Frédéric Valletoux
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Radio Classique, l'invité de Dimitri Pavlenko, avec le Figaro. Frédéric Valtout, président de la Fédération Hospitalière de France, bonjour. Bonjour. On est repassé sous la barre des 20 000 malades hospitalisés, c'est donc une bonne nouvelle. Il y en a quand même encore 3 500 qui sont en réanimation, donc voilà pour les grands chiffres. Cette baisse, comment vous la qualifieriez ? Elle est lente ? Comment ça se passe concrètement ? Parce qu'il y a les chiffres bruts, mais après il y a les tendances, et c'est ça qui compte.
Les tendances, elles diffèrent selon les territoires. Globalement, effectivement, la situation se détend et l'hôpital retrouve de l'oxygène pour revenir à des organisations plus classiques et surtout pour pouvoir à nouveau prendre en charge tous les patients. Et finalement, il y a encore, dans certains hôpitaux, on use encore des déprogrammations pour reporter des interventions, mais de moins en moins avec effectivement cette détente qui s'installe. Donc, on va revenir avant l'été à une situation normale où l'hôpital va pouvoir prendre en charge tous les Français et ne plus reporter ce qui est le moins urgent à plus tard.
Mais on sait que parfois, ce qui est le moins urgent, c'est aussi ce qui ne se traite pas. Et on a vu sur les chiffres de 2020 que pour certains actes, parfois qui sont des actes compliqués, je pense par exemple à la neurologie, que la diminution des actes chirurgicaux dans certaines spécialités ne s'est pas rattrapée. Et donc, il y a derrière tout ça, évidemment, des enjeux de santé publique très lourds.
Vous avez vu ce qui arrive à Axel Kahn, le président de la Ligue contre le cancer, qui se met en retrait de la vie publique justement à cause d'un cancer. Et il a porté cette voix pendant des mois en disant, cette crise du Covid, c'est aussi une crise de la lutte contre le cancer. Combien de cancers n'ont pas été diagnostiqués ? Combien d'opérations déprogrammées ? Est-ce que c'est récupérable, ça, selon vous ?
D'abord, on estimera l'effet concret des déprogrammations dans quelques temps. Lorsqu'avec le recul, on pourra analyser les chiffres à froid, c'est toujours très compliqué. Mais inévitablement, il y a eu des pertes de chances réelles. Et effectivement, la Ligue contre le cancer, mais beaucoup d'autres acteurs l'ont souligné, la Fédération hospitalière de France avait pointé ça aussi depuis le début, depuis plus d'un an. Effectivement, le prix à payer pour que l'hôpital tienne, ça a été des déprogrammations.
Des déprogrammations, ça peut être effectivement des opérations non urgentes, mais c'est surtout parfois des maladies que l'on détecte plus tard, avec les conséquences que l'on peut imaginer dans certaines pathologies, et notamment pour les cancers.
Est-ce que les hôpitaux français ont appris des choses entre la deuxième et la troisième vague ? Ceci évidemment avec la crainte qu'il y en ait une quatrième. Alors heureusement, on a des données qui laissent à croire qu'on sera à peu près tranquille cet été, ça ne préjuge en rien de ce qui pourrait se passer à la rentrée. Mais visiblement, est-ce qu'il y a eu des enseignements tirés ?
Oui, il y a eu des enseignements tirés, bien sûr, et aujourd'hui, ces dernières semaines, ces derniers mois, et finalement depuis l'automne dernier, on voit que les organisations hospitalières ont mieux encaissé la montée d'abord de la deuxième, puis ensuite de la troisième vague. C'est-à-dire que les organisations ont moins été déstabilisées, mais c'est vrai que cette première vague du printemps 2020 avait été soudaine, elle avait surpris tout le monde et à travers toute la planète. Et malgré tout, ça avait tenu maintenant, dans les mois qui ont suivi, les organisations ont pu se mettre en place de manière plus plastique et plus efficace.
Alors là, je m'adresse aux managers, j'ai lu des enquêtes très intéressantes sur les soignants, dans quel état d'esprit ils se trouvent. Ils sont globalement tous très fatigués, on peut dire qu'ils attendent l'été avec impatience, ils espèrent pouvoir partir en vacances parce que beaucoup n'ont pas pu le faire cette année. Et alors c'est très intéressant parce que d'un côté, ils disent 7 sur 10, j'ai plus l'enquête, le nom de l'enquête précisément en tête, mais voilà les chiffres, 7 sur 10 disent, l'État nous a vraiment accompagnés pendant cette crise. Et vous en avez 4 sur 10 qui disent, mais je ne suis pas certain moi d'avoir très envie de continuer dans cette profession Frédéric Valtoux.
