Attentats du 13 novembre 2015 : «Nous vivons aujourd'hui le djihad du quotidien» estime Eric Zemmour
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Eric Zemmour, merci d'avoir accepté l'invitation d'Europe 1 matin week-end, on va évidemment parler de votre livre en longueur, mais d'abord vous le savez, dans 4 jours, nous commémorons les attentats du 13 novembre, le Bataclan, les terrasses, 130 morts, plus de 400 blessés, 10 ans après Eric Zemmour, est-ce que nous avons tiré les leçons de cette terrible attaque terroriste ?
D'abord, je pense qu'il ne faudra jamais oublier le drame que cela a été pour des tas de gens, je suis très proche de Patrick Jardin, et à chaque fois que je parle avec lui, il n'arrive pas à ne pas évoquer sa fille, c'est bien naturel d'ailleurs, et j'imagine qu'il y a des dizaines et des dizaines de Patrick Jardin qui sont hantés par ce massacre, ça c'est une première chose. La deuxième, je voudrais distinguer, mais très vite, en deux phrases, les leçons policières et les leçons politiques. Les leçons policières, je pense qu'elles ont été tirées, vu... On a appris nos erreurs.
Voilà, je pense, je ne suis pas un spécialiste, mais je pense que vu tous les attentats qu'on évite, bon, en plus, alors, pour être honnête, ce ne s'est plus le même type d'agression que le temps du Bataclan. Daesh a été éradiqué par les bombardements de l'aviation américaine, russe, française, etc. Donc, il n'y a plus de capacité de projection d'une équipe venue de l'étranger, etc. En revanche, aujourd'hui, nous vivons, ce que j'avais appelé pendant la présidentielle, à la grande surprise de certains, le djihad du quotidien. C'est-à-dire que ce ne sont plus des grandes machines, comme au Bataclan, mais en revanche, encore, on l'a vu à Oleron, des gens qui vont tuer en criant à l'Akbar.
Et moi, je pense, quand je dis djihad du quotidien, je pense à toute une gamme, en vérité, de continuum de violences pour reprendre une expression chère aux féministes. C'est-à-dire le vol, le viol, le pillage, comme on a vu au Louvre, le crime, évidemment. Donc, c'est ce que vous dites, c'est que politiquement, en revanche, on n'a pas appris. On a refusé d'apprendre. Si vous voulez, à partir du moment où vous dites pas d'amalgame, ça veut dire que vous refusez d'apprendre. Parce que le sujet, c'est justement l'islam, le texte du Coran et l'islamisation du pays.
On y vient justement. La messe n'est pas dite pour un sursaut judéo-chrétien. C'est donc votre livre, 125 pages, mais je le dis aux éditeurs d'Europe 1, c'est dense. C'est riche historiquement, parfois même vertigineux, puisqu'on traverse 2000 ans d'histoire. Vous commencez par les débuts du christianisme, né dans le judaïsme, c'est important. Puis vous retracez l'expansion de la chrétienté à travers les siècles, l'empereur Constantin notamment. Et bien sûr, son déclin, les Lumières, Vatican II, déclin qui atteint, vous le dites, aujourd'hui son apogée avec une immigration musulmane qui bouscule tout. Ce grand fil historique, Éric Zemmour, c'était essentiel pour vous ?
C'est la base du livre ?
Vous savez, moi, c'est non seulement la base du livre, mais c'est la base de ma méthode d'approche des problèmes politiques. Moi, je regarde un problème d'aujourd'hui avec la perspective de l'histoire. Je veux comprendre, pour comprendre aujourd'hui, je veux me plonger dans l'histoire des siècles pour bien comprendre où nous sommes et où nous arrivons. Vous savez, il y avait une anecdote assez célèbre de Churchill après la guerre. Il avait vraiment l'aura du vainqueur, etc. Il est dans une université américaine et un jeune étudiant lui dit « Monsieur Churchill, apprenez-nous les clés pour gouverner. » Et Churchill répond « Jeune homme, apprenez l'histoire.
» Donc, il faut connaître cette histoire de partir du début. Exactement. Pour comprendre ce qui nous est arrivé, d'ailleurs, je me permets de vous reprendre parce que vous avez dit « Nous sommes à la fin d'un phénomène de christianisation qui se finit avec l'islamisation. » Ce n'est pas exactement ça. Il y a en vérité la conjonction de deux phénomènes historiques. Le phénomène historique de déchristianisation depuis les Lumières qui a été aggravée d'un côté par la volonté de la République d'éteindre les Lumières dans le ciel, comme avait dit un député socialiste, Viviani. Et de l'autre, effectivement, je pense que Vatican II a protestantisé le catholicisme.
