BERCY : UN MONSTRE BUDGÉTAIRE AU SERVICE DE MACRON
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
On met un pognon de dingue dans des minimas sociaux, les gens ils sont quand même pauvres. Nous n'avons plus les moyens de mener cette politique. Il faudra qu'en 2024, nous trouvions, à minima, 12 milliards d'euros d'économies supplémentaires.
Je vous le dis ici avec beaucoup de clarté. Il n'y a pas d'argent magique. Je ne vous dis pas que tout a été bien fait, puisqu'il est documenté aujourd'hui que ce n'est pas le cas.
Ah Bercy, sa petite gare à taille humaine, ses petits concerts de Madonna, son petit village consumériste, Et bien sûr, son petit ministère piloté par le petit Bruno Le Maire. On avait vu la dernière fois comment le ministère de l'Intérieur s'était progressivement accaparé le droit de décider seul de la moralité sociale du quotidien par le contrôle sans relâche de ses fonctionnaires. Cette fois-ci, on s'est dit, sujet encore plus sympa, on va parler du ministère de l’Économie et des Finances.
D'accord, en gros tu vas nous expliquer pourquoi on est dilatés comme jamais ? C'est un extrait de Bruno Le Maire, je vais vous dire. Voilà.
Elle me tournait le dos, elle se jetait sur le lit. Elle me montrait le renflement brun de son anus. Tu viens Oscar ?
Je suis dilatée comme jamais. Voilà un style, ah oui, je vous avais promis, un style épuré, franc, direct. Un ministre n'a pas à masquer ses inspirations érotiques dans un livre comme celui-ci aussi ?
Non, d'ailleurs il y a des passages érotiques, des passages de sensualité, parce que la sensualité fait partie de notre vie. Ah la sensualité d'accord, mais pas avec Bruno Le Maire quoi. Ouais, c'est pas faux.
Alors que les 49.3 nous guettent toutes les semaines, que le projet de loi de finances fait son chemin parlementaire, il est grand temps d'expliquer à quoi sert le ministère de l'Économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. En gros, mais qu'est-ce qui occupe les journées et les nuits de Bruno Le Maire ?
Non, pas les nuits ! On ne veut pas savoir les nuits ! On avait vu la dernière fois qu'un ministre a deux grandes fonctions.
D'un côté, gérer son département ministériel, c'est-à-dire ses fonctionnaires en gros, et de l'autre, penser la politique nationale dans son domaine en faisant des projets de loi. Mais pour Bercy, c'est un peu plus compliqué que ça. C'est même carrément beaucoup plus compliqué.
Bon, l'idée générale, on l'a tous. Bercy, ça gère l'argent, ça surveille le secteur financier, ça fixe l'assiette de l'impôt, ça s'occupe de son recouvrement, ça prépare le budget, ça inspecte à droite et à gauche. En réalité, Bercy, c'est essentiellement deux grands domaines assez distincts. les finances publiques d'un côté et l'économie de l'autre.
Paradoxalement, l'activité la plus simple à comprendre, c'est le ministère de l'Économie. C'est lui qui est chargé de surveiller, orienter et aider l'économie française. Il est notamment chargé des financements aux entreprises pendant le Covid, de réprimer les fraudes, protéger les consommateurs et assurer la bonne concurrence sur le marché.
Le ministre de l'Économie s'assure que la machine productive française fonctionne bien et qu'elle s'adapte comme il faut aux changements présents et à venir. Il collabore étroitement avec le ministre du Travail pour assurer le plein emploi. Avec le succès qu'on constate !
Pour faire tout ça, il a essentiellement deux leviers, les financements publics et les lois. Ces deux leviers s'illustrent bien par le grand changement que Bercy a proposé à propos des financements publics des chantiers. Ah oui, les financements publics des chantiers...
Rappelle-moi ! Bercy a fait adopter une loi pour obliger les acheteurs publics à découper leurs gros chantiers publics en plusieurs chantiers plus petits pour rendre compétitives et intéressantes les propositions des PME particulièrement françaises, pour éviter que ce soit toujours les grands groupes qui raflent toute la mise. Le ministère de l'Économie surveille aussi la bonne santé des entreprises françaises et s'assure que les conditions de reprise en cas de faillite soient correctes.