Alors il y a quand même un vrai sujet là, de management, de gestion des ressources humaines.
Il ne faut pas oublier que cette crise est arrivée à un moment où l'hôpital était déjà en fragilité. Fragilité après 10 ans d'économie demandée à l'hôpital. Fragilité parce que l'hôpital tient, mais dans un système de santé qui coule, et dans un système de santé qui traverse depuis longtemps une profonde crise. Et il suffit de regarder avant la crise, déjà l'explosion de la fréquentation aux urgences depuis 15 ans, pour voir qu'effectivement l'hôpital est aujourd'hui la variable d'ajustement d'un système qui est profondément en crise.
Ce sera d'ailleurs l'objet, moi je l'espère, de la prochaine élection présidentielle, ce grand rendez-vous démocratique qu'on a dans un an, parce que le sujet de la santé n'est plus un sujet anodin, n'est plus un sujet qu'on peut mettre sous le tapis et qu'il faut prendre un bas le corps, parce que cette crise a montré d'abord, un, que les Français tenaient un système de santé, deux, qu'il était malade et fragile, et trois, qu'il fallait vraiment un remède de cheval, c'est-à-dire prendre des mesures volontaristes pour arriver à sauver ce système de santé. Donc les hospitaliers, oui, sont fatigués, ils ont tenu.
L'été arrive à un moment où effectivement la situation va se détendre, mais on l'a rappelé, il y a toutes les autres maladies à prendre en charge, il y a le rattrapage autant que possible de tout ce qui a été reporté pour permettre de faire face au Covid. Donc pour les hospitaliers, l'été, ça ne va pas signifier une baisse d'activité. Ça va être un autre genre d'activité, mais ça ne va pas signifier la baisse d'activité.
Alors on dit toujours que la France, le système de santé français, est hospitalo-centré, et on l'a bien vu aussi pendant la crise, où finalement on a géré ça, on a géré la crise, non pas selon des considérations sanitaires, mais en fonction de la capacité d'absorption des malades par l'hôpital, ce qui pose d'ailleurs des questions pour l'avenir.
Avec une médecine de ville qui a joué un rôle éminent, qui a été utile, qui a quand même permis qu'on hospitalise moins peut-être que dans certains autres pays, qu'on évite effectivement de voir des situations de débordement de l'hôpital, et ça c'est parce qu'il y a eu une entente parfaite, et c'est aussi dans les enseignements positifs que cette crise a apporté, une capacité à mieux travailler entre la médecine de ville et la médecine hospitalière, entre d'ailleurs l'ensemble des services de secours et de soins, qui ont fait que beaucoup de patients touchés par le Covid, même sur des détresses respiratoires, qui pouvaient être traités directement au domicile, l'ont été, et ça c'est grâce à cette bonne entente et ces coopérations.
Frédéric Valtou, le président de la Fédération hospitalière de France, et ce matin l'invité de Radio Classique, le journal L'Opinion publie un article ce matin très intéressant, je pense que ce sont des sujets qui vous interpellent, Frédéric Valtou, sur la désertification médicale. La thèse de l'article, si je puis dire, elle est la suivante, vous avez beaucoup de Français qui ont pris goût à la vie à la campagne pendant la crise, qui sans doute vont rester, ou en tout cas devenir bi-résidents, c'est-à-dire on alternera dans la semaine, un coup en centre-ville, un coup dans sa maison de campagne.
Dans un contexte de vieillissement de la population des médecins à la campagne, vous en avez près de la moitié qui prennent leur retraite dans les dix ans à venir, ce qui fait que le nombre de cantons dépourvus de médecins ne fait qu'augmenter, il y en a plus de 150 aujourd'hui, en 2017 pardon, ce sont des chiffres déjà qui sont anciens. Il y a un vrai sujet là aujourd'hui, pour l'hôpital, sur le fait qu'il n'y ait plus de médecins de campagne.
Ce n'est pas pour l'hôpital, c'est pour l'ensemble des Français, c'est que la crise du système de santé, elle est là, ce n'est pas tellement dans les quatre murs de l'hôpital, la crise du système de santé. La crise du système de santé, c'est dans la crise que vit la médecine de ville, qui effectivement s'effrite, quitte des territoires entiers, non plus de soignants, que ce soit des généralistes ou des spécialistes. Or, cette médecine de premier recours, elle est utile à l'hôpital. L'hôpital, ce n'est pas un centre de soins de proximité qui doit prendre en charge l'ensemble des Français.
