Loi Travail, mobilisations : Nathalie Arthaud invitée de Claude Askolovitch (iTélé, 15 mai 2016)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:53OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a de quoi avoir de l'espérance quand on est militant révolutionnaire dans la France d'aujourd'hui ?
- 1:39RelanceRéponse partielle
Quand le gouvernement intervient contre l'augmentation salaire ou le salaire de Carlos Ghosn, est-ce que c'est à noter malgré tout ?
- 2:44OuverteRéponse directe
Il faudrait un autre modèle économique, un autre modèle social, est-ce qu'il faudrait une loi qui plafonnerait les écarts de salaires admissibles dans cette société ?
- 3:24OuverteRéponse directe
Les gens qui travailleront le dimanche auront double salaire. Est-ce que, du point de vue, quelqu'un qui travaille, c'est admissible cela ?
- 5:09OuverteRéponse directe
Est-ce que vos élèves sont inquiets ? Est-ce que vous sentez que ces jeunes gens sont inquiets de la société qui s'avance vers eux ?
- 5:54OuverteRéponse directe
Ils vont à Nuit Debout, les vôtres, vos élèves, ils vont à la République ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:21Invité politiqueChiffre
« Pour ces grandes fortunes qui prospèrent. C'est vrai pour ces PDG qui se payent 300, 400 fois le SMIC. »
- 2:05Invité politiqueFait
« Insultants, je dirais. Des salaires insultants. Parce que quand ces gens-là, Tavares ou Carlos Ghosn, se payent des salaires comme ceux-là, en même temps, ils bloquent les salaires de leurs ouvriers. »
- 2:26Invité politiqueFait
« Il s'est fait élire là-dessus. Au bout du compte, il n'a rien fait. »
- 4:21Invité politiqueFait
« Rien. Rien. »
- 6:12Invité politiqueFait
« L'esclavage salarial, aujourd'hui, c'est une réalité. »
- 6:17Invité politiqueFait
« Vous savez, quand on vous appelle une heure avant de prendre le boulot, pour vous dire d'aller bosser, pour gagner quoi ? 9 euros de l'heure, et puis ensuite, on vous renvoie à Pôle emploi. »
- 7:18Invité politiqueFait
« Non, ces mœurs-là n'ont pas cours chez nous à lutte ouvrière. »
- 8:04Invité politiqueFait
« La réalité, c'est que nous, on a une direction qui est collective, où il y a, bien sûr, beaucoup de femmes. »
Temps de parole
- Nathalie Arthaud69 %
- Présentateur31 %
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En 8h50, c'est Nathalie Arthaud et votre invitée, Claude. Nathalie Arthaud qui défendra les couleurs de lutte ouvrière l'année prochaine à la présidentielle, si vous avez parrainage, mais lutte ouvrière les a toujours. Nathalie Arthaud qui fera aussi deux discours quand elle nous quitte, un cet après-midi et un demain à Prelle, où se déroule la fête traditionnelle de lutte ouvrière. Voilà, comme toutes les années à la Pentecôte. Il y a encore de quoi faire la fête quand on est militante, révolutionnaire dans ce pays ?
Écoutez, c'est au moins quelque chose qu'on ne peut pas nous enlever, vous voyez, faire la fête. On peut enlever beaucoup de choses, notre emploi, notre salaire, nos conditions de travail, mais ça on ne peut pas. Et puis cette fête, c'est l'expression aussi de notre courant politique, courant communiste, révolutionnaire. C'est une fête nationale. Nous invitons aussi les camarades qui militent à l'étranger aussi dans la perspective de changer la société.
Là, vous me faites le programme. Je suis sûr que les gens qui vous aiment veulent y aller. Ma question était réelle. Est-ce qu'il y a de quoi avoir de l'espérance quand on est militant révolutionnaire dans la France d'aujourd'hui ?
De la combattivité, de la détermination pour changer la société, ça c'est sûr. Parce que ce qu'on voit, c'est que oui, à un pôle de la société, tout va très bien. Ça va peut-être même beaucoup mieux, comme le dit Hollande. Mais ça, c'est vrai que pour une riche minorité de possédants. C'est ça la réalité. C'est vrai pour ces grandes fortunes qui prospèrent. C'est vrai pour ces PDG qui se payent 300, 400 fois le SMIC. Mais pour les travailleurs, pour les chômeurs, pour les précaires, c'est de plus en plus difficile de vivre. Les conditions de vie, elles empirent pour la grande majorité de la population aujourd'hui.
Quand le gouvernement, M. Macron, que vous ne devez pas porter dans votre cœur idéologiquement, intervient quand même contre l'augmentation salaire ou le salaire somptueux de Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan, c'est à noter malgré tout ?
