Musique métal : pourquoi tant de hell ?
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Bonjour tout le monde, bienvenue, c'est le débat de midi et à tous ceux qui vont avoir envie d'éteindre la radio en entendant le thème du jour jeudi, restez parce que contrairement à ce que vous pensez peut-être, il n'intéresse pas que les amateurs, loin de là. Le métal est au programme, pas le matériau mais la musique. Musique, tu parles, ce sont des bourrins qui crient avec leur grosse guitare en buvant de la bière et montrant leurs fesses. Voilà le genre de caricature qu'on a pu faire mais les choses changent.
Aujourd'hui, s'afficher au milieu des métalleux relève du cool et le dernier Elfeste a battu les records il y a quelques jours, 420 000 personnes, c'est le plus gros festival de France. Alors comment expliquer ce phénomène, mode passagère ou mouvement de fond et d'où viennent les idées reçues ? On va plonger dans les racines du métal, décrypter ces codes nombreux et la liste impressionnante des ramifications qu'ils composent. Heavy, trash, black ou death metal, c'est qu'une petite partie. La science s'y intéresse également à travers la sociologie, l'anthropologie, la psychologie. D'ailleurs, les amateurs seraient moins déprimés que les autres. Mais attention, il y a aussi des polémiques.
Alors évitons de tomber dans le cliché inverse, celui d'un monde de bisounours. Musique d'enfer, peut-être à tous les sens du terme. En tout cas, je pose la question jusqu'à 13h et je vous préviens, il y a un super jeu de mots. Metal, pourquoi tant de hell ?
Camille Cronier. Le débat de midi. Pure France Inter.
Quand t'arrives avec des grosses guitares, c'est malheureux à dire, mais t'es un petit peu censuré, quoi. On s'est dit qu'écrire des chansons sur les banques d'investissement, c'était pas aussi cool. Ça serait même chiant. On n'a pas sauvé le monde, on n'a pas inventé la pénicilline, mais on joue du rock. Et on le fait comme personne.
Bienvenue !
Il est amoureux, le public métalleux. Avant tout, c'est un amoureux. Comment les métalleux ? Ils sont gentils, ils sont agréables, ils sont courtois. Un bonheur de voir Rectal Smegma. Ça va le commun ? Rectal Smegma.
Ça veut dire quoi ?
Que du bonheur.
Salut, Tatia, t'as d'autres.
Personnellement, en tout cas, ça consiste à gonfler le ventre. Dans le monde du métal, on m'appelle Papi Metal. Voilà, ça vous suffit ?
Et quel que soit votre âge, amies, auditrices et auditeurs, vos messages sont les bienvenus sur l'application France Inter et sur le mail du débat de midi. Bonjour Ben Barbeau.
Bonjour.
Directeur du Hellfest, dont la dernière édition qui s'est achevée il y a un peu moins de deux semaines, je le disais. La quinzième a fait péter le score. On va largement y revenir, bien sûr. Mais ça va, vous êtes remis pour l'instant ?
Oui, on descend doucement, mais on s'est bien remis.
Bonjour Linda Bastard. Bonjour. Métalleuse, est-ce que je peux le dire comme ça ? Oui, bien sûr. Vous êtes chanteuse et bassiste depuis presque 20 ans.
Vous étiez au Hellfest, vous ? Oui, exactement. Et j'y ai même joué deux fois avec deux groupes différents. Cette année-là ? Non, pas cette année. Ah d'accord. Et cette année, vous étiez en spectatrice ?
Non, pas cette fois non plus. Bonjour à Charlène Bénard. Bonjour. Sociologue, doctorante à l'Université Paris 3. Vous êtes spécialiste en particulier de la place des femmes dans le métal. On va y revenir aussi tout à l'heure. Et enfin, bonjour à vous Olivier Badin. Bonjour. Journaliste spécialiste de la musique métal qui a plein de choses, je le disais, pour intéresser aussi les non-initiés dont je fais partie. C'est vrai, on est d'accord là-dessus.
Il y a, tu l'as dit, il y a énormément de ramifications, il y a énormément de sous-genres, mais qui sont baignées dans plein de cultures différentes. Ça va de la culture viking, à des faits historiques, il y a des groupes de métal égyptiens qui parlent des pyramides. On peut apprendre plein de choses en écoutant du métal.
Linda Bastard, une heure d'émission à midi sur le métal sur France Inter, radio généraliste. Vous pensez que ça peut faire fuir les gens ?
Non, justement, parce que le métal, je trouve, n'est pas assez représenté dans les médias. Parce que par exemple, aux Etats-Unis, quand on allume la radio, la FM, on peut tomber sur des groupes comme ACDC ou Aerosmith. Pour eux, c'est de la variété. Donc franchement, on a une culture musicale, je pense, en France, qui est assez limitée, enfin restreinte. Après, les causes, je ne sais pas, mais une grande partie aussi due par les médias qui ne présentent pas assez le métal à la télévision, en radio.
Alors justement, Ben Barbeau, on a retrouvé cet archive de vous, c'était il y a 14 ans, en 2008. C'était juste avant la troisième édition du Hellfest.
Surtout une grande fierté de voir tous ces gens qui travaillent pour une musique qui est généralement un petit peu oubliée des médias, un petit peu sous-estimée des médias, puisqu'on va être plus de 45 000 personnes ce week-end sur le site.
Et il y avait dix fois plus de monde donc cette année. C'est une forme de revanche, quelque part ?
Non, pas revanche. Après, on a toujours cru que le projet allait fonctionner, qu'il y avait de la ferveur, qu'il y avait de l'attente. Parce que, comme on le disait, effectivement, les soutiens à cette musique-là sont assez peu nombreux en France.
Et donc, on a toujours cru qu'effectivement, en organisant un événement qui soit bien mené, qui soit en direction des festivaliers, on a des festivaliers qui sont extrêmement fétichistes, qui sont extrêmement attachés à leur musique, passionnés par leur musique, et qu'à partir du moment où, effectivement, on leur donne quelque chose de bien fait, on arrive effectivement à attirer la fidélité d'un certain nombre, et donc à faire augmenter le succès d'un événement.
Mais vous pensez arriver quand même 45 000 il y a 14 ans aujourd'hui ?
Ah non, faire 420 000, non, je n'y croyais pas non plus. Non, non, non, le succès s'est fait finalement petit à petit. Et puis, quand on a vu la ferveur, parce que c'est un festival en plus, ça va au-delà finalement de la simple ferveur des fans. C'est aussi un événement de territoire, où il faut savoir effectivement amener avec nous les gens du territoire, les gens de la commune, les bénévoles, etc. Donc, ce n'était pas gagné d'avance, parce qu'effectivement, il y avait une méconnaissance de cette musique. Nous, à Clisson, il y a 20 ans, je devais être le seul, ou on devait être une petite bande de copains à écouter cette musique-là. Donc, c'est vrai que ce n'était pas gagné d'avance.
