La grande interview : Alain Bauer
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Et notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Alain Bauer. Bonjour à vous. Bonjour. Professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers. Vous publiez La vérité sur le système Epstein, un livre extrêmement important chez First Edition. Vous venez en parler en exclusivité sur nos antennes parce que vous avez mis à jour un système, comme vous le dites, et qui est absolument effarant. Un mot d'abord de l'actualité. La victoire du PSU en finale de la Ligue des champions a été ternie par des scènes de pillage, de violence contre les forces de l'ordre.
178 blessés du côté de nos policiers et gendarmes, 890 interpellations à l'échelle nationale. Est-ce que vous pensez que notre système de maintien de l'ordre est complètement dépassé, Alain Bauer ?
Le système de maintien de l'ordre, il se reconstruit de manière assez régulière entre nostalgie, amnésie, oubli et réaction. Vous avez un système des années 70 qui s'est perdu dans les années 80. Dans les années 80, on a vu arriver les surfeurs de manifestations. Pour la première fois, hors du service d'ordre central des organisations syndicales, qui organisait une sorte de tournoi ou de duel à distance entre CRS, gendarmes mobiles, et service d'ordre central de la CGT, pour dire les choses, on a vu arriver des gens qui passaient devant pour aller à la castagne. Puis ensuite, ils sont allés sur les côtés. Enfin, ils ont fini par voler les manifestants eux-mêmes et agresser les manifestants.
Car vous parlez à juste titre des blessés policiers, mais il y a un mort, un blessé très grave et 200 blessés parmi les supporters. Et le drame du football, c'est qu'on mélange les supporters qui aiment le football, les ultras qui l'aiment peut-être un peu trop, et les hooligans qui n'aiment que la violence. Les hooligans, on les a jetés hors des stades.
Vous qualifiez ces gens-là de hooligans, pas simplement de délinquants ?
Ah non, c'est des hooligans délinquants. Le hooligan est un délinquant. C'est-à-dire pour ça qu'on a inventé ce terme en Grande-Bretagne dans les années 80, pour les mettre hors des stades. Pour les mettre hors des stades, c'est parce qu'ils n'aimaient pas le football, ils n'aiment pas le sport, ils aiment la violence.
Mais là, ces gens-là, ils cassent tout le temps, Alain Baur. Oui, les hooligans, les hooligans... En marge des matchs de foot, ça peut être le 14 U.S., ça peut être le 31.
Absolument, vous avez raison. Et d'ailleurs, c'est une tradition nationale. Jérôme Fourquet fait un excellent papier ce matin, je salue Jérôme, dans le Figaro, pour rappeler ce que moi-même j'explique, c'est que la France, c'est mille ans de jacquerie, où la violence est la forme naturelle d'expression, de la revendication. Parce que d'un côté, l'État ne s'est pas négocié, et de l'autre côté, les organisations ou les désorganisateurs, parce qu'il y a aussi ceux-là, désormais, ne savent pas discuter. Il y a une difficulté naturelle, et désormais, tout est prétexte, victoire comme défaite, célébration comme tristesse, à une forme débridée de violence qui se développe.
Mais Alain Baur, il n'y a aucune revendication dans les violences sur lesquelles nous avons assisté. Ça dépend. Aucune, c'est juste le chaos, c'est juste le pillage.
Les gilets jaunes avaient des revendications.
Mais là, on n'est pas dans ce cas-là.
Alors, on ne sait pas. Eh bien non, non, non. Il n'y a pas de revendication, c'est juste générer le chaos et la violence. Non, non, mais parmi les gilets jaunes, vous aviez beaucoup de choses qui se sont agrégées. Et c'est ce que j'explique avec le fameux surf. Quand vous surfez sur une revendication, pour la casse, vous ne cherchez que la casse. Mais derrière, il se passe quelque chose. Et il faut qu'il y ait un mouvement populaire pour que tout le monde vienne surfer sur ça. Les casseurs, ils se sont agrégés aux supporters et aux ultras. Ils se sont servis. Ils les ont manipulés d'un certain point de vue.
Et effectivement, vous avez raison, ils n'ont comme objectif que la casse ou que la violence. D'ailleurs, parfois, il n'y a que la violence.
