Attentat de Nice : le récit de l'attaque du 14-Juillet 2016, minute par minute
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Nice, 14 juillet 2016. Dans le nord-est de la ville, le long de ce boulevard, un camion est stationné. A 21h34, un homme arrive à vélo.
Il s'appelle Mohamed Lawedjboulel. Il charge le vélo dans le camion et prend position derrière le volant. Le véhicule quitte son emplacement.
Moins d'une heure plus tard, il arrive ici, sur la promenade des Anglais. Devant lui, 25 000 personnes viennent d'assister aux feux d'artifice tirés à l'occasion de la fête nationale. Le camion de 19 tonnes éteint ses phares, grimpe sur le trottoir et prend de la vitesse.
Je vois un camion arriver comme ça. Il y a une foule, le camion est derrière, donc les gens cachent le camion. On le voit faire des grandes embardées pour essayer de faucher le maximum de victimes.
Et en fait, c'est comme un domino, je vois tout le monde tomber. Je le prends en chasse. L'idée, c'est de jeter mon souter sous la eau.
Il était déterminé, vraiment, à foncer dans les jambes. Le Monde a reconstitué l'attentat du 14 juillet 2016. De la préparation de l'attaque au cauchemar sur la promenade des Anglais.
Je pense qu'on n'avait jamais atteint à ce point ce concept de tuerie de masse. Avec ce qui va se passer ce soir-là, on se dit, tiens, on a manqué quelque chose. Cinq ans plus tôt, trois policiers se présentent au douzième étage de cet immeuble du nord de Nice.
À cette époque, c'est ici que réside Mohamed Laouetjboulel. Son épouse a appelé la police. Elle dénonce les violences quotidiennes de son mari.
Ses coups de poing, après des reproches futiles. Une médiation est organisée et l'affaire est classée sans suite. Trois ans plus tard, la même femme se présente dans ce commissariat de police.
Elle raconte que quelques jours plus tôt, son mari l'a aspergé de vin et lui a uriné dessus. Plus tard, il aurait déféqué dans la chambre. L'homme aurait aussi poignardé la peluche de leurs enfants en déclarant qu'il ne comptait pas s'arrêter là.
Mohamed Laouetjboulel, on va dire que c'est une personnalité, un profil psychologique perturbé. Quelqu'un qui avait beaucoup de frustration. Et je pense qu'il avait besoin de trouver une raison d'être à son existence, de faire parler de lui.
Convoqué par la police, l'homme disparaît. Près de deux ans plus tard, il se présente finalement au commissariat. Il nie tout et repart libre.
Mais à ce moment-là, il a autre chose en tête. Le 3 juillet, il effectue plusieurs recherches sur Internet. Le lendemain, ses recherches se concentrent sur la location de camions.
Sur son ordinateur, il conserve des vidéos de combat, d'accidents de la circulation ou d'exactions commises par des djihadistes. C'est assez perturbant en réalité parce que ce n'est pas véritablement la figure classique du terroriste. C'est quelqu'un qui n'est pas radicalisé, en tout cas qui n'est pas connu pour radicalisation.
Il ne va pas à la mosquée, il n'est pas particulièrement religieux. Il mange du porc, il boit de l'alcool. Il a une vie sexuelle plutôt débridée.
Dans son téléphone, il conserve aussi autre chose. De nombreuses photos prises sur la promenade des Anglais l'été précédent, en 2015. La promenade des Anglais, c'est cette avenue célèbre de Nice qui longe le bord de mer.
On y trouve à la fois des voies de circulation pour les véhicules et un large trottoir qui surmonte la plage. C'est là qu'un an plus tard, le terroriste va mettre son plan à exécution. Le 11 juillet 2016, il se rend dans cette agence de location à Saint-Laurent-du-Var.
A 9h, il quitte l'agence au volant d'un camion. Moins d'une demi-heure plus tard, ce même camion est filmé sur la promenade des Anglais. Il monte sur le trottoir, y effectue des manœuvres, repart en sens inverse.
Le lendemain, il est de nouveau présent sur place. Sur la promenade des Anglais, il y a des pergolas. Il a mesuré la hauteur des pergolas pour voir s'il pouvait passer sous les pergolas.
Il s'est assuré de pouvoir éventuellement passer avec son camion sur les trottoirs. Le futur terroriste repère aussi les lieux à vélo. En moins de 4 jours, Mohamed Lawetjboulel se rend sur la promenade des Anglais à une quinzaine de reprises, dont 10 fois avec le camion.
Quand on met ça en relation avec ce qui va se passer ce soir-là, on se dit, tiens, on a manqué quelque chose. Le 14 juillet 2016, l'homme retourne sur place, à pied, et s'y prend plusieurs fois en photo, alors que débutent les festivités. Vers 21h30, il récupère son camion.
