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🔮 En direct I StratĂ©gie de dĂ©fense nationale : discours de Marine Le Pen

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5:56
Présentateur

Chers collÚgues, tenu de ce débat qui sera suivi d'un vote, son objet officiellement, mais j'y reviendrai, est d'obtenir un accord de l'Assemblée sur l'augmentation du budget de nos armées en 2026. Pour répondre à votre question, il est indispensable de prendre du recul et de donner à nos compatriotes, malgré votre intervention, des éléments d'appréciation que vous auriez omis. Depuis la loi de programmation militaire 2019-2025, indéniablement un effort majeur d'augmentation de notre budget de défense a été entrepris. C'est d'ailleurs l'une des rares politiques que l'on peut mettre à l'actif du Président de la République.

Et cela d'autant plus que nos forces armĂ©es, dans tous les domaines, avaient atteint un stade de dĂ©rĂ©lection qui entravait jusqu'Ă  leur fonctionnement courant. Certaines urgences ont donc Ă©tĂ© traitĂ©es depuis 2019. Le problĂšme, c'est que comme toujours, au Royaume-du-en-mĂȘme-temps, il y a un mai, et mĂȘme plusieurs. Le premier d'entre eux, c'est l'accĂ©lĂ©ration par Emmanuel Macron de la fĂ©dĂ©ralisation de notre systĂšme de dĂ©fense, car elle fait peser des risques majeurs sur notre souverainetĂ©. Tout Ă©tait d'ailleurs contenu dans le discours de la Sorbode de septembre 2017.

Depuis cette date, Emmanuel Macron n'a eu de cesse d'encourager l'ingĂ©rence des institutions europĂ©ennes dans notre politique de dĂ©fense. Il appelait mĂȘme, voilĂ  huit ans, Ă  ce que l'Union europĂ©enne soit dotĂ©e Ă  l'horizon 2030, je le cite, d'un budget de dĂ©fense commun. En faisant cela, Emmanuel Macron a encouragĂ© et suscitĂ© une violation par la Commission des sacro-saints traitĂ©s qui excluent toute intervention europĂ©enne dans les questions de dĂ©fense. Rien, depuis 2017, n'a semblĂ© arrĂȘter cette dĂ©rive.

Sur le plan budgétaire, d'abord, plusieurs dispositifs européens ont été créés et financés directement, non pas par des crédits supplémentaires, mais sur l'enveloppe de notre loi de programmation militaire. En clair, le Fonds européen de défense, 8 milliards d'euros décaissés, ou la Facilité européenne pour la paix, 17 milliards d'euros prévus, pour ne citer que deux exemples, ont été abondés en amputant nos armées de milliards d'euros dont elles avaient un impérieux besoin. Je passe sur le fait que ces enveloppes soi-disant européennes ont servi dans leur immense majorité à financer l'achat de matériel extra-européen, le plus souvent américain.

Amputer les budgets de dĂ©fense nationaux pour construire une souverainetĂ© europĂ©enne consiste donc en rĂ©alitĂ© Ă  financer les industriels amĂ©ricains, corĂ©ens ou israĂ©liens. Cela demandait beaucoup d'imagination, mais c'est ce que vous avez fait. Alors, j'ai entendu vos propos, M. le Premier ministre, sur la prĂ©fĂ©rence europĂ©enne, mais Mme von der Leyen, elle ne vous a pas entendues, peut-ĂȘtre mĂȘme ne vous a-t-elle pas Ă©coutĂ©es. Elle qui a annoncĂ© avoir acceptĂ© l'achat massif d'armement amĂ©ricain dans le cadre d'un accord lĂ©onin passĂ© avec le prĂ©sident Trump.

Pendant ce temps, les rapports publics se sont multipliĂ©s pour sonner l'alarme sur l'Ă©tat des matĂ©riels français, sur leur nombre, sur leur disponibilitĂ© et surtout sur l'Ă©tat dramatique de nos stocks de munitions. Et tout cela a Ă©tĂ© fait sans aucun vote des Français. Ces dĂ©cisions ont Ă©tĂ© prises dans le silence des couloirs de Bruxelles. Dans ce systĂšme politique oĂč la gouvernance a remplacĂ© le gouvernement, oĂč la technocratie a pris le pas sur la dĂ©mocratie, l'appartenance des questions de dĂ©fense aux malnommĂ©s domaines rĂ©servĂ©s a servi d'alibi pour dilapider les ressources budgĂ©taires indispensables Ă  la remontĂ©e en puissance de nos forces armĂ©es. Mais il n'y a pas que le budget.

La fédéralisation de notre politique de défense est aussi incarnée dans des programmes de défense aujourd'hui en échec patent. Vous le savez, Monsieur le Premier ministre, puisque vous avez été ministre des Armées pendant plus de trois ans. Le SCAF, systÚme de combat aérien du futur, est aujourd'hui dans l'impasse, comme je l'avais annoncé depuis des années. Tout simplement parce qu'il ne repose sur aucun besoin opérationnel, sur aucune synergie industrielle clairement établie. Et depuis 2017, Emmanuel Macron s'est employé à tordre le bras de nos industriels, à commencer par Dassault, pour qu'il consente à des transferts de technologies massifs en faveur de l'Allemagne.

