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interviewBLAST (sur YouTube)· 4 novembre 2022 13 min

SAINTE-SOLINE : RETOUR SUR UNE SÉQUENCE "ÉCOTERRORISTE"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le début du chantier de Sainte-Soline est très représentatif de notre démarche. Nous ne lâcherons rien. Qui relève, je n’ai pas peur de le dire, de l’écoterrorisme.

On nage en plein délire. Quand on regarde et qu’on connaît un petit peu comment fonctionne l’hydrologie et finalement le fonctionnement de la ressource en eau, on voit bien que ce n’est pas la solution à moyen terme, c’est une fuite en avance, en quelque sorte. Bonjour à tous et à toutes.

Que se passe-t-il à Sainte-Soline ? Le week end dernier l’opposition à un projet de mégabassine dans les Deux-Sèvres a donné lieu à une bataille en rase campagne entre militants et gendarmes. Les écologistes dénoncent une aberration environnementale néfaste pour les nappes phréatiques.

Côté gouvernement c’est l'escalade des mots, nous serions face à de l’écoterrorisme, rien que ça. Alors sommes-nous face à une nouvelle ZAD façon Notre-Dame des Landes ? Qu’est ce que sont ces mégabassines ?

Quels sont les arguments des uns et des autres ? On fait le point tout de suite sur Blast. Samedi des milliers de personnes ont répondu à l’appel du collectif “Bassines non merci” et du mouvement les “Soulèvements de la Terre”.

Ils se sont rendus à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Leur objectif : atteindre 16 grandes bassines, ou mégabassines en cours de construction sur la zone. Ce sont d'immenses bassins artificiels pouvant contenir près de 300 piscines olympiques, bâchés et remplis avec de l’eau puisée dans les nappes phréatiques destinés à servir de réserve de substitution aux exploitations agricoles pendant l’été.

Les forces en présence : 4 000 à 7000 manifestants face à près de 1 700 militaires, renforcé par de nombreux véhicules et un appui aérien de six hélicoptères. La manifestation a été interdite par la préfecture. Sur ces images de Léa Guedj on peut voir que lorsque les forces de l’ordre décident de s’opposer à l'avancée des cortèges, la situation dégénère.

Les champs se trouvent rapidement noyés de lacrymogène. C’est le jeu du chat et de la souris. Les LBD répondent aux jets de pierres et aux mortiers d’artifices.

Finalement les plus déterminés parviennent jusqu’à la bassine. Au total, les manifestants déplorent 60 blessés dans leurs rangs, dont 5 graves. D’après les autorités, 61 gendarmes ont été blessés, dont 22 sérieusement.

Le but c’était de contourner, de faire un grand détour pour arriver jusqu’à la mégabassine. Et en fait ça a été le jeu du chat et de la souris en continu avec la police, les gendarmes, etc. Il y avait beaucoup de fumée, beaucoup de gaz lacrymogène.

J’avais plutôt envie de partir plutôt que de descendre dans le trou. J’ai reçu, sur le côté droit, un tir de LBD dans le ventre. C’est particulièrement douloureux.

Le début du chantier de Sainte-Soline est très représentatif de notre démarche. Nous ne lâcherons rien, nous empêcherons coûte que coûte la continuité de ce chantier. Côté organisateurs on salue une victoire.

C’est deux jours extraordinaires, deux jours où on a atteint nos objectifs. C’est plus beau que dans les meilleurs rêves qu’on ait pu imaginer. On a… jusqu’au bout quoi.

Il y a un gros bémol, mais on s’y attendait, ça faisait partie de l’enjeu, il y a eu une violence policière démesurée. Le week end dernier les militants ont aussi pu compter sur le renfort de personnalités politiques comme Sandrine Rousseau, Benoît Biteau ou Philippe Poutou. Mais tout le monde n’était pas le bienvenu.

L'eurodéputé Yannick Jadot lui a été largement hué et sa voiture vandalisée. Alors no pasaran ! Dimanche, ça a été plus calme.

Certains militants s’en prennent à des canalisations supposément liées au système de pompage des bassines. D’autres montent un camp de fortune sur un champ prêté par un paysan. Cependant l’installation d’une ZAD, une Zone À Défendre n’est pas à l’ordre du jour.

Pour l’instant on n’envisage pas une occupation sur le long terme. Beaucoup de personnes ont parlé de Zone A Défendre moi personnellement ça me gêne un peu dans le sens où on est sur des terres agricoles qui ne sont pas menacées. Et c’est vrai qu’il n’y a pas un intérêt particulier à protéger cette zone.