Il prend la direction du centre-ville. Il va disparaître pendant 45 minutes environ. On ne sait pas s'il a rencontré quelqu'un, s'il s'est mis en attente.
Mais en tout cas, ce qu'il y a de sûr, c'est que je pense qu'il a attendu le moment le plus propice où il pouvait se douter qu'il y aurait le plus de monde vulnérable sur la promenade des Anglais. À 22h32, Mohamed Lawetjboulel arrive sur la promenade des Anglais. Dans la cabine du camion, un pistolet semi-automatique et plusieurs armes factices.
Devant lui, 25 000 personnes viennent d'assister au feu d'artifice. Il y avait beaucoup de familles, beaucoup d'enfants, il y avait de la musique, il y avait des concerts, il y avait même des stands à bonbons, c'était vraiment la fête, la fête nationale. C'est quelque chose de très, très convivial.
Il y a des gens qui viennent du monde entier pour visiter chez nous. Mais ce soir-là, particulièrement, j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de monde. À cette époque, la chaussée de la promenade des Anglais est séparée de la piste cyclable et du trottoir par une fine bordure, abaissée au passage piéton.
Le terroriste grimpe sur le trottoir et commence à percuter des spectateurs. En début de soirée, on décide avec mon épouse d'aller en scooter manger une glace au Vionnis. On roule sur la promenade des Anglais.
Le camion me double sur le trottoir, à droite. J'accélère de suite parce qu'il vise des gens. En une minute, le camion parcourt environ 1,5 km, ce qui correspond à une vitesse de près de 90 km heure.
Je vois un camion arriver comme ça. Arrivé à ma hauteur, je vois qu'il tourne parce qu'il vient un zigzagant. Tous les gens qui étaient devant moi, ils se sont faits happés par le camion.
On voit le camion arriver en vitesse, mais il faisait vraiment des zigzags, on le voyait. Donc on tombe et en fait c'est comme un domino, je vois tout le monde tomber et c'est le chaos. Une minute et huit secondes après le début de l'attaque, le camion arrive face à une pergola.
Il retourne sur la chaussée pour la contourner, puis remonte immédiatement sur le trottoir. Il va cibler à un moment une confiserie ambulante autour de laquelle évidemment s'affaire des familles avec de jeunes enfants. On voit des choses qui sont abominables, on voit des corps rouler sous le camion, ce genre de choses.
Avant d'atteindre une seconde pergola, le camion regagne une nouvelle fois la chaussée. Je ne suis pas très loin derrière, je suis, mais l'idée c'est de jeter mon sauteur sur la route. Je jette mon sauteur, donc automatiquement je tombe.
Derrière, je suis obligé de courir pour le rattraper. Un peu plus loin, une foule est rassemblée pour regarder un concert. Le camion fonce.
C'est la fête, il y a des concerts, les gens n'entendent pas le camion quand il se déplace, personne ne l'entend. Il y a le brouhaha de la foule et ce n'est qu'au dernier moment que les gens se rendent compte. Pourtant c'est un camion de 19 tonnes, mais non, on l'entend vraiment quand il passe à côté de nous et qu'on entend le moteur à fond les ballons.
A 22h35, environ 3 minutes après le début de l'attaque, le camion ralentit. En franchissant les terres pleines, il a mis à mal son embrayage et donc il va être stoppé net dans son élan. Je monte à la cabine et là je frappe de toutes mes forces pour que ça s'arrête.
Jusqu'à temps que la police arrive. Le camion est touché par 61 tirs. 12 balles atteignent Mohamed Lawetjboulel.
Il meurt. Il est 22h37. En un peu plus de 4 minutes, le terroriste a parcouru près de 2 km.
Il y avait des sacs, des doudous, il y avait des corps partout, du sang, on ne comprend pas ce qui se passe. C'est un bilan qui est énorme, avec au-delà des blessés physiques, tous les impliqués, où là il y a des milliers de personnes qui sont choquées. La France est affligée par cette nouvelle tragédie.
C'est là que le terrorisme gagne, en fait, parce que ça génère dans l'esprit des gens de tels chocs que même s'ils n'étaient pas directement exposés au danger, ils ont subi des traumatismes, comme s'ils étaient au cœur du danger. Je pense qu'on n'avait jamais atteint à ce point ce concept de tuerie de masse. On est véritablement face à un attentat qui a ciblé un lieu on ne peut plus festif, dans lequel la foule qui est là, c'est des grands-parents, c'est des parents, c'est des enfants, c'est des chrétiens, c'est des musulmans, c'est des athées.
C'est vraiment, pour reprendre une expression qui a été employée, la foule paisible et innocente.