🔴 En direct I Stratégie de défense nationale : discours de Marine Le Pen
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« le Fonds européen de défense, 8 milliards d'euros décaissés, ou la Facilité européenne pour la paix, 17 milliards d'euros prévus »
- 13:07Marine Le PenChiffre
« Ils atteignent désormais 8 milliards d'euros, soit près de 20% des crédits de paiement hors titre 2. »
- 14:34Marine Le PenChiffre
« non pas de 3,2 milliards d'euros comme le prévoyait la LPM, mais de 6,7 milliards pour l'an prochain. »
- 15:25Marine Le PenChiffre
« Des dépenses hors de contrôle en hausse de 30 milliards au-delà de l'inflation. »
- 15:29Marine Le PenChiffre
« Des impôts en hausse de 20 milliards d'euros. »
- 9:44Marine Le PenFait
« Le SCAF, système de combat aérien du futur, est aujourd'hui dans l'impasse, comme je l'avais annoncé depuis des années. »
- 11:46Marine Le PenPromesse
« Nous ferons en sorte que cela reste le cas d'ici 2027. »
- 15:31Marine Le PenPromesse
« En aucune façon, vous le savez, nous ne voterons un tel texte si d'aventure l'occasion nous en est donnée. »
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Chers collègues, tenu de ce débat qui sera suivi d'un vote, son objet officiellement, mais j'y reviendrai, est d'obtenir un accord de l'Assemblée sur l'augmentation du budget de nos armées en 2026. Pour répondre à votre question, il est indispensable de prendre du recul et de donner à nos compatriotes, malgré votre intervention, des éléments d'appréciation que vous auriez omis. Depuis la loi de programmation militaire 2019-2025, indéniablement un effort majeur d'augmentation de notre budget de défense a été entrepris. C'est d'ailleurs l'une des rares politiques que l'on peut mettre à l'actif du Président de la République.
Et cela d'autant plus que nos forces armées, dans tous les domaines, avaient atteint un stade de dérélection qui entravait jusqu'à leur fonctionnement courant. Certaines urgences ont donc été traitées depuis 2019. Le problème, c'est que comme toujours, au Royaume-du-en-même-temps, il y a un mai, et même plusieurs. Le premier d'entre eux, c'est l'accélération par Emmanuel Macron de la fédéralisation de notre système de défense, car elle fait peser des risques majeurs sur notre souveraineté. Tout était d'ailleurs contenu dans le discours de la Sorbode de septembre 2017.
Depuis cette date, Emmanuel Macron n'a eu de cesse d'encourager l'ingérence des institutions européennes dans notre politique de défense. Il appelait même, voilà huit ans, à ce que l'Union européenne soit dotée à l'horizon 2030, je le cite, d'un budget de défense commun. En faisant cela, Emmanuel Macron a encouragé et suscité une violation par la Commission des sacro-saints traités qui excluent toute intervention européenne dans les questions de défense. Rien, depuis 2017, n'a semblé arrêter cette dérive.
Sur le plan budgétaire, d'abord, plusieurs dispositifs européens ont été créés et financés directement, non pas par des crédits supplémentaires, mais sur l'enveloppe de notre loi de programmation militaire. En clair, le Fonds européen de défense, 8 milliards d'euros décaissés, ou la Facilité européenne pour la paix, 17 milliards d'euros prévus, pour ne citer que deux exemples, ont été abondés en amputant nos armées de milliards d'euros dont elles avaient un impérieux besoin. Je passe sur le fait que ces enveloppes soi-disant européennes ont servi dans leur immense majorité à financer l'achat de matériel extra-européen, le plus souvent américain.
Amputer les budgets de défense nationaux pour construire une souveraineté européenne consiste donc en réalité à financer les industriels américains, coréens ou israéliens. Cela demandait beaucoup d'imagination, mais c'est ce que vous avez fait. Alors, j'ai entendu vos propos, M. le Premier ministre, sur la préférence européenne, mais Mme von der Leyen, elle ne vous a pas entendues, peut-être même ne vous a-t-elle pas écoutées. Elle qui a annoncé avoir accepté l'achat massif d'armement américain dans le cadre d'un accord léonin passé avec le président Trump.
Pendant ce temps, les rapports publics se sont multipliés pour sonner l'alarme sur l'état des matériels français, sur leur nombre, sur leur disponibilité et surtout sur l'état dramatique de nos stocks de munitions. Et tout cela a été fait sans aucun vote des Français. Ces décisions ont été prises dans le silence des couloirs de Bruxelles. Dans ce système politique où la gouvernance a remplacé le gouvernement, où la technocratie a pris le pas sur la démocratie, l'appartenance des questions de défense aux malnommés domaines réservés a servi d'alibi pour dilapider les ressources budgétaires indispensables à la remontée en puissance de nos forces armées. Mais il n'y a pas que le budget.