Et là, maintenant, quand on voit effectivement la popularité de l'événement, et le suivi que les gens en ont, l'appropriation qui se sont faites de...
C'est qui, justement ? Qui sont les gens qui viennent au Hellfest ? Mais maintenant, c'est tout le monde.
C'est tout le monde. Aujourd'hui, c'est vraiment un succès populaire qui va de 7 à 77 ans, entre guillemets.
97 même, il y a Jacqueline. J'ai vu un artiste sur une fameuse Jacqueline qui a 97 ans.
Donc non, c'est au contraire quelque chose de très populaire. Donc, il y a un vrai fossé entre le traitement qui peut être fait de cette musique dans les médias, et la réalité sur le terrain.
Charlène Bénard, comment on explique d'ailleurs cette évolution de la population, qui aujourd'hui, effectivement, il y a une forme de démocratisation du métal, ce n'était pas le cas il y a 20 ans, comme le disait Ben Barbeau. Comment on l'explique, ça ?
On l'explique d'abord pour des raisons générationnelles. Parce que le métal, si on le prend dans les années 80, par exemple, c'était quelque chose de jeune. Parce que les musiciens étaient jeunes, les fans étaient jeunes. Mais ces personnes-là ont vieilli, et elles sont restées. Mais il y a aussi toutes les nouvelles personnes qui sont arrivées, avec les nouveaux musiciens, les nouveaux fans. Donc on a une moyenne d'âge qui augmente un petit peu, mais pas énormément, parce qu'il y a aussi plein de nouveaux jeunes, et de nouveaux fans qui arrivent. Et au niveau de la fréquentation du LFES, comme disait Ben, effectivement, c'est socialement très très inséré et très représenté.
On va avoir une grande diversité de classes sociales, avec quand même une surreprésentation de la classe moyenne, des gens qui sont quand même un petit peu plus diplômés que la moyenne française. On a plus de 50% des gens qui ont un diplôme au-dessus du Bac plus 2, par exemple, qui vont au LFES. Effectivement, sur les âges, on a une surreprésentation de la vingtaine, mais aussi beaucoup de trentenaires. Et là, les chiffres que j'ai commencent à vieillir un petit peu, mais les nouveaux, on est plutôt dans la trentaine, justement, par rapport à ce phénomène qui fait que les jeunes d'avant ont vieilli et restent, mais il y a des nouveaux jeunes et aussi des nouveaux vieux qui arrivent.
Et Olivier Badin, vous diriez-vous que c'est un phénomène de mode, un petit peu cool, comme je le disais tout à l'heure, ou c'est plus profond que ça, là, ce qui se passe ?
Moi, je pense que c'est plus profond. Comme le disait Charlène, il y a une évolution des classes sociales. Clairement, le métal, on disait à l'époque le hard rock, dans les années 70 et 80, c'était vraiment une musique de prolétaire, entre guillemets. C'était vraiment les petits giants. Ce n'était pas forcément une musique où les gens qui étaient diplômés étaient très représentés. Mais par contre, ça a toujours été un public très impliqué.
D'ailleurs, c'est le paradoxe, c'est qu'à la fois, il y avait cette absence dans les grands médias, cette espèce d'ignorance de « on fait comme si ça n'existe pas », mais ça a fait que les fans de métal, de hard rock, depuis toujours, ont toujours été très impliqués. Ce sont des gens qui se déplacent, qui sont prêts à faire 600, 700 kilomètres pour voir leur groupe, pour se renseigner. Et maintenant, je pense qu'avec l'avènement d'Internet et ces genres de médias, maintenant, on a accès à tout. Maintenant, on peut communiquer entre nous. Et ça permet de propager.
C'est une musique qui a appris à faire hors des sentiers battus, hors des grands médias, des médias grand public, des grands réseaux de distribution. Et on s'est retrouvé dans les années 90 avec un groupe comme Sepulthora, qui s'est retrouvé à l'époque, Disque d'Or, avec un album qui s'appelle Roots, sans aucune diffusion radio, avec une apparition télé. Et donc, je pense que c'est un public qui, de plus en plus, a pris les choses en main.
Et on a déjà nos auditeurs qui nous écrivent. Caroline, quel plaisir d'entendre enfin une émission sur le métal à la radio. Anthony qui nous écrit. Je suis ravie de voir qu'enfin les choses changent, qu'on voit enfin le bon côté de cet univers. Bravo à vous d'en parler. Ça aide à changer les regards. Linda Bastard. On est là, c'est pour ça que...
Comment vous êtes arrivée au métal, vous ? C'était il y a très longtemps, il y a une vingtaine d'années. J'ai toujours été attirée par la musique où il y avait une grosse guitare saturée dedans, enfin saturée, une guitare dedans, par exemple comme Jean-Jacques Goldman à l'époque. Jean-Jacques Goldman, vous êtes arrivée au métal ? On va dire ça, parce que j'aimais bien les musiques où il y avait vraiment de la guitare. Il y en avait très peu. Bon, dans les années 80, il y en avait un peu plus.
Et c'était au détour d'une brocante où j'ai vu des imageries des Pins, où il y avait la tête d'un personnage, comment on appelle ça, de Iron Maiden, qui était Eddie, c'était leur mascotte, voilà, leur mascotte. Et je me suis intéressée plus à ce groupe et je suis rentrée dans l'univers comme ça, vraiment, avec cet univers, cet Eddie en forme de tête de mort, ça m'a toujours attirée parce qu'il y avait des belles couleurs et tout. Et quand j'ai écouté les morceaux, la musicalité, c'était vraiment très riche. Je me suis dit, mais ah voilà, dès qu'on tombe dedans, je vous assure, dès qu'on tombe dedans, on y est presque pour la vie.
Bon, alors d'ailleurs, on va faire dans un instant un petit tuto métal pour les nuls comme moi. Mais Ben Barbeau, d'abord, je voudrais quand même vous demander, est-ce que vous pensez que finalement le Hellfest, depuis quelques années, sert le métal ou c'est plutôt le métal qui sert le Hellfest ? Dans quel sens vous le prendriez ?
Difficile à dire. Je pense qu'effectivement, le succès de l'événement a attisé un petit peu la curiosité des médias. Ça permet effectivement d'avoir un relais, entre guillemets, et de mettre en avant un peu toutes ces musiques et tout ce public. Donc, je suis évidemment content d'y participer, content de faire en sorte que le succès du festival amène aussi d'autres organisations à se prendre en main et à monter d'autres festivals. Il y en existe beaucoup en France. Si demain, effectivement, il pouvait également servir à donner envie aux femmes de s'y mettre beaucoup plus aussi, parce qu'on a un vrai delta de différence.
