"Les grands-parents ils ont d'abord un rôle immateriel de transmission" (Serge Guerin)
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« 30 % des petits enfants sont gardés par leurs grands-parents pendant les grandes vacances. »
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« 23 millions d'heures par semaine des grands-parents vers les petits-enfants. »
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[Musique] J'aime quand les sociologues viennent nous voir et Serge Guérin vient régulièrement. Bonjour monsieur Guérin. Pourquoi ?
Pourquoi j'aime quand vous êtes là ? Parce que vous mettez en fiche ce qu'on devine parfois, ce qu'on parfois on peut se tromper d'ailleurs dans les comment dire comportements des uns et des autres et vous vous sortez des grandes tendances et vous n dites les choses telles qu'elles sont et telles que vous les euh vous les voyez sur le terrain puisque tout ça est un métier très sérieux. Bien évidemment, a priori bon les enfants vont-ils aller cet été chez papi et mamie ?
Et bien, paraît-il que 30 % des petits enfants sont gardés par leurs grands-parents pendant les grandes vacances. C'est pas rien 30 %. Mais et c'est ça qui nous intéresse, de plus en plus de grands-parents ne veulent pas renoncer à leur vie, à leur projet d'été.
Alors ça pourrait ça dépend comment on regarde les choses. C'estd que quand même la réalité je rappelle un 23 millions d'heures par semaine des grands-parents vers les petits-enfants. Si les grands-parents se mettaient en grève on serait dans une drôle de mouise et les familles seraient en grande difficulté.
Donc il y a quand même cette réalité là très forte. Et ça c'est le premier élément. Deuxième élément si on est plus justement en terme de de sociologie.
Les grands-parents d'aujourd'hui à peu près 15 millions, ils ressemblent pas à ce d'hier. C'est dire qu'ils seront plusieurs choses à la fois. Mais comme vous et moi on se définit pas c'est même le malheur de cette société. c'est vouloir définir les gens par une seule chose, leur âge, leur couleur de peau, leur religion.
On est plein de choses à la fois. Et les grands-parents, c'est pareil. Comme dirait l'autre, je souviens dans un entretien que j'avais fait, une dame m'avait dit "Mais moi, c'est pas marqué sur mon front mamie à plein temps.
Je suis plusieurs choses à la fois. Oui, je suis à la retraite mais je suis bénévole. Euh je fais attention à ma santé, je vois mes copines, ainsi de suite et il y a les petits enfants.
Donc du coup, faut essayer de trouver du temps avec tout ça." Donc la majorité des gens âgés qui sont grands-parents, pour certains d'ailleurs, travaillent toujours là. Donc ceux qui ne travaillent pas, ainsi de suite et les autres aussi essayent globalement, ils y ont plaisir à le faire mais ils disent aussi "Attends ma vie elle est pas que là." Et et comme dit une dame, elle a dit "Mais les enfants j'ai choisi de les faire mais les petits enfants j'ai pas choisi.
Donc je vais pas non plus au nom de quoi je devrais donc j'aide mais j'aide quand où on décide c'est tel jour tel jour mais pas plus ou s'il y a un gros problème. Mais sinon ma vie et je dirais que même l'échange avec les petits enfants, il est d'autant plus positif et d'autant plus intéressant que la personne a fait d'autres choses. Du coup l'échange il est plus riche qu'auparavant où c'était bah raconte-moi à l'école et ainsi de suite.
Là là il peut aussi raconter ce qu'elle fait. Donc on est dans quelque chose qui est on peut le regarder sur un aspect beaucoup plus beaucoup plus riche que simplement dire "Oh, il serait égoïste" et ainsi de suite. Mamie euh cuisine et papi jardin, c'est fini.
Les gens ils font plein de choses à la fois. C'est ça aussi la réalité. Voilà.
Bon, on a tous des souvenirs merveilleux avec nos grands-parents et c'est ça qui est formidable puisqu'on a tous passé du temps. J'allais beaucoup chez eux le mercredi après-midi ou pendant les vacances. Bah, c'était les vacances généralement.
Effectivement le dans le temps c'était le jeudi en ce qui me concerne et et là on était avec nos nos grands-parents et puis il y avait toujours une période d'été parce que les vacances jadis c'était beaucoup plus longues. Donc là c'est moi j'ai pas connu les vacances mois d'octobre parce que en fait vous savez pas vous savez pourquoi bah bien sûr comme il y a la France était rurale familles avaient besoin des enfants pour faire les moissons ou que sais-je donc tu rentrais je crois le 1er octobre moi je rentrais le 15 septembre quand j'avais 10 ans. Je crois qu'aujourd'hui on rentre le 3 ou le 4 et on terminait généralement le 25 juin.