Vous vous souvenez sûrement de l'affaire Whirlpool, ça avait fait couler beaucoup d'encre en 2017. Le ministre de l'Économie, c'est vraiment simple, c'est l'économiste en chef. Simple, basique.
En revanche, le ministre des Finances, ça, c'est une autre paire de manches. Il a en charge la gestion des finances publiques. Tout l'argent de l'État, c'est lui.
Tous nos impôts, c'est lui. Vous n'avez pas l'impression parfois d'être très seul dans la politique de désendettement ? En fait, il n'y a que vous que ça intéresse.
Ce n'est jamais un problème d'être seul en politique. Vous avez des soutiens, mais ce n'est jamais un problème de défendre ses convictions avec fermeté. Et parfois ça vous fait vous retrouver effectivement un peu seul.
Alors comme c'est tout un truc, on va le faire en deux fois. Cette fois-ci, on va essayer de voir un peu ce que ça veut dire concrètement, le budget de l'État. À quoi ça sert ?
Comment ça marche ? Qui s'y implique ? Etc.
La prochaine fois, on verra comment on adopte un budget, comment chaque année, on a une nouvelle feuille de route budgétaire, comment elle est votée. Ou imposée par les 49.3 à Babette, hein.
Et pourquoi c'est si important. Et si vous voulez être sûr de ne pas louper l'épisode du mois prochain sur le budget, N'hésitez pas à vous abonner à la chaîne de Blast et d'activer la cloche ! Aujourd'hui, on va se concentrer sur les pouvoirs du ministre des Finances au cours de l'année, en dehors de la période d'adoption du budget.
Bref, une fois qu'il a son budget, qu'est-ce qu'il en fait ? Mais au fond, un budget, qu'est-ce que c'est ? Eh bien, c'est assez simple.
C'est un peu comme votre argent à vous. Il y a les rentrées d'argent, comme votre salaire, la prestation compensatoire de votre épouse, les versements des organismes sociaux, etc. De l'autre côté, il y a les dépenses, la nourriture, le loyer, le chauffage, l'abonnement à Blast.
Pour l'État, les rentrées, c'est les impôts, les cotisations sociales, etc. Et les dépenses, c'est toutes les dépenses publiques, les salaires des fonctionnaires, les prestations sociales, les investissements publics, etc. Nous, quand on fait le budget de notre foyer, en général, sur une page, ça rentre.
L'État, lui, ça arrive jusqu'à 800 chapitres, c'est-à-dire des milliers et des milliers de pages avec autant de lignes de dépense. Le budget de l'État a considérablement évolué depuis les derniers siècles. Sous Henri IV, il était équilibré aux alentours d'une vingtaine de millions de livres tournois pour tourner autour d'une centaine de millions de livres sous Louis XIV.
Aujourd'hui, le budget de l'État tourne aux alentours de 550 milliards d'euros par an. Pour comparer, on peut estimer, à la louche, qu'une livre tournois équivaut à des prestations aujourd'hui égales à 15 euros. Ça veut dire que le budget sous Henri IV était équivalent à 300 millions d'euros et sous Louis XIV à environ 1,5 milliard.
Notre budget est donc 360 fois plus important que sous Louis XIV et 1815 fois plus important que sous Henri IV. Eh ben, ça en fait des pièces jaunes ! Cette démultiplication du budget de l'État est la conséquence du développement de notre puissance publique.
L'État fait beaucoup plus qu'avant. Il y a beaucoup plus de routes, d'hôpitaux, d'universités, de garanties sociales qu'au 17ème siècle. Bah encore heureux, on n'a pas fait la révolution juste pour enrichir les bourgeois !
C'est Bercy qui gère et vérifie que les dépenses se font en suivant la feuille de route. C'est lui aussi qui autorise les dépenses des autres ministères. En bref, c'est la banque du gouvernement.
