🔴 DIRECT - L'intégrale de l'interview de Jean-Pierre Farandou, président du groupe SNCF, sur RMC
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En raison, quelle est la réalité quand on regarde l'ensemble du prix des billets ?
Oui, alors la bonne nouvelle, vous l'avez dit, c'est que les Français, ils ont envie de prendre le train. On l'a vu avec l'ouverture des ventes, puisqu'on a vendu déjà plus de 2 millions de billets pour cet été. Rassurez-vous, il en reste, puisqu'on n'a vendu que 10% des places. Donc on peut encore acheter des places, bien évidemment, pour les vacances d'été. Alors sur les prix, merci de me poser la question, parce que je sais que c'est quelque chose qui préoccupe les Français, qui préoccupe nos clients, et c'est bien normal.
Bon, alors c'est vrai que quand c'est aussi prêt au dernier moment, la veille du grand départ, là , les prix peuvent être élevés, vous avez un mécanisme qui vient de l'aérien, comme dans les hôtels, ça s'appelle l'e-management, qui fait monter les prix au fur et à mesure qu'on se rapproche de la date du départ. Quand on s'y prend maintenant, on peut avoir des prix très bas. Par exemple, j'ai regardé, moi, pour aller à Rennes ou pour aller à Marseille, vous avez le 19 juillet, qui est un jour de grand départ, sur nos Ouigo, des prix à 29 euros. Et je rappelle, sur les Ouigo, les enfants, c'est 8 euros, quel que soit le moment où on part.
Donc il est possible, bien sûr, d'avoir encore des prix modérés, particulièrement sur les Ouigo, on a aussi même, sur les Inouis, qui sont nos trains premium, on a plus vous acheter à l'avance, par exemple, maintenant, 3 mois à l'avance, vous avez en gros 45% de réduction, 35% de mois à l'avance, et encore 25% de mois à l'avance. Donc si on sait jouer avec les Ouigo, où là , effectivement, les prix sont les plus bas, vous avez les Ouigo très classiques même, quand vous acceptez de prendre un peu plus de temps pour voyager, pour aller à Nantes, par exemple, pour aller à Rennes, pour aller à Lyon, là , vous avez des places à 10 ou 15 euros.
Alors bien sûr, vous n'allez pas aussi vite que par un TGV. Donc si on sait jouer avec nos gammes de prix et nos gammes de services, on arrive à trouver des prix modérés sur nos trains.
Ça demande de jouer avec tout ça, ça demande d'avoir un peu de temps, de pouvoir anticiper, d'avoir aussi un peu des sous d'avance, puisqu'effectivement, quand on part en famille pour l'été, il faut les débourser très à l'avance. Les familles jouent le jeu ?
Oui, les familles, je vous jure, on l'envoie aussi par les ventes de la carte avantage. La carte avantage, il y a 4,5 millions de Français qui l'ont acheté, des familles en fait, puisque c'est une carte qui marche pour les familles, les parents ont jusqu'à 3 enfants, et là , on en vend beaucoup parce que ça permet d'avoir des réductions de 30% et ça permet de limiter justement ce mécanisme de hausse des prix au dernier moment. Donc les Français savent aussi jouer, particulièrement pour les familles, avec la carte avantage pour avoir des prix modérés à bord des trains.
Jean-Pierre Varandou, là vous nous parlez des billets les moins chers, quand effectivement on s'y prend à l'avance, mais si on regarde de manière globale sur un TGV, le même qui roulait l'année passée, les prix en moyenne ont véritablement augmenté malgré tout ?
Et de combien ? Oui, je réponds. D'abord, en moyenne, les prix sont toujours à 45 euros depuis des années. 45 euros en moyenne, si on prend le chiffre d'affaires du TGV...
C'est le prix moyen d'un billet train ?