D'accord. Mais est-ce que notre système de maintenance de l'ordre est obsolète ou pas ? Est-ce que les ordres passés ont été assez fermes ? Laurent Nunez dit, oui, on a fait notre travail. Les policiers étaient là où il fallait qu'ils soient. Il y a eu des interpellations. Le travail a été bien fait. Est-ce que vous dites la même chose, Alain Bord ?
Il y a un bout de phrase qu'il ne faut pas oublier dans ce que dit Laurent Nunez. Dans le cadre de la législation existante. Parce que dans le cadre de la législation existante, le nombre de dispositifs qui entravent l'action des forces de police, qui entravent l'action préventive des forces de police, qui mettent en cause la capacité qu'il y a à empêcher la casse et pas seulement à arrêter les casseurs, est tout à fait considérable. Et la balle, de ce point de vue-là, doit être envoyée à tous ceux qui commentent, hurlent, soit pour justifier l'action des casseurs, parfois, ou expliquer que c'est la police qui casse. Il y en a un, à gauche. Voilà.
La question centrale, elle est, la législation peut changer. Le préfet Lallemand, d'ailleurs, avait réussi à contenir la casse, et il avait été beaucoup critiqué pour cela, en changeant toute une série de dispositifs. Le préfet Nunez, à l'époque, préfet de police, avait réussi à reprendre la main de manière assez efficace.
Et le ministre Nunez n'y arrive pas ?
Il faudrait que les députés de l'absence de majorité fassent leur travail, plutôt que de commenter la casse d'une manière ou d'une autre, sans désoler. Vous savez, le système français, c'est négation, minoration, éjection. Ça commence par, un, c'est pas vrai, deux, c'est pas grave, et trois, c'est pas de ma faute. Il faudrait qu'il y ait quelqu'un qui dise, c'est vrai, c'est grave, et je m'en occupe.
Emmanuel Macron a dit hier, ce n'est pas le foot, ce n'est pas le sport. On ne peut pas, on ne veut plus voir ça, c'est fini, on en a ras-le-bol, nous serons intraitables. Il a dit la même chose en 2025. Est-ce que ça ne signe pas, Alain Bauer, l'échec d'Emmanuel Macron sur le régalien et la sécurité ?
Je ne sais pas si ça signe son échec à lui. Lui, il a le ministère de la parole. C'est le président, a priori. Oui, mais au dernier nouvel, c'est le Parlement qui fait des lois, la police qui les exécute et les magistrats qui décident des peines. De ce point de vue-là, une responsabilité collective semblerait s'imposer, y compris ceux qui hurlent le plus fort aujourd'hui, qui n'ont pas fait grand-chose quand ils étaient au pouvoir. Mais la sienne, il n'y est pour rien ?
Celle d'Emmanuel Macron ? Il n'y a pas de responsabilité ?
Je ne vois pas ce qu'il peut faire. Je pense même que sa phrase...
Vous ne pouvez rien faire ?
En tant que président de la République ? En tant que chef de l'État ? Je ne sais pas, j'ai lu la Constitution récemment, je n'ai pas trouvé là où il pouvait faire quelque chose.
Envoyer un signal de fermeté ?
Il dit, c'est fini, etc. C'est la même chose l'an dernier. Oui, exactement. Donc le signal est envoyé, il est mal reçu. Pourquoi est-il mal reçu ? Parce que la législation n'est absolument pas adaptée à la réalité. Je vous rappelle qu'il a fallu être en 2025 pour qu'on s'occupe du narcotrafic en France grâce à une commission parlementaire du Sénat. Pas le gouvernement, le Sénat, qui je rend hommage. Parce qu'au moins, ils l'ont fait le travail. On verra ensuite ce que ça donne.
Encore une question, Alain Bauer. Vous êtes professeur de criminologie. Il y a eu des violences dans 71 villes. Pas seulement Paris. Donc on parle de Rennes, Angers, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Grenoble. Ça veut dire quoi ? Que c'est systématisé maintenant à l'échelle du pays ? Que ces jeunes délinquants... On est frappés d'ailleurs par l'âge de ceux qui étaient dans les rues, souvent des mineurs. Ça devient systématique ? On ne peut plus endiguer ce phénomène-là ?
Milan de jacquerie. Milan de jacquerie, ça ne s'interrompt pas mécaniquement. Et en général, ce sont de jeunes hommes.
