Amine Kessaci, prisons, présidentielle... l'interview de Gérald Darmanin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Gérald Darmanin. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour à tous. Gérald Darmanin, beaucoup de questions à vous poser ce matin. Les juges ont-ils des moyens de juger en France ? Faut-il supprimer l'excuse de minorité face à la violence des jeunes ? Mais d'abord, Amine Kessassi, militant anti-narcotrafic, a été exfiltré jeudi soir d'une conférence de presse à Aix-en-Provence. Après une alerte, il était à votre place hier.
C'est la première fois depuis septembre que je suis exfiltré comme ça. À chaque fois que je mets un pied dehors, je suis menacé. À chaque fois que je mets un pied dehors, je risque d'être assassiné. À chaque fois que je prends la parole sur ces sujets, je risque d'être assassiné.
En France, en 2026, on peut risquer sa vie parce qu'on fait de la politique ?
Ah oui. Oui, surtout quand on s'attaque à des organisations très puissantes. Les narcotrafiquants sont des organisations très puissantes. Ils brassent des milliards d'euros, quasiment sans limite financière, des ramifications internationales. Et on a vu dans des pays comme les Belgiques ou les Pays-Bas, des journalistes d'investigation, des avocats, des hommes et des femmes politiques sont assassinés dans les rues d'Amsterdam, de Rotterdam ou d'Anvers parce qu'ils s'enquêtent, parce qu'ils condamnent. Est-ce que vous avez peur pour la vie d'Amine Cassécy ? Oui, je pense qu'il est très menacé, oui. Alors, il n'est pas le seul.
Il y a aussi 15 magistrats qui, aujourd'hui, enquêtent sur le narcotrafic et qui sont protégés par la police, parfois leur famille. Quand je suis arrivé à la chancelerie, il n'y avait aucun magistrat qui était protégé pour des raisons de narcotrafic. C'était contre le terrorisme. Et en un an, une quinzaine de magistrats sont protégés, comme des agents pénitentiaires, des directeurs de prison et comme des lanceurs d'alerte ou des journalistes d'investigation. C'est le cas d'Amine Cassécy. Donc oui, la peur est importante.
C'est pour ça que l'État doit être extrêmement ferme et que je porte les prisons de haute sécurité, le statut du repenti, la lutte contre le narcotrafic comme étant une menace, qui est une menace de sécurité intérieure. Ce n'est pas une simple menace de criminalité organisée. C'est une menace de sécurité intérieure, comme l'est le terrorisme.
Dans le narcotrafic, souvent sont impliqués des mineurs et pas seulement. Je reviens sur quelques faits divers récents. Une professeure poignardée par un élève de 14 ans dans le Var. Six jeunes, dont un mineur interpellé dans l'enlèvement d'une magistrate. Un chauffeur de VTC abattu par un adolescent de 14 ans. On écoute la femme de cette victime, de ce chauffeur VTC, alors que le procès s'ouvre aujourd'hui. Ses enfants sont à peine plus jeunes que le meurtrier présumé. Pourquoi il a fait ça ?
Ça pourrait être mon fils, en fait. Mes fils, ils ont 12 ans. Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'avenir de mes enfants maintenant. On a quitté Marseille pour ça. On n'était pas loin des quartiers. On a grandi nous-mêmes dans des quartiers.
Face à cette violence des mineurs, votre collègue, le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, s'interroge sur l'excuse de minorité. Il se dit même favorable à sa suppression à titre personnel. Partagez-vous son avis ?
Il a parfaitement raison. Je suis pour la suppression d'excuse de minorité. Cependant, il faut changer la Constitution pour ça. Et je suis pour revenir, en effet, pour faire une modification constitutionnelle. Je le dis également à titre personnel. Nous n'avons pas les moyens parlementaires aujourd'hui. De cela, je ne suis même pas sûr que tout le gouvernement...
Vous avez essayé une loi portée par Gabriel Attal ?
Oui, elle a été censurée. On a enrichi la loi de Gabriel Attal, que je remercie d'avoir travaillé sur cette question. On a travaillé ensemble. D'ailleurs, un vote assez unanime avec la droite et une partie du centre et du centre-gauche. Et puis, on a été censuré par le Conseil constitutionnel. Et il faut respecter le Conseil constitutionnel. Il a fait ce qu'il devait faire.