La fédéralisation de notre politique de défense est aussi incarnée dans des programmes de défense aujourd'hui en échec patent. Vous le savez, Monsieur le Premier ministre, puisque vous avez été ministre des Armées pendant plus de trois ans. Le SCAF, système de combat aérien du futur, est aujourd'hui dans l'impasse, comme je l'avais annoncé depuis des années. Tout simplement parce qu'il ne repose sur aucun besoin opérationnel, sur aucune synergie industrielle clairement établie. Et depuis 2017, Emmanuel Macron s'est employé à tordre le bras de nos industriels, à commencer par Dassault, pour qu'il consente à des transferts de technologies massifs en faveur de l'Allemagne.
Sans le patriotisme de nos entreprises, contraintes de protéger des savoir-faire que le président lui-même était prêt à brader, nous aurions sans doute subi des pertes irrémédiables de souveraineté. Le projet de char de bataille européen, le MGCS, est également dans une situation de blocage prévisible, et que nous annonçons là aussi depuis des années. En Allemagne, en Italie et désormais en France, loin des gesticulations politiques, les industriels s'organisent déjà pour préparer l'après. C'est-à-dire le moment où des gouvernements responsables mettront fin et un terme à ces gesticulations.
Ce qu'a bâti Emmanuel Macron, ce ne sont ni une souveraineté européenne, ni des partenariats européens. C'est un village potenquine, où nos industriels, pour ne pas déplaire, feignent épisodiquement de croire que l'impossible serait possible, que l'irrationnel serait rationnel, que le déraisonnable serait raisonnable. Tout cela est en train de se fracasser sur le mur du réel. Par pudeur, je ne reviendrai pas sur les autres échecs de ces partenariats, du drone mâle européen au projet avorté de patrouilleurs maritimes franco-allemands.
Sur tous ces sujets, beaucoup d'argent public a été gaspillé et de précieuses années ont été perdues pour nos industriels, pour nos armées et, in fine, pour les Français. Compte tenu du contexte géopolitique dégradé, dont nul ici ne conteste les dangers, ce spectacle ne prend ni à l'amusement ni au sarcasme. Il donne le vertige. Emmanuel Macron a, à plusieurs reprises, évoqué l'hypothèse d'une mutualisation européenne de notre dissuasion nucléaire, pourtant conçue par le général de Gaulle, comme le cœur absolu, intouchable de la souveraineté nationale. Ces déclarations et cet heureux n'ont pas été, à ce jour, suivi du moindre effet. Nous ferons en sorte que cela reste le cas d'ici 2027.
La deuxième donnée que nous devons porter à la connaissance des Français, M. le Premier ministre, c'est l'état réel du budget du ministère des Armées. Je veux parler, bien sûr, des insuffisances désormais établies de la loi de programmation militaire 2024-2030, votée à l'été 2023. La LPM 2024-2030, vous la connaissez, c'est vous qui l'avez faite. Ces insuffisances évidentes et surtout son insincérité ne doivent pas vous être étrangères. Ce texte, et je l'assume parfaitement compte tenu du contexte géopolitique, notre groupe l'avait voté, sans enthousiasme ni même conviction.
Mais parce qu'il était de notre devoir vis-à-vis des armées, de nos industriels, des Français, de doter la nation d'une trajectoire claire de remontée capacitaire. Et de fait, vous nous aviez expliqué, M. le Premier ministre, que les limites apparentes de la LPM seraient comblées par des crédits supplémentaires votés chaque année en loi de finances de fin de gestion. Compte tenu de l'état dramatique des comptes publics, cet engagement n'a pas été tenu. Les surcoûts liés aux opérations extérieures, comme les dépenses liées à notre soutien à l'Ukraine, n'ont pas été couverts par les ressources additionnelles nécessaires. Tout cela a été financé au détriment de nos armées.
De même, la LPM prévoyait une explosion du report de charges, c'est-à-dire des impayés du ministère des Armées à la fin de chaque année. Ils atteignent désormais 8 milliards d'euros, soit près de 20% des crédits de paiement hors titre 2. Vous nous aviez dit que cela ne poserait pas de difficulté à nos entreprises du fait de la remontée globale du niveau des crédits. C'est faux. Aujourd'hui, notre base industrielle et technologique de défense, essentiellement constituée de PME d'excellence, souffre des décalages de commandes et des délais de paiement résultant directement du manque de crédit de la LPM.