Alors qu'est-ce qu'il faut ? Absolument, oui. Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Reprendre la main. Quand tout le système public s'effondre, éducatif, scolaire, sanitaire, sécuritaire, malheureusement judiciaire, économique, sociale, environnementale, il y a un moment où il faut arrêter de se plaindre.
Est-ce que vous faites le lien entre cette délinquance et l'immigration ? Le ministre de l'Intérieur refuse de le faire pour l'instant. Vous comprenez sa prudence ?
Je ferai le lien quand j'aurai les moyens de faire le lien. Il se trouve que je ne sais pas ce qu'est l'immigration et je ne sais pas la décompter. Je sais ce qu'est la part des étrangers. J'ai été le premier à la publier, d'ailleurs, quand j'étais président de l'Observatoire de la délinquance et on me l'a beaucoup reproché. Il n'y a rien de caché puisqu'on a les chiffres, on va donc les publier. En matière d'immigration, je ne sais pas comment ça se calcule, mais dès que j'aurai un outil pour le faire, et je souhaite qu'il y ait un outil pour le faire, vraiment.
C'est-à-dire que des statistiques, quoi ? Oui, bien sûr. Des statistiques.
Un outil statistique, non pas où on détermine qui sont les gens, mais la manière dont ils se déterminent eux-mêmes. Il y a un outil qui s'appelait Trajectoire et Origines, qui traite d'à peu près tout, sauf de ce sujet-là. Je suis pour qu'il soit traité, pour que tout soit transparent et lisible.
Il y a la question des forces de l'ordre qui ont été prises pour cible de façon absolument systématique. Est-ce que les délinquants sont punis à la hauteur des actes qu'ils commettent, Alain Bauer, aujourd'hui ?
Je ne sais pas. Le système judiciaire est d'interprétation stricte. Le code pénal est un outil difficile à manier. Ce n'est pas parce qu'on interpelle quelqu'un qu'on peut démontrer qu'il a fait quelque chose. D'autant que vous avez des effets de groupe qui sont très importants et qui sont difficiles à déterminer au moment où vous passez devant les juridictions. Les juridictions sont souvent face à « je suis bien inséré dans la vie, j'ai été pris dans le mouvement, j'ai été faire mes courses dans un magasin d'électroménagers ». C'est pour ça qu'ils ne sont pas condamnés ? C'est pour ça qu'ils ne sont pas condamnés. En fait, ce n'est pas qu'ils ne sont pas condamnés.
Ils sont peu condamnés à des peines incompréhensibles pour les victimes et les commerçants, et encore plus pour les policiers quand ils sont eux directement blessés. Il faut durcir l'arsenal législatif. Non, pas les jours, il faut l'appliquer. Il faut l'appliquer, tout simplement.
Il y a tout ce qu'il faut. Il n'y a pas besoin d'aller plus loin. Non. La France Insoumise accuse le ministre de l'Intérieur et donc de facto les policiers d'avoir provoqué ces violences. Qu'est-ce que vous dites ? Bruno Rotailleux propose de mettre en place la reconnaissance faciale, de faire payer les dégâts à ceux qui les commettent. Qu'est-ce que vous dites ?
Alors, la reconnaissance faciale, il y a une partie qui est en expérimentation, qui a très bien servi pendant les Jeux olympiques. C'est un sujet qui peut parfaitement avancer. Je rappelle qu'il a fallu des dizaines d'années pour mettre en place avec Bertrand Delanoé, que je salue parce qu'il a eu beaucoup de courage sur cette affaire, et une vidéo protection efficace et un début de commencement de ce qui allait devenir une police municipale à Paris.
Donc, on peut parfaitement avancer intelligemment sur ces questions, en condition qu'il y ait les garanties de protection des identités, des droits humains, qui sont absolument nécessaires à l'équilibre entre la protection des libertés et la sécurité.
Parce que là, on bascule sinon dans un régime autoritaire, comme il en existe ?
Peut-être à la chinoise, donc je ne suis pas sûr que ce soit un objectif en soi, mais rien n'est pas un objectif non plus.
Alain Bauer, vous avez évoqué les narcomicides, le narcotrafic. On voit désormais que ça s'étend encore une fois sur l'ensemble du territoire. Est-ce qu'on est en pleine mexicanisation de la France, ou est-ce que vous ne reprenez pas ce terme ?