Il faudrait donc que le Parlement se réunisse en congrès à Versailles
et que le président vous tienne dans cette démarche ? Oui, alors là, je pense qu'il n'y a pas unanimité au gouvernement pour ça. Je pense qu'on n'en a pas les moyens politiques aujourd'hui avec une assemblée où nous sommes extrêmement minoritaires. Mais je pense que c'est pour l'année prochaine, c'est-à-dire pour un débat présidentiel.
C'est un sujet à mettre dans la campagne présidentielle.
Oui, et moi, je suis favorable à une modification importante des mineurs. Alors, je pense qu'il faut toujours laisser au juge le moyen de considérer que cette personne est mineure et qu'elle doit être traitée par des mineurs. Je pense que le tribunal pour enfants doit continuer à exister, même s'il doit être modifié. Mais l'excuse de minorité, comme l'a dit Laurent Nunez, doit être supprimée. Aujourd'hui, il y a à la fois une immense violence des mineurs qui sont aussi parfois victimes. Il y a aussi 400 000 gamins à l'aide sociale à l'enfance. On sait qu'un quart d'entre eux seront SDF. On sait qu'un quart d'entre eux iront dans les prisons françaises.
On sait qu'un tiers d'entre eux seront dans le proxénétisme ou dans la criminalité organisée. Donc, il y a à la fois une honte pour la République de ce qu'elle fait pour des enfants de la ZEU, de la DAS, comme on disait auparavant. Et puis, il y a aussi beaucoup plus de fermeté à avoir sur des mineurs qui, en effet, commettent des actes ignobles.
Mais est-ce qu'ils sont plus violents ? Parce qu'il y a moins de mineurs mis en cause dans les faits de violence. On est d'accord, les chiffres de la violence des mineurs baissent.
Mais quand ils commettent des actes, ils sont de plus en plus violents.
Une hyper-violence ?
J'ai été mise à l'intérieur lorsque cet enfant, ce gamin de 14 ans, a assassiné ce travailleur honnête qui conduisait son Uber. C'était la première fois qu'on avait un tueur à gage de 14 ans. Et j'utilise le mot de tueur à gage, parce que c'est évidemment ce qu'on ressent quand on entend cette histoire absolument ignoble. Donc, les mineurs qui commettent des actes de violence, aujourd'hui, ils le font de manière beaucoup plus violente qu'avant. Mais vous nous annoncez que vous ne pourrez rien faire avant la prochaine présidentielle, en fait,
puisqu'il faudrait modifier la Constitution.
Il faut trois cinquièmes des parlementaires, de l'Assemblée et du Sénat. Il faut donc qu'une majorité soit donnée au prochain président de la République pour pouvoir modifier la Constitution. Je suis démocrate, je suis volontaire, mais je suis démocrate.
Autre thème majeur, l'engorgement des tribunaux. Vous avez annoncé hier trois nouvelles salles et des nouveaux greffiers pour la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, tellement engorgés que des détenus en attente de procès pourraient être libérés. Est-ce que ça suffira ? Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin qu'aucun de ces détenus dangereux ne sera libéré ?
En effet, je peux vous le dire. J'ai entendu le cri d'alarme depuis que je suis arrivé. Ça fait un an à peine au ministère de la Justice, des procureurs généraux qui disaient notamment qu'en effet, des gens allaient être libérés de détention provisoire parce que la justice n'était pas capable d'organiser, d'audiancer, comme on dit dans la justice, leur procès à temps.
Pour fixer la date du procès, et comme on ne peut pas les retenir indéfiniment en prison, il fallait les libérer. 19 accusés criminels devront être mis en liberté en 2026.
Seulement dans la Cour d'appel d'Aix-en-Provence. C'était une cinquantaine dans toute la France. J'ai pris des dispositions, indépendamment même d'une loi. Je remercie d'ailleurs les moyens qu'on m'a donnés lors du budget qui vient d'être voté. J'ai pris des dispositions pour que ce ne soit pas le cas. Aix-en-Provence, qui était le moment le plus difficile, il y a 464 affaires en attente. Hier, j'ai rencontré les victimes, notamment la maman de Sokaina, vous vous rappelez tous de cette ignoble affaire, des femmes victimes de viols qui attendent depuis 8 ans parfois l'audience de leur jugement. J'ai pris les moyens de greffier, deux magistrats, quatre nouveaux présidents d'assises.
