Marie-José Allemand, députée Socialiste des Hautes-Alpes | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elle ne pourra plus faire les transhumances ou aider aux agnelages. Mon invitée a élevé des brebis dans les Hautes-Alpes pendant plus de 30 ans, tout en ayant un pied en politique. Et elle siège aujourd'hui au sein du groupe socialiste à l'Assemblée.
Générique Bonjour Marie-José Allemand. -Bonjour. -Vous faites partie des nouveaux visages de cette Assemblée qui a été élue en 2024.
Mais ça fait longtemps que vous êtes engagée sur le terrain pour le Parti socialiste dans les Hautes-Alpes. Pour commencer, je vous propose de regarder la réaction de quelqu'un qui vous connaît bien et c'était juste après votre élection. -Il y a eu beaucoup, beaucoup de défaites.
C'est dur. Mais ça change. Je sais qu'elle s'occupera des choses.
Elle est du terrain et elle est travailleuse. Je suis désolé, je suis ému. -Vous êtes fier d'elle ? -Oui, très fier. -Cet homme, c'est votre mari.
On le voit, il est ému, très ému. Ca donne presque l'impression que votre engagement politique personnel, c'est l'engagement de presque toute votre famille. -Mais c'est vraiment l'engagement de toute la famille, parce que j'ai commencé, les enfants n'étaient pas nés.
Et c'est tout au long de notre vie qu'ils ont participé finalement à cet engagement de terrain. C'est vraiment de l'engagement de terrain. C'est pas pour...
Le "moi" ne m'intéresse pas. C'est vraiment pour les autres, pour notre quartier, pour notre ville. Et maintenant, on est là.
C'est vrai que c'est... -Il évoque les défaites.
Vous en avez connu beaucoup ? -Beaucoup...
Oui, beaucoup de défaites. Parce que... quand on s'engage, si on gagne c'est bien, mais... moi j'estime que c'est des défaites, qu'on se relève et qu'on peut apporter encore plus pour essayer de faire encore mieux.
C'est qu'en fait on se remet en question, parce que forcément on n'a pas été peut-être bon, peut-être pas expliqué les choses comme on devait les expliquer. Et du coup on remet l'ouvrage sur le métier, ça permet aussi d'avancer pour soi-même. -Alors, votre mari, on l'a vu ému. -Oui. -Est-ce qu'il n'était pas un peu inquiet aussi après votre élection ?
Parce qu'ensemble, vous élevez des brebis depuis longtemps. J'imagine que ce mandat de député, c'est venu tout perturber ? -C'est venu tout perturber, mais c'est tellement...
Ce n'est pas grave, en fait. Ce n'est pas grave parce que pour lui, c'est aussi la reconnaissance de tout cet engagement. Et on travaille autrement, on fait plus, mais quand on est sur place, on fait beaucoup plus.
Mais d'un autre côté, ce n'est pas grave, en fait. Ce n'est pas grave. -Et comment ça se passe alors depuis ?
Vous avez dû vous réorganiser entre vous ? On peut rester éleveuse de brebis en étant députée ? -Bien sûr, bien sûr.
Vous voyez, aujourd'hui, ils sont sur l'alpage, ils sont allés chercher les bêtes. Et j'attends impatiemment de savoir combien il y en a. Et ce soir, en arrivant, je ne manquerais pas d'aller faire un petit tour, voir qui est là, qui n'est pas là et comment ça va se passer.
En fait, c'est génétique, c'est notre vie, nos bêtes, c'est notre vie, c'est nos bébés. -Mais en même temps, vous, députée, votre vie se passe en partie à Paris à l'Assemblée, beaucoup aussi sur le terrain dans votre circonscription. Qu'est-ce qu'il vous reste comme temps pour... -Vous savez, le monde agricole a beaucoup de ressources et ce n'est pas un problème.
On a l'habitude. Moi, c'est mon équilibre et surtout, il faut le garder. Vos brebis vous manquent quand vous êtes à l'Assemblée à Paris ? -Vous savez, oui, elles nous manquent.
Mais en ce moment elles sont en vacances dans les alpages. Donc, on sait qu'elles vont revenir. On est très contents qu'elles reviennent.
C'est le cycle annuel de notre travail. On sait qu'elles vont arriver. Oui, évidemment, ce ne sera pas la même chose.
C'est la première fois cette année qu'en 35 ans, je ne fais pas la transhumance. Ca a été très dur. Ca a été très dur de voir partir les camions, de voir partir les bêtes et de se dire, je n'y vais pas.
Bien sûr, c'est toujours la grande question, est-ce qu'ils vont y arriver sans moi ? Evidemment qu'ils y arrivent. Ils n'ont pas besoin de moi. -Vous dites : "Je n'étais pas destiné à être député." Pourquoi ? -Parce que c'était pas...