Aujourd'hui, le Hellfest, c'est un peu plus de 70% d'hommes sur le festival. Donc, c'est vrai qu'effectivement, il y a plein de questions à se poser. Mais oui, le Hellfest doit, de par sa popularité maintenant, de par la curiosité qu'il amène chez beaucoup de gens, on a aujourd'hui des partenaires qui, je n'aurais pas mis un centime sur le fait qu'ils nous suivent durant des années maintenant, et c'est devenu effectivement un événement pour eux immanquable. Nombreuses personnes qui avaient des préjugés sont venues une fois chez nous et en sont sorties avec effectivement des idées bien différentes.
Et qu'est-ce que vous dites à ceux qui critiquent un petit peu une forme de... Alors, j'ai lu, il y en a qui disent maintenant le Hellfest et Disneyland. Moi, j'ai appelé ça un peu une forme de variétisation du métal qui passe à travers le Hellfest. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Oui, c'était une vision, une stratégie qu'on avait. C'était une volonté aussi de notre part, effectivement. J'entends peut-être les puristes venir nous reprocher d'avoir créé, entre guillemets, un Disneyland. Mais c'était une façon aussi pour nous d'amener la fidélisation du public. Parce que j'en parlais tout à l'heure, mais c'est un public extrêmement fétichiste, qui est très attaché à l'objet. Olivier pourra le confirmer. Parce que que ce soit au niveau de la collection de disques, que ce soit tous les objets qui tournent autour du métal, le merchandising, etc.
Ça, c'est très important.
Après, c'est vrai, comme tout entrepreneur, même si on est une association, on a tout de suite senti qu'effectivement, il fallait aller dans ce sens-là.
De créer une marque, c'est ce que vous dites, finalement.
Exactement, le Hellfest, maintenant, aujourd'hui, la grande fierté, c'est de se dire qu'on ne va plus voir Metallica ou Hellfest. On va au Hellfest voir Metallica. C'est une grosse différence sur la façon dont on monte l'événement. Je pense aussi qu'il y a une réalité économique. Le festival a servi, permet de se rendre compte qu'il y avait un public en France. Et les chiffres parlent d'eux-mêmes, 450 000 personnes cette année. Ça représente un apport énorme, surtout que le fan de métal est quelqu'un de fidèle, quelqu'un qui consomme, c'est quelqu'un qui achète du t-shirt, qui boit de la bière, et qui va voir ces groupes. Je crois, en moyenne, peut-être que Charline pourra le confirmer.
Ils vont voir plus de concerts, ils suivent plus leur groupe. C'est un public qui consomme. Justement, en étant peut-être en débat, ce qui est bien, c'est qu'on est tellement bien au Hellfest que beaucoup de personnes ont envie de venir, mais pas forcément des fans de métal. Et justement, ils viennent découvrir le métal, ce qui est très bien.
Mais ça coûte combien, l'entrée au Hellfest, Ben Barbeau ?
289 euros le week-end. Oui, donc c'est quand même pas donné donné. Donc, fois deux week-ends cette année, ça faisait un peu plus de 500 euros.
Il faut quand même, c'est ce que vous disiez, Charline Bénard, avoir un peu les moyens d'y aller, même si, effectivement, vous disiez qu'on trouvait toutes sortes de catégories socio-professionnelles, mais quand même un peu plus de CSP+.
C'est pour ça qu'il y a quand même quelques petites différences entre le public du Hellfest et le public métal d'une manière générale, parce qu'on va avoir effectivement plus de gens de classe moyenne supérieure et plus de personnes diplômées, etc., qui vont avoir le pouvoir d'achat de venir au Hellfest. Donc, forcément, ils vont être plus nombreux à répondre à ces questions-là. Par contre, c'est quelque chose qu'on vérifie depuis une vingtaine d'années dans les études, qu'elles soient sur le métal en France, ou en Europe ou à l'international. De toute façon, les chiffres sont sensiblement les mêmes sur la classe sociale, le niveau de diplôme, sans acheter le pass du Hellfest.
Bon, 362 groupes cette année, quand même. C'est beaucoup, ça fait la dose. Sabrina, d'ailleurs, nous écrit sur l'application France Inter, j'ai fait mon premier Hellfest cette année, j'ai qu'un mot respect des autres, musique éclectique et bienveillante, je prends mes billets pour l'année prochaine. Merci aux organisateurs et aux musiciens. Alors, on va quand même essayer, bien sûr, de comprendre ce que dit l'évolution du métal dans notre société. Mais d'abord, les basses, quand même, la musique en elle-même, qui est, je crois, la plus détestée des Français, malgré tout. Je ne sais pas. 57% en 2008. 2008, c'est pas longtemps.
2008, oui, les chiffres commencent à vieillir un petit peu. Il n'y a pas de nouvelles études. Est-ce qu'on a d'autres chiffres ? On en a des nouveaux qui datent de 2020, mais ils ne sont pas aussi étayés que ceux de 2008. Donc, effectivement, ça vieillit un petit peu. Par contre, la chose qui est à noter, c'est que le métal, c'est la seule musique qui compte plus de 50% de personnes qui la détestent en France. Et la deuxième musique la plus détestée, c'est la catégorie rap, hip-hop, mais qui est aussi une des catégories les plus appréciées.
Mais ça, vos chiffres, vous les prenez de 2008 ou il y en a quand même des plus récents, comme vous demandez, Linda Bass ?
Sur une aussi grande échelle, effectivement, là, c'est... Parce qu'en 2008, il y avait beaucoup de grandes...
Olivier Badin, en tout cas, c'est apparu quand, le métal ?
On peut dire... Alors, c'est une grosse bataille d'espérés, mais pour faire simple, on peut dire que c'est apparu avec le premier album de Black Sabbath, groupe de heavy metal de Birmingham. Là, on est en 1970. Le tout premier album de Black Sabbath, le tout premier morceau qui ouvre l'album, qui s'appelle Black Sabbath, et qui exhibe tous les atouts, on va dire, tous les éléments caractéristiques du métal. Une thématique sombre, un choix d'accords très particuliers, qui sont accords mineurs, avec une consonance plus sombre, et une pochette d'albums avec une croix renversée rajoutée dans l'album, même si, a priori, c'était un choix de la maison de disques plus que du groupe en lui-même.
Et quelle différence avec le hard rock ? Parce qu'on parlait beaucoup hard rock à ce moment-là. Tout à fait.
Le hard rock, on peut dire que le hard rock, c'est tout simplement dans le nom, le hard rock vient du rock, qui lui-même vient du blues. Là aussi, son point de vue musical, un groupe que l'on a dit Zeppelin, est un groupe de hard rock. C'est du blues amplifié. Le heavy metal, c'est une autre gamme, donc, comme je le disais, en mode mineur, plus sombre, plus agressif, plus oppressante, et qui est donc vraiment quelque chose un peu à part, même si très longtemps, les deux se sont confondus.