Alors c'est une moyenne, bien évidemment, il y en a des plus bas, il y en a qui sont au-dessus, mais quand même, le fait qu'il ne bouge pas depuis plusieurs années, déjà un signal. 45 euros au passage, c'est le prix de votre taxi pour aller à Roissy ou Orly. Voilà , on peut y réfléchir aussi. Bon, ça, ça prouve bien qu'il y a quand même une stabilité globale des prix. Alors se regarde plus précisément. Par exemple, les augmentations entre 2023 et 2024. 40% des trajets n'ont pas augmenté. Tous les Ouigo n'ont pas augmenté. Tous les intercités aussi, les trains corail qui circulent sur certaines lignes, qui est d'ailleurs gérée par l'État, n'ont pas augmenté. 40% des trajets.
Les autres, les TGV inouïs, l'augmentation moyenne, 2,6%. En gros, l'inflation. Alors que nos coûts réels, eux, c'est plutôt entre 4 et 5%. Notamment parce que le prix des péages et les péages ferroviaires, comme il y a des péages autoroutiers, ils ont augmenté de 8%. En fait, on ne répercute que la moitié de la hausse des coûts. Depuis deux années consécutives, ça avait été pareil l'an dernier, avec la hausse massive de l'électricité, nous n'avons répercuté deux fois que la moitié de la hausse des coûts. Donc on a réduit nos marges, en fait. Les Français le perçoivent peut-être pas.
Mais vos marges, elles sont belles ? Je veux dire, c'est une entreprise qui, aujourd'hui, on peut le dire, se porte très bien.
Tant mieux. Je pense que là encore, bonne nouvelle pour les Français. Si on était en déficit, on est une entreprise publique, d'une manière ou d'une autre, les Français seraient appelés à combler le déficit. Là , il n'y a pas besoin. On est dans le vert. Très bonne nouvelle. Deuxième bonne nouvelle, c'est de l'argent, justement. On en a besoin pour investir. On sait qu'en ce moment, on manque de rames TGV. Je pense qu'il y a plein de relations. Si on avait des trains en plus, si on aurait des clients en plus, la seule réponse possible à ça, c'est d'acheter des TGV nouveaux. On l'a décidé. On a passé une commande de 115 TGV neuf à Alstom. Ça fait 3,5 milliards d'euros d'investissement.
Il faut bien trouver l'argent pour le faire. Donc la marge qu'on gagne sur les TGV, elle est réinvestie massivement dans les trains et aussi dans l'infrastructure. Deuxième bonne nouvelle, parce que les investissements d'aujourd'hui, c'est la qualité de service de demain pour nos clients.
Et d'ailleurs, on va y revenir. Jean-Pierre Farandou, vous continuez à demander. Vous aviez demandé un plan de 100 milliards d'euros à l'État. On va voir si c'est toujours d'actualité avec le déficit et évidemment la dette. Jean-Pierre Farandou, le dialogue social. Est-ce que désormais, lorsqu'on prend des billets de train, il faut s'attendre à cette incertitude ? Je pense en particulier aux ponts de mai et aux Jeux Olympiques. D'abord, commençons par les ponts de mai. Le syndicat Sudrail a déposé une sorte de pré-préavis du 30 avril veille du 1er mai au 31 mai. Et la CGT a dit qu'elle ferait de même si vous ne vous mettiez pas d'accord sur un certain nombre de points.
On en est où et est-ce que cette menace plane donc toujours ?
D'abord, en termes de méthode, je trouve curieux qu'on fasse un pré-avis du pré-avis en quelque sorte et qu'on tout de suite se mette sous la menace d'une grève qui embête les Français. Parce qu'il faut être clair, la conséquence des grèves, on l'a vu malheureusement en février, et pendant les vacances de février, c'est que des Français ont eu du mal à partir en vacances. Là , ça pourrait être des Français qui ont eu mal à partir en week-end. Il faut faire attention. De quoi parle-t-on ? L'utilité profonde de la SNCF, c'est quand même d'être là au rendez-vous des départs des Français. Donc on joue avec des choses sérieuses. Deuxièmement, moi, le dialogue social, je le fais pour de vrai.
Je le fais sérieusement. Là , par rapport aux enjeux, on a en ce moment deux projets d'accord. L'un qui porte sur la fin de carrière. Et ce n'est pas anormal. On sait qu'avec la réforme des retraites, les carrières vont durer deux ans de plus. Donc on améliore les dispositifs qui permettent aux cheminots de choisir la manière dont ils veulent terminer leur carrière. C'est tout à fait normal qu'on le mette sur la table. Et on le fait. Deuxièmement, on a aussi des tables rondes, des négociations, des discussions sur l'emploi. L'emploi, c'est très important. Vous savez qu'on a fait un effort important au tout début de cette année avec 1100 emplois supplémentaires. Et on recrute énormément.
