Bernard Werber : L'Heure des Livres (Émission du 19/10/2026)
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Bienvenue à l'heure des livres, Bernard Werber.
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Cela fait des années qu'on vous connaît depuis ce succès faramineux dont on vous parle sans cesse des fourmis de cette trilogie.
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Et nous vous recevons parce que vous publiez aujourd'hui Au bord du Monde.
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un livre qui mêle fiction, science, réflexion, se penche sur un phénomène étonnant, celui des platistes.
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Alors tout commence, c'est qu'on voit un journaliste, Lucien Loiseau, qui est un peu sur le retour, un peu un loser.
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Et il lui demande en gros de trouver un sujet un petit peu marrant pour surtout essayer de générer des clics.
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« ce qui est intéressant, c'est que vous êtes inspiré d'un mouvement platiste qui existe vraiment, notamment en France, pas mal aux États-Unis. »
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« 9% en France de prêts... 9% en France, c'est quand même pas mal. 10% aux Etats-Unis. Sur les Etats-Unis, donc 4% d'irréductibles. »
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Bienvenue à l'heure des livres, Bernard Werber. Cela fait des années qu'on vous connaît depuis ce succès faramineux dont on vous parle sans cesse des fourmis de cette trilogie, parce que vous aimez bien les trilogies, c'est un exercice que vous répétez. Et nous vous recevons parce que vous publiez aujourd'hui Au bord du Monde un livre qui est paru chez Albin Michel, qui mêle fiction, science, réflexion, se penche sur un phénomène étonnant, celui des platistes, qui sont des défenseurs de la théorie selon laquelle la Terre n'est pas ronde mais plate. Et tout cela avec l'humour et votre plume qu'on ne lâche pas, comme d'habitude. Alors tout commence,
pas
tout de suite, mais enfin bon.
L
'une des scènes du départ, c'est qu'on voit un journaliste, Lucien Loiseau, qui est un peu sur le retour, un peu un loser, et il se voit
reproché
par son rédacteur en chef un article qu'il a commis et que le rédacteur en chef trouve nul, voire à le chier. Et il lui demande en gros de trouver un sujet un petit peu marrant pour surtout essayer de générer des clics, puisqu'aujourd'hui les papiers, les articles doivent être téléchargés.
Et
c'est là que ce journaliste se dit, finalement, pourquoi pas
?
Il se souvient du profil d'un certain Mad Mike Hughes, un cascadeur astronaute américain qui avait fabriqué sa propre fusée pour défendre la théorie platiste. Et là, je vous passe le relais pour
que
vous nous expliquiez comment la figure de cet homme va l'inspirer dans son article.
Ce
qui m'a surpris quand j'ai vu cette histoire de ce type qui fabrique sa fusée
pour
prouver que la Terre est plate... C
'est
une histoire vraie. C'est une histoire vraie. Et le type est très sympathique, il est très beau,
il
est très chaleureux, c'est un ancien cascadeur.
Et
je me suis dit, ok, on en est là. Maintenant, il y
a
des gens qui sont capables, sur ce mal, de fabriquer une fusée pour aller prouver ça et qui en sont totalement convaincus et qui sont prêts à mourir pour ça. Et là, ça m'a donné à réfléchir sur notre monde dans lequel, maintenant, il n'y a plus aucune certitude. Donc, le fait que la Terre est ronde, a priori, on pourrait considérer que c'était un attaï. Mais non, non, pas du tout, c'est remis en question. Et ce qu'il
y
a de nouveau, c'est que maintenant, dès qu'on sort n'importe quelle idée, aussi stupide soit-elle, vous formez au bout d'un moment une communauté de gens qui croient à la même idée stupide. Et cette communauté, tout le monde trouve des arguments pour la soutenir. Donc, c'est un roman sur le fait que la vérité est devenue démodée et qu'on est en train de perdre le socle commun.
Et
mon héros, Lucien Loiseau, a l'impression que c
'est
une évidence, que la Terre est ronde, qu'elle forme une sphère. Et progressivement, on va lui expliquer que finalement, ce n
'est
pas si sûr que ça, que peut-être que toutes ces photos sur la Lune sont truquées, peut-être que
c
'est un complot de la NASA. Et c'est confirmé, confirmé, jusqu'au moment où lui-même,
il
va se dire qu'on sent tout le monde envie de croire à la théorie de la Terre plate et plus personne ne veut croire à la Terre ronde parce que c'est devenu démodé, ringard, croire que la Terre est ronde. Et c'est peut-être mon roman où je me suis le plus amusé avec mon personnage, qui est dépassé par la situation.
Oui, il y a un rêve éveillé, quoi. Enfin, c
'est un certain côté... Enfin, un rêve. Non, ce n
'est
pas un rêve, plutôt. C'est un peu... Il
assiste un tout petit peu. C'est la première fois que je fais un héros passif. C'est-à
-dire
qu
'il
fait des choses, mais chaque fois qu'il fait quelque chose de bien, il est puni. Et chaque fois qu'il fait quelque chose de mal, il est récompensé. On ne racontera pas la fin. C'est une sorte d'apothéose. Mais chaque fois qu'il veut défendre l'idée « Mais quand même, elle a l'air ronde et tout », on lui explique par A plus B, et de manière parfois très intelligente, qu'on n'en est pas si sûr que ça, alors que la Terre plate, c'est une théorie qui peut être prouvée. Et je me suis amusé avec ce sujet pour montrer, à travers le thème du platisme, qu
'il
y a toute notre réalité, toute notre histoire, risque d'être remise en cause du seul fait qu'il y
a
les réseaux sociaux et
l'intelligence artificielle
qui, lorsque vous avez une mauvaise idée, vous dit que c'est vous qui avez raison et que tous ceux qui ne
sont
pas d'accord avec vous sont des imbéciles. Oui,
parce qu'on a l'impression de perdre pied où est la vérité. Et puis ça va être évidemment la grande question des années à venir avec l'intelligence artificielle. Où est et où se situe la vérité ? Comment la reconnaître, en fait ? Alors, déjà, ce qui est intéressant, c'est que vous êtes inspiré d'un mouvement platiste qui existe vraiment, notamment en France, pas mal aux États-Unis. Et il y a tout un monde, j'imagine, on le voit, vous avez dû enquêter, puisqu'il
y
a tout un monde platiste avec ses conférenciers, ses influenceurs. C'est assez incroyable.
