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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 5 janvier 2026 39 minContradictoireMixte

Enlèvement de Maduro : le Venezuela peut-il espérer quoi que ce soit ?

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0:00
Auditeur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait.

0:08
Présentateur

Après l'enlèvement de Nicolas Maduro par l'armée américaine, ce week-end à Caracas, enlèvement dénoncé par de nombreuses voix comme une atteinte au droit international, Delcy Rodriguez, jusqu'alors vice-présidente et fidèle parmi les fidèles du régime Maduro, a pris la tête du pays pour 90 jours. Alors que la transition politique reste floue, que peuvent espérer le Venezuela et les Vénézuéliens ? Comment expliquer la crise endémique dans laquelle est plongé le pays depuis au moins 10-15 ans ? Et ce coup de force peut-il transformer le Venezuela ou va-t-il fragiliser encore davantage un pays déjà rongé par des crises multiples ?

Deux invités ce soir, deux invités à distance pour en parler, Sarahi Suarez. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes journaliste indépendante vénézuélienne basée à Paris, à vos côtés Thomas Posado. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes maître de conférence en civilisation latino-américaine à l'université de Rouen et vous signez Venezuela, de la révolution à l'effondrement, un ouvrage qui a paru aux presses universitaires du midi. Merci à vous deux d'être présents ce soir dans Question du Soir.

1:17
Invité

Comme toujours dans ces cas-là, et ce dans le monde entier, il faut faire des provisions parce que nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

1:35
Auditeur

Nous n'avons aucune idée de ce qu'il se passe. C'est l'incertitude totale. Et cette incertitude crée encore plus de confusion. Les gens se préparent car on ne sait pas combien de temps tout cela va durer. Nous n'avions jamais été dans une situation pareille. Les gens sont terrifiés. C'est tout ce que l'on peut dire pour le moment. Nous sommes entre l'incertitude et la peur. Nous voulons le retour de notre président. Qu'est-ce qui leur prend de faire une chose pareille ? Nous voulons continuer à être libres. Je prie la Vierge pour qu'elle nous rende notre dirigeant.

2:07
Présentateur

Le témoignage, l'expression de citoyen vénézuélien. Et pour commencer, Saray Suarez. Quels sentiments traversent, dominent l'opinion publique vénézuélienne selon vous ? La stupeur, la crainte de la répression, la joie, le soulagement, l'impatience, l'espoir ?

2:25
Invité

Moi je pense qu'en effet il y a eu un premier moment pour une grande majorité de pays de soulagement. Mais cette sensation a tout de suite donné le pas, comme on m'écrivait quelqu'un qui était sur place, à un bonheur avec le frein à main. Parce qu'on sait que c'est une action gigantesque ce que nous venons de vivre en tant que pays, en tant que citoyens. Mais on a 26 ans d'expérience sous un gouvernement qui était au début autoritaire et qui aujourd'hui on peut ouvertement qualifier de dictature. 26 ans vous apprennent des choses.

Et on peut dire qu'aujourd'hui les Vénézuéliens ont tellement appris des désillusions, des expériences négatives d'un gouvernement manipulateur, menteur, qui ne tient pas sa parole. Et on sait qu'aujourd'hui c'est plus important d'administrer l'espoir que de se laisser emporter pour des messages de changement immédiat. C'est un processus qui vient à peine de commencer. C'est la fin d'un chapitre, mais sans doute le début d'une nouvelle étape. Et je récupère un peu deux des mots qui ont été dits dans vos témoignages. Je pense que les Vénézuéliens aujourd'hui éprouvent de l'incertitude, de la méfiance, de la peur. Énormément de peur.

Et du coup on reste aujourd'hui très prudent sur l'avenir de notre pays.

3:54
Présentateur

Thomas Posado, votre point de vue et ce qu'il faut préciser par ailleurs, c'est que si Maduro a bel et bien été capturé d'une manière illégale par le pouvoir américain, le régime vénézuélien, le chavisme, lui reste bel et bien en place alors qu'il est.

4:13
Invité

Tout à fait, il y a une continuité du régime. De fait, Delcy Rodriguez, nouvelle présidente, était la vice-présidente de Nicolas Maduro. Et toutes les personnes, tous les hiérarches qui dirigeaient le Venezuela sous Nicolas Maduro sont les personnes qui dirigent maintenant le Venezuela avec Delcy Rodriguez. Pour reprendre les mots, je partage ce que disait Soares.