Plus de 8000 personnes recrutées l'an dernier et encore cette année. Donc on travaille sur l'emploi. Comment on fait ça ? Sérieusement, on fait des bilatérales. C'est-à -dire qu'on voit chaque syndicat séparément. Ensuite, on fait des tables rondes. On converge vers des projets d'accord. Ces projets d'accord seront présentés début avril.
Mais ça me frappe quand même quand vous dites sérieusement. Est-ce que vous sous-entendez qu'au fond, vous, vous êtes dans le sérieux, dans le concret ? Et que les syndicats, et pas seulement les syndicats, puisque désormais, il y a d'autres formes de collectifs qui se sont imposés, d'ailleurs autant à vous qu'aux syndicats eux-mêmes, qui se sont largement fait déborder. Vous parliez à l'instant de la grève des vacances d'hiver. C'est une grève qui a été à l'initiative d'un collectif sur Facebook de contrôleurs. Donc, est-ce que ça veut dire que vous estimez que de leur côté, ils ne sont pas sérieux ?
Moi, surtout, je voudrais dire que d'abord, le dialogue social, ça fonctionne. Là aussi, on peut voir tel ou tel aspect, telle aspérité qui existe. Je ne suis pas dans le déni. Mais globalement, moi, je regarde ce qu'on a fait depuis 4 ans, le dialogue social, il a fonctionné.
Quand vous dites ça fonctionne, ça veut dire quoi ? Ils ont obtenu des choses, vous voulez dire ?
Oui, bien sûr. En termes de rémunération, on a augmenté la rémunération des cheminots de 17% en moyenne jusqu'à 21% pour les plus bas salaires en 3 ans, quand l'inflation était tôt de 14%.
Donc, c'est une rémunération qui aurait rêvé d'avoir une telle augmentation dans cette période d'inflation.
Exactement. Donc, ça veut dire que les négociations annuelles obligatoires, elles ont fonctionné. Et à chaque fois, d'ailleurs, depuis 4 ans, on a eu un ou deux syndicats qui les ont signés. Dans le dialogue social, ils fonctionnent. Deuxièmement, on l'a vite oublié, mais pendant le Covid, il a fallu protéger les cheminots d'abord du virus. On l'a fait par une co-construction avec les organisations syndicales de l'adaptation des règles métiers à l'arrivée du virus. Et deuxièmement, on a eu un accord sur le chômage partiel, si vous voulez, où grâce à un accord, on a rémunéré à 100% les cheminots alors qu'ils ne travaillaient pas à plein. Voilà .
Donc, ça, c'est deux exemples concrets qui vous montrent qu'on protège les cheminots.
Mais Jean-Pierre Ferrandou, quand vous parlez de dialogue social, en fait, vous, quand vous discutez, vous discutez avec les syndicats. Sauf que désormais, et je le redis, il y a ces collectifs. Le collectif notamment des contrôleurs. Il s'appelle comme ça un collectif des contrôleurs, qui, au fond, est une sorte de cheval de troie avec les syndicats. Puisque si je comprends bien les règles, vous, vous discutez avec les syndicats, c'est-à -dire ceux qui sont officiellement les représentants des salariés de l'entreprise. Et seuls les syndicats sont habilités à déposer un préavis de grève.
Mais ils le font parfois pour le compte de leurs copains, puisque ce collectif des contrôleurs, par exemple, n'a pas légalement le droit de déposer lui-même ce préavis de grève. Est-ce que ça ne veut pas dire qu'aujourd'hui, il y a une forme de jeu de dupe ? C'est-à -dire que vous parlez avec des gens qui, en réalité, ne sont pas aux manettes.
Moi, j'ai besoin d'organisations syndicales représentatives. Je ne peux pas discuter avec des collectifs que je ne connais pas.