On a construit des salles en urgence, pour que ce ne soit évidemment pas le cas.
C'est pas Marseille pour le reste de la France ?
J'ai annoncé à Marseille parce que c'était ce cas de plus urgent, pour qu'on soit bien certain que les 19 accusés ne soient bien jugés, ne soient pas libérés des tensions provisoires. Et je vais annoncer la semaine prochaine pour l'ensemble du pays, pour les 36 cours d'appel.
Le meurtrier présumé de Sokaina, il fait partie de ces personnes qui devaient être libérées ? Elle avait été tuée d'une bande de kalachnikov dans la tête alors qu'elle révisait dans sa chambre ?
Il ne faisait pas partie des personnes qui auraient pu être libérées en 2026, mais la question se posait pour 2027. Et donc les moyens que j'ai proposés, le changement d'organisation, fait que ni en 2026 ni en 2027, personne ne sera libéré de prison parce que nous nous sommes mal organisés dans la justice.
Et pour le reste, c'est une cinquantaine en France, c'est ça ? Exactement.
Aucun des cinquante ? Exactement. Aucun des cinquante, on est certain. C'est des présidents d'assises dans chacune des cours d'appel, c'est des salles que nous construisons en urgence, c'est des greffiers qui sont affectés. Et donc nous avons fait ce plan depuis à peu près un mois et j'ai été heureux de l'annoncer hier. Et j'ai vu du soulagement dans les yeux des magistrats et des victimes, évidemment.
Mais après... Pour le reste de la France, vous allez faire quoi ? Vous allez faire pareil ? Exactement. Mais combien de nouvelles salles ? Combien de nouveaux greffiers ?
Je travaille en ce moment avec chacun des premiers présidents de cours d'appel, chacun des procureurs généraux. Je reçois cette semaine, par exemple, les responsables de la cour parisienne. Et vous savez, c'est un long travail difficile parce que, par ailleurs, il faut organiser une justice qui est indépendante. Donc mon travail, c'est de reprendre un petit peu la main dans l'organisation du ministère de la justice. Mais je pense que les magistrats sont tout à fait compréhensibles devant l'enjeu. Après, il y a un changement structurel, cependant, à faire dans notre loi.
Parce que personne ne comprend qu'on met 6 ans pour avoir un jugement de viol et 8 ans pour avoir un jugement pour homicide. Moi, hier, c'était extrêmement touchant. J'essaie d'être le ministre des victimes. Je rencontre des victimes partout où je vais. J'ai rencontré 4 victimes, notamment 2 de viol, qui attendaient depuis 7 ans le jugement en première instance. Ils ne peuvent pas se reconstruire. Parfois, leur agresseur a été libéré. Celui-ci a parfois refait sa famille. Il a trouvé un boulot. On a donc peur que 7 ans après, tout ça n'a plus d'intérêt pour les magistrats. Mais que fait-on face à ça ? Pardon ? Quel est votre objectif ?
Donc là, c'est divisé 6 ans pour un viol, 8 ans pour un crime de sang. C'est très clair, c'est divisé par 2, ce temps.
Donc 4 ans pour un crime de sang et 3 ans pour un...
Ça prendrait beaucoup d'argent, ça. Et c'est déjà... Je pense qu'une meilleure organisation, c'est pas toujours besoin d'argent. Une meilleure organisation du ministère de la justice mènerait à ça. Déjà 3 ans pour avoir un jugement pour viol et 4 ans pour un jugement pour meurtre, c'est déjà beaucoup.
Mais comment vous faites ? C'est votre future loi qui va résoudre ce problème ? Qui va diviser les délais par 2 ?
Au mois de mars prochain, dès lundi au Conseil d'État, je présente une loi de 7 articles qui réorganise la justice criminelle et qui permet en effet, c'est un petit peu long à expliquer ici, mais de diviser ces délais par 2 avec en effet des moyens supplémentaires. Et là, il y a des moyens supplémentaires au ministère de la Justice. Nous avons 1 600 créations de postes cette année. Donc il y a de quoi faire. Et donc nous devons rendre compte au Parlement et aux Français des moyens qu'on nous donne au ministère de la Justice.
Dont l'extension de la procédure de plaidés coupables, c'est bien cela ?