Le site reste sous étroite surveillance, à la fois par les forces de l’ordre et par les opposants qui demandent à l'État un moratoire sur le chantier. Si sur le terrain la situation est calme depuis dimanche, dans l’arène politique c’est l’embrasement. Une quarantaine de personnes fichées S à l’ultra gauche ont été repérées dans cette manifestation avec des modes opératoire, je n’ai pas peur de le dire, de l’écoterrorisme.

Ceux qui manifestent avec dignité, en respect des règles, ne sont pas des terroristes. Mais bien sûr qu’ils le sont. Je considère que l’État de droit et le respect des règles, le respect de la loi, y compris dans ce genre de combat, au fond ça nous protège tous.

Aujourd’hui, vous, vous considérez que la cause que vous ménez, au fond elle est supérieure, elle justifie d’outrepasser les règles en place. Au-delà des postures outrancières des uns et des autres on retrouve l’éternel débat de la légalité contre la légitimité dans le cadre de la lutte. S’ils font la distinction avec l’action violente, les élus écologistes revendiquent la désobéissance civile comme méthode, justifiée par l’urgence climatique.

Une attitude qui ne plaît guère à certains de leurs collègues. 36 députés demandent même à ce que les 3 élus présents ce week end à Sainte-Soline soient sanctionnés pour leur participation à cette manifestation. Dans leurs viseurs il y a notamment Lisa Belluco, députée EELV de la Vienne que l’on voit sur ces images fournies par les forces de l’ordre.

Elle est allée un peu trop près des Gendarmes samedi. Elle affirme avoir reçu des coups de matraques. On peut se poser la question, effectivement : Que fait cette élue de la République, cette élue Europe Ecologie Les Verts dans une manifestation interdite et en plus marchant sciemment en direction d’un cordon de gendarmes ?

Rappelons quand même, aux grands défenseurs de l’État de droit, que la participation à un rassemblement autorisé ou non ne constitue pas un délit dans le droit français. C’est ce qu’explique la députée mise en cause. Faire l’amalgame entre des militants qui luttent pour un accès universel à l’eau et des terroristes qui tuent des gens, c’est vraiment dangereux en fait.

Les mots ont un sens et on ne peut pas qualifier n’importe qui, n’importe quoi de terrorisme. Et quand bien même il y a des manifestants qui sont violents et personne ne le nie, ils n’ont pas essayé de tuer aléatoirement des membres de la population à ce que je sache. Ils n’ont aucun argument qui justifie de faire ce projet, donc ils ont recours à des astuces de langage, à des méthodes pour faire s’abattre la vindicte populaire sur les députés et puis les élus et puis les écologistes qui défendent le droit à l’eau, l’accès à l’eau, en disant que ce sont des terroristes.

Lisa Belluco a d’ailleurs porté plainte, lundi, pour “violences”. Autour de ce projet on a donc un affrontement politique mais aussi idéologique entre deux modèles agricoles. Entre d’un côté, une agriculture dite éco-responsable, moins consommatrice en eau et en produits chimiques, défendu par la confédération paysanne par exemple et de l’autre, un modèle plus intensif promu notamment par la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, la FNSEA.

Les défenseurs du projet rejettent l’accusation de soutenir l'agrobusiness, les mégabassines sont là pour sauver les paysans du réchauffement climatique. Pourquoi les agriculteurs ont besoin de ces réserves d’eau ? C’est une gestion collective, en coopérative. 220 agriculteurs sur 300 vont bénéficier de cette eau, pour diversifier.

Ils ont déjà depuis dix ans réduit la culture de maïs. Ils font plus de tournesol, ils font plus de semence, ils font plus de soja. Les agriculteurs ont évolué parce que le climat change.

Prélever l’eau l’hiver quand elle est abondante, pour la stocker pour l’utiliser l’été c’est juste du bon sens. C’est ce que je fais avec les haricots verts de mon jardin. On stocke l’été et on mange l’hiver.

Stocker l’eau alors qu’elle devient rare. Le BRGM, le bureau de recherche minière et géologique a prouvé qu’il y avait un impact positif. On prélève moins dans les cours d’eau l’été, plus 6 % de débit, on prélève dans les cours d’eau l’hiver, quand il y a beaucoup d’eau, on réduit leur débit de 1 % ça peut éviter des inondations.