Mais si elles ne sont plus, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on change l'organisation ? Est-ce qu'il faut faire évoluer la représentation syndicale ?
Non, elle est représentative, la SNCF. Il y a les élections professionnelles, il y en a bientôt, d'ailleurs, dans l'entreprise, puisque les cheminots vont élire ceux qui vont les représenter au conseil d'administration de la SNCF.
Est-ce que d'ailleurs, est-ce que le fait que les élections pointent le bout de leur nez peut-être joue un rôle dans cette agitation ? Et le fait que chacun y va de son préavis, on a l'impression que c'est à qui posera le plus de préavis ?
Oui, peut-être. Ça peut mettre un peu de compétition entre les organisations syndicales. C'est possible. Mais je le redis, on ne peut pas fonctionner avec... D'abord, il n'y a qu'un collectif qui existe, à ma connaissance, celui des chefs de bord que vous avez évoqué. Mais on voit bien, il est très catégoriel. Il est même supracatégoriel, puisque c'est les chefs de bord de TGV, par exemple, qui sont trés en avant. Et quand on regarde bien, d'ailleurs, les animateurs de ce collectif, qu'on ne connaît pas forcément, d'ailleurs, on voit que c'est plutôt une tranche d'âge autour de la cinquantaine qui est préoccupée de sa fin de carrière, de son départ à la retraite. Et bon, voilà .
Donc moi, je suis le président de tous les cheminots. Moi, je ne suis pas là pour faire du catégoriel. Moi, je suis le gardien d'une cohésion sociale. Je veille d'ailleurs à ce que les avancées, les progrès sociaux qu'on peut faire soient d'abord valables pour tous les cheminots. Et ensuite, on regarde comment ils se décliment sur la telle ou telle catégorie.
À ce stade, vous estimez donc qu'il n'est pas nécessaire de changer les règles de représentation et vous continuerez à travailler avec les syndicats. Jean-Pierre Farandou, autre menace de grève sur les Jeux Olympiques. Là , pour le coup, c'est la CGT qui a déjà déposé un préavis de grève du 26 juillet au 11 août, déjà à la RATP, mais qui menace de le faire également à la CGT. Est-ce que vous prenez la menace de grève pendant les Jeux Olympiques au sérieux ?
Alors, moi, je suis un effatigable dialogue social sur les JO comme sur les autres sujets. Donc, on dialogue. Et on a d'ailleurs lancé un groupe de travail depuis le mois de novembre avec les quatre organisations syndicales représentatives. On se voit tous les mois et on avance tous les mois. Premier sujet, c'est l'organisation. On répond à leurs questions. On voit bien, elles sont légitimes d'ailleurs. C'est une espèce de revue de projet via les organisations syndicales. Est-ce qu'on a assez de monde ? Est-ce que les organisations sont préparées ? Est-ce qu'on aura du matériel ? Et c'est des bonnes questions. On se les pose nous-mêmes.
Donc, on partage avec elles la préparation, le niveau de préparation. S'il y a quelque chose à corriger, à compléter, on le fait en toute transparence. Deuxièmement, il y a le sujet de l'argent, bien évidemment, des primes, des primes géo. Là aussi, on a fait des propositions sur la table. Elles sont en cours de discussion.
– Combien ? Vous proposez combien ?
– Elles sont en cours de discussion.
– Elles sont en cours de discussion. On sait que pour les policiers, par exemple, ils ont évoqué la somme de 1 500 euros. Est-ce qu'on est dans cet ordre-là ?
– On est dans cet ordre-là . On en discute sereinement. Et je pense qu'au moins, on sera encapacité de converger au mois de mai, au mois de juin. Donc, moi, à ce stade, sur les Géos Olympiques, proprement dit, je ne vois pas de risque particulier. Je n'ai pas d'alerte particulière. D'autant plus que quand je vais sur le terrain, je peux vous dire que les cheminots, ils ont envie que ça réussisse. J'ai visité des ateliers, j'ai visité des gares, j'ai visité les centres de maintenance de l'infrastructure. Les cheminots sont super mobilisés. Je peux vous dire que sur le terrain, ils veulent être utiles au pays et faire en sorte que les géos, ça marche à la SNCF.