Le poste de ministre des Finances est donc très important pour plusieurs raisons. C'est lui qui prépare les projets de décret de répartition qui allouent les fonds votés par le Parlement aux différents ministères en fonction de leurs projets. C'est sous le contrôle comptable de Bercy que les ministères demandent des fonds pour mener à bien leurs actions.
Ces demandes interviennent essentiellement à deux moments. Lors de la préparation du budget pour défendre son ministère pour l'an prochain, et en cours d'année pour obtenir des rallonges. Les deux sont essentiellement soumis au contrôle budgétaire de Bercy, appelé souvent la forteresse du non.
Mais Bercy peut aussi s'appuyer sur ses réseaux pour exercer son influence. Chaque ministère a, en son sein, un représentant de Bercy chargé de contrôler la gestion financière du ministère. Les deniers publics sont-ils bien utilisés ?
Sont-ils utilisés conformément aux plans adoptés par le Parlement et le gouvernement ? Sont-ils gérés de façon pérenne ? Tous ces éléments, les comptables de Bercy sont en mesure de les contrôler sur pièce et sur place.
Il ne s'agit pas que d'un contrôle de la bonne forme comptable du budget ministériel, mais d'un véritable contrôle de la légalité budgétaire des finances ministérielles. Ces financiers publics sont plus ou moins les seuls à même de parler le langage budgétaire qui s'est beaucoup complexifié. Avec leur langage hermétique, ils ont une hégémonie assez forte sur la façon de discuter de l'argent public dans les ministères.
Il est difficile de contester une analyse budgétaire de Bercy quand on ne comprend pas comment ça fonctionne. 6 x 8 = 48, 48 x 50 = 2400, 2 x 5 = 10, 2400 x 10 = 24000, 6 x 100 = 600, 9 x 8 = 72, 24000 + 600 + 72 = 24672, 4 x 5 = 20, 24672 - 20 = 24659. À la fin des fins, de quoi parle-t-on quand on parle de budget et de finances publiques ?
Parce que tout ça, ça peut paraître un peu vain et très compliqué pour pas grand chose. En réalité, le budget, c'est probablement la chose la plus importante pour la politique. C'est les moyens, c'est les ressources qu'on alloue à telle idée, à telle politique concrète.
Sans argent, vous ne payez pas de fonctionnaire, vous n'investissez dans rien. Bref, vos politiques restent des mots abstraits et pas des résultats concrets. Un peu comme quand on envoie le navire hôpital le Tonnerre pour soigner les civils bombardés de Gaza.
Car dans les faits, le nombre de places sur le Tonnerre est très limité. La capacité totale, elle est là. Deux blessés très graves, deux blessés graves.
Vous comprenez bien que c'est une capacité qui est trop petite pour qu'on puisse apporter une solution médicale en un. C'est une solution médicale complémentaire. Ce n'est pas un navire hôpital.
Les sommes engagées par l'État sont devenues colossales. Des centaines de milliards d'euros qui entrent et qui sortent. S'il n'y avait pas un contrôle serré des dépenses et des recettes, ce serait la gabegie assurée et les petits arrangements entre copains iraient bon train.
Il est donc inévitable d'avoir un ministère du budget puissant. Parce qu'on veut s'assurer que si on met 1€ pour lutter contre tel problème, il soit bien utilisé pour résoudre le problème en question. Et pas pour résoudre un autre problème ou pour engraisser les poches des copains.
Je ne vous dis pas que tout a été bien fait, puisqu'il est documenté aujourd'hui que ce n'est pas le cas. Bien sûr, les choses auraient pu être faites différemment, mieux faites. Et je disais tout à l'heure, vos retours d'expérience nous diront en quel sens, dans l'avenir, nous pourrons mieux ficeler cela.
Mais à ce moment-là, bien sûr, c'est le cas. Le problème aujourd'hui, c'est surtout que Bercy exerce une influence politique excessive. Mais est-ce qu'il pourrait y avoir d'autres demandes, d'autres exigences d'économie de votre part ?
