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interviewC dans l'air· 4 mai 2026 11 min

Opération Aspides : comment l’UE assure la sécurité des navires en mer Rouge

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

du détroit. Ce qu'ils font sur la mer Rouge dans le cadre de l'opération Aspides face aux Houthis. On a pu rencontrer le commandant de la mission Aspides. - Depuis 2 ans, il est aux commandes de l'opération européenne Aspides, qui sécurise le trafic en mer Rouge face aux attaques menées par les Houthis, comme la prise de contrôle spectaculaire de ce cargo japonais.

L'amiral V.Gryparis a été sondé par les dirigeants européens sur la faisabilité d'une mission similaire pour défendre les navires commerciaux dans le golfe Persique. - En mer Rouge, nous avons affaire à un acteur non étatique, à savoir les Houthis.

Dans le détroit d'Ormuz, nous avons affaire à des Etats. Pour imposer une présence dans la région, vous ne pouvez pas adopter une présence défensive. Est-ce qu'on déclarerait la guerre à l'Iran?

Ca change clairement la donne. - Aujourd'hui, Aspides est une opération strictement défensive. Elle ne fait que détruire les drones ou missiles lancés par les rebelles houthis et assure la protection de tous les navires qui la demandent, peu importe leur pavillon.

Ces derniers mois, la situation est plutôt calme mais l'amiral reste en alerte. - Nous avons détecté plus de 70 attaques depuis le début de l'opération. Dans une quinzaine de cas, nos bâtiments ont dû faire usage de leurs missiles et de leurs mitrailleuses.

En cas d'attaque, il faut déployer l'arme la plus adaptée le plus vite possible. Quand on est visés par un missile, le maximum de temps pour réagir n'a jamais dépassé les 3 minutes. Dans les cas les plus sérieux, il a fallu répondre en moins d'une minute.

Donc nos équipes sont en état d'alerte rouge permanente, 24h/24. - En 2 ans, les militaires européens d'Aspides ont abattu 4 missiles balistiques, 19 drones aériens, 2 drones navals et assuré la protection de près de 1800 navires, tout ça avec très peu de moyens. - Parfois, je dis en plaisantant qu'Aspides n'est pas le Superman de la mer Rouge.

Notre zone d'opération est immense. Dès le début, j'avais demandé 6 navires et 16 appareils aériens. En réalité, la plupart du temps, j'opère avec moins de 3 navires dans la zone.

Il y a 2 grandes raisons à cela. La première, c'est le risque. Il y a une menace physique sur les navires et les équipages.

C'est aussi un risque politique pour les Etats membres qui les fournissent. Le 2e point très important, c'est le coût. Chaque navire envoyé coûte plus d'un million d'euros par mois.

Cela ne comprend même pas les missiles ni les munitions qu'ils pourraient être amenés à utiliser. - Une opération comparable dans le détroit d'Ormuz poserait un défi considérable dans une zone encore plus étendue, face à une menace beaucoup plus conséquente. - Les Iraniens ont toujours une puissance de feu capable d'atteindre des cibles très éloignées.

Est-ce qu'on est prêts à faire face à cela? Comme les côtes sont très proches, il faut être en mesure d'attaquer l'adversaire en profondeur pour protéger nos propres forces. Dans l'opération actuelle, je ne suis pas autorisé à frapper des cibles situées à l'intérieur des terres.

Je n'ai pas le droit de pénétrer dans les eaux territoriales d'un pays. Dans le golfe Persique, en revanche, pour protéger nos forces, il faudrait être en mesure de mener des attaques préventives. - Pour toucher des sites de lancement de missiles.

Il faudrait aussi se coordonner avec les Etats-Unis, partenaire pas toujours prévisible, qui a déjà mené ses propres frappes en Iran sans prévenir ses alliés. - Nous, Européens, avons choisi un mode opératoire différent des Américains. Quand on voit les frappes directes qu'ils ont menées contre les Houthis il y a quelques années, on voit le résultat que ça a eu.

Les Houthis sont toujours là et ils sont en pleine forme! - C.Roux: Intéressant, ce témoignage. - Gal J.-P.Paloméros: C'est passionnant de voir un chef d'opération, avec tous les enjeux.

On lui a mis beaucoup de responsabilités sur le dos. D'un autre côté, c'est quand même une manifestation européenne. Imaginons le blocage des 2 détroits simultanément... - L.Menget: Ca marche, en plus. - Gal J.-P.Paloméros: Avec des limites. - C.Roux: Il est très honnête.

Il dit que ça marche mais que ça coûte très cher de déplacer des navires, que c'est un énorme risque pour les équipages. Il dit aussi quelque chose qui nous concerne nous, les Français, c'est qu'il faudrait pouvoir faire des frappes préventives. Ca veut dire entrer en guerre? - Gal J.-P.Paloméros: On a des forces à Djibouti qui sont prêtes à faire ce qu'il faut. - M.Khadra: Mais Aspides peut compenser son inertie par une autre mission, offensive celle-là, menée par les Américains et les Britanniques. - C.Roux: Ils bombardent les positions des Houthis, et ensuite, on passe? - M.Khadra: Oui.