Il y a une envie d'en soulagement, une envie de tourner la page d'une décennie de crise, d'une décennie de difficultés pour s'approvisionner, pour avoir des médicaments, pour avoir des produits de première nécessité, pour en finir avec les coupures d'électricité, les coupures d'eau, quelquefois des pénuries d'essence dans un pays pétrolier. Mais ce soulagement, il est de courte durée parce que de fait, il n'y a pas de changement, ou du moins pas de changement pour le quotidien des Vénézuéliens. Et ces soulagements, il se voyait d'autant plus à l'étranger, où il n'y a pas de risque de répression.

Les dernières explosions collectives contre Nicolas Maduro en 2024, au moment des élections présidentielles, elles se sont conclues par l'arrestation de 2400 personnes. Donc forcément, sortir dans la rue et exprimer collectivement son sentiment contre Nicolas Maduro, c'est plus aussi spontané qu'un an auparavant. À l'étranger, on voit cette expression de joie, mais je pense que c'est une joie qui risque d'être de courte durée, parce que ce que propose Donald Trump, ce n'est pas un retour à une forme démocratique des institutions, ce n'est pas un partage de la rente pétrolière qui permettrait l'amélioration du quotidien des Vénézuéliens.

C'est visiblement des négociations avec Delcy Rodriguez qui seraient dans de telles conditions qu'il ne resterait pas beaucoup d'argent à l'État vénézuélien et où j'ai malheureusement du mal à voir une amélioration. Donc cette joie risque fort d'arriver à une incertitude et même à une peur du quotidien, que ce soit en termes de scénarios militaires ou que ce soit en termes de scénarios économiques où les difficultés ne sont malheureusement pas derrière nous aux Vénézuéliens.

6:25
Présentateur

Justement, Sarai Soares, qu'espèrent, que peuvent espérer aujourd'hui les Vénézuéliens une meilleure qualité de vie au quotidien qui passerait par exemple par un meilleur partage de la rente, de la manne pétrolière, un nouveau régime démocratique, une souveraineté retrouvée pour le Venezuela. Quels termes reviennent à travers l'opinion publique ?

6:48
Invité

La question de la souveraineté est certainement au cœur de nos discussions puisque c'est un pays qui a perdu sa souveraineté depuis très longtemps. Il faut le dire, et je l'ai écrit avec des collègues dans des tribunes publiées en France et dans des reportages, c'est un pays qui est sous l'influence de Cuba, de la Russie, de la Chine, de l'Iran, qui depuis des années nous ont retiré notre souveraineté. Donc, aujourd'hui, croire que le pétrole qui circule dans des bateaux fantômes, que l'argent de ce pétrole arrive dans les mains des Vénézuéliens, c'est une fiction totale.

Depuis des années, nous avons des hôpitaux en ruine, un système éducatif en ruine, des salaires de misère, des pénuries atroces, un système d'infrastructures électriques et autres complètement détruits. Ce n'est pas parce que le gouvernement a investi l'argent de pétrole peu au grand dans tous ces domaines. Donc, la question de notre souveraineté est évidemment une question centrale. On souhaite redevenir un pays souverain, un pays qui vraiment s'occupe de ses affaires sans avoir besoin d'influence étrangère. Et c'est le cas, évidemment, aussi face aux États-Unis. Je pense que personne n'aurait rêvé d'arriver à l'État où nous sommes aujourd'hui.

Il faut dire que l'opposition, pendant des années, a fait tous les efforts nécessaires. On a participé à toutes les élections possibles. On a participé à des dialogues et des essais, des négociations. Il y a eu au moins sept grands cycles de discussions et des négociations où la communauté internationale a été simplement humiliée parce que jamais ces accords ont été respectés. Donc, les Vénézuéliens ont tout fait pour réussir à sortir de ce système, à sortir de ce gouvernement. La dernière séquence, c'était l'élection présidentielle volée sans aucun type de... Ce n'est pas dissimulé. C'était clairement un vol l'élection présidentielle de 2024.