Donc il y avait beaucoup plus de vacances. Nos parents quand ils travaillaient avaiit moins de vacances eux. On était à 3 qu semaines semaines les années 80 ça jouit exactement.
Bon donc on allait euh chez nos grands-parents et c'était toujours euh le même temps. C'était euh une dizaine de jours à peu près chaque été. Alors il y a quelque chose également qui a changé que nos grands-parents, bah c'était vraiment généralement les parents de nos parents.
Aujourd'hui, nos grands-parents, c'est pas forcément les parents de nos parents parce que les couples ont explosé. Donc le grand-père, il s'est remarié avec une euh celle qu'on appelle peut-être grand-mère mais qui n'est pas euh la nouvelle femme du grand-père. Bien sûr, tout ça complexifie les choses.
D'abord, on vit plus longtemps. Donc, on peut se retrouver avec des petits enfants et des arrières petits enfants. On peut se retrouver avec des petits enfants des arrières petits enfants, mais en ayant encore ses propres parents.
Donc, du coup, on est peut-être aidant de l'un de ses parents qui est en difficulté et en même temps, on a envie, on a plaisir évidemment non pas aider mais accompagner et accueillir les plus jeunes. Mais du coup, c'est pas si simple que ça. Puis il y en a, je vais dire un gros mot, mais il y en a qui ont des problèmes d'argent et du coup, c'est pas si simple que ça d'accueillir des gamins pendant 15 jours qui mangent beaucoup.
Ouais. Le coût est plus est plus élevé aussi. Déjà une maison parce que faut avoir résident ou qui un peu sympa euh pas en pleine ville.
Bah voilà. Donc donc il y a tout ça. Avant comme vous le disiez très bien, la majorité de la population était encore dans le monde rural.
Donc les les enfants étaient partis travailler à la ville mais globalement tout le monde avait encore sa maison dans le monde rural. Donc on partait en vacances bah dans dans un village. Aujourd'hui même les gens âgés pour une grande partie vivent en ville et les autres qui vivent dans le monde rural comme il y a plus rien dans le monde rural comme on a enlevé tous les services publics ainsi de suite c'est aussi plus compliqué pour eux pour les transports pour trouver des activités.
Donc il y a tout ça qui rend les choses beaucoup plus difficiles. Bon je crois que il y a un témoignage au standard une Ah c'est Marie Agnès. Oui chef.
Oui bons bonjour. Bonjour Marian Agnè. Vous êtes une jeune grand-mère.
Marie Agnèse jeune grand-mère. J'ai 77 ans, mais comme me dit un de mes petits fils, tu peux encore courir après nous. Et quel âge il a le petitfils en question ?
Alors, mes petits fils, ben j'en j'en ai cinq et bientôt un 6e petitfils. Donc j'en ai un de de celui qui arrive ce soir à la maison, il a 12 ans et demi. Hm hm.
J'en ai un qui va avoir euh 10 ans. J'en J'ai ça à s'étale jusqu'à 2 ans et demi. Et vous habitez où ?
Moi, j'habite à Paris. La plupart du temps, je les garde à la campagne, mais on trouve des états d'activités à faire. Et là, le petitfils ce soir qui arrive chez vous, vous allez le garder à Paris ?
Il Oui, je le garde à Paris parce que bah il est en il est en 5e et on l'a bah il est en vacances. Puis comme la grand-mère vient d'être un peu opérée, donc il va aider sa grand-mère. Mais j'ai en charge de le faire travailler et de savoir ce qui va pas, pourquoi il fait la tête.
Pourquoi il fait la tête ? Oui, mais parce que j'ai il me parle beaucoup quand voilà, il parle plus à vous que je m'occupe m'occupe beaucoup d'eux. C'est le fils c'est le fils de votre fils ou c'est le fils de votre fille ?
Ma ma fille n'a pas encore de bébé. Ce bébé miracle va arriver fin octobre. Donc c'est le fils de Oui, autrement mon fils mon fils est né mon fils est né à quatre garçons.
D'accord. Euh et euh donc qui s'étale qui s'étale de 13 qui s'étale de 12 ans et demi à 2 ans et demi. Donc et j'ai un autre petit enfant qui est frané une colonie.
Celui-là c'est l'aîné. Oui. Celui-là c'est l'îné.
Bon et euh et euh vous avez dit 11 c'estàd que vous êtes avec votre mari euh pour s'occuper de lui. Non mon mari mon mari aura 15 ans demain qu'il est mort. Donc donc vous êtes seul euh donc vous serez seul avec ce garçon de 12 ans et demi.
Ah bon ? On va faire on va faire des tas de choses. On a on fait pendant les vacances de février, on a fait des visites de Paris.