Donc, racine blues et aussi musique classique, je crois, Linda Bustard. Oui, exactement, on peut avoir... Mais ça, les gens qui connaisseraient en métal, ils se disent que ce n'est pas possible.
Parce qu'il y a aussi des virtuoses de la guitare électrique, on va dire, et du coup, ils reprennent certaines gammes qui appartiennent au classique. Alors, surtout, vous avez énormément de croisements entre le métal et la musique classique, comme dit Linda, soit des gens qui vont le faire à la guitare, ou aussi beaucoup de gens, voire des styles entiers, qui vont se produire avec un orchestre, comme le métal symphonique, par exemple.
Mais le métal, justement, une petite anecdote, enfin, pas le métal, mais le blues aussi, et ce qui est amené à faire cette musique vraiment métal, vraiment extrême, c'est au niveau de la guitare, je parle en tant que musicienne, c'est au niveau de la guitare qui est devenue de la distorsion. Parce que déjà, dans les années 50, il y avait la première guitare distorsion, c'était devenue par erreur, parce que c'était Jackie Bradston.
C'est quoi la distorsion ?
La distorsion, c'est quand la guitare a vraiment un son électrique énervé. Vous voyez, c'est pas une guitare claire ou sèche, comme on peut dire. Et cette personne venait enregistrer un album, a fait tomber son ampli, et donc du coup, ils ont quand même enregistré l'album avec un son un peu plus distorsionné, et c'est par là que certains musiciens ont commencé à travailler ce son-là. Par exemple, aussi, dans le groupe de Kings, vous savez, la... Girl, you really got me now ! Ce guitariste a lacéré ses enceintes, justement, pour pouvoir avoir un son assez travaillé, et puis après, ce son-là s'est développé...
Alors, je disais, Ben Barbeau, j'ai regardé hier soir l'organigramme, entre guillemets, ou l'arbre généalogique, je ne sais pas comment le dire, du métal. C'est incroyablement peuplé, cette histoire. Ce n'est pas très facile d'y retrouver. Il y a plein de branches, de sous-familles, etc., de sous-groupes. Les grands groupes, c'est lesquels ? Heavy, Trash ?
C'est difficile. Là, on en a fait un grand qui a clôturé le festival cette année, qui était Metallica, sur la branche qui est dite du Trash Metal. Après, le LFS, c'est un peu particulier, parce qu'on va piocher un peu plus loin, finalement, que le métal, que le hard rock, parce qu'il y a beaucoup de punk rock aussi, il y a beaucoup de hardcore.
Mais on dirait quoi ? Heavy Metal, Trash Metal, Black Metal, Death Metal ?
Les grands groupes sont essentiellement ceux qui ont effectivement rayonné dans les années 80. Iron Maiden, Kiss, Scorpion. Donc, tous ces groupes-là sont déjà passés, évidemment, au LFS, et c'est ceux qui drainent le plus de public, parce que dans les années 80, effectivement, ils ont été portés, en termes de popularité, à un niveau important.
Alors, on va faire un petit tuto, donc, pour nos auditeurs, et moi également, en mode métal pour les nuls, je le disais. Comprendre, essayer de comprendre, en tout cas, les différences entre les grands courants. On commence avec le Heavy Metal. Olivier Badin, vous allez nous expliquer. Donc là, c'est Iron Maiden, 1982.
Iron Maiden, une institution britannique qui a commencé, même au milieu des années 70, même s'ils n'ont sorti leur premier album qu'assez tardivement, en 1980.
Heavy Metal, c'est quoi ? C'est le « gentil métal », entre guillemets ?
C'est un métal qui se base sur une culture assez fantasmée. Iron Maiden a été l'un des premiers à apporter tout ce... Alors, déjà, le nom, l'Iron Maiden, la Vierge de Fer. C'est un instrument de torture du Moyen-Âge, une sorte de sarcophage avec des pointes dans lesquelles on enfermait les prisonniers et ensuite, on refermait ça. Et Iron Maiden a amené ce côté un peu héroïque fantasy avec des chansons sur le fantôme de l'Empéra, sur les dieux égyptiens, pour essayer de porter un peu l'imagination. Et musicalement, on a ces accords, ces power chords, comme on dit, ces accords mineurs, mais avec ce côté, ça cavale et on y va, et ça chevauche et hop !
Allez, on change. Trash Metal. Bon, là, c'est les rois. C'est Metal-K.
Là, c'est Metal-K, c'est parce qu'on peut pas être en 1956. Le trash, c'est l'extension du heavy metal. C'est le heavy metal, mais c'est plus rapide, plus énervé, avec une attaque à la main droite plus resserrée. C'est l'évolution suivante du heavy metal.
Allez, on augmente. Black metal. là, c'est l'évolution.
Ah, c'est bien.
Là, c'est... Là, ça, il va fort. Mayem. Là, on va très loin. Mayem.
Groupe norvégien, sur Freezing Moon. Le black metal, c'est une musique très mystique qui se base beaucoup sur des accords monotones joués très vite et avec surtout la particularité, cette voix criée, éraillée, parlant souvent de Transylvanie, de satanisme, d'occultisme. C'est là où on peut aller pratiquement, le métal est allé pratiquement le plus loin.
Et dernier palier, en tout cas pour aujourd'hui, Death Metal. Morbid Angel.
Morbid Angel. Ça, nous sommes à la fin des années 80. Ça, c'est le grand frère. Il est arrivé historiquement avant le black metal. La différence, je dirais, est que là, on est avec des voix plus graves et avec des thématiques tournant plus autour de la violence, du gore ou de la guerre.
Et dernier, on va dire un bonus, c'est Gojira quand même qui est un des grands groupes français aujourd'hui de métal qui est rempli des stades dans le monde entier. Et alors là, Olivier Badin, vous m'avez dit, c'est un métal un peu inclassable. Alors on écoute. Amazonia l'année dernière. Engagement écologique au passage.
Gojira, son succès, c'est pas un hasard. Ce sont des gens qui ont beaucoup, beaucoup travaillé et qui ont énormément évolué musicalement. Ils ont commencé au tout, tout début. Mais il ne s'appelait même pas Gojira, il s'appelait Godzilla à l'époque, à faire du death metal, très influencé d'ailleurs par Mandy Dunger au tout début. Et ils se sont complètement ouverts musicalement et surtout conceptuellement, j'ai envie de dire. Ils ont une conscience écologique très forte. Ils travaillent depuis très longtemps avec l'association Sea Shepherd. Et leur musique, c'est nourri ça d'influence presque world music avec un discours qui n'a rien à voir avec le discours de métal de base.
Linda Bastard, il y a des gens qui écoutent là qui disent non mais moi je ne peux pas écouter cette musique.