L'opposition a présenté les résultats, les actes. Rien de tout ça a fait office, a suffi pour se débarrasser de façon pacifique de ce gouvernement. C'est dommage que ce soit une intervention étrangère par la force qui a dû réussir à déclencher au moins une étape supplémentaire. Et aujourd'hui, nous avons l'impression de ne pas être au début. C'est déjà une bonne nouvelle, mais on est très loin de la fin et de la sortie de ce cycle de terreur dans lequel nous a soumis le régime de Nicolas Maduro qui a commencé avec Hugo Chavez.

9:41
Présentateur

Lorsque vous dites, Saray Suarez, c'est dommage que cela soit advenu, la chute de Maduro par une intervention étrangère, vous dites c'est dommage avec un fond d'ironie ou vous le regrettez profondément ? Ce changement de régime aurait-il dû advenir par le Venezuela, par la voix des Vénézuéliens, ou au fond vous trouvez que c'est une solution de recours légitime, selon vous, l'intervention de Donald Trump, du président américain ?

10:09
Invité

Je ne suis pas ironique quand je dis ça. Je pense que personne ne peut se réjouir de voir son pays bombardé. Les images avec lesquelles nous, de ce côté du monde, on s'est réveillés samedi à 8h du matin, c'était déplorable de voir son pays sous les bombardements, de connaître cet état d'incertitude. Mais malheureusement, il faut accepter que le multilatéralisme a échoué, que nous avons fait appel à la communauté internationale maintes fois pour nous venir en aide, pour accompagner des processus, pour essayer justement de sortir d'une façon non conflictuelle à cette situation.

Et on a eu des États qui nous ont aidés, on a eu des gouvernements qui ont essayé justement de participer à ces essais, à ces processus pacifiques, mais malheureusement tout ça a échoué. Donc c'est dommage, c'est dommage. Et je pense que personne ne souhaite pour son pays de le voir dans cet état et de voir des bombes qui tombent sur votre ville.

11:15
Présentateur

Votre position, Thomas Posado, il est vrai qu'on peut dire également qu'au fond, l'intervention initiée par Donald Trump, c'est aussi un échec de plusieurs années de la communauté internationale qui n'a pas su faire respecter les accords de la barbade de 2023 qui unissait l'opposition, une partie de l'opposition vénézuélienne au régime de Maduro. Et par ailleurs, aucun grand pays démocratique n'a réussi à faire entendre sa voix lorsque les élections de 2018 comme celles de 2024 ont été flouées, truquées par le régime actuel.

11:53
Invité

Oui, c'est le drame du peuple vénézuélien, clairement. C'est non seulement les tentatives de négociation, les rangs de négociation à la Barbade, au Mexique, en Norvège. Il y a eu différents lieux où, effectivement, Nicolas Maduro n'a en dernière instance rien cédé. C'est aussi l'échec des cycles de mobilisation où le peuple vénézuélien s'est mobilisé en 2014, en 2019, en 2017. Et où aucune solution politique n'est sortie. Et où Nicolas Maduro s'est maintenu au pouvoir à ce moment-là.

Et c'est aussi pour cette raison que la principale dirigeante de l'opposition n'est plus les dirigeants conciliants qui essayaient de rassembler l'ensemble des Vénézuéliens, qui étaient par exemple Enrique Capriles en 2012 ou 2013, mais la dirigeante la plus radicale qui est Maria Corina Machado et qui pensait à la solution d'une menace extérieure, précisément parce que les solutions de négociation interne ont toutes échoué en partie à cause de Nicolas Maduro, en grande partie à cause de Nicolas Maduro.

Le problème aujourd'hui, c'est qu'à partir du moment où le dénouement se fait par l'intervention militaire étrangère, c'est le poids de celui qui a fait sortir Nicolas Maduro et est omniprésent dans le scénario politique. Là, ce qu'on voit apparaître, c'est que Donald Trump ne fait pas des actions gratuites. Ce n'est pas par humanisme qu'il a délogé Nicolas Maduro du pouvoir, c'est par opportunité de saisir des ressources pétrolières. Dans la conférence de presse qu'il a donnée samedi soir, le mot « démocratie » était absent, le mot « pétrole » était très présent à maintes reprises. Et c'est là où la méthode par laquelle il sort du pouvoir détermine beaucoup le scénario à venir.

