Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinter· 12 juin 2026 3 min

Enténébrer les femmes, c'est tuer un pays - Signé Anne Rosencher

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, le 6-9.

0:03
Invité

L'heure de votre chronique signée Anne Rosencher. Bonjour Anne. Bonjour Marion, bonjour à tous. Vous revenez sur un épisode de répression survenue cette semaine en Afghanistan. Ce mardi à Erat, une ville à l'ouest de l'Afghanistan,

0:16
Présentateur

les talibans ont fait tirer à balles réelles sur une petite foule de femmes et d'hommes descendus dans la rue au cri de éducation, travail, liberté. Aucun bilan n'est connu, ni des morts, ni des blessés. On sait seulement que parmi ces derniers, beaucoup ont préféré fuir plutôt que d'être pris. La raison de ce rassemblement dans le quartier de Jebrail, 80 000 habitants, était que quelques jours avant, entre le 5 et le 7 juin, plusieurs dizaines de femmes y avaient été arrêtées, emmenées par la police des mœurs, rattachées au ministère de la répression du vice et de la promotion de la vertu. Elles avaient été arrêtées, ces femmes, pour non-respect du code vestimentaire.

Plutôt que la burqa intégrale prescrite par cette lecture fanatique de l'islam, certaines portaient le voile accompagné d'un masque FFP2 qui pourtant cache une bonne moitié du visage. Mais même la moitié, ce n'est pas assez. Il faut traquer jusqu'au moindre cil, jusqu'au moindre éclat d'iris, jusqu'au moindre bout de front ou d'affront. L'Afghanistan est un pays où les femmes n'ont plus le droit de rien, ni d'étudier, ni de travailler, ni de faire entendre le son de leur voix, ni d'être vues chez elles depuis l'extérieur. C'est un enténébrement. Des femmes, mais aussi des filles, un récent décret ayant autorisé de facto le mariage de ces dernières avant la puberté.

Ce que démontre la répression de mardi dernier, cependant, c'est qu'il existe désormais des poches de résistance. Le quartier de Djebraï, l'ai j'appris, est historiquement peu favorable aux islamistes et clandestinement, une contre-vie s'y organise, faite d'écoles cachées, de soins dispensés ou de musiques discrètes lors de célébrations secrètes. Et Anne, quelles sont les perspectives ? Elles sont sombres. Depuis que les talibans ont repris le pouvoir en 2021, les femmes ont été emmurées et le pays s'effondre. Je l'ai déjà dit ici, une nation qui maltraite ces femmes court au désastre. Ce n'est pas un slogan, c'est un fait documenté.

Aucune nation qui maltraite ces femmes ne s'en sort politiquement ni économiquement. Le régime taliban ne prive pas seulement le pays de la moitié de l'humanité, de la moitié de ses richesses, mais il produit le chaos de la misère affective et sexuelle, l'agressivité d'une frustration systémique et l'étouffement de toute joie. Le régime des talibans est un mort à crédit dont on démantèlera un jour les pick-up de l'effroi. Quand ? Le niveau inouï de la répression qui sévit laisse peu d'espoir pour le court terme.

En attendant, parlons autant que nous pouvons de ces poches de résistance, car on sait que le courage est contagieux et donc qu'il doit être dit partout pour qu'il soit su et répété et que l'information revienne au pays par des canaux de fortune. Parlons autant que possible de ces flammes, même fébriles de la liberté et de ce qu'il en coûte à ceux qui ont le courage de les allumer.

3:20
Invité

Merci Anne Rosenchère, directrice déléguée de la rédaction du journal L'Express.