Beaucoup de gens ont une ambition politique, moi, c'était pas...
Mon ambition, c'était de faire avancer, et ça l'est toujours d'ailleurs, de faire avancer les choses pour les gens. C'est pas...
Le "moi" ne m'intéresse pas. -Mais est-ce que quelqu'un peut être destiné à...
Parce qu'en même temps, il y a une certaine logique quelque part à ce que vous soyez députée. Vous avez milité sur les terrains pendant longtemps. Vous êtes à la tête du PS dans le département des Hautes-Alpes aussi depuis un certain temps. -Mais après, ce n'est pas une fin en soi.
Voilà, que ce soit moi ou quelqu'un d'autre, pour moi, ce n'était pas l'objet. L'objet, c'était de gagner cette circonscription. Il se trouve que mes camarades, mes collègues des autres partis ont souhaité que ce soit moi qui porte cette candidature.
Donc, je l'ai portée. Bon, très bien. Et j'en suis très fière.
Je suis très, très fière d'être députée aujourd'hui. Je ferai tout ce que je dois faire pour notre territoire et pour ne pas décevoir les Hauts-Alpins, surtout. Et puis la famille. -Si on remonte un peu dans le temps, vos premiers combats politiques, vous les avez menés en dehors de tout parti.
Pourquoi ? -Oui. Parce que mon combat d'empêcher que l'école de quartier ferme Donc, pour nos enfants et puis pour nos voisins.
Donc, voilà, on n'est pas nécessairement...
On n'a pas forcément la culture d'aller dans un parti politique. C'est bien lorsqu'on s'engage un peu plus, mais moi, je suis rentrée au Parti socialiste qu'en 2007. Donc, mon combat pour l'école, c'était en 1991.
Donc, il y a eu beaucoup de marge. -Ca n'aide pas quand on prend sa carte dans un parti ? On a des soutiens, on a des appuis. -Après, encore une fois... -Vous méfiez des partis à l'époque ? -Non, pas du tout.
Je n'avais pas l'objectif d'être élue. Ce n'était pas mon objectif. Mon objectif, c'était de faire avancer dans mon quartier pour le bien des autres.
Puis après, élargir un peu plus le spectre de l'avancée. Voilà. Mais ce n'était absolument pas pour avoir, entre guillemets, une carte d'élu. -Et vous étiez toujours sur des problématiques locales très concrètes.
Le cas de cette fermeture d'école. Il y a eu aussi un enjeu autour d'une garderie. -Tout à fait.
Une fois qu'on a sauvé l'école, il faut faire tout ce qu'il y a autour, c'est-à-dire la cantine, la garderie, puis la maternelle et puis l'agrandissement de l'école. Et aujourd'hui, il y a quasiment 110 enfants dans cette école. Donc, ce n'était pas un vain combat. -C'est ça qui vous anime aujourd'hui en tant que députée ?
C'est les problématiques locales concrètes plus que les grands discours, les grandes idées ? -Exactement. Alors, il ne faut pas séparer les deux parce qu'on a besoin aussi d'être entendus et reconnus et c'est par les grands discours qu'on fait aussi avancer les choses.
Mais d'abord et avant tout, moi aussi je suis là et je suis là pour les Hautes-Alpes, pour que les Hautes-Alpes avancent, que mes concitoyens soient aussi fiers d'avoir une députée qui porte leurs problématiques à l'Assemblée. Et c'est vraiment ça, l'objectif. -Vous vous battez pour les oublier des territoires ruraux. -C'est ça, c'est ça.
Moi, je considère, et c'est exactement ce que font remonter mes concitoyens et les personnes qui habitent dans ma circonscription et dans le département, c'est qu'on a des départements qui sont loin, qui sont enclavés et... qu'on ne pense pas forcément.
Si on regarde le département des Hautes-Alpes, on est trois parlementaires. Sur l'ensemble des parlementaires qui représentent la France, c'est tout petit, c'est...
Et il faut qu'on se fasse entendre parce que nos problématiques, elles sont importantes. -Et c'est quel type d'enjeux alors ? -Les déserts médicaux, par exemple, chez nous.
Aujourd'hui, on n'est pas du tout d'accord avec l'ARS qui dit que tout va bien chez nous. Ce n'est pas du tout le cas. -L'Agence régionale de santé. -Tout à fait.