Sans le patriotisme de nos entreprises, contraintes de protĂ©ger des savoir-faire que le prĂ©sident lui-mĂȘme Ă©tait prĂȘt Ă  brader, nous aurions sans doute subi des pertes irrĂ©mĂ©diables de souverainetĂ©. Le projet de char de bataille europĂ©en, le MGCS, est Ă©galement dans une situation de blocage prĂ©visible, et que nous annonçons lĂ  aussi depuis des annĂ©es. En Allemagne, en Italie et dĂ©sormais en France, loin des gesticulations politiques, les industriels s'organisent dĂ©jĂ  pour prĂ©parer l'aprĂšs. C'est-Ă -dire le moment oĂč des gouvernements responsables mettront fin et un terme Ă  ces gesticulations.

Ce qu'a bĂąti Emmanuel Macron, ce ne sont ni une souverainetĂ© europĂ©enne, ni des partenariats europĂ©ens. C'est un village potenquine, oĂč nos industriels, pour ne pas dĂ©plaire, feignent Ă©pisodiquement de croire que l'impossible serait possible, que l'irrationnel serait rationnel, que le dĂ©raisonnable serait raisonnable. Tout cela est en train de se fracasser sur le mur du rĂ©el. Par pudeur, je ne reviendrai pas sur les autres Ă©checs de ces partenariats, du drone mĂąle europĂ©en au projet avortĂ© de patrouilleurs maritimes franco-allemands.

Sur tous ces sujets, beaucoup d'argent public a Ă©tĂ© gaspillĂ© et de prĂ©cieuses annĂ©es ont Ă©tĂ© perdues pour nos industriels, pour nos armĂ©es et, in fine, pour les Français. Compte tenu du contexte gĂ©opolitique dĂ©gradĂ©, dont nul ici ne conteste les dangers, ce spectacle ne prend ni Ă  l'amusement ni au sarcasme. Il donne le vertige. Emmanuel Macron a, Ă  plusieurs reprises, Ă©voquĂ© l'hypothĂšse d'une mutualisation europĂ©enne de notre dissuasion nuclĂ©aire, pourtant conçue par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, comme le cƓur absolu, intouchable de la souverainetĂ© nationale. Ces dĂ©clarations et cet heureux n'ont pas Ă©tĂ©, Ă  ce jour, suivi du moindre effet. Nous ferons en sorte que cela reste le cas d'ici 2027.

La deuxiĂšme donnĂ©e que nous devons porter Ă  la connaissance des Français, M. le Premier ministre, c'est l'Ă©tat rĂ©el du budget du ministĂšre des ArmĂ©es. Je veux parler, bien sĂ»r, des insuffisances dĂ©sormais Ă©tablies de la loi de programmation militaire 2024-2030, votĂ©e Ă  l'Ă©tĂ© 2023. La LPM 2024-2030, vous la connaissez, c'est vous qui l'avez faite. Ces insuffisances Ă©videntes et surtout son insincĂ©ritĂ© ne doivent pas vous ĂȘtre Ă©trangĂšres. Ce texte, et je l'assume parfaitement compte tenu du contexte gĂ©opolitique, notre groupe l'avait votĂ©, sans enthousiasme ni mĂȘme conviction.

Mais parce qu'il était de notre devoir vis-à-vis des armées, de nos industriels, des Français, de doter la nation d'une trajectoire claire de remontée capacitaire. Et de fait, vous nous aviez expliqué, M. le Premier ministre, que les limites apparentes de la LPM seraient comblées par des crédits supplémentaires votés chaque année en loi de finances de fin de gestion. Compte tenu de l'état dramatique des comptes publics, cet engagement n'a pas été tenu. Les surcoûts liés aux opérations extérieures, comme les dépenses liées à notre soutien à l'Ukraine, n'ont pas été couverts par les ressources additionnelles nécessaires. Tout cela a été financé au détriment de nos armées.

De mĂȘme, la LPM prĂ©voyait une explosion du report de charges, c'est-Ă -dire des impayĂ©s du ministĂšre des ArmĂ©es Ă  la fin de chaque annĂ©e. Ils atteignent dĂ©sormais 8 milliards d'euros, soit prĂšs de 20% des crĂ©dits de paiement hors titre 2. Vous nous aviez dit que cela ne poserait pas de difficultĂ© Ă  nos entreprises du fait de la remontĂ©e globale du niveau des crĂ©dits. C'est faux. Aujourd'hui, notre base industrielle et technologique de dĂ©fense, essentiellement constituĂ©e de PME d'excellence, souffre des dĂ©calages de commandes et des dĂ©lais de paiement rĂ©sultant directement du manque de crĂ©dit de la LPM.

Et le ministÚre paie chaque année des dizaines de millions d'euros, bientÎt sans doute des centaines de pénalités de retard. Notre effort de défense, M. le Premier ministre, sa concrétisation opérationnelle ne sont pas solubles dans les éléments de langage. Tous les témoignages de nos industriels, quelle que soit leur taille, toutes les alertes des fonctionnaires du ministÚre des Armées qui constatent les impasses budgétaires de la LPM, toutes les analyses des spécialistes de l'économie de défense tout aujourd'hui convergent pour affirmer que ce texte est insuffisant et insincÚre.

