réussi mieux à sa place. Il l'a dit d'ailleurs, la mission n'était pas impossible, mais la mission était très difficile. Il l'a dit.

Merci beaucoup, Guillaume Enquête, d'avoir été avec nous. Merci à vous, les interdéuners, de nous avoir suivis. On vous donne rendez-vous demain à partir de 15h45 pour suivre cette motion de censure, ce débat de la motion de censure.

On suivra ça ensemble sur le Figaro. Je vous souhaite une très bonne soirée. Parfait.

Merci. Merci. Merci.

Merci.

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