Vous le comprenez aussi quand même ? Alors je peux le comprendre puisque comme je disais avant, on n'a pas forcément une oreille habituée à des guitares saturées, à des voix très aiguës ou très gutturales. On appelle ça les voix gutturales quand les gens crient comme ça. Mais il y a vraiment de tout mais on peut commencer, les oreilles peuvent commencer à s'habituer avec des groupes justement qu'on parlait de hard rock, de glam où le chant, je pense que le chant c'est très important si on veut commencer à approcher cette musique. Si on a un chant clair avec des jolies mélodies, c'est comme des tubes, ça devient des tubes en fait.
Allez, le métal comme il passe sur France Inter, on est interdit, pardon, c'est un message que je reçois sur Twitter, le métal, il ne passe pas sur France Inter, interdit sur les médias mainstream mais c'est pour ça que c'est cool nous dit cet auditeur, on a l'impression de découvrir la musique par nous-mêmes. Pas de métal effectivement en pléniste sur France Inter, c'est Valentine Chedebois qui signe la programmation musicale de l'émission et elle nous a préparé Cannibale, débat de midi préparé par Maxime Cochelin avec Anaïs Poncin réalisé par Théoraison et c'est Alexandre Chéné à la technique.
We were the kings of the attic that was flying under the... ...pendant deux jours au fin fond des entrailles du man. A notre arrivée, les organisateurs vêtus de noir se montrent déjà extrêmement belliqueux envers notre équipe. Le métalleux se distingue par un code vestimentaire très sombre comme tout droit sorti d'un film d'horreur. Un seul mot pour le définir la négligence. Le métalleux se distingue par sa façon de danser qui consiste à secouer sa chevelure de façon circulaire. C'est ce que l'on appelle le head-banging. De plus, comme un automatisme, le métalleux tend son bras vers la scène exprimant par les cornes du diable sa sympathie pour le malin.
Inutile de préciser que l'alcool, les drogues dures ou autres stupéfiants illicites circulent librement. Nous essayons d'en savoir un peu plus sur le champ métal qui se caractérise par des cris guturaux agressifs.
Voilà, parodie, je le précise évidemment, parodie faite par Poncho Production. C'était en 2013 après un reportage de M6 qui avait beaucoup déplu à la communauté et qui justement enchaînait les clichés. Alors ces clichés, ils sont effectivement très nombreux. Charlène Bénard, ils participent quelque part quand même à la construction de l'identité des métal, non ? En fait,
ce qui est important et je voulais le préciser depuis tout à l'heure, c'est que le métal c'est une culture en fait. Ce n'est pas une culture totalement isolée de la culture de masse, ce n'est pas une contre-culture, mais c'est une culture avec ses spécificités. On l'a déjà entendu à plusieurs reprises depuis le début de l'émission. On parle de la musique mais au sens large. Linda, elle nous disait que ce qu'elle a aimé d'abord, c'est le visuel de Eddie, d'Iron Maiden. C'est quelque chose qui revient très souvent dans l'amour pour le métal. Olivier nous disait aussi que le métalleux, c'est quelqu'un qui consomme beaucoup, qui achète beaucoup, donc il y a tout un tas de pratiques culturelles.
C'est une musique qui se vit culturellement avec... Il y a plein de raisons à ça aussi. On parlait du métal en France, le fait qu'en France, le métal n'ait pas trop ses médias, soit très détesté. c'est structurellement une musique de niche puisque l'organisation aussi médiatique et de l'industrie musicale française fait en sorte que le métal est laissé de côté. Donc on a des réactions culturelles par rapport à ça aussi. Les maisons de disques... Toutes les références culturelles du métal, aussi bien cinématographiques que littéraires, ou même beaucoup dans les années 80, les jeux de rôle, ce sont des choses. Tout ça, voilà, Tolkien a toujours été très populaire dans le métal.
C'était un auteur jusqu'à ce que les films sortent du Seigneur des Anneaux qui était un peu dénigré. La culture vidéo, les Terminator, les Mad Max, tout ça, les jeux de rôle, bien sûr. Tout ça, il y a un terreau commun culturel dans le métal qui en France, jusqu'à il y a peu, était complètement négligé.
Et les codes, alors Ben Barbeau, ils viennent d'où ? Tous ces codes qui sont des clichés pour certains dans le métal.
C'est difficile à dire, effectivement. Derrière, effectivement, la culture de masse comme vous en parliez, il y a quand même cette envie, je pense, dans la tête des gens d'essayer de se sentir dans une contre-culture et d'essayer de se dégager justement de cette masse. Lorsqu'on se met, quand on est jeune, à écouter cette musique-là, il y a quand même un désir d'appartenance et une envie d'être différent des autres, quand même, malgré tout, physiquement, dans ce qu'on écoute, dans la culture, etc.
même si ça n'a jamais été le métal une vraie contre-culture, entre guillemets, politisée, ça reste quand même un moyen, à mon avis, pour les gens de se démarquer et de montrer à son entourage qu'on est différent, entre guillemets. C'est pour ça que c'est très paradoxal le succès du LFES, par exemple, avec énormément de curieux qui veulent désormais y aller. Beaucoup de gens qui peuvent se plaindre effectivement du manque de relais qu'il peut y avoir avec ces musiques-là dans les médias. Mais il y a aussi ce côté effectivement où on se dit on souhaite que nos musiques restent un petit peu sous les radars parce que c'est ce qui permet d'avoir cette appartenance.
Je vais vous faire une petite série de questions pour comprendre les grands clichés liés au métal et vous allez essayer de m'expliquer d'où ça vient. Le noir d'abord. Pourquoi tout le monde est habillé en noir ? Qui peut répondre ?
Je n'ai aucune idée. Alors le noir. Olivier est en blanc. Je suis en blanc. Excusez-moi. Le noir, c'est tout simplement lié vraiment au début de la musique. Il y avait cette volonté. Donc on l'a dit tout à l'heure le heavy metal 1970 naissance 1970 Black Sabbath Birmingham à l'époque c'était déjà une contre-réaction à la culture hippie peace and love et notamment à ce moment-là la guerre du Vietnam. Donc il y avait cette volonté il y avait tous ces babacools avec quelque chose très coloré. Les premiers fans de hard rock on va dire ont voulu marquer en différence en disant vous savez moi vos trucs les petites fleurs dans les cheveux ça ne m'intéresse pas je vais m'habiller en noir.
Ok on se met en noir.
La bière 3 millions et demi de litres au Hellfest ces derniers jours Ben Barbeau pourquoi les gens boivent de la bière ?
Je ne sais pas c'est culturel effectivement on est beaucoup moins porté sur la consommation de vin par exemple ça a toujours été effectivement la bière cette image du rocker effectivement en regardant son concert avec sa peinte de bière à la main est quelque chose d'ancré entre guillemets dans le monde du métal d'ailleurs également dans le monde du punk un petit peu dans le monde du rock en général j'ai l'impression pourquoi la bière ? Parce que sans doute que ça nous vient de cette culture anglo-saxonne qui était plus portée sur la bière que sur le vin peut-être que si il y a un côté convivial aussi il y a un côté convivial
à boire avec modération je le dis quand même l'enfer Hellfest pourquoi ? Pourquoi l'enfer ?