Je les ai fait découvrir Paris les arènes de lutesse, les tas de trucs parce que bon, je suis fieré d'histoire, j'aime ça. Donc on Comment vous définiriez le le lien que vous avez avec lui par rapport à celui que vous aviez avec votre fils ? C'est différent.
Je suis pas je suis pas je suis pas chargé de l'éducation. Oui, mais ce que voilà, je suis pas ça. Si si je tiens mal à table et tout, je fais des réflexions.
Ça ça je me gêne pas. Mais c'est pas à moi de de comment vous dire ? Moi je suis là un peu pour écouter les confidences, peut-être pour pour arranger les choses entre le papa et la maman.
Si jamais il y a quelque chose qui va pas. Je vais vous donner un exemple avec celui-là. Quand il avait 5 ans, mon fils est parti faire des études, reparti faire des études à mess et mon fils m'a téléphoné en me disant "Écoute, la maîtresse trouve que vendr est triste, tout le monde trouve que vendr est triste.
Est-ce que tu peux savoir pourquoi ?" Donc je l'ai je l'ai sorti de l'école et je l'ai emmené au restaurant et puis je lui dis "Mon lapin, tu as l'air d'avoir été triste, qu'est-ce qui se passe ?" Brusquement, il me regarde, il me dit "Mamina, papa il va revenir demain ?" Je lui ai dit "Bah oui, pourquoi il reviendrait pas ?" Mais c'est ce que j'ai dit.
Je dis il est là tous les soirs, tous les tous les vendredis et tout. Il dit "Oh mais il y a il y a des copains qui m'ont dit qu'un papa ça partait, ça revenait pas." Vous voyez le truc ce que se dire des enfants à 5 ans.
Je dis "Tu sais ce qu'on va faire ? Et ben on va aller à Messe, on va aller à mess, on va aller voir papa là où il est et tout." C'est ce qu'on a fait.
On est allé à Mess. Oui, mais visiblement Vendr il était triste il y a quand il a 12 ans aujourd'hui. Il y a il a Oui, mais même Oui, mais à chaque fois le il est toujours un petit peu triste.
Il y a quelque chose mais c'est peut-être tout simplement son tempérament. D'ailleurs, il est peut-être pas triste, il est peut-être un peu renfermé comme on dit. Il est un peu renfermé en ce moment, mais on sait pas pourquoi il on sait pas pourquoi il bosse pas.
Donc on veut essayer de savoir. Il est plus doué que les autres. Peut-être il en a pas.
Non non non non non. Bon, est-ce que vous diriez que c'est du plaisir d'abord d'être avec voilà. Est-ce que c'est ça qui domine le plaisir plus que la contrainte Plaisir, c'est le plaisir, c'est c'est et puis ça ça vous maintient en forme, hein.
Quand certains mots de leur vocabulaire, vous le comprenez pas toujours, il m'explique par exemple. Euh voilà. Oh ben je sais plus, je peux pas vous dire ça.
Alors Serge Guérin qui est avec nous qui est sociologue. Lorsque vous écoutez par exemple Marie Agnès, quelles sont les questions que vous pouvez poser pour avoir des renseignements sur j'ai envie de dire la vie d'aujourd'hui ? Serge Gara, ce qu'il y a très sympa dans dans ce témoignage, c'est justement d'abord le plaisir, d'abord le fait que vous saz c'est Simon Veille qui parlait d'enracinement.
C'est que on s'en raccine dans quelque chose. Les grands-parents, ils ont d'abord un rôle je dirais immatériel complet de de transmission. C'est eux quand même qui sont là pour raconter comment c'était avant et et à aider comment ce sera après.
C'est pas les parents qui peuvent faire ça. Les grands-parents, ils ont ce rôle-là parce qu'ils parlent du passé mais ils sont dans le présent. Et donc dans cette discussion d'ailleurs, elle le dit très bien.
À un moment donné, c'est pas le papa qui est capable de parce qu'il y a des choses qu'on a pas envie de dire à son père, à sa mère et on va le dire à l'autre. Et de l'autre côté, ouais, il y a une notion de confiance et de confiance. Il y a il y a un truc très fort qui se passe et il y a pas de jugement.
Ça c'est ça dire la dame le dit très bien, il y a quand même des règles, on va pas faire n'importe quoi à table et ainsi de suite ce qui est un vrai sujet parce que des règles, il y en a de moins en moins et après on s'étonne. Donc les gens ont besoin de ça et les enfants ont besoin de ce type de choses. Et donc souvent les gens plus âgés ont aussi bah cette légitimité, cette expérience et du coup ça permet de passer et ça ça fait passer mieux les choses.
Mais il y a mais il y a d'abord ce rôle symbolique. On a besoin de se rappeler qu'on n pas arrivé comme ça tout seul. Le fait est que en voyant grand-mère, grand-père, papi, mamie, je comprends, je saisis, c'est charnellement que il y a une histoire de vie, il y a une chaîne de vie depuis des millions et des des millions d'années.