– Vous êtes plutôt optimiste. Au moment où on se parle, disons, Jean-Pierre Farrandou, vous vous dites, on peut y échapper.
– Je ne suis pas pessimiste du tout.
– Sur cette question aussi des JO, on a appris que les gares seraient potentiellement inaccessibles le 26 juillet, c'est-à -dire le jour de l'ouverture des Jeux Olympiques. En tout cas, si l'on va sur l'application SNCF en ce moment, tous les trains au départ ou à l'arrivée des gares parisiennes, gares d'Austerlis, gares de Lyon, gares de Bercy, sont inaccessibles. Comme s'il n'y avait pas de train ce jour-là , alors que c'est évidemment un jour de grand départ. Est-ce qu'il y aura tout de même des trains qui vont circuler ce jour-là ou est-ce qu'il va y avoir en effet des restrictions ?
– Bon, il faut poser le décor. D'ailleurs, le décor, ce n'est pas nous qui les gérons, c'est la préfecture de police de Paris. – Bien sûr. – Et c'est bien normal. Le 26 juillet, ce n'est pas un jour anodin, c'est le jour de l'ouverture, de la cérémonie d'ouverture. On sait que les risques terroristes sont importants. Et ces trois gares que vous citez, qu'elles ont comme particularité, elles sont à côté de la Seine où passeront les bateaux et les athlètes. Donc on comprend bien quel est le sujet. Nous, les trains peuvent arriver à la gare et partir de la gare. La question posée, c'est est-ce que nos clients pourront accéder à la gare, notamment en transport en commun ?
Cette question n'est pas encore traitée. Elle va l'être dans les prochains jours. On m'a parlé de mi-avril. Voilà . Moi, j'attends que les pouvoirs publics, notamment la préfecture de police, nous indiquent comment nos clients pourront accéder à la gare ou sortir de la gare s'ils arrivent en train. Voilà . Nous, les trains sont prêts. On est sur les starting blocks. On attend que les pouvoirs publics nous disent dans quelles conditions de sécurité nos clients.
de pouvoir utiliser ces gares-là ce jour-là . Une question là encore sur ce qu'on se disait au début, Jean-Pierre Farandou. Plus on prend ces billets en avance, moins ils sont chers. Si les billets pour le 26 juillet ne sont ouverts que, je ne sais pas, fin avril, ils seront à quel tarif ?
Ils seront aux tarifs les plus bas, assurez-vous. On démarre à les ventes aux tarifs les plus bas, bien évidemment. Vous savez, on a quand même le souci de nos clients. Il ne faut pas qu'ils doutent là -dessus. On n'est pas là pour gruger nos clients. Nous, on veut que nos clients soient bien traités. On veut que nos clients puissent accéder à des bons prix. On veut que nos clients puissent prendre le train. Il ne faut pas en douter de ça, quand même.
Jean-Pierre Farandou, votre plan à 100 milliards. On en est où ? Alors 100 milliards, évidemment, quand vous l'avez dit, c'était déjà pas mal. Mais aujourd'hui, alors qu'on a un ministre de l'économie qui cherche 10 milliards, peut-être 15 et puis 20 l'an prochain. Est-ce que vous continuez aujourd'hui à demander ces 100 milliards ?
Alors 100 milliards, on le rappelle, c'est un plan de 2040. Ce n'est pas pour l'année prochaine.
Ce n'était pas 100 milliards d'un coup. Mais enfin, c'est un plan globalement d'investissement dans le train et dans le rail de 100 milliards.
Oui, il a encore bonne nouvelle. Ça veut dire que les pouvoirs publics, parce que les Français le demandent, tout le monde a compris que le train fait partie de la solution. Par rapport à la transition écologique, c'est simple. Il faut du report modal. Il faut changer de mode. Il faut plus de gens dans des trains et moins dans des voitures. Et plus de marchandises dans des trains et moins dans les camions. On va y revenir sur la question du fret et la marchandise dans un instant. Pour vous répondre à votre question, moi, je vois de manière très concrète, les lignes bougent. Il y a de l'argent supplémentaire qui arrive dans le ferroviaire.