Les attaques préventives, ce sont les Britanniques et les Américains qui les font, en mer Rouge. - L.Menget: Et ça permet à Aspides d'escorter des navires marchands et de permettre la continuation de ce commerce sur mer, dont on a tous besoin. - C.Roux: En même temps, il disait qu'ils n'avaient pas les moyens, qu'ils réclament... - Gal J.-P.Paloméros: On a que 3 frégates à mettre dans un endroit aussi stratégique, pour l'Europe... - L.Menget: Il dit qu'un navire, c'est 1 million par mois.

Les missiles Français qui sont utilisés sur ces bateaux, c'est 1 million pièce! Donc c'est 1 million pour le navire, et 1 million quand on tire un missile... - C.Roux: S.Domergue, vous vouliez sans doute réagir à ce témoignage du commandant de la mission Aspides, qui opère en mer Rouge? - S.Domergue: J'ai toujours beaucoup d'admiration pour ces généraux d'active à qui on pose ce genre de questions et qui sont obligés de répondre comme ils peuvent.

Il a clairement dit non, dans son message. Je suis en léger désaccord avec ce qui vient d'être dit. Cette opération n'a pas fonctionné.

Souvenez-vous du Signalgate. Il y avait un journaliste dans la boucle et qui a pu faire toutes les minutes de la conversation. Les Américains ont dit qu'on était inutiles, qu'on ne servait à rien, qu'ils allaient tout casser au Yémen et que ça allait régler le problème.

Ca n'a rien réglé du tout. Les militaires disent qu'il faut juger l'effet final, rechercher sa réussite. Là, c'était la réouverture du trafic maritime international, qu'il ne soit plus menacé par les attaques des Houthis.

J'ai beaucoup travaillé, notamment, avec la CGA CGM. En fait, plus personne ne passe par là. Il n'y a plus que des tankers qui vont chercher du pétrole en Arabie saoudite.

Mais plus aucune grande compagnie maritime ne passe par là, parce que c'est trop dangereux. Donc ces opérations n'ont pas fonctionné. Là, on est sur 1 million d'euros le missile, contre 50 000 euros pour un drone de type Shahed.

Non seulement ça coûte très cher, mais en plus le temps de réaction d'un navire de guerre face à un tir de missile ou de drone houthi, ça peut aller jusqu'à une quinzaine de minutes. Dans le détroit d'Ormuz, on serait sur 33 km de large avec un temps de réaction de beaucoup moins de 5 minutes. Déjà que ça n'a pas très bien marché sur cette zone, j'ai des doutes sur le fait que ça fonctionne à Ormuz. - Gal J.-P.Paloméros: Vous avez sans doute raison.

Mais si on n'essaie pas, on ne réussira pas. A un moment, il faut avoir peut-être la foi du désespoir... - C.Roux: Vous nous rassurez, général! - Gal J.-P.Paloméros: Je suis d'accord avec vous.

C'est vrai que les armateurs...

Et je n'imagine même pas les assureurs. Ils ne vont pas se lancer dans cette galère. Mais c'est quand même montrer son empreinte.

Vous allez dire que ça coûte cher, oui, mais si ce n'est pas le cas, non seulement on donne le détroit d'Ormuz aux Iraniens mais on donne aussi Bab Al-Mandab aux Houthis...

Il faut diversifier les moyens. Ce n'est pas possible de tirer des missiles contre des drones. On peut pas continuer cette gabegie. - C.Roux: Avec les pressions économiques qu'on connaît, qu'on commente régulièrement sur ce plateau, est-ce que cette mission, et ce que sont capables les Européens, peut être déployé dans le détroit?

E.Macron l'a toujours exclu. Il disait qu'on envisagerait après le retour au calme.

Là, on voit bien, avec les exigences iraniennes...

Est-ce que la pression va devenir tellement forte que les Européens seront obligés de considérer cette démarche? - N.Bacharan: Je ne vois pas comment ils peuvent l'éviter.

On parle de la mer Rouge, mais avec Ormuz, ce sont des intérêts européens fondamentaux. Il ne s'agit pas de dire qu'on n'aime pas D.Trump, qu'on ne lui fait pas confiance, qu'il n'a pas une vraie stratégie...

Peut-être, mais les intérêts européens se jouent là. Je ne vois pas comment l'Europe peut éviter d'être présente. - Gal J.-P.Paloméros: Mais si elle est présente, elle fait la guerre!

Il faut appeler un chat un chat. En 1991, on a fait une guerre en coalition. 900 000 soldats pour répondre à l'attaque de S.Hussein contre le Koweït.

C'était bien moins grave que ce qui se passe aujourd'hui. En 2003, Bush part au combat avec 300 000 hommes contre S.Hussein, qui n'avait pas d'armes de destruction massive.

C'était très loin de ce qu'on vit ici. La conclusion va d'elle-même. Soit on est prêts à mener une guerre de fond