Et c'est ça qui permet aux gens de se dire je me je suis aussi capable de me transmettre vers l'avenir. Marie-Agnès, est-ce que vous vous souvenez du euh rapport que vous aviez avec vos grands-parents ? Euh, j'avais une grand-mère que j'adorais, que j'ai perdu quand j'avais 8 ans, donc c'est un peu resté.
Et mon autre grand-mère, oui, ma grand-mère ma grand-mère a connu mes mes petits enfants. J'avais un bon rapport avec elle, mais c'était pas elle elle n'était enfin, elle n'était pas très chaleureuse. Elle-même ayant perdu sa mère très tôt, elle était pas très chaleure.
Mais mais mais j'adorais ma grand-mère. Mais ce que vous voyez ce que vous disiez là tout à l'heure, moi ils adorent regarder des photos de leur grand-père. Ils n'ont pas connu leur grand-père.
Leur grand-père est est mort avant même le mariage de de leurs parents il y a 15 ans. Euh quand ils étaient petits, j'ai une photo de mon mari dans le salon et ils arrivaient puis je fais "Coucou Dad, on a été sage cette semaine comme ça mais pour qu'ils vivent." Et ils adorent regarder des photos de quand j'étais petite tout en disant "Ah mais oui mais tu avais pas de trait quand tu étais petite ?" Ben je lui dis non, j'avais pas très hein pour pour un mais voilà donc c'est c'est vrai qu'on a on a on a des ess change.
Euh là l'autre jour, je sais plus, ils sont tombés sur un truc sur un album, il regarde "Mais c'est toi ton mariage avec Dam ?" Ils ont regardé ça pendant un quart d'heure. Ah oui, mais moi je suis pas étonnée, on a tous, je veux pas dire qu'on a tous la même histoire, mais c'est des moments en plus qui seront gravés pour eux.
Ils se souviendront toujours de de ces moments-là. Est-ce que vous êtes charnel avec vos petits enfants ? Est-ce que vous êtes Caline ?
Est-ce que vous les embrassez ? Très cal. Ah, je les embrass on on les on s'embrasse.
Euh le celui celui de celui de de 3 de 4 ans euh il arrive et puis me dit "Est-ce que je peux monter sur tes genoux parce que j'ai envie d'un gros câlin ?" Je bien sûr mon chéri, tu montes sur mes genoux, je pense mon journal et puis s'installe sur mes genoux. La fin août, je vais en avoir quatre à garder.
Trois de mon fils plus mon franco plus mon franco-allemand. Et euh avec vos fils ou avec même vos belles filles euh il y a pas de souci, c'est-à-dire il y a pas de souci de territoire ou de ou de ou d'autorité ou même le fait que vous entendiez particulièrement bien avec les enfants ne pose pas de souciis parce que ça peut exister de temps en temps dans la famille, monsieur le sociologue. Ça peut arriver.
Bien évidemment, en plus c'est des fils que vous avez vous donc euh c'est c'est c'est c'est pas rien forcément dans le rapport. J'ai fils et non j'ai fils et filles. Oui, vous allez votre fille va voir oui va avoir un bébé là.
Mais si vous voulez avec mes belles filles, je m'entends excessivement bien. Elles sont toutes les deux différentes. Il y en a une, il y en a une qui est infirmière militaire, celle qui a les quatre garçons et et l'autre qui Mais on a de très très beaux rapports.
Mais quand elle me elles me le disent, on vous les confie. Si vous les punissez, on ne dira rien. Voilà.
Ouais. Non mais c'est bien, c'est confiance et c'est et et les règles sont inscrites. Bah merci beaucoup Marianas, il est 2h48, je suis obligé d'écourter la conversation.
C'est un pan de France qu'on vient d'écouter. Je trouve ça formidable en fait. En fait, c'est le réel, c'est tout simplement les relations des gens.
Et encore une fois, vous savez, pendant longtemps on dire "Ah la famille et tout ça, on en a besoin. Après, il faut que la famille soit solide et qu'elle tienne son rôle qui a un rôle d'éducation plus que d'instruction aussi de de concentration des choses." Mais il faut aussi rappeler Pascal qu'on va avoir un petit sujet, c'est que là on parle l'article, il parle des grands-parents qui veulent pas s'occuper de leurs petits- enfants, mais on va avoir de plus en plus de grands-parents qui aimeraient bien avoir des petits enfants.
Or, avec la baisse de laité, on va avoir une pénurie de petits enfants. Allez, je vous coupe parce que il est 48 et on a manqué le débrief hier et j'ai pas envie qu'on manque le débrief aujourd'hui.