Moi, par exemple, je peux vous dire que le groupe SNCF, comme on a des bons résultats, on va investir 2,3 milliards supplémentaires dans la rénovation du réseau. Pour des rails neufs, des caténaires neufs, pour pas que ça casse, que ce soit plus fiable. Un effort supplémentaire de plus de 2 milliards dans les 4 années qui viennent. Et côté projet, c'est très important. On voit à quel point l'engouement pour les services express régionaux métropolitains, en gros mettre des RER dans les villes de province, plus fréquents, plus réguliers, pour offrir une vraie alternative à la voiture. Aujourd'hui, il y a plein de Français qui n'ont pas le choix.
Comme il n'y a pas de train régulier, ils prennent leur voiture pour rentrer dans le centre-ville. C'est du temps, c'est de l'argent, c'est du carburant, on ne sait pas où garer la voiture. Il faut une offre de train. Pour ça, c'est parti. Toutes les villes démarrent très fort. De l'argent est mis sur la table pour faire toutes les études. Vous savez, c'est une vraie révolution. Le TGV a révolutionné pendant 40 ans le transport à longue distance. Ses services régionaux métropolitains vont révolutionner les transports de la vie quotidienne. C'est des millions de Français qui sont concernés. Ça va changer la vie des gens.
Mais je vous repose la question, Jean-Pierre Farandou. Elisabeth Borne, lorsqu'elle était à Matignon, avait donné une sorte d'engagement de principe pour vous accompagner sur la durée, sur ces fameux 100 milliards. Est-ce qu'aujourd'hui, vous en avez toujours besoin d'autant ? Et est-ce que l'engagement de l'État est fiable ?
Je vous dis, pour les 4 prochaines années, c'est calé. C'est déjà pas si mal. On a l'argent pour l'État. Vous les appartirez ? Vous n'avez pas dit non, non, finalement ? Exactement. Vous pouvez compter dessus. Oui, c'est important. 4 ans, ça permet de se lancer. Ensuite, moi, j'écoute ce qu'a dit le Premier ministre en son discours de politique générale. Il a parlé d'investissement massif dans le ferroviaire. Je crois que l'intention politique est là , elle est claire. Après, il faudra peut-être l'adapter à la capacité de l'État, mais ce n'est pas normal.
Ça devait représer aussi, d'ailleurs, sur une taxe sur les autoroutes et les aéroports. Est-ce que cette taxe avance, selon vous ?
Ça, je crois que c'est l'État qui a pris cette décision. Vous savez, tout ce qui est fiscalité, ce n'est pas le président de la SNC qui décide.
J'imagine bien que ce n'est pas vous qui fixez les impôts. Mais tout de même, ça faisait partie des pistes pour pouvoir financer le train. C'est toujours sur la table.
Alors, il peut y avoir des pistes là -dessus. Je crois qu'après, l'État a besoin de trouver des recettes fiscales face à ses engagements nouveaux. Il y a aussi, vous savez, un débat un jour à partir de 2030 sur les autoroutes. Il y a aussi peut-être des choses à faire autour de ça. C'est pour ça que là -dessus, il faut du temps. Ce sont des projets de fonds qui demandent du temps. Je vous le redis, ce qu'il y a de rassurants pour les quatre années qui viennent. Les budgets sont là . On va dépenser l'argent. Le ferroviaire va se rénover dans notre pays au bénéfice des clients.
N'oublions pas, cette infrastructure technique, le vrai bénéfice, c'est pour les clients et une meilleure qualité de service.
Et je voudrais qu'on parle du fret. D'abord, à propos des méga-camions, le Parlement européen a validé l'autorisation de ces fameux méga-camions sur les routes. Est-ce que vous vous sentez menacé sur le fret ferroviaire qui n'est déjà pas hyper en forme en France ? Est-ce que vous redoutez l'arrivée de ces méga-camions qui, pour l'instant, ne sont autorisés véritablement que dans l'Est de l'Europe ? Est-ce que vous demandez à la France de ne pas transcrire cette directive pour autoriser ces méga-camions sur les routes françaises ?