Non, non, parce que ce sont des mots qui sont en l'air. Moi, je me souviens que le gouvernement Hollande avait fait campagne en expliquant qu'il allait effectivement essayer de plafonner ses salaires exorbitants. Insultants, je dirais. Des salaires insultants. Parce que quand ces gens-là, Tavares ou Carlos Ghosn, se payent des salaires comme ceux-là, en même temps, ils bloquent les salaires de leurs ouvriers, ils bloquent les salaires des ingénieurs. Donc je parle de salaires insultants. Alors quand ensuite le gouvernement nous explique qu'il fera peut-être quelque chose, c'était son programme à Hollande. Il s'est fait élire là-dessus. Au bout du compte, il n'a rien fait.
Et même s'il n'y avait pas eu cette mobilisation contre la loi El Khomri, ça aurait été les indemnités prud'homales qui auraient été plafonnées. Alors tout ça, c'est scandaleux. Non, le gouvernement, il sert la soupe à ces gens-là et jamais, jamais, il ne leur imposera quoi que ce soit à cette minorité-là.
Il faudrait, pardonnez-moi, en attendant un autre modèle économique, un autre modèle social, est-ce qu'il faudrait une loi qui plafonnerait les écarts de salaires admissibles dans cette société ?
Moi, franchement, je pense que ce n'est absolument pas le problème des salariés, des employés, des ouvriers. Le problème des salariés et des ouvriers, c'est leur salaire. C'est que leur salaire augmente. C'est qu'on arrête de supprimer les primes qu'ils peuvent avoir quand ils travaillent de nuit, quand ils travaillent les dimanches, les jours fériés. C'est que leur pouvoir d'achat, à eux, augmente. Je vous arrête un tout petit... Donc, moi, je suis pour ça.
J'attends. Je vous arrête un tout instant. Il y a un accord qui a été signé sur le travail du dimanche récemment dans un grand magasin parisien. On ne va pas lui faire de la pub. Mais, après tout, pourquoi pas ? C'est au BHV. Les gens qui travailleront le dimanche auront double salaire. Est-ce que, du point de vue, quelqu'un qui travaille, c'est admissible cela ? Je travaille le dimanche, mais j'ai double salaire.
Qu'il y ait des compensations, bien sûr...
Un double salaire, c'est plus une compensation. C'est pas mal. C'est pas mal. Moi, je ne l'ai pas ici. Je le prendrai bien.
Vous savez, double salaire, ça dépend quel est son niveau de salaire. Parce que, quand on parle du SMIC, parce que souvent, c'est des salariés qui sont payés à coup de lance-pierre dans tous ces magasins. J'entends. C'est en général. Mais sur le principe... Vous savez, c'est pas grand-chose. Et sur le principe, je trouve que c'est tout à fait normal. Travailler le dimanche, c'est un sacrifice qui est fait. Et qui est fait par des gens qui, justement, n'ont pas le choix. En réalité, on dit qu'ils sont volontaires. Mais parce que, justement, ils ont des salaires tellement bas qu'ils acceptent de faire cet effort-là.
Et puis, vous savez, on montre, effectivement, un accord d'entreprise dans une entreprise où les salariés ont eu cette compensation-là. Mais dans combien d'entreprises ? Ils n'ont rien. Rien. 25% de plus pour... Comme s'ils faisaient des heures supplémentaires. Mais rien d'autre. Et où ils vont devoir payer pour la garde de leurs enfants. Où ils vont tirer une croix sur leur vie de famille, sur leur vie amicale. Donc, voilà. C'est un véritable problème. Et vous voyez, pour en revenir à cette histoire de majoration, si on majorait le salaire des PDG, l'argent des entreprises, les bénéfices iraient où ? Iraient où ? Dans la poche des grands actionnaires.
Donc, nous, notre problème, ce n'est pas ça. Notre problème, c'est que l'argent qui est gagné sur la sueur, sur le travail des salariés, ils reviennent à l'emploi, au salaire, aux retraites. À ce qui fait les conditions de vie des classes populaires.
Il nous reste trois minutes. Vous êtes enseignante à Aubervilliers, auprès d'élèves qui sont dans une filière technologique. Est-ce que vos élèves sont inquiets ? Est-ce que vous sentez, quand vous parlez avec eux, que ces jeunes gens qui ont 15, 17, 18 ans sont inquiets de la société qui s'avance vers eux ?