Et le ministère paie chaque année des dizaines de millions d'euros, bientôt sans doute des centaines de pénalités de retard. Notre effort de défense, M. le Premier ministre, sa concrétisation opérationnelle ne sont pas solubles dans les éléments de langage. Tous les témoignages de nos industriels, quelle que soit leur taille, toutes les alertes des fonctionnaires du ministère des Armées qui constatent les impasses budgétaires de la LPM, toutes les analyses des spécialistes de l'économie de défense tout aujourd'hui convergent pour affirmer que ce texte est insuffisant et insincère.
Là aussi, ce sont des investissements structurants qui sont remis en cause et les victimes seront également les mêmes, nos armées, nos industriels, les Français. Les trajectoires de remontée capacitaire sont chaque année revues à la baisse. Vous connaissez parfaitement, M. le Premier ministre, la réalité de ce que je viens de décrire. Vous ne pouvez pas le reconnaître publiquement car ce serait un désaveu pour le président qui vous a nommé et pour vous-même, mais vous le savez. Et c'est dans ce contexte que vous nous demandez aujourd'hui d'approuver un effort budgétaire supplémentaire, non pas de 3,2 milliards d'euros comme le prévoyait la LPM, mais de 6,7 milliards pour l'an prochain.
Cet effort, nous le soutenons par principe, tout simplement parce que la défense nationale est une cause qui dépasse largement les appartenances partisanes. Ne serait-ce que par cohérence, nous ne pouvons voter contre cela. Voilà pourquoi ce vote, en réalité, n'est pas le véritable sujet. Le véritable sujet, ce sont les raisons qui vous ont poussé à l'organiser. En effet, ce vote n'aura aucun effet sur le budget de nos armées, puisque celui-ci est inclus dans le budget de l'État et donc dans le mauvais projet de loi de finances que vous avez échoué à faire voter par cette Assemblée en première lecture.
La vérité, c'est que ce débat et ce vote sont pour vous l'occasion d'instrumentaliser le budget de la Défense pour faire passer votre loi de finances. Une loi de punition sociale et fiscale dont nous avons, sur ces bancs depuis des semaines, dénoncé la toxicité. Des dépenses hors de contrôle en hausse de 30 milliards au-delà de l'inflation. Des impôts en hausse de 20 milliards d'euros. En aucune façon, vous le savez, nous ne voterons un tel texte si d'aventure l'occasion nous en est donnée. La deuxième raison pour laquelle vous avez organisé ce débat la voici. La LPM, parce qu'elle était insincère, doit être réabondée pour être soutenable sur le plan budgétaire.
Cet effort soi-disant supplémentaire de 3,5 milliards est au moins pour moitié dédié au renflouement du budget du ministère des Armées, aujourd'hui en grande difficulté. Et il ne permettra qu'en petite partie des investissements nouveaux. Voilà la réalité. Cela aussi, vous le savez. Monsieur le Premier ministre, je vais être encore plus clair. Cette Assemblée sans majorité, c'est vous. Parti du système de LFI aux Républicains, qu'il avait fabriqué par vos accords électoraux de juin 2024, dans des centaines de circonscriptions. Cette Assemblée incapable de voter un budget, c'est votre création.
Dans une démocratie saine, cette situation serait tranchée par un retour aux urnes pour redonner une majorité claire et un cap à la nation. Vous n'avez pas fait ce choix. Vous avez misé sur l'instinct de conservation de vieux partis fatigués, dont le seul objectif est de retarder l'instant où ils devront revenir devant les électeurs. Les Français, aujourd'hui, n'ont pas besoin de vote fantoche. Ils n'ont pas besoin d'une mise en scène de la démocratie. Ils ont besoin de vote réel, effectif, c'est-à-dire de nouvelles élections législatives, au service du redressement de notre pays. Le vote et la délibération démocratique ne sont pas des hochets. Nous ne dévierons pas de notre cap.
Il est temps de rendre la parole véritablement aux électeurs, pas de noyer le déni de démocratie que vous opérez en refusant l'organisation de nouvelles élections législatives dans la mise en scène de vote dépourvue de tout effet. Voilà notre seul objectif, voilà notre seule boussole. Alors, monsieur le Premier ministre, pour nos soldats, pour nos armées, pour nos industriels, pour notre souveraineté, nous voterons pour ce texte. Mais il aura été dit ici, et de la manière la plus claire qui soit, que nous ne sommes dupes de rien. Merci beaucoup, madame la présidente du Rassemblement national. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.