Exactement. Alors parmi les dispositions, il y a une simplification de procédure pénale, parce que parfois on multiplie les procédures pour empêcher que les audiences se tiennent, dans l'espoir de voir son client, par exemple, libérer des tensions provisoires. Évidemment, il faut respecter les droits de la défense, mais il ne s'agit pas non plus de retarder à l'envie. Les victimes ont aussi des droits. Et moi, je suis le ministre qui dit que les victimes ont aussi des droits. Il n'y a pas que les accusés qui ont des droits. Tout le monde a des droits.
Et le deuxième point, en effet, c'est la réorganisation de la cour criminelle et appeler des coupables en matière criminelle, comme le font nos amis espagnols, anglais, allemands.
Mais ça veut dire que la réorganisation des cours criminelles, ces cours criminelles départementales que vous voulez étendre encore plus, l'avenir de la justice, c'est une justice sans citoyen ?
D'abord, je...
Est-ce que c'est le sens ? Est-ce que ça va bien plus de démocratie, ça ?
Alors moi, je suis pour davantage de citoyens dans la justice. Et donc, c'est pour ça que, pour la première fois, les citoyens dans le jury des cours criminelles. Mais ils seront minoritaires. Oui, c'est vrai, parce que la justice, c'est aussi une manière... Il faut la traiter de façon professionnelle, mais il faut remettre des citoyens qui, aujourd'hui, ont été écartés de la cour criminelle dans la formation des cinq magistrats qui prendront les décisions. Après, il y a des dispositions toutes bêtes. Dans le Nord, par exemple, nous n'avons le droit qu'à une seule cour criminelle, puisque la loi dit que c'est une seule cour criminelle par département.
Dans le Nord, nous avons plusieurs tribunaux, nous pourrions avoir plusieurs cours criminelles. Rien que ça, nous faisons baisser le nombre d'affaires en attente. Deuxièmement, les récidives ne sont pas prévues par la cour criminelle. Donc, dans l'affaire Pellicot, il y a 17 accusés, 17 condamnations, 16 acceptent leur jugement, et le 17e fait appel. Et il fait appel où ? Dans la cour d'assises. Ça demande une organisation pour la justice extrêmement compliquée. Bref, je pense qu'il y a du bon sens à remettre dans la justice. J'essaye de mettre du bon sens dans la justice.
Autre thème qui concerne beaucoup de Français, OnlyFans. Le Sénat examine cet après-midi une proposition de loi LR pour encadrer les plateformes pornographiques, comme OnlyFans. Ils visent directement ceux qui sont appelés managers sur la plateforme pour qu'ils soient considérés désormais comme des procédettes en écoute. Christine, au micro France Info de Marc Bertrand. Je créais du contenu jusqu'à 5h du matin sans m'arrêter tous les jours. J'étais dans un état vraiment archi lamentable. Je consommais de la drogue tous les jours pour tenir. J'étais tout le temps sous kétamine. Du coup, je lui ai dit, je vais arrêter. Il ne voulait juste pas me laisser partir.
Le grand problème juridique, c'est que la définition de la prostitution implique un contact physique. L'enjeu, c'est de créer ce qu'ils appellent une infraction pour exploitation sexuelle en ligne. Est-ce que vous y êtes favorable, M. le garde des soeurs ?
Oui, oui, j'y suis favorable. Le gouvernement est favorable. C'est Aurore Berger qui va défendre ce texte au nom du gouvernement et donnera un avis favorable du gouvernement. 7 ans de prison et 150 000 euros d'amende aggravés si c'est un mineur, c'est ça ? Exactement, jusqu'à 10 ans, en effet. Ça peut passer ? Oui, d'abord, c'est une proposition de loi LR, me semble-t-il, du Sénat. Et donc, je remercie aussi le Parti des Républicains. Je pense qu'on peut travailler ensemble à lutter contre toute forme de proxénétisme et d'exploitation de la femme et évidemment des enfants.
Dans un instant, Gérald Darmanin, l'affaire Epstein qui a des répliques en France. Faut-il ouvrir une enquête ? Vous nous direz votre réponse, vous, le garde des Sceaux. Mais tout de suite, il est 8h46 et c'est l'Info en une minute avec Sarah Ders.