Bien sûr. Bien sûr. Ils sont très inquiets. Parce qu'ils voient ce chômage de masse. Ils voient cette précarité. Ils ont des frères, des sœurs qui sont des fois... Ils vous en parlent ? Bien sûr qu'ils m'en parlent. Qu'est-ce qu'ils disent ? Ils vivent, d'abord, eux vivent des difficultés. Des difficultés de logement, des difficultés parce qu'ils sont confrontés, mais au quotidien, à la misère. Donc, ils sont, bien sûr, angoissés. Et ils voient que cette société, finalement, ce qu'elle leur promet, c'est encore moins de droits qu'à leurs parents. Est-ce que ces gamins, ils restent peu de temps ? Ils se sont mobilisés contre la loi El Khomri, en particulier.
Ils vont à Nuit Debout, les vôtres, vos élèves, ils vont à la République ?
Ils ont manifesté, ils ont bloqué le lycée contre la loi El Khomri, en expliquant qu'ils ne voulaient pas être de la chair à patron. Voilà. Et en expliquant, il y avait une banderole qui expliquait « Myriam El Khomri, l'esclavage, c'est fini ».
Ce n'est pas un peu exagéré ?
Non, parce qu'ils ont vraiment ce sentiment-là que l'esclavage salarial, aujourd'hui, c'est une réalité. Vous savez, quand on vous appelle une heure avant de prendre le boulot, pour vous dire d'aller bosser, pour gagner quoi ? 9 euros de l'heure, et puis ensuite, on vous renvoie à Pôle emploi. Ils ont vraiment l'impression que, effectivement, les jeunes sont traités comme des pions, maintenant, dans cette société, qu'ils ont de moins en moins de droits, de moins en moins d'avenir.
Alors, moi, à cette jeunesse, je leur dis, si, il y a un avenir, c'est celui des combats collectifs, parce qu'on peut changer cette société ensemble, en inversant le rapport de force avec le gouvernement, mais aussi avec le patronat. Parce que s'ils se croient tout permis aujourd'hui, c'est parce que, justement, on les laisse faire.
Lutte ouvrière, historiquement, était le premier parti féministe de France, par vous aujourd'hui, mais avant, par Arlette Laguillet, figure très connue des Français. Voilà, le premier parti à représenter une femme à la présidentielle et à avoir mis en place l'égalité homme-femme, dans sa représentation, en tout cas. Il y a aujourd'hui un appel, dans le journal du dimanche, de femmes de pouvoir, de femmes anciennes ministres, qui disent, voilà, nous ne nous tairons plus. Question à vous, la militante, est-ce que dans votre milieu militant, vous avez été victime de paroles déplacées ou de gestes déplacés, de harcèlement sexuel ou de machisme banal ?
Non, ces mœurs-là n'ont pas cours chez nous à lutte ouvrière, parce que, justement, nous avons des convictions. Ces convictions, nous sommes communistes, nous sommes pour l'égalité. C'est des convictions profondes. On croit dans l'égalité, dans le respect des uns des autres. Vous savez, il suffit, justement,
de venir à notre fait pour le sentir. Nathalie Arthaud, on a beaucoup dit de lutte ouvrière qu'il mettait, c'est un parti qui mettait des femmes en avant, arrête la gueule et puis vous, mais que le véritable pouvoir était détenu par un homme, évidemment, mystérieux, militant formé. Fantasme absolu ?
Mais fantasme, et vous voyez, ça dénote que, finalement, les journalistes, ils peuvent avoir une sacrée couche de préjugés. Vous posez la question ? De préjugés, parce que, d'abord, préjugés sur le fait qu'il faut forcément un dirigeant, un grand chef. La réalité, c'est que nous, on a une direction qui est collective, où il y a, bien sûr, beaucoup de femmes. Arlette Laguiller, on la connaît. Moi, aujourd'hui, j'en fais, bien sûr, partie.
Il faut que les femmes, ministres, dénoncent ce qui se passe autour d'elles. Vous vous sentez solidaire de ces femmes, en tant que femmes, où la barrière de classe est plus importante que la solidarité de genre ?
Quand j'entends qu'elles ne se tairont plus, franchement, la première question qui me vient, c'est pourquoi se sont-elles tu ? Voilà, pourquoi se sont-elles tu ? Alors, elles étaient ministres, premiers ministres, parfois. Bon, écoutez, moi, je pense que, justement, il y a un combat à mener. Il y a un combat à mener. Alors, il n'est pas d'ailleurs que dans le domaine politique, parce que dans les entreprises, le harcèlement sexuel, les préjugés, le sexisme, bien sûr que ça existe. Mais ce combat, bien sûr qu'il faut le mener. Nous, c'est le nôtre depuis toujours.
C'est l'heure. Merci, Nathalie Herteau, d'avoir été avec nous. Bonne fête, militante, comme chaque année, à la Pentecôte, à Prel. Voilà, on l'a dit. Merci. À bientôt. Il est pratiquement 9h. Voici votre journal.
Nathalie Arthaud