Je ne comprends pas ce terme parce que d'abord, on n'est pas dans cette logique-là. Mais par contre, pour la première fois dans notre histoire, on a une narcomafia qui s'est implantée. Ça n'était jamais arrivé, la DZ Mafia, Gizaïr Mafia, qui est en train de passer un accord avec la Mochromafia, celle du Nord, et qui pose un problème inédit dans l'histoire de notre pays. Donc oui, il y a un problème de cartélisation de la France, mais pas encore de mexicanisation. Mais si on n'y fait rien, comme d'habitude, et si on fait une commission d'enquête dans 25 ans, je crois que là, vous pourriez nous poser la question en disant « Pourquoi n'avez-vous rien vu venir ?
» Donc, comme d'habitude, comme je l'avais écrit dans les années 90, dans un papier, à l'époque publié par Le Monde, sur « Attention, nous sommes face à une pléthore d'oranges mécaniques », eh bien, nous y sommes.
Mais on est déjà dans un État mafieux ou pas ?
Non, on est dans un État qui perd du terrain face à une narcomafia qui s'installe.
Et des profils de délinquants, de narco-trafiquants, de plus en plus jeunes, beaucoup de mineurs utilisés, là encore.
Oui, alors là, c'est plutôt des tueurs à gages et des gestionnaires de points de deal. Non, majorité pénale ne pose pas de problème. C'est l'application de la loi qui pose problème. C'est le fait d'aller jusqu'au bout d'un processus pour les sortir du dispositif. Notamment, il y a beaucoup de mineurs non accompagnés qui posent un autre problème sur la gestion de ces populations qu'on ne peut pas juste laisser dans la rue en expliquant…
Mais la bataille est perdue ou pas, Alain Bauer ?
Aucune bataille n'est jamais perdue. Surtout quand on n'a pas commencé de la mener.
C'est ça. Donc on n'a pas commencé de mener ces combats.
Pas vraiment.
Alain Bauer, l'affaire Epstein, la vérité sur le système Epstein, c'est votre livre chez First Edition. On a beaucoup écrit sur cette affaire tentaculaire. L'homme est mort en 2019, vrai faux suicide en prison. C'est une affaire de prédation sexuelle qui a été en partie ignorée dans les années 90, révélée dans les années 2019-2020 et dont les rouages politiques sont immenses. Qu'est-ce que vous avez découvert dans ce livre qui est extrêmement riche et documenté ?
Alors d'abord, j'ai cru que c'était une affaire parmi d'autres, comme souvent. Ensuite, j'ai commencé à m'intéresser à cette affaire, mais avec assez peu d'éléments, beaucoup d'élucubrations, du complotisme, on veut-tu en voilà. Et donc j'ai pris ça avec beaucoup de pincettes, des distances. Il n'y avait pas d'éléments, il n'y avait pas de quoi faire une enquête. Tout le monde racontait ce qu'il voulait. Vous savez, il y avait l'infox général sur les réseaux sociaux et Internet. Et puis à partir du moment où les 3,5 millions de documents ont commencé à être diffusés, y compris ceux qui étaient noircis, mais que des outils technologiques permettent de révéler…
C'est-à-dire qu'on enlevait des noms au marqueur blanc.
Voilà, chacun a essayé de protéger qui pouvait, soit disant les victimes, ce qui n'est pas faux, soit aussi quelques auteurs et quelques complices. Et j'ai commencé à être étonné de voir après être non pas un cas Epstein, ni un dossier Epstein, mais un système Epstein. Et je dois même vous le dire, un système de système.
Ce que ce livre révèle, parce que ce livre n'est pas la version microscopique de chacune des innombrables affaires Epstein, parce qu'il faut laisser la parole aux victimes, il faut leur permettre de s'exprimer, il faut leur permettre de révéler ce qu'elles ont subi, mais de permettre pour la première fois l'analyse détaillée de tout ce qu'on sait, qui est vérifié, validé et documenté. Et ce système de système, il est…
On découvre par exemple qu'il y a un système américain, mais désormais on sait qu'il y a un système anglais avec 4 au moins maisons appartenant à Epstein, dont on découvre non pas dans les documents, mais on est allant ligne par ligne de ces virements bancaires de découvrir qu'il payait 4 loyers à Londres. On est en train de découvrir ce qu'il a voulu acheter et peut-être récupérer comme élément immobilier en France. Il y a un dossier français pour l'Apstein.