Emmanuel Macron se rend ce matin à Dunkerque sur l'un des sites d'ArcelorMittal. Le chef de l'État doit officialiser des investissements massifs dans la décarbonation pour le premier producteur d'acier en France avec son premier four électrique. Un adolescent de 15 ans devant la justice soupçonné d'avoir tué un chauffeur de VTC Nessim Ramdam à Marseille en octobre 2024. L'affaire amorce la vague de procès liée à l'embauche croissante de mineurs par la criminalité organisée. Les bovins seront de nouveau vaccinés cette année contre la dermatose nodulaire contagieuse dans les quatre régions les plus touchées en Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie.
Aux Jeux Olympiques d'hiver de Milan-Cortina, du ski de fond à partir de 9h15 et du ski alpin à 10h30 avec des Françaises. Romane Miradoli en descente et Marie Lamure en slalom. Pas de nouvelles médailles hier pour la France mais peut-être aujourd'hui en biathlon.
France Info
Le 8.30 France Info Agathe Lambret, Paul Larouturou
Avec Gérald Dermannin, ministre de la Justice, ancien ministre de l'Intérieur. Paul, on parle d'un ancien ministre de la Culture dans la tournante de l'affaire Epstein.
Critiqué pour ses liens étroits avec Jeffrey Epstein, Jacques Lang a finalement, après une très grosse pression, démissionné de l'Institut du Monde Arabe. Est-ce que vous vous en félicitez ? Est-ce que vous pensez que l'affaire Epstein s'arrête en France avec l'affaire Lang ?
Je n'en sais rien. Je ne sais pas. Il y a une enquête ouverte par le procureur national financier dont acte. Il y aura donc des investigations importantes en ce qui concerne la famille de M. Lang mais je n'ai pas d'éléments particuliers pour le savoir.
Deux choses. Est-ce que vous vous félicitez de la démission de Jacques Lang de l'Institut du Monde Arabe ?
Je pense que c'était mieux pour l'Institut du Monde Arabe et pour lui, manifestement.
C'était une erreur de renouveler son contrat il y a deux ans alors qu'il avait déjà 83 ans. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Ce n'est pas à moi d'en juger. C'est le président de la République qui propose et les ambassadeurs des pays arabes qui valident. Ce n'est pas à moi d'en parler.
Sauf que Jeffrey Epstein avait aussi un appartement parisien et que l'Association de protection de l'enfance Innocence en danger réclame l'ouverture d'une enquête. Et ça, ça vous concerne. Et êtes-vous favorable ?
Dans une démocratie, ce n'est pas la ministre de la Justice qui ouvre les enquêtes, fort heureusement, pour les Français. En revanche, il n'y a pas à être favorable ou défavorable à l'ouverture d'enquête. Je ne vais pas faire pression sur les services judiciaires. Je suis leur ministre de tutelle et je suis le chef, si j'ose dire, du parquet. Et en revanche, si les gens déposent plainte en France, en général, le parquet ouvre une enquête. Et on peut même déposer plainte à la Constitution du Parti Civil, ce qui encourage directement, j'ai une instruction, d'ouvrir une enquête ou une instruction.
Donc, si les personnes souhaitent le faire, qu'elles le fassent, notre pays est un pays de droit et la justice enquêtera.
Mais quand le président Macron, interrogé par l'émission Quotidien, estime que cette affaire concerne surtout les États-Unis et qu'il faut que la justice là-bas fasse son travail, et c'est tout, dit le président de la République, Est-ce que vous, en tant que ministre de la Justice, vous considérez que c'est une affaire américano-américaine ?
Je dis que si. Et d'abord, c'est une affaire en partie française, puisque le parquet national financier a ouvert une enquête la semaine dernière, ces derniers jours, contre ou envers la famille de M. Lang. Mais par ailleurs, si la justice est saisie, j'ai une circulaire politique pénale que j'ai adressée par deux fois, la même, exactement la même, l'année dernière, à l'ensemble des parquets. Tous ceux qui s'en prennent à l'exploitation des femmes et des enfants doivent avoir de la part des parquetiers des ouvertures d'enquête. J'ai trois priorités de politique pénale, la lutte contre le narcotrafic, les violences faites aux femmes et aux enfants, et les actes antisémites ou antireligieux.
Et dans mes trois politiques pénales, il y en a une, c'est la lutte contre la violence faite aux femmes et aux enfants, donc le parquet, j'espère, puisque c'est ma volonté, ouvrirait une enquête s'il y a une plainte qui est déposée.