Oui, alors vous avez compris que je suis quelqu'un de calme, mais là -dessus, je serais un petit peu en colère. Parce que je trouve que l'Europe est un peu duale. On ne peut pas à la fois nous dire Green Deal, transition écologique, on met tout sur le train. Et au même moment, assouplir les règles du jeu pour la route avec cette espèce d'énorme camion 30 mètres de long. Est-ce que vous voyez les camions 30 mètres de long ?
C'est considérable. C'est des sortes de double giga, méga remorque.
C'est énorme. On va accepter des camions comme ça sur nos routes. C'est déjà pas possible, à mon avis, ou très compliqué en termes de sécurité, en termes d'ambiance. Enfin, il y a quand même un petit problème. On voit les routes nationales, elles sont bordées de maisons. On voit ces énormes camions passer sur les routes nationales. Enfin, moi, je ne le vois pas. Et deuxièmement, plaidoyer pro-domo, ça augmente la compétitivité du camion au moment où il faut aider le train. Vous voyez, il y a un paradoxe que j'ai du mal à comprendre.
Ce qui me rassure, c'est qu'en France, j'ai compris que les pouvoirs publics, les parlementaires de tous bords, de tous partis français, au Parlement européen, ils ont voté contre. Donc je sens une mobilisation très forte des élus et du gouvernement pour s'opposer à ce projet. Donc j'ai confiance que la France fera en sorte que ce projet ne se passera pas au moins en France.
Est-ce que vous leur demandez de prendre l'engagement de ne pas autoriser ces méga-camions sur le sol français ?
Le mot « engagement » n'est pas le bon. Mais vous avez bien compris que moi, je ne suis pas favorable à ces méga-camions. Et je souhaite vraiment que tous les élus français se mobilisent, au moins que ces méga-camions ne passent pas en France.
Et Jean-Pierre Farrand, nous, le fret ferroviaire, je le disais, il n'est pas hyper en forme. C'est 10% du fret, le fret ferroviaire en France, alors qu'en moyenne, en Europe, c'est 18%. Le gouvernement continue à viser une certaine ambition, 18% justement en France en 2030 et 25% en 2050. Est-ce que cette ambition reste réaliste ? Et est-ce que vous vous fixez toujours cet objectif ?
Oui, moi je suis toujours dans l'idée de développer le fret dans notre pays et en Europe, d'ailleurs, c'est bien une dimension européenne. Alors on n'est pas dans les bons élèves, on part effectivement d'un peu plus bas. Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas fait ce que les bons élèves ont fait. On va le faire.
C'est quoi ce qu'ils ont fait les bons élèves ?
Oui, ils ont fait deux choses. D'abord, il faut travailler sur les infrastructures, il faut que les trains de fret aient des sillons et des passages sur le réseau. Aujourd'hui, ils n'en ont pas assez. Donc on revient à l'investissement.
Donc ils sont toujours un peu derrière les trains de voyageurs, quand il y a de la place.
Exactement. Bon, ben là , ça ne peut pas marcher comme ça. Il faut vraiment faire en sorte qu'ils aient des débouchés, qu'ils aient de la place, qu'ils puissent rouler sur les rails. Donc il faut investir. On revient à l'investissement. Ce qu'on fait. Et deuxièmement, notamment, il y a un secteur qu'il faut aider. C'est ce qu'on appelle quand il n'y a qu'un seul wagon. On appelle ça le wagon isolé dans notre jargon. Parce que là , vous êtes en concurrence frontale avec le camion. C'est les mêmes tonnages. 40 tonnes. Le camion est tellement souple que si vous laissez faire le marché seul, le camion va tout gagner.
Donc il faut des longs...
Voilà . Il faut les aider par des subventions d'exploitation. Les pays, l'Autriche l'a fait, la Suisse l'a fait, l'Allemagne le fait. Il faut que la France le fait. La France le fait. C'est la bonne nouvelle. Le gouvernement a décidé d'aider. Et donc avec ces investissements sur les infrastructures et sur ces aides à l'exploitation, je suis convaincu que le secteur du marchandise peut se développer en France et en Europe.
Merci Jean-Pierre Farandou d'être venu dans ce studio ce matin répondre à mes questions. PDG de la SNCF, on l'entend vous...
Jean-Pierre Farandou