Je ne sais pas c'est relié au noir c'est la musique extrême c'est ça c'est un environnement culturel de l'occulte et du son comme disait Olivier il y a déjà la réponse au mouvement hippie qui est ancienne mais c'est une construction culturelle autour de l'occulte du son de la sorcellerie de l'imaginaire en fait le métal est beaucoup sur l'imaginaire il faut être clair vu le type de musique vu les guitares le chant si on va parler de quelque chose qui correspond si on se met à parler de la reine des neiges ça ne va pas trop coller
le headbanging le fameux headbanging donc agiter vous le faites tous vous savez tous là évidemment c'est agiter sa tête en fait
un peu moins éclat ça ça vient d'où ?
ça c'est aussi c'est la marque d'approbation des métalleux c'est à dire le headbanging on suit le rythme de la musique et c'est tout avec les mains comme ça on suit comme c'est une musique très rythmique très portée sur le riff qui est cette petite figure de guitare récurrente qui accroche tout le monde et bien on suit comme ça c'est comme taper du pied c'est une forme de trance on va dire ça comme ça c'est aussi beaucoup une catharsis pour beaucoup de métalleux qui voilà le fait de au sens propre de la catharsis de purger les émotions en fait ça c'est des choses qu'on remarque beaucoup dans les études ethnographiques sur le métal c'est le fan de des métal il va dire moi j'écoute du des comme ça on a justement
Laurie qui nous écrit sur l'application France Inter à ce sujet j'ai 43 ans j'ai goût du métal depuis mes 13 ans je suis très calme en apparence mais j'ai besoin de cette musique pour exprimer une certaine violence une certaine colère contenue elle me fait du bien et me défoule profondément coucou à Ben dit-elle je rêve d'aller un jour au Hellfest voilà donc effectivement moyen de se défouler c'est un exutoire c'est de l'autocanalisation en fait dernier signe ce fameux horns up donc les doigts levés alors pour les gens qui ne savent pas c'est le petit doigt et l'index comme ça on ne voit pas les cornes du diable c'est pour dire là c'est pas du tout
historiquement l'un des premiers à avoir fait ça c'est un chanteur qui s'appelle Ronnie James Dio qui était chanteur de Rambo et le deuxième chanteur de Black Sabbath lui-même est fils d'immigrés italiens qui va à New York et lui a toujours dit qu'il voyait sa grand-mère née en Italie mais venue aux Etats-Unis qui ne parlait pas anglais et faire le mauvais oeil comme ça aux gens qu'elle n'aimait pas c'est-à-dire que c'est le même signe mais tourner comme ça genre toi je te maudille et lui a récupéré ça sur un signe plus une forme de ralliement pas tout à fait ironique mais une manière comme les surfers font ça c'est une manière de se dire entre avant ce qui se passait c'est que parfois vous croisiez plutôt rare dans la rue un autre fan de métal c'est une forme de dire vous faisiez genre d'accord donc ça vient de sa grand-mère et lui ça vient de la grand-mère de Ronnie James Dio cependant si je peux juste préciser puisque Dio est quand même très affilié à l'histoire de Black Sabbath etc la première fois qu'on a réellement vu ce signe dans l'imagerie disons pas métal mais qui a été ensuite très approprié par le métal c'est sur un album de Coven en 1969 et c'est un groupe qui a énormément inspiré Black Sabbath c'est même d'ailleurs en 70 Lester Banks qui disait que Black Sabbath c'était un peu une réponse anglaise à Coven et à l'arrière de ce disque on voit le groupe avec la chanteuse du groupe qui fait le signe mais qui musicalement n'était pas du tout un groupe de métal non vraiment un groupe qui a inspiré
beaucoup le métal tout ça pour dire en tout cas qu'il n'y a pas vraiment de satanisme dans toute cette histoire mais est-ce pour autant vrai Charlène Bénard que les métalleux quand on a tendance effectivement à les présenter de plus en plus ces dernières années sont les gros bisounours tout gentil tout le monde il est beau tout le monde il est gentil c'est une exagération dans le sens
oui c'est un stéréotype et de toute façon on a besoin des stéréotypes pour désigner une réalité pour s'adresser à cette réalité c'est une porte d'entrée en fait vers une réalité sociale mais c'est quand même une réalité c'est vrai que les métallux entre guillemets sont cools ça dépend là on parlait encore des diverses ramifications en sous-genres mais en fait chacun de ces sous-genres est une culture en soi et il n'y a pas plus facile pour s'embrouiller entre métallux que de discuter des sous-genres alors justement
il y a quand même quelques polémiques en ce moment là je me tourne vers vous Ben Barbeau parce qu'elle vise particulièrement le Hellfest cette année il y a une liste un peu longue donc je commence par la première un groupe polonais qui a été programmé donc cette année qui serait lié à la mouvance néo-nazie dont le label appartient à un néo-nazi finlandais notoire vous n'avez pas voulu déprogrammer ce groupe pourquoi ?
on a effectivement nous cet artiste là qui s'est déjà produit Hellfest deux fois de par le passé nous a toujours effectivement assuré qu'il n'y avait pas de politisation de son discours au niveau du groupe après c'est toujours compliqué pour nous organisateurs parce qu'on n'a pas la prétention aujourd'hui sur les 360 artistes qu'on a accueillis ça représente un peu plus de 1500 musiciens on n'a pas la prétention nous aujourd'hui de connaître personnellement chaque membre de groupe de connaître si des personnes effectivement dans le groupe ont des comportements déviants ou des idées un peu puantes donc c'est toujours difficile pour nous à partir du moment où on nous propose cet artiste là que cet artiste là aujourd'hui le droit de se produire en France on ne va effectivement nous en tant que programmateurs se baser uniquement sur finalement l'envie des spectateurs de le voir ou non cet artiste là
mais il y a quand même des gens qui se sont élevés pour dire qu'il ne fallait pas il y a toujours
effectivement des polémiques sur un tel ou tel artiste sur effectivement son comportement en termes humains et nous comme je le disais tout à l'heure on n'a pas la prétention effectivement de connaître tous les comportements de tous les gens qui viennent sur le festival d'ailleurs pas que les artistes il y a également eu une polémique sur un bénévole portant des t-shirts antisémites chez nous encore une fois on accueille 70 000 personnes par jour c'est une grande ville chez nous on accueille une grande ville et comme dans n'importe quelle grande ville on reconnait qu'effectivement il peut y avoir des comportements déviants on essaye d'être évidemment un maximum vigilant sur tous ces comportements mais on ne souhaite pas non plus parce qu'il y a une polémique parce que des personnes nous laisseraient à penser que cette personne n'aurait pas comment dire politiquement parlant de voilà c'est néo-nazis
donc c'est pas ça va un peu plus loin
une fois le groupe lui nous a écrit pour lui dire que non il n'y avait pas de politisation alors est-ce qu'aujourd'hui il y aurait effectivement il y a eu du moins dans ce groupe un membre qui était affilié apparemment qui avait des activités politisées néo-nazis ce membre n'est plus actuellement dans le groupe donc nous on fait confiance effectivement
je vais vous lire le titre d'un article de Slate qui est paru la semaine dernière signé du journaliste Brice Michelet je ne sais pas si vous le connaissez le titre c'est Féminisme Washing écologie de façade et néo-nazis acceptés bienvenue au Hellfest il y a aussi des polémiques autour notamment d'un groupe pareil programmé dont le chanteur est accusé d'agression sexuelle il y a une festivalière qui dit qu'elle s'est fait violer aussi à la dernière édition en 2019 une enquête de Mediapart je vous dis tout qui a eu lieu sur les violences sexistes et sexuelles dans les musiques extrêmes dont le métal donc là il n'y a pas que le Hellfest qui est visé et vous êtes accusé finalement de ne pas prendre position c'est prendre position disent ces gens-là qui sont dans la polémique qu'est-ce que vous leur répondez
Ben Barbeau ?