Et alors justement, il y a aussi le nom de l'homme d'affaires, Olivier Collant, conseiller à l'Elysée de 2007 à 2012, il a entretenu une correspondance très nourrie avec Epstein à partir de 2013, des demandes d'entrevue pour Nicolas Sarkozy, une demande liée au financement politique de Bruno Le Maire, des échanges à tonalités racistes, homophobes, sexistes. Là encore, est-ce que ça intéresserait le ministère de la Justice ?
Je pense que toute infraction intéresse le ministère de la Justice. Simplement, je rappelle que dans notre pays, démocratiquement, les parquets ont l'opportunité des ouvertures quand ils lisent des choses dans les journaux, par exemple. Mais lorsqu'il y a des plaintes qui sont déposées, moi, ce que j'aimerais, c'est qu'on passe de la politique de la dépêche AFP ou de la déclaration à la politique de la plainte. C'est-à-dire que les gens déposent des plaintes et que la justice instruit avec des services enquêteurs. Le seul qui ne peut pas ouvrir une enquête en France, la seule personne en France qui ne peut pas faire un article 40 pour dénoncer parquet, c'est moi.
Le jour où je ne serai plus garde des Sceaux, je referai comme quand j'étais maire de ma commune à Tourcoing. Je fais des articles 40 quand je vois que quelque chose ne va pas bien. Mais vous me demandez à moi, qui suis le chef des parquetiers, qui suis le ministre de la Justice, le garde des Sceaux, de faire quelque chose que je ne peux constitutionnellement pas faire. Mais donc je dis en revanche que la justice est très bien faite, que les instructions du garde des Sceaux sont très claires sur les violences faites aux femmes et aux enfants. Si des plaintes sont déposées, notamment dans l'affaire Epshine, il est évident, je pense, que les parquetiers ouvriront des enquêtes.
Vous craignez que d'autres personnalités soient impliquées ?
Je n'en sais rien.
Vous-même, vous l'avez rencontré ? Non, jamais. Est-ce que vous en aviez entendu parler dans votre intro ?
Non, jamais. Moi, je suis plutôt quelqu'un du Nord-Pas-de-Calais que quelqu'un de New York, mais voilà, c'est peut-être un risque de fonctionner.
Demain, place aux plaidoiries de la défense dans le procès de Marine Le Pen. Le parquet a requis 5 ans d'inéligibilité. Si ses réquisitions sont suivies, Marine Le Pen ne pourra pas se présenter en 2027. À l'époque de sa condamnation, vous aviez écrit qu'il serait profondément choquant qu'elle soit jugée inéligible. Est-ce que vous le rediriez aujourd'hui ?
Mais je ne suis plus député, donc plus libre de parole. Un député, c'est libre de parole, élu par ses électeurs, avec l'immunité pour le faire. Je suis garde des Sceaux, donc...
Et le citoyen député Gérald et le ministre d'Armène ?
Bien sûr, vous n'êtes pas la même, j'imagine, si vous êtes rédacteur en chef de France Info ou si vous êtes citoyenne dans la rue. Et c'est normal, c'est ce qu'on attend de vous. Et moi, j'ai un rôle à tenir, comme le disait le général Le Gaulle, il faut tenir son rôle. Et donc je suis garde des Sceaux, je ne me permettrai pas de faire une pression quelconque sur la justice. Ce que je peux constater en revanche, c'est que Mme Le Pen a eu son premier puis son deuxième procès dans des temps assez records, qui permettent même à la Cour de cassation de pouvoir constater son pourvoi avant, si jamais elle en fait un, si jamais elle était condamnée, avant l'élection présidentielle.
C'est-à-dire que les Français auront eu le droit à une justice qui pourra trancher des différents. Je pense que c'est important qu'elle fasse son travail sans qu'il y ait de doute sur l'éligibilité de Mme Le Pen. Et c'est, je crois, une performance qu'a fait le ministère de la Justice. Et vous préférez affronter Marine Le Pen ou Jordan Mandela en 2027, vous ? Moi, je ne pense pas que les choses soient relatives en politique. En politique, il faut pouvoir, me semble-t-il, porter ses convictions et les gens où vous choisissent, s'ils ont une croyance en vous, une sincérité en vous. Donc je ne choisis pas mes adversaires politiques.