Moi je préfère qu’on écoute les scientifiques du projet plutôt que ceux qui brandissent des arguments fallacieux comme on en a beaucoup entendu ce week end. Alors qui dit vrai ? Est ce que les mégabassines sont un aménagement nécessaire pour sauver les agriculteurs français de la sécheresse ou au contraire une solution court termiste au service de quelques uns et surtout d’une certaine agriculture ?

Pour y voir plus clair je suis allé posé la question à Christian Amblard, directeur de recherche honoraire au CNRS, spécialisé en hydrobiologie. Vous savez que, avec le dérèglement climatique, maintenant on n’a pas sur une année beaucoup moins de précipitations, on a une répartition saisonnière qui est différente. C’est-à-dire qu’il pleut moins en été, c’est-à-dire là où on a effectivement le plus besoin d’eau, notamment pour les cultures, et puis il va pleuvoir plus aux autres saisons notamment automne, hiver, également printemps.

Et donc l’idée qui est simple mais on va voir qu’elle est peut-être même simpliste, c’est de dire : “Il faut retenir l’eau quand elle tombe, dans ces périodes-là en dehors de la période estivale, pour pouvoir s’en servir pour les cultures ensuite.” Alors pourquoi je dis que ça peut venir à l’esprit cette histoire-là, sauf que quand on regarde et qu’on connaît un petit peu comment fonctionne l’hydrologie et finalement le fonctionnement de la ressource en eau, on voit bien que ce n’est pas la solution à moyen terme. C’est une fuite en avant en quelque sorte.

Et à cela, il y a trois raisons centrales, trois raisons essentielles. La première c’est que ces bassines elles vont être remplies en pompant de l’eau dans les nappes souterraines, dans les nappes phréatiques. Et donc on va faire passer l’eau en surface.

Et si on fait passer l’eau en surface, on l’expose, évidemment, à l’ensoleillement, notamment en été bien entendu. Donc il y a deux conséquences immédiates. Lorsque l’eau, qui était avant souterraine, vient en surface et donc est exposée au soleil, sa température augmente et donc sa qualité va diminuer.

Elle va diminuer parce qu’avec l'augmentation de la température de l’eau et son exposition au soleil, vous avez beaucoup de micro-organismes qui vont se développer et notamment des cyanobactéries. Cyanobactéries dont certaines peuvent être toxiques et rendre l’eau tout à fait inutilisable. Donc il y a déjà une dégradation de la ressource.

Le deuxième point qui est au moins aussi important, c’est une perte quantitative. Parce que quand une fois de plus vous faites monter cette eau et vous l’exposez au soleil et notamment aux périodes estivales où il fait très chaud, vous avez beaucoup de perte par évaporation. Il y a une étude qui a été faite sur les grands lacs canadiens, il a été montré que selon l’exposition et évidemment aussi selon l’ensoleillement, on perdait, sur l’ensemble de l’été, on pouvait perdre entre 20 % et 60 % de la ressource en eau.

Ce qui est évidemment tout à fait considérable et pas souhaitable bien entendu. Ca ce sont les deux raisons principales. Et le troisième raison c’est que ces mégabassines, elles sont utilisables que par les exploitations qui ont des systèmes d’irrigation.

Et ça, ça représente à peu près 5 % des agriculteurs en France. Donc, on peut penser qu’il y a une espèce de privatisation de la ressource en eau au bénéfice de quelques agriculteurs seulement. C’est pour ça qu’il y a beaucoup d’agriculteurs qui sont contre ces bassines.

Il faut absolument se diriger vers ce qu’on appelle de l’agroécologie et associer à ce qu’on appelle de l’agroforesterie. Il y a une note que j’ai sous les yeux, là, d’un groupe de travail ce qu’on appelle une expertise collective de l’INRAE, c’est l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Agriculture et l’Environnement, qui a été publiée le 20 octobre 2022 et qui nous dit très clairement, et ce ne sont pas gauchistes dangereux, et ils nous disent clairement que l’agriculture écologique permet de produire plus que les monocultures et en plus évidemment en respectant le milieu naturel et en respectant la santé humaine. Il faut absolument faire les efforts pour aller dans ce sens.

Vouloir rester dans le cadre actuel c’est totalement irresponsable et très dangereux. Voilà, cette vidéo est à présent terminée, j’espère qu’elle vous a appris des choses. Si c’est le cas n’hésitez pas à le dire en commentaire et à vous abonner en activant la cloche et surtout, si vous le pouvez, soutenez-nous financièrement sur blast-info.fr.

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