C'est-à-dire qu'on a renoncé à tout ce qui faisait le charme du catholicisme. Les rites, les maçons latins, la beauté de la musique, etc.
C'est très intéressant parce que vous en parlez dans le livre au tout début, cette déchristianisation. Vous l'avez vécu, Rex Zemmour, à travers votre histoire. Vous le dites au début, c'est très poétique, je trouve, ce passage. Vous racontez une enfance juive, rythmée par le Shabbat, mais fascinée à travers la fenêtre, par la France catholique, les églises, les bonnes sœurs, les communions. C'est cet imaginaire chrétien que vous avez vu vous disparaître au long de votre parcours.
Vous avez tout à fait raison. J'ai découvert, au fur et à mesure de mon enfance, de mes lectures. Je raconte comment j'ai découvert Pascal, puis Châteaubriand, puis tous ces grands écrivains français. Renan, évidemment. Et j'ai compris, au fur et à mesure, qu'on ne pouvait pas être français sans être imprégné de culture chrétienne. Je précise ces mots-là parce que, tout de suite, on va me dire, « Ah, mais vous pensez qu'on ne peut pas être français si on n'est pas catholique ? » Non, je suis moi-même pas catholique.
D'ailleurs, il y a cette phrase, c'est une formule que vous reprenez souvent, français dans la rue, juif à la maison.
Alors ça, c'est encore autre chose, si vous me permettez. Moi, je vous dis, la catholicisme est une foi, on l'a ou on ne l'a pas. En revanche, le catholicisme est aussi une identité. Et cette identité-là, on doit s'en imprégner si on veut vraiment être français. Mais ce que vous dites, vous, c'est autre chose. C'est le principe, c'est l'esprit, à défaut d'être la lettre, de la laïcité. C'est-à-dire que la laïcité, qu'est-ce que c'est ? Issue du christianisme, avec la fameuse phrase du Christ, « Render à César ce qui n'appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu », et retourner contre l'Église catholique pour déchristianiser le pays. Mais la laïcité, qu'est-ce que c'est ?
C'est le devoir de discrétion. C'est-à-dire qu'on estime que...
Et ça, ça n'existe plus aujourd'hui de moins en moins. D'ailleurs, vous l'avez vu à l'Assemblée nationale, mercredi dernier, de voir cinq jeunes femmes qui viennent assister au débat. Et qui étaient invitées par LFI, si j'ai bien compris. Exactement. Alors, là, vous avez deux choses. Mais elles sont voilées, elles arrivent dans l'hémicycle voilé. Et donc là, on est dans la déchristianisation, l'apogée.
Non, non, on est dans l'islamisation, dans la conquête islamique. D'accord. On est dans la conquête islamique qui est permise à la fois par le laxisme et la faiblesse des dirigeants républicains qui n'ont en vérité depuis un siècle et demi qu'un seul adversaire, le catholicisme. Ils n'ont pas compris encore que leur adversaire était vaincu et qu'il fallait au contraire affronter l'islam comme on avait affronté toutes les religions. Et deuxièmement, il y a la complicité, c'est pour ça que je vous ai précisé, du parti LFI. Le parti LFI incarne aujourd'hui un grand classique de l'histoire de France qui est le parti de l'étranger.
Vous savez, dans l'histoire de France, à chaque fois qu'il y a une agression, une invasion, il y a une partie des Français qui se met avec l'envahisseur. Et aujourd'hui, aujourd'hui, l'LFI, c'est le parti de l'étranger. Il faut bien les affronter comme ça. Il ne faut pas se tromper d'adversaires. Vous voyez, LFI n'est pas dangereux, comment vous dire, pour la démocratie. Non, la démocratie, ils respectent les élections. Ils ne sont pas dangereux même pour l'économie.
Et il n'y a pas qu'en France, Éric Zemmour, il y a aussi, on l'a vu, aux Etats-Unis, à New York, avec l'élection de Zoran Mamdani, 34 ans, musulman de gauche, à la tête de New York. Donc, ce n'est pas que chez nous.
Je dis dans le livre que c'est un phénomène occidental, que c'est l'Occident qui est en train de vivre ce que le christianisme d'Orient a vécu il y a mille ans. C'est-à-dire la soumission parce qu'on est devenu trop faible. Vous avez tout à fait raison, cette élection de Mamdani est vraiment un moment qui fera date.