Bien sûr, il faudra qu'en 2024, nous trouvions a minima 12 milliards d'euros d'économie supplémentaire. Il en est venu même à parfois désobéir au Premier ministre et refuser des crédits là où Matignon avait donné le feu vert définitif. Concevoir uniquement l'action publique à travers le prisme de la dépense, c'est mécaniquement penser la politique dans une perspective réductionniste.
On dépense toujours trop et toujours mal. La politique sociale, regardez, on met un pognon de dingue dans des minima sociaux, les gens ils sont quand même pauvres. En changeant de point de vue sur la dépense, on pourrait peut-être débloquer certains débats.
La dépense, c'est évidemment un trou dans les caisses. Mais aujourd'hui, nous nous précipitons vers une société de plus en plus éclatée, tiraillée entre l'éco-anxiété et l'éco-scepticisme. L'argent public, il sert à ça, à faire avancer les politiques publiques que l'on veut.
On veut réduire notre empreinte écologique ? Il faut investir dessus, former des fonctionnaires, créer des établissements publics, organiser la vie sociale pour qu'elle soit moins destructrice pour la planète. Le problème qu'on a aujourd'hui, c'est que la pensée budgétaire est laissée à un petit groupe de personnes, recrutées dans les mêmes parcours, issues du même milieu et partageant les mêmes a priori.
Les deux corps de fonctionnaires de Bercy les plus importants, ceux qui ont le statut le plus prestigieux et les meilleurs postes, ce sont les inspecteurs généraux des finances et les fonctionnaires du trésor. Les premiers inspectent et déterminent partout en France et pour toutes les personnes publiques la bonne gestion budgétaire. Les fonctionnaires du Trésor, eux, sont en charge justement de la trésorerie.
C'est eux qui empruntent au nom de l'État français sur les marchés financiers, qui pilotent la dette et surveillent la valeur du patrimoine public français. Ces deux classes de fonctionnaires sont recrutées dans la botte de l'Institut National du Service Public. Ah oui, c'est le... c'est...
C'est quoi ? C'est l'ENA. Ils ont juste changé le nom.
Et pas le mode de pensée ! Non, non, non, non, il n'en est pas question. La Macronie est le parfait exemple de l'hégémonie de ces hauts fonctionnaires, tous formés à la même école et avec la même philosophie.
Je n'ai qu'une philosophie, c'est servir la bourgeoisie. Et encore ces poncifs de gauchistes, vos thèses ne reposent sur rien de concret. Nous, nous sommes dans le réel.
Nous sommes le réel. Rien de concret ? Macron, ENA puis inspecteur général des finances. bornes, polytechnique, puis préfète.
Le ministre du budget, Thomas Cazenave ? Normale sup, ENA, puis Inspection Générale des Finances. C'est concret ça !
Alors pour eux, la dépense est une chose fondamentalement mauvaise, dangereuse et à éviter. Le budget est une chose à dompter, et non un outil pour mettre en œuvre des politiques ambitieuses et constructives. Saccager la planète à court terme coûte moins cher que de la respecter.
C'est pour ça que l'homme saccage depuis des générations. Et c'est pour ça qu'à chaque fois qu'on évoque un investissement massif pour l'écologie ou la biodive, on nous ressort ce mantra bien connu. "Excusez-moi de vous dire, mais il n'y a pas d'argent magique !" "Je dis simplement que nous n'avons plus les moyens de mener cette politique, et que par ailleurs je pense qu'elle n'est pas bonne pour le pays." Derrière cette philosophie budgétaire, il n'y a rien d'autre qu'un choix politique.
La doctrine budgétaire, l'idée qu'on ne peut pas faire autrement, qu'il nous faut être responsable. "C'est de la poudre de perlimpinpin." Au fond de tout ça, il n'y a qu'une question de priorité.
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Cicéron. Je vous le dis, c'est avec beaucoup de clarté, il n'y a pas d'argent magique. Les pauvres, c'est fait pour être très pauvres, et les riches, très riches.
Bruno Le Maire