LĂ  aussi, ce sont des investissements structurants qui sont remis en cause et les victimes seront Ă©galement les mĂȘmes, nos armĂ©es, nos industriels, les Français. Les trajectoires de remontĂ©e capacitaire sont chaque annĂ©e revues Ă  la baisse. Vous connaissez parfaitement, M. le Premier ministre, la rĂ©alitĂ© de ce que je viens de dĂ©crire. Vous ne pouvez pas le reconnaĂźtre publiquement car ce serait un dĂ©saveu pour le prĂ©sident qui vous a nommĂ© et pour vous-mĂȘme, mais vous le savez. Et c'est dans ce contexte que vous nous demandez aujourd'hui d'approuver un effort budgĂ©taire supplĂ©mentaire, non pas de 3,2 milliards d'euros comme le prĂ©voyait la LPM, mais de 6,7 milliards pour l'an prochain.

Cet effort, nous le soutenons par principe, tout simplement parce que la dĂ©fense nationale est une cause qui dĂ©passe largement les appartenances partisanes. Ne serait-ce que par cohĂ©rence, nous ne pouvons voter contre cela. VoilĂ  pourquoi ce vote, en rĂ©alitĂ©, n'est pas le vĂ©ritable sujet. Le vĂ©ritable sujet, ce sont les raisons qui vous ont poussĂ© Ă  l'organiser. En effet, ce vote n'aura aucun effet sur le budget de nos armĂ©es, puisque celui-ci est inclus dans le budget de l'État et donc dans le mauvais projet de loi de finances que vous avez Ă©chouĂ© Ă  faire voter par cette AssemblĂ©e en premiĂšre lecture.

La vĂ©ritĂ©, c'est que ce dĂ©bat et ce vote sont pour vous l'occasion d'instrumentaliser le budget de la DĂ©fense pour faire passer votre loi de finances. Une loi de punition sociale et fiscale dont nous avons, sur ces bancs depuis des semaines, dĂ©noncĂ© la toxicitĂ©. Des dĂ©penses hors de contrĂŽle en hausse de 30 milliards au-delĂ  de l'inflation. Des impĂŽts en hausse de 20 milliards d'euros. En aucune façon, vous le savez, nous ne voterons un tel texte si d'aventure l'occasion nous en est donnĂ©e. La deuxiĂšme raison pour laquelle vous avez organisĂ© ce dĂ©bat la voici. La LPM, parce qu'elle Ă©tait insincĂšre, doit ĂȘtre rĂ©abondĂ©e pour ĂȘtre soutenable sur le plan budgĂ©taire.

Cet effort soi-disant supplĂ©mentaire de 3,5 milliards est au moins pour moitiĂ© dĂ©diĂ© au renflouement du budget du ministĂšre des ArmĂ©es, aujourd'hui en grande difficultĂ©. Et il ne permettra qu'en petite partie des investissements nouveaux. VoilĂ  la rĂ©alitĂ©. Cela aussi, vous le savez. Monsieur le Premier ministre, je vais ĂȘtre encore plus clair. Cette AssemblĂ©e sans majoritĂ©, c'est vous. Parti du systĂšme de LFI aux RĂ©publicains, qu'il avait fabriquĂ© par vos accords Ă©lectoraux de juin 2024, dans des centaines de circonscriptions. Cette AssemblĂ©e incapable de voter un budget, c'est votre crĂ©ation.

Dans une dĂ©mocratie saine, cette situation serait tranchĂ©e par un retour aux urnes pour redonner une majoritĂ© claire et un cap Ă  la nation. Vous n'avez pas fait ce choix. Vous avez misĂ© sur l'instinct de conservation de vieux partis fatiguĂ©s, dont le seul objectif est de retarder l'instant oĂč ils devront revenir devant les Ă©lecteurs. Les Français, aujourd'hui, n'ont pas besoin de vote fantoche. Ils n'ont pas besoin d'une mise en scĂšne de la dĂ©mocratie. Ils ont besoin de vote rĂ©el, effectif, c'est-Ă -dire de nouvelles Ă©lections lĂ©gislatives, au service du redressement de notre pays. Le vote et la dĂ©libĂ©ration dĂ©mocratique ne sont pas des hochets. Nous ne dĂ©vierons pas de notre cap.

Il est temps de rendre la parole véritablement aux électeurs, pas de noyer le déni de démocratie que vous opérez en refusant l'organisation de nouvelles élections législatives dans la mise en scÚne de vote dépourvue de tout effet. Voilà notre seul objectif, voilà notre seule boussole. Alors, monsieur le Premier ministre, pour nos soldats, pour nos armées, pour nos industriels, pour notre souveraineté, nous voterons pour ce texte. Mais il aura été dit ici, et de la maniÚre la plus claire qui soit, que nous ne sommes dupes de rien. Merci beaucoup, madame la présidente du Rassemblement national. Merci.

17:51
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.