Mais il y a un espoir, Éric Zemmour. C'est le titre de votre livre pour un sursaut judéo-chrétien. Et c'est toute la base du livre. J'ai bien lu au tout début. Et vous dites que justement, vous le dites lors de votre campagne présidentielle, que juif et catholique, face à ce phénomène que vous décrivez, il y a ce sursaut qui est possible, auquel vous croyez en tout cas.
Absolument. Je dis deux choses. La première, longtemps, évidemment dans l'histoire, mais même en France, depuis en gros l'affaire des Flusses, jusqu'à la collaboration, la Seconde Guerre mondiale et même les années 80, il y a eu un affrontement entre les jeunes juifs qui étaient plutôt de gauche, qui étaient plutôt universalistes, antiracistes, et qui pensaient que le catholicisme était une religion qui les persécutait. et les masses catholiques qui se voyaient comme agressées par ces minorités. Il n'y avait pas que les juifs, d'ailleurs, il y avait les protestants, etc., les francs-maçons, etc.
C'est un vieux combat, je crois, et c'est un de mes amis qui m'a taquiné là-dessus, en me disant, tu as mis fin à un siècle d'histoire d'affrontement. Oui, dans mes meetings, il y avait des jeunes juifs, je dis bien jeunes, des jeunes juifs et des jeunes catholiques qui fraternisaient et qui étaient ensemble. Pourquoi ?
Donc vous ne vous dites pas que c'est foutu ?
Non, pourquoi ? Je vais vous dire pourquoi. D'abord, je ne veux pas dire que c'est foutu. J'ai écrit le suicide français il y a dix ans. Et à l'époque, quand je faisais ce diagnostic désespéré, on m'a dit, c'est horrible, vous êtes désespéré, vous dites que c'est foutu. Et maintenant que je me bats pour essayer d'arracher la France à son destin funeste, on me dit, oh là là, il est beaucoup trop optimiste, il faudrait savoir.
Donc je dis, il y a une jeunesse juive, une jeunesse chrétienne, catholique, et il y a aussi d'autres personnes qui ont compris, même des musulmans, je connais par exemple des musulmans qui venaient d'Iran, qui ont fui la république islamique, des cabiles algériens, des gens qui pensent que, comme moi, on n'a pas besoin d'être catholique, de foi catholique, pour s'imprégner de la culture catholique, et donc d'être français. Et tous ces gens-là vont se mettre ensemble pour défendre l'identité chrétienne de la France contre ceux qui veulent l'islamiser.
Et donc, votez Éric Zemmour en 2027, si vous êtes candidat, notamment parce que, c'est vrai que vous le dites beaucoup, le Rassemblement National sur l'immigration, vous pouvez vous retrouver, mais en revanche, sur le Parti Économique, vous dites que c'est la gauche, c'est des souverainistes à l'achevènement. Alors, moi, je vais vous dire. Donc, si on veut un programme fort sur l'immigration et un programme économique de droite, c'est reconquête et personne d'autre.
Absolument, c'est reconquête et personne d'autre. Et j'ajouterais deux choses. Sur la lutte contre l'islamisation du pays, c'est aussi reconquête, car les gens du Rassemblement National, suivant ainsi Mme Le Pen, pensent qu'il y a une différence entre l'islam et l'islamisme. Et moi, j'ai un ami, vous savez, un poète kabile, Ferhat Memi, qui dit toujours, l'islam, c'est l'islamisme au repos, et l'islamisme, c'est l'islam en action. C'est la même chose.
Et c'est mon grand désaccord avec les gens du Rassemblement National, en plus de mon désaccord, évidemment, sur l'économie, auquel on pourrait rajouter, d'ailleurs, mon désaccord aussi dans la lutte contre le wokisme à l'école, dans les universités, où nous sommes en pointe avec parents vigilants. C'est le discours d'un candidat, quasiment. En tout cas, c'est le discours d'un gens, de quelqu'un qui veut que la France reste la France.
Merci beaucoup, Éric Zemmour. Je montre le livre, quand même, aux auditeurs qui nous suivent peut-être sur les réseaux sociaux, « La messe n'est pas dite pour un sursaut judéo-chrétien ». Voilà, c'est chez Fayard. Et je le conseille, qu'on soit d'accord avec vous politiquement ou pas, qu'on apprécie Éric Zemmour. On apprend beaucoup de choses, c'est très intéressant. Merci d'être venu avec vous. Bon dimanche.
Merci, vous aussi.
Éric Zemmour