c'est une façon de voir les choses après effectivement on parle de cet article justement pour lequel on n'a pas réagi l'article qui est passé sur Slate en début de semaine il me semble c'était dimanche qui est un article pas loin qui est vraiment très malveillant sur le festival en lui-même et qui est bourré de contre-vérité d'ailleurs parce qu'on a plutôt l'impression qu'il s'agit d'un article visant à créer un espèce de buzz afin de surfer entre guillemets sur le fait que le festival est extrêmement exposé en ce moment quand on parle de féminisme washing on nous reproche effectivement de ne pas être assez à l'écoute des difficultés que pourraient rencontrer les femmes venant au Wellfest
ça c'est la brigade que vous avez créée il n'y a pas d'enquête il faut savoir qu'il y a des critiques il y a des critiques
c'est-à-dire qu'il n'a jamais mis un seul pied dans le festival comment un journaliste peut écrire un tel titre d'ailleurs alors qu'il n'y a jamais mis les pieds au festival les chiffres parlent de même c'est des contre-vérités quand on lui dit qu'on fait de l'écologie de façade alors aujourd'hui effectivement parce que lors de la conférence de presse j'ai annoncé que 300 000 litres de fioul allaient être consommés sur le festival chose que j'ai regretté mais en appuyant sur le fait qu'aujourd'hui il n'existait pas vu la taille de l'événement vu son côté industriel de solutions autres et encore une fois un vrai journaliste aurait fait un vrai travail 300 000 litres de fioul c'est deux allers-retours à New York en avion donc aujourd'hui il y avait surtout une vraie volonté de ce journaliste d'essayer effectivement il nous a reproché il nous a dit champagne 300 000 litres de fioul mais je pense qu'il y avait derrière tout ça aussi une volonté de sa part effectivement de faire du buzz de faire du buzz parce qu'aujourd'hui c'est tellement facile de faire du buzz sur un public justement qui est catalogué un petit peu qui souffre de beaucoup de préjugés via un événement qui était extrêmement populaire c'est facile de faire du buzz
vous niez donc toutes les accusations non
je suis le premier à dire qu'aujourd'hui on reçoit 70 000 personnes 70 000 personnes c'est une grande ville c'est Saint-Nazaire ce sont des grandes villes aujourd'hui des comportements déviants ou Elfeste il y en a et nous essayons au maximum de mettre en place nous des moyens d'organisation qui visent à rester vigilants donc on a fondé justement une brigade d'Hellwatch mais il va y avoir aussi tout un tas de public qui va nous dire à chaque fois oui mais c'est pas assez
allez on continue d'en parler on a un message sur franceinter.fr qui nous dit aussi ça manque de diversité là il parle de message du métal en général j'attends un groupe de métal noir et queer pourquoi pas on parle métal aujourd'hui donc on continue après une petite pause musicale
c'est le titre
qui marche beaucoup mieux à l'écrit je vous l'accorde de ce débat de midi avec mes quatre invités Charlène Bénard sociologue spécialiste du métal Olivier Badin journaliste Ben Barbeau directeur du Elfeste et Linda Bastard chanteuse et musicienne alors on était sur les critiques qui peuvent être faites en ce moment au Elfeste comme au métal en général donc je vous lisais ce message d'un de nos auditeurs sur le manque de diversité on parlait tout à l'heure rapidement de la place des femmes aussi Linda Bastard vous qui êtes dans des groupes est-ce que vous notez que quand même c'est vrai c'est une réalité c'est quand même plutôt une musique de mec
alors c'est plutôt une réalité parce qu'il y a beaucoup plus d'hommes que de femmes et il y a beaucoup plus de musiciens que de musiciennes mais en soi c'est pas vraiment un problème c'est comme dans certains milieux par exemple la police ou le bâtiment il y a beaucoup moins de femmes ok on doit peut-être un peu plus s'affirmer mais ça ne pose pas vraiment donc c'est un long sujet je pense oui je pense qu'on en fait beaucoup je ne sais pas ce que pense tout le monde n'est pas d'accord avec ça effectivement en termes de chiffres justement Ben disait tout à l'heure je vais préciser quand il disait on a 70% d'hommes au Hellfest on parle des gens qui regardent les concerts donc vraiment le public c'est un chiffre qui est en constante augmentation que ce soit en France ou dans le monde là par exemple moi la dernière enquête que j'ai faite elle date de cette année on est plus proche de 40-60 donc 40 de femmes et 60 d'hommes par contre pour les nombres de musiciens c'est pas la même chose mais c'est surtout extrêmement polarisé en fait si on prend la moyenne mondiale de musiciennes dans le métal depuis le début de ce sous-genre c'est 3% de musiciennes donc c'est quand même par contre le chiffre est en constante augmentation elle est faible elle est timide mais comme on dit lentement mais sûrement avant les années 80 c'était 1 à 2% là depuis les années 2010 on passe entre 5 et 6% de femmes musiciennes oui puis il y a vraiment une évolution de la mentalité dans les années 80 les rares groupes Shaina Raison qui est féminin c'était justement c'était leur argument de vente numéro 1 dire attention c'est un groupe strictement comme Vixen ou des groupes comme ça de hard FM comme on appelait ça à l'époque en fait il y avait les deux c'était soit les filles comme Girl School qui montraient vous avez vu on est comme les mecs on est exactement comme les mecs soit des filles qui étaient très filles et vendues ça veut dire quoi il y a aussi une imagerie dans le rock et le métal on sexy représentait de manière sexy tout ça c'était à l'époque ça et l'évolution de la mentalité parce qu'il y a une prise de conscience aussi mais qu'il y a une prise de conscience dans la société en général et que maintenant il y a de plus en plus même pas encore assez mais de plus en plus de musiciennes et de musiciennes qui n'ont plus besoin de justifier du genre ah oui moi je suis une fille mais bon je peux quand même jouer du métal
et sur l'homosexualité par exemple est-ce qu'il y a des évolutions là-dessus parce que là aussi il y a toutes des critiques sur le côté des hétéros
il y en a une très médiatisée effectivement qui a permis de faire avancer les choses c'est le coming out du chanteur de Judas Priest Rob Alford dans les années 90 et en fait c'était un secret de polychinelle parce que dans la scène métal mondiale tout le monde était au courant puis quand il a fait son coming out il y a eu une espèce d'indifférence générale de oui