Il est le lieu du GR des plateaux techniques, il est le lieu des actes les plus lourds, il est le lieu du traitement en régule la maladie. Mais vous l'avez dit, les urgences sont saturées par malence pour des pathologies bénignes. Mais c'est une crise du modèle libéral, du modèle tel qu'on le connaît, du médecin de famille, du médecin généraliste. Tout notre système de santé est bâti de telle manière à ce que ce médecin généraliste soit normalement la porte d'entrée dans le système. Mais c'est lui qui suit le patient et qui ensuite l'accompagne. Or, ce médecin généraliste, ils sont de moins en moins nombreux. On en a perdu 6 000 ces dix dernières années.
On va en perdre 6 000 encore des médecins généralistes ces cinq prochaines années.
Le président du syndicat médico-français, Jean-Paul Ortiz, il dit les maires doivent abandonner l'idée d'avoir un médecin au pied de chaque clocher. Mais ce n'est pas les maires qui souhaitent ça, ce sont les gens qui vivent dans ces villages.
Et ils ont raison. Et ça, ce sera, quand je parlais de l'élection présidentielle de 2022, ce sera un des sujets sur lesquels, évidemment, tous les candidats vont être attendus. C'est-à-dire, comment vous allez nous garantir et permettre de revivifier un système de santé qui, au plus près de chez chacun d'entre nous, c'est-à-dire, dans les villes, est en train de s'effriter, de disparaître parce que l'hôpital est une solution temporaire parce qu'effectivement, c'est sa mission d'accueillir tout le monde. Mais il n'est pas conçu, il n'est pas bâti, il n'est pas financé pour pouvoir être le seul espace de soins. Et ce n'est absolument pas souhaitable.
Donc, l'hospitalocentrisme, il n'est pas souhaité par les hôpitaux. Il est subi dans un système où la médecine de ville est en grave crise. Ce sera un des enjeux, je pense, des prochaines présidentielles, réellement.
Dans les sujets d'actualité qui concernent l'hôpital Frédéric Valtoux, on a beaucoup parlé des cyberattaques. Est-ce que ça s'est calmé ? Puisqu'il y a eu une espèce de vague ciblant une série d'hôpitaux janvier-février. On en parle un petit peu moins aujourd'hui. Est-ce que ça continue ou est-ce que c'est le signe que vous vous êtes renforcé sur ce plan-là ?
Le gouvernement a lancé un plan majeur qui va permettre, en ce moment et dans les prochains mois, de muscler les défenses informatiques des hôpitaux. Les hôpitaux ont été et sont toujours. La cible, ça ne change pas comme ça en quelques jours.
Mais pourquoi les attaquants s'emprènent-ils aux hôpitaux ?
On a du mal à comprendre ça. D'abord parce que les hôpitaux ont des données de santé qui peuvent intéresser. On voit bien à travers les grandes batailles que se livre, par exemple, sur le sujet de la vaccination, des firmes importantes, qu'il y a des enjeux économiques autour de la santé qui sont majeurs. Que les hôpitaux ont chez eux des cohortes de patients dont ils ont les données et qui peuvent aussi intéresser dans cet objectif-là. Et puis parce qu'aussi, c'est une institution aujourd'hui qui a la tête dans la crise et qui prend en charge les patients et qui donc, effectivement, est moins attentive à se défendre et à gérer ces problèmes internes.
Mais vous pensez que c'est purement crapuleux, c'est mettre la main sur des données de santé qu'on va monnayer ?
Ou est-ce qu'il y a une volonté de se déstabiliser aussi, bien sûr ? Une volonté politique ?
De dire que si l'hôpital est fragile, c'est la France qui est fragile ?
C'est du rançonner, enfin, on vient rançonner, c'est des institutions, donc on rançonne d'autant plus facilement que vous bloquez un hôpital, vous vous empêchez d'avoir accès aux dossiers des patients, vous bloquez le fonctionnement des services, vous bloquez le fonctionnement au quotidien d'un hôpital, vous gênez tout le monde. Évidemment, les hospitaliers, ils ont envie que les choses reviennent. Donc, peut-être que certains imaginent qu'ils sont plus pronts à payer des rançons lorsqu'il y a des situations comme ça. Bon, voilà, donc ça, on est dans le grand banditisme, point.
Bon, écoutez, en tout cas, merci pour la conversation, Frédéric Valtoux. Le président de la Fédération hospitalière de France retient quand même ce message. Ça se détend, ça va un peu mieux à l'hôpital, on a souffert. On va encore avoir un été compliqué, parce qu'il y a beaucoup de boulevard attrapé. Et les Français, ils attendent aussi de pouvoir retrouver un hôpital à fonctionnement, disons, à peu près normal. On le souhaite tous, merci beaucoup. Merci d'être venu nous voir. Il est 8h27 sur Radio Classique. Dans un instant, le rappel des titres et la revue de presse.
Frédéric Valletoux