En revanche, il est évident que le Rassemblement National ou l'extrême droite, comme l'extrême gauche d'ailleurs, mais l'extrême droite plus, est aujourd'hui dans une ascension très importante et que le risque est extrêmement grand de les voir gagner l'élection présidentielle.
Gérald Darmanin, justement, vous êtes resté ministre de la Justice, malgré vos ambitions, à vous, pour 2027, mais vous aviez indiqué mettre sur pause vos activités partisanes. Vous êtes sûr que vous tenez votre engagement ?
Exactement, mais mettre sur pause les activités partisanes, je ne suis plus adhérent d'aucun parti politique, je me consacre au ministère de la Justice entièrement aux affaires de l'État, mais n'empêche évidemment pas de faire de la politique.
Quand vous plaidez, par exemple, pour une grande primaire de la droite et du centre, vous ne faites pas de la politique partisane ?
Je me plaide pour la survie de mon pays. C'est pas de la politique partisane ? Ah non, je ne crois pas, non. Je pense que nous avons un risque très important de ne pas être au second tour de l'élection présidentielle. Enfin, que dis-je, très important ? Extrêmement important, sans doute le plus probable, que ce soit M. Bardella ou Mme Le Pen face à M. Mélenchon.
C'est-à-dire que nous avons un risque, nous qui représentons, on va dire, le bloc central, je ne sais pas très bien, la droite et le centre, je ne sais pas comment tout à fait le préciser, je dirais plutôt la droite et le centre en ce qui me concerne, et une partie du centre-gauche qui veut que la République continue à vivre comme elle est, nous avons un risque de n'être donc ni dans la majorité, ni auprès du prochain président de la République, ni dans l'opposition, puisque l'opposition sera à l'heure et les filles. C'est perdu à ce point ? Pardon ? C'est perdu à ce point ?
Je pense que c'est particulièrement dramatique, notre désorganisation, la multiplication des candidats, notre mauvaise conception, sans doute, de la réflexion de ce que doit être un programme présidentiel, pour l'instant, je pense que oui, c'est assez dramatique. Nous sommes un an avant l'élection présidentielle, nous avons encore le temps de nous organiser, mais malheureusement, nous nous rapprochons de la date où ce n'est plus possible. Donc, ce n'est pas de la politique que de dire, moi j'ai le droit en tant que...
Et vous allez rester au gouvernement malgré cela ? Parce que Sébastien Lecornu, qui envisage un remaniement à court terme, un petit remaniement, vous réaffirme sa confiance dans une interview de la PQR. Il vous l'a dit directement, Gérald, tu vas rester au gouvernement parce que vous êtes assez proche.
Moi, ça fait neuf ans que je suis ministre d'Emmanuel Macron. J'ai eu la chance de conduire, pardon de le dire comme ça, à trois Ferrari, à Bercy, j'ai mené l'impôt à la source, les Jeux Olympiques en étant ministre de l'Intérieur pendant quatre ans et demi, et maintenant la justice. Le président de la République connaît à la fois ma loyauté, et je pense que les Français connaissent mon sens de l'État et ma façon de travailler. Et vous êtes le chouchou du gouvernement ? Non, il n'y a pas de chouchou. Vous n'êtes vraiment pas le chouchou du gouvernement ? Non, je suis réélu chez moi à chaque élection, et donc je pense que j'ai une légitimité politique propre. Justement.
Et je pense être une incarnation, en tout cas le porte-parole, du gaullisme social, c'est-à-dire de la droite, qui pense qu'il faut être attentif aux plus petits d'entre nous. Mais, je le dis avec sincérité, on ne peut pas se désintéresser de la façon dont on risque d'être éliminé de la vie politique en 2027.
Justement, vous le dites réélu chez vous à chaque fois, vous arrivez ce matin sur France 1 avec une annonce, le suspense était soutenable,
néanmoins, vous venez nous dire que vous serez candidat à Tourcoing ? Oui, je suis candidat aux élections municipales à Tourcoing, en numéro 2 de la liste menée par Dorianne Bécu, qui est une excellente maire, qui était mon adjointe, qui m'a remplacé, et je serai premier adjoint si les Turquaisnois me font confiance en mois de mars prochain, parce que je n'imagine pas d'être un homme politique qui ne va pas voir les électeurs. Et ça, c'est être démocrate. On peut imaginer un homme politique qui ne fasse pas d'activité partisane. Je ne suis plus adhérent d'aucun parti politique, je ne fais plus de réunion partisane.