Ses martyrs. Ses maîtres à penser. Celui qui a relancé le concept, c'est un type qui s'appelle Robotom, dans les années 70.
Il
a créé un club de gens qui adorent ça. Et dès que sont arrivés les réseaux sociaux et Internet, tout d'un coup, ils ont formé une communauté. Et ce qui se passe, c'est que quand vous êtes platiste, vous avez plein de copains, vous formez une communauté.
Et
plus on va vous expliquer que quand même, il y a de fortes chances que la Terre soit sphérique, plus vous allez avoir l'impression d'être incompris par un monde ancien qui refuse de faire front à la vérité. et c'est ça qui m'a amusé.
Alors, ce qu'il y a aussi en filigrane,
c
'est comme... Alors là, il s'agit encore de minorités dans la réalité,
en
tout cas, parce que 9% en France de
prêts... 9%
en
France, c'est quand même pas mal. 10%
aux Etats-Unis. Sur les Etats-Unis, donc 4% d'irréductibles. C'est
-à
-dire qu'on a beau leur expliquer et leur prouver, ils ne bougeront pas.
Oui, alors quand même, en filigrane, il y a cette question comment des personnes normalement intelligentes, rationnelles, enfin semblant rationnelles, peuvent comme ça adhérer à une forme de croyance collective.
C
'est toute la question
du roman. C'est toute la question du roman.
Mais moi, ça m'a été inspiré quand j'ai vu des amis très intelligents, très cultivés de mon entourage, me tenir des propos débiles sur des sujets
évidents.
Alors, ce n'était pas le platisme, mais ils commençaient à me expliquer des trucs que je savais complètement faux en me regardant dans le style si tu me contredis, c'est que c'est toi qui n
'as
rien compris. Je n
'ai
surtout pas contredit. Je me suis dit, par contre, là, il y a une idée pour faire un roman.
Alors, évidemment, tout cela est exacerbé, ce que vous disiez tout à
l
'heure, par ce monde de réseaux sociaux et où l'intelligence artificielle arrive. Et alors, j'ai envie de lire ce que vous faites dire à l'oiseau à la fin du livre. Il dit, alors, cela aurait été l'événement le plus marquant de l'époque, l'inversion des valeurs, l'assassinat du bon sens le plus basique. comment, par très peu de choses, finalement, quelques moutons contaminés par une seule idée stupide ont suffi à entraîner l'ensemble du troupeau, comme les fameux moutons de panurge décrits par Rabelais. Est-ce qu'on y est
? Je
crois. Je crois, mais comment parler de manière, avec humour et distance ? Ce n
'est
pas du tout un livre grave.
C
'est un livre
où
on s'amuse. C
'est ça. Le sujet est grave. Le sujet
est
grave quand même. C'est grave parce que c
'est
la disparition du socle commun d'évidence. Mais j'ai essayé de dire, ok, on glisse doucement vers une disparition. C'est comme si la vérité était démodée. Dire la vérité, c'est vraiment ringard.
Alors
qu'inventer des trucs complètement faux et débiles et s'y tenir comme si c'était la vérité, ça,
c
'est fun. Et je regarde ça surtout, je vois que ça touche beaucoup les jeunes qui n'ayant pas forcément la culture ou les éléments de comparaison ou d'information se laissent emporter facilement par des personnages sympathiques. Et mes platistes dans le roman sont très sympathiques. Oui, ils sont tout à fait sympathiques, effectivement. Vous êtes devenus platistes, vous ? Non, j'étais journaliste scientifique, alors j'ai mon petit socle de vérité. Mais j'ai rajouté la phrase « Et si vous étiez le dernier à croire que la Terre est ronde ? » Parce que quand j'ai montré la couverture, des gens qui m
'ont
dit « Ben, vous êtes devenus platistes ? » Non, justement, c'est pour dénoncer le platisme. Donc, il ne
faut
pas confondre ce qu'il dénonce et ce qu'il
y
a d'air. Je m'en doutais. Ça serait encore une trilogie
? Non.
En fait, je fais souvent la trilogie quand le public me le demande. Ils me disent « On a bien aimé ce bouquin, tu peux nous en faire encore ? » Mais là, ça dépend. S'il intéresse les gens, je peux réfléchir. Sur le thème de la disparition de la vérité, il y aurait beaucoup de choses à dire.
Oui. Bon, peut-être, on ne sait jamais. En tout cas, merci beaucoup Bernard Werber.
C
'est vrai que c'est amusant et ça traite de sujets qui sont vraiment d'actualité et qui posent question aujourd'hui.
Pas mieux on en rire pour l'instant. Voilà,
pour l'instant on en rit. Merci
beaucoup.
Merci à
vous.