Il y a un dossier, et ce dossier, comme madame la procureure de Paris l'a répété l'autre jour, a permis d'ouvrir deux nouvelles enquêtes, une sur les volets financiers, qui a payé quoi et qui a été corrompu, et une sur le volet de la prédation sexuelle. Et sur le volet de la prédation sexuelle, il y a 11 nouvelles plaintes, déjà, et donc en France, depuis février. Donc il se passe quelque chose. Et donc je crains que la partie française du système Epstein soit aussi importante que la partie américaine ou que la partie anglaise. Il aimait beaucoup la France. Il avait un quartier général en France, mais il n'avait pas qu'un seul quartier général.
Madame Maxwell, sa principale complice, avait un château en France. Lui-même a essayé d'en acheter plusieurs, a fait des locations. On est au début du commencement de probablement la plus grande affaire de prédation sexuelle, de relation entre la finance et le politique qu'on ait connu. Jeffrey Epstein, c'est un entremetteur, c'est un père macro, c'est un intercesseur, c'est un demi-mondain. C'est quelqu'un qui rend des services à tout le monde, la perversité sexuelle et la pédocriminalité en plus. Ce n'est pas une affaire de conspirationniste ou de complotiste, c'est la réalité d'une affaire qui va nous exploser à la figure.
Et le moment était venu de fournir tout ce qui était disponible pour que chacun puisse comprendre ce qui est caché par le système de système Epstein. Monsieur Ponzi, ce n'était pas le premier fraudeur économique de l'histoire, mais c'est devenu un modèle de la fraude. Epstein, ce n'est pas le premier prédateur sexuel, mais c'est le modèle de la prédation sexuelle.
Qui protège Jeffrey Epstein aujourd'hui encore dans notre pays ? Alain Bauer.
Ces complices qui en ont bénéficié financièrement, qui sont toujours là, quelques-uns sont décédés, d'autres disent que la présomption d'innocence s'applique à tout le monde. D'autres disent qu'ils n'ont pas vu à l'insu de leur plein gré, qu'ils ne savaient pas ce qui se passait, qu'ils n'ont pas bien compris. Comme les Américains d'ailleurs.
Vous avez des noms, il y a des personnalités françaises impliquées ?
Tout est dedans.
Allez-y, donnez-moi les noms.
Non, il y a évidemment, vous avez Madame Lang qui a bénéficié d'un héritage considérable, qu'elle n'a certes pas touché, mais qui dit « Je découvre que vous avez un photographe ici, un architecte là, toute une série de personnalités ». Comme je l'ai dit, la présomption d'innocence fait que je ne jette pas les noms. Mais par contre, on peut chercher ce sont les éléments qui précisément donnent qui a fait quoi, qui a su quoi et qui fait semblant de ne rien savoir.
Vous dites banquier, procureur, avocat, scientifique, médecin, artiste, politique. Oui. Tous ont contribué à l'impunité d'un système criminel international. Politique ? Il y a eu des complicités politiques à Lambauer ?
Bien sûr, aux États-Unis particulièrement, en Grande-Bretagne aussi, autour de M. Mendelssohn. Les cas sont désormais traités par la Couronne, qui est un des anciens principaux collaborateurs du gouvernement britannique, ancien ambassadeur à Washington, nommé justement à cause de ses relations avec le système Epstein, nommé là-bas parce que, pas seulement pour l'éloigner, mais pour se servir de lui, et qui a gravement mis en péril le gouvernement britannique actuel.
Donc oui, il y a un système de systèmes, et d'ailleurs j'ai mis à la fin des petites cartographies pour qu'on s'y retrouve justement, parce qu'au-delà de la lisibilité chapitre par chapitre qui couvre l'intégralité des dossiers Epstein, la vérification de chacun de ces dossiers, les éléments qui sont connus, les éléments qui sont vérifiés, il y a aussi un moment où tout d'un coup, ce qui est microscopique, quand vous prenez un télescope, devient cartographique.
Et tout d'un coup, vous vous rendez compte de l'ampleur du système qui m'a moi-même dépassé, à tel point que je n'y croyais pas, et que je me suis convaincu moi-même par les recherches qui ont été effectuées, avec la mise en place d'outils très modernes de vérification et de validation, à quel point on était face à un immense système de systèmes.
Comment expliquez-vous, Alain Bauer, que la justice française est mis tant de temps à ouvrir des dossiers, ouvrir des enquêtes ? Là aussi, il y a eu une omerta ?