En revanche, évidemment, je continue à faire de la politique, et il faut en faire pour notre pays, c'est très important.
Gérald Darmanin, Jean-Marc Morandini, définitivement condamné pour corruption de mineurs, a annoncé hier son retrait de l'antenne de CNews. Qu'en pense le garde des Sceaux ? Est-ce une bonne chose ?
Je pense que la justice a fait son travail, et que M. Morandini est définitivement condamné. Ensuite, à son employeur de prendre ses responsabilités, M. Morandini est parti. Moi, j'ai trouvé que Sonia Mabrouk avait été particulièrement courageuse.
Est-ce que ce retrait doit être définitif ? Parce qu'on ne comprend pas très bien si c'est le cas.
Moi, je ne suis pas l'employeur de M. Morandini. Chacun a ses responsabilités, ce que je vous dis.
Pourquoi elle est courageuse, Sonia Mabrouk ?
Je pense qu'elle a eu raison de nous dire en direct à l'antenne ce qui semblait être un de ses combats, et je sais pour en avoir discuté avec elle, en dehors des micros très importants, des violences faites notamment aux enfants. Et je crois qu'il est à peu près certain que ce serait arrivé à un homme ou à une femme politique. Évidemment, ces personnes ne seraient plus dans nos cabinets ministériels ou élus. Donc c'est normal que ça arrive également à ceux qui représentent quelque chose pour les Français, que sont les journalistes, qui ont un poids considérable dans l'opinion publique. Et je trouve que Mme Mabrouk a eu raison de le dire. Elle a quitté son travail pour ça.
Je pense que c'est assez courageux de sa part.
Il va être 8h58 sur France Info, l'heure de la question qui est aujourd'hui. La question qui menace la démocratie, l'enquête annuelle de confiance dans la vie politique, qui quantifie la défiance envers la classe politique, donne une donnée extrêmement intéressante ce matin. Que dites-vous aux 43% des sondés qui estiment qu'en démocratie, rien n'avance et qu'il vaudrait mieux, moins de démocratie ?
Que c'est de notre faute. Que c'est de la faute de ceux qui sont aujourd'hui les responsables politiques. Et qu'en effet, on peut partager une partie d'opinion de ceux qui pensent que ça n'avance pas, que les hommes politiques disent des choses et on ne voit pas la transformation dans la vie réelle. Quand on est maire, on sait que quand on fait quelque chose, quand on dit quelque chose, les choses se confondent. Et il y a beaucoup de gens qui parlent et peu qui font. Moi, j'essaye de faire l'inverse. J'essaye de convaincre vos 43%, les 43% de nos concitoyens qui veulent aller vers la dictature, ou en tout cas vers un régime autoritaire.
Parce qu'ils pensent que les normes, parce qu'ils pensent que l'État de droit, c'est compliqué, on ne sait rien faire. J'ai fait les prisons de haute sécurité en 6 mois.
Et vous êtes au pouvoir depuis 7 ans. Oui, mais j'ai... Donc vous dites vraiment solennellement, c'est notre échec, c'est aussi mon échec.
Oui, c'est... Alors, mon échec, bien sûr, je me mets dedans. Votre échec au gouvernement. Prenons des exemples très, très concrets. L'impôt à la source, ça fait 60 ans que tout le monde pensait qu'on devait le faire. Tout le monde était contre, on l'a fait, ça marche très bien. C'est la réforme préférée des Français. Les Jeux Olympiques, tout le monde m'a dit que ce serait impossible de faire les Jeux Olympiques. La cérémonie d'ouverture à Paris, sur la Seine, ça allait être catastrophique. On l'a fait. Et je pense que c'était une magnifique image de la France.
Les prisons de haute sécurité, une prison qui ressemble à une prison, où on ne trouve pas de téléphone portable, pas de clé USB, on l'a fait en 6 mois. Donc c'est très dur, mais on peut le faire. Donc je n'ai pas l'impression d'être totalement dans cet échec.
Merci beaucoup Gérald Darmanin. Merci d'avoir répondu à quelques questions. Merci à vous. Merci à vous. Merci, à demain.
Gérald Darmanin