on s'en fout vous en fait
dans vos programmations quand vous préparez le Hellfest Ben Barbeau est-ce que vous essayez d'être attentif à peut-être remettre plus de femmes est-ce qu'il y a des critères qui sont venus s'ajouter depuis que le Hellfest existe ou pas du tout
non pour être honnête je pense que c'est comme on le disait tout à l'heure la propension de filles effectivement dans les groupes disponibles entre guillemets et qui intéressent le public encore une fois moi notre métier c'est d'essayer d'offrir au public ce que les artistes qu'ils ont envie de voir sur scène entre guillemets donc il y a beaucoup de groupes avec présence féminine qui se développent beaucoup cette année on a eu en tête d'affiche Nightwish on a des groupes comme Epica qui sont un nouveau courant musical où les femmes se prennent le champ généralement et qui plaît beaucoup et qui devient vraiment quelque chose qui fonctionne beaucoup après il n'y a pas une volonté c'est à dire qu'on ne va pas non plus aller chercher pour aller chercher on est toujours sur nous l'aspect musical et ce que les gens ont envie d'avoir au niveau de leur wish list entre guillemets
donc on avait
malgré tout sur les 362 groupes qui ont été représentés cette année un peu plus de 60 groupes où il y avait au moins une femme représentée sur le groupe c'est en constante évolution il y a eu un super reportage sur Brut qui est sorti hier soir justement sur la bassiste qui joue dans ce groupe là de Poco Cash Control excusez-moi donc voilà c'est évidemment qu'on serait ravis nous d'en programmer beaucoup plus il faut que les filles se mettent je pense que c'est un mouvement je pense que c'est un mouvement qui va s'amplifier en plus que dans les années effectivement 80 c'était sur scène et devant la scène c'est un public très majoritairement masculin et il y a une vraie évolution il y a c'est en train de changer
alors justement l'avenir Lisa nous écrit pensez-vous que le métal est devenu un vrai objet de pop culture ou est-il toujours une sous-culture quand on voit la nouvelle ministre de la culture Ima Abdelmalak venir pour la première fois c'est une première que le ministre de la culture vient au Hellfest en l'occurrence est-ce que ça envoie un signal et est-ce que finalement ça peut être une bonne chose ou une mauvaise chose que le métal sorte comme ça un peu de sa petite niche Ben Barbeau ?
je pense qu'il y aura deux façons de voir les choses il y aura peut-être des puristes qui se diront qu'effectivement le Hellfest est arrivé à travers cette visite de la ministre à quelque chose de trop populaire de trop commercial de trop convenu et puis il y en a d'autres qui au contraire et nous on fait partie de ces gens-là en tant qu'organisateurs qui souhaitent que ces musiques-là soient partagées au maximum et avoir effectivement une telle visite c'est aussi montrer que la popularité de l'événement peut amener aussi différentes choses donc nous moi je suis pour que cette musique s'ouvre et qu'un maximum de gens puissent y avoir accès et la découvrent
Et alors l'avenir justement pardon Olivier Badin je vous coupe mais la relève parce que quand même on le disait tout à l'heure la majorité du public et des groupes est plutôt vieillissante on va le dire comme ça Gilles nous écrit j'ai 48 ans oui les fans commencent à être vieux c'est un mouvement très fédérateur qui connecte les personnes mais il va falloir trouver effectivement du monde pour suivre Linda Bastard est-ce qu'il y a des jeunes aujourd'hui qui se mettent à la musique métal ?
Oui je pense parce qu'il y a des jeunes qui se mettent à la musique métal et aussi à la musique en général puisque aussi on est aidé par les technologies c'est-à-dire qu'on peut avoir son propre home studio à la maison donc on peut enregistrer ses propres morceaux et être créatif et avoir un accès à la musique donc oui Charline Bénard
quand on voit par rapport au rap par exemple aujourd'hui qui prend aussi de plus en plus d'ampleur est-ce que finalement le métal peut remplacer le rock ?
C'est difficile à dire dans le sens où en sociologie on n'a pas de boule de cristal donc on ne peut pas prévoir l'avenir comme ça on peut juste analyser les faits sociaux de manière rétrospective par contre quand on voit des tendances effectivement qui sont à la hausse en termes de nombre de personnes on parlait du nombre de femmes tout à l'heure même sur le recul de la moyenne d'âge il reste lent parce que même si on insiste sur les gens qui vieillissent avec le métal il y a toujours des jeunes qui continuent d'arriver il y a toujours des nouveaux courants de métal qui continuent d'émerger Olivier Badin vous le voyez comment l'avenir du métal ?
Moi je pense qu'il y a une intégration progressive qui est déjà en marche dans la pop culture on l'a vu dans la dernière saison en date qui a très bien marché de Stranger Things l'un des personnages principaux est un fan de métal qui d'ailleurs termine en rejoint un morceau de Metallica pour attirer les monstres et je pense surtout que je n'ai pas jusqu'à dire que le métal va devenir le dernier bastion mais une forme d'embourgeoisement du rap il y a le besoin de plus en plus grandissant nous sommes dans une société de conflits de contestation et finalement c'est l'une des dernières musiques qui met en avant ces débats là
Allez on avait lancé un petit message un petit sondage ce matin sur Twitter pour vous demander pour ou contre diffuser du métal à la radio et particulièrement sur France Inter alors là le constat est implacable pour 88,4% contre 11,6% donc si les programmateurs musicaux de France Inter nous entendent vous savez ce qu'il faudrait ça faire Ben Barbeau vous seriez pour évidemment tout le monde autour de cette table
en plus il y a une telle diversité et des groupes du monde entier qui s'expriment dans toutes les langues qui parlent de tout moi j'ai appris plein de choses j'ai découvert plein de choses avec le métal c'est un très riche c'est un très manque de médias de masse à part la presse si Jocelyn Perrotin
et Didier Varou nous entendent voilà le message est passé je vous remercie beaucoup à vous quatre très bon week-end également et puis nous on se retrouve lundi même lieu même heure avec cette question saisonnier est-ce que tu viens pour les vacances ?