Non, avant janvier, elle n'avait rien, la justice française. Elle avait quelques plaintes, une émission de télévision américaine, où un mannequin racontait que des cas très isolés, elle pensait que c'était une affaire américaine. Puis elle s'est rendue compte que c'était aussi une affaire anglaise, et tout d'un coup, elle a découvert que c'était une affaire française, et il faut rendre hommage à la procureure de Paris. Elle a ouvert deux enquêtes en février, il y a des équipes qui travaillent, elle fait des appels réguliers encore au mois de mai, pour que des victimes se fassent connaître, et tout d'un coup, onze nouvelles victimes.
Il faut beaucoup de courage à ces femmes pour venir révéler ce qu'elles ont subi quand elles étaient, pour beaucoup, mineures, ou venues de Pays de l'Est. Quand on découvre les quatre appartements de Londres, c'est une enquête de la BBC qui a mis des semaines, des mois pour révéler qu'il y avait quatre maisons de passe, je ne sais pas comment appeler ça, maisons closes, à l'intérieur des quartiers les plus huppés de Londres, avec des dizaines de jeunes filles qui étaient, entre guillemets, hébergées. Nous ne sommes qu'au début d'une gigantesque affaire Epstein.
Et j'ai voulu venir chez vous, parce que moi je sais le courage que vous avez sur ces questions, parce que c'était important qu'on découvre et qu'on révèle ce qui est en train de se passer avant qu'on n'envoie que des petits morceaux perdus dans la nature. Pour la première fois, un système de systèmes est révélé dans sa complexité, pas seulement de la criminalité organisée à la fin, mais là nous en sommes au début. Et ce n'est pas seulement un moment particulier ou une violence particulière ou un fait divers, c'est quelque chose qui va gangréner ou qui a gangréné la société française, la société américaine, la société anglaise, et qu'il faut absolument réussir à maîtriser.
Il faut que les victimes viennent dire tout ce qu'elles ont subi, il faut qu'elles dénoncent tous ceux et toutes celles, parce qu'il y a aussi des femmes qui ont servi le système Epstein, pas seulement des hommes, et il faut enfin comprendre l'ampleur du dispositif. Vous révélez régulièrement ce qu'est la pédocriminalité dans le système scolaire, ce n'est pas une révélation, c'est une explosion. Le système Epstein, c'est la même chose.
Et ça veut dire à la voir que le système Epstein perdure à l'heure où on se parle ?
Bien sûr. Vous et moi ce matin ? Oui. Oui ? Vous avez regardé les découvertes que vous faites ? Moi j'écoute Romain Desarbres le matin de manière assez régulière, quand il révèle des cas d'agression, de pédocriminalité, d'agression sexuelle, etc. Et je rends hommage à ce travail vraiment d'éclairage et d'information, on voit à quel point il y a une répétition générale. Regardez l'affaire Pellico. L'affaire Pellico a permis de révéler des dizaines d'affaires Pellico un peu partout, parce que personne ne s'était rendu compte de ce qu'était la domination chimique, la soumission chimique.
Cette question-là, elle est au cœur de la reconstruction d'une identité véritablement citoyenne pour les femmes et les mineurs, garçons et filles, car il y a beaucoup d'agressions et de pédocriminalité sur les garçons, qui est encore moins révélé par la honte, l'horreur, ou le fait que notre système d'autoprotection psychologique nous interdit d'y repenser et puis tout d'un coup ça explose. Eh bien ça, c'est le moment de prendre à bras le corps cette question et de se donner les outils pour comprendre ce que c'est.
Et c'est ce qu'on essaye de révéler, car au début de cette affaire, je fais même une analyse criminologique de comment ça marche un système de prédation criminelle et comment ça marche d'être à la fois en situation de raquettes, de transmission de renseignements, de conflits d'intérêts, de rendre des services à tout le monde, pour à la fin ne vivre que dans une forme de perversion sexuelle comme outil de rémunération de ces activités, en plus de ce qu'ils faisaient payer aux uns aux autres, puisque c'est aussi un immense escroc.
Merci beaucoup Alain Bauer, La vérité sur le système Epstein, c'est chez First Edition. Merci d'être venu ce matin sur CNews et sur Europe 1. Bonne journée à vous.
Merci d'avoir regardé cette vidéo !