Et par exemple, on a une petite commune, j'ai découvert ça, la petite commune d'Orpierre, à un petit bus, prend des rendez-vous à Aix-en-Provence ou à Marseille pour ses administrés, elle met tout le monde dans le bus le même jour et elle les mène se faire soigner à 150 kilomètres de là. C'est inadmissible qu'on ne puisse pas se faire soigner dans notre département. -Pour être tout à fait honnête, vous connaissez bien l'Assemblée, parce qu'en plus d'élever des brebis, vous avez été collaboratrice parlementaire d'une députée, il s'agit de Karine Berger, qui était députée socialiste.
Pourquoi est-ce qu'elle vous a choisi, vous, plutôt que, je dirais, un jeune diplômé de Sciences Po ? Parce que c'est, en général, le profil type des collaborateurs parlementaires. -C'est un peu ce que je vous disais.
En fait, c'est le parcours. Et Mme. Berger m'a demandé d'être, justement, à ses côtés, pour les territoires ruraux, pour m'occuper des communes de notre circonscription, pour m'occuper du monde agricole, parce qu'elle avait besoin aussi de quelqu'un sur le terrain qui connaisse la problématique.
Et ça s'est toujours très, très bien passé. -Vous faisiez le lien, en quelque sorte, entre tous les territoires ruraux de la circonscription et elle ? -Exactement, exactement.
C'est les tournées, c'est... chez les élus, c'était vraiment la ruralité, c'était mon travail. -Et vous arrivez d'aller à l'Assemblée aussi ? -Alors, depuis quelques temps, je dis que si j'étais venue deux fois de plus, ça n'aurait pas été du luxe, parce que ça m'aurait bien aidé, mais effectivement, je suis venue quelques fois, mais très peu, parce que ce n'était pas le lieu, ce n'était pas vraiment mon travail de venir ici, mais il fallait aussi voir comment ça se passait, et c'était aussi important de voir la transition jusqu'au bout. -Et cette expérience de collaboratrice parlementaire, ça vous a aidé à prendre vos marques en tant que députée dans ce mandat ? -Franchement, oui, parce que... on a besoin de...
Alors, on est très, très bien accueillis à l'Assemblée. Les collègues sont vraiment formidables. Mais c'est vrai aussi que le fait d'avoir été collaboratrice m'a permis de bien avancer.
Ca a mis un peu d'huile dans les rouages. -On va passer à notre quiz à présent, si vous le voulez bien. Alors, je vous explique le principe, je vais commencer des phrases et vous allez devoir les compléter, les terminer.
On y va. "A ceux qui disent que j'ai mauvais caractère..." -Je dirais que j'ai du caractère. -En général, quand on dit : "Elle a du caractère, c'est sous-entendu mauvais." -Non, ce n'est pas mauvais parce que je suis quelqu'un qui ne lâche pas l'affaire. -Oui. -Je suis obstinée et quand je sais qu'il faut faire les choses, même si ce n'est pas forcément ce que j'en pense, je vais au bout. -Du coup, c'est un avantage en politique ?
Je pense que oui. -Ca peut jouer des tours aussi ? -Tant Pis.
Tant Pis, il faut savoir assumer. Je pense qu'il faut savoir assumer. -"Etre une femme en politique..." -C'est aujourd'hui un peu plus facile que quand j'ai commencé.
Mais... -Vous avez été confrontée à des problèmes liés à... -Du sexisme, tout ce qu'on peut voir.
On en a encore un peu. Nos départements font que le patriarcal est toujours... assez présent.
Et les hommes pensent aussi que, chez nous comme ailleurs, mais c'est vrai qu'on a quand même cette sensation, cette...
Le fait qu'on doit toujours prouver plus qu'eux. -"Enfin, entre députée ou maire de Gap, je choisis..." -Alors députée, je resterai, je garderai le mandat de députée et je pense que la ville de Gap a besoin de jeunesse et je fais confiance aux personnes qui y travaillent actuellement.
Et... -Ca a été votre ambition en 2020, vous avez été tête de liste ? -J'étais tête de liste... -Municipale. -Je dirais un petit peu par défaut parce que la personne qui était candidate à ce moment-là nous a un peu lâchés au milieu du gué et on a bien été obligés d'assumer, en tant que première fédérale du Parti socialiste. -Vous étiez partie au combat ? -C'est...
La responsabilité m'en incombait, on va dire ça comme ça. Mais aujourd'hui, je pense qu'il faut envoyer des jeunes, il faut reprendre cette ville en main, on en a vraiment besoin. -Et votre avenir est ici, à l'Assemblée. -Exactement, je le garderai, même si je garde mon mandat de conseillère municipale d'opposition.
Aujourd'hui, je suis élue députée, j'assumerai parfaitement le rôle qui m'incombe. Merci beaucoup, Marie-José Allemand d'être venue dans "La politique et moi". -Merci.
Musique
Marie-José Allemand