Et c'est là où j'ai beaucoup de craintes pour le peuple vénézuélien parce qu'en sortant via Donald Trump, on reste avec les conditions de Donald Trump, c'est-à-dire pour l'instant, par exemple, absolument pas à une sortie du régime autoritaire qu'est le gouvernement Maduro. Aujourd'hui, il s'appelle le gouvernement de Rodriguez, mais de fait, c'est exactement les mêmes hommes qui gouvernent exactement de la même manière. Et par contre, c'est avec ce chantage au pétrole qui risque d'avoir lieu avec une volonté de redynamiser l'industrie pétrolière, mais au service, au profit des compagnies pétrolières états-uniennes et pas au profit des Vénézuéliens.

Effectivement, la situation des dernières années était catastrophique, pas seulement en raison de la Russie et de la Chine, mais aussi parce que la production pétrolière avait chuté de manière extrêmement importante. Le Venezuela produisait jusqu'à 2 300 000 barils jusqu'en 2015. Ces derniers mois, il produisait 1 million de barils seulement. Avec la moitié de la production, évidemment, l'État fonctionne beaucoup moins bien. Et encore, c'était une augmentation par rapport au moment où les sanctions états-uniennes étaient les plus fortes, où il y avait seulement 0,3 million de barils qui étaient produits par jour en 2020.

Donc, quand une économie dépend principalement d'une ressource, à savoir le pétrole, le volume produit a des effets majeurs sur la société et sur les difficultés que connaissent les Vénézuéliens. Aujourd'hui, oui, les Vénézuéliens connaissent des difficultés extrêmement importantes. Et je crains malheureusement qu'avec la pression de Donald Trump, ce n'est pas une situation qui peut s'améliorer du jour au lendemain.

15:46
Présentateur

On va revenir sur la multicrise endémique que traverse depuis plusieurs années le Venezuela, crise politique, crise économique également. Un mot tout de même sur Nicolas Maduro qui est actuellement face à la justice américaine. Il a déclaré il y a quelques minutes devant un tribunal de New York « Je suis innocent, je ne suis pas coupable, je suis un homme respectable président de mon pays ». On rappelle qu'il est accusé de conspiration narcoterroriste dans un document publié samedi par la justice américaine. Je vais venir à votre question, mais avant ça, je voudrais répondre

16:31
Invité

brièvement à Thomas quand il, d'une part, évoque le fait que le volume de pétrole joue beaucoup dans la crise vénézuélienne. Je pense que, et de dire que maintenant, se préoccuper que si les Américains arrivent à récupérer l'industrie, ils ne vont pas amener le pétrole au Venezuela, c'est le cas aujourd'hui. Le gouvernement, encore au pouvoir, on peut être très clair sur le fait qu'ils ont d'une opacité remarquable. Il n'y a pas des chiffres sur les recettes, ni sur les investissements, ni sur les accords qui ont été faits avec les différents pays de leur cercle d'amis, la Chine, l'Iran.

Pour Cuba, on a toujours su qu'ils nous payaient avec des médecins, mais c'est pas avec ça qu'on tient l'économie d'un pays. Donc l'opacité de ce régime concernant les négociations autour de pétrole sont assez fortes. Et d'autre part, ça se saurait si l'argent de pétrole arriverait aux mains des Vénézuéliens. C'est pas pour rien que les enfants de néonates dans les hôpitaux atterrissaient dans des boîtes en carton, parce qu'il n'y avait pas les nécessaires pour les accueillir dans ce monde. C'est pas pour rien qu'il y avait la pénurie qu'on avait. C'est pas pour rien qu'on a des salaires de misère.

Donc non, c'est une fiction totale de dire que l'argent de pétrole dans les mains du régime chaviste au maduriste arrivait dans les mains des Vénézuéliens. Est-ce que ça va être le cas dans les mains des Américains ? On ne sait pas. Mais au moins, on sait qu'il y a l'intention de reconstruire l'industrie pétrolière et ça ne peut que rejouir le peuple vénézuélien. Parce que oui, on a besoin d'investissements pour pouvoir récupérer la production.

Et concernant Maria Colina Machado en tant que radicale, je pense que la structure qui a réussi à monter cette femme avec toute l'opposition vénézuélienne et la société civile pour démontrer un fraude gigantesque qui était en train d'avoir lieu devant les yeux de la communauté internationale et réussir à démontrer avec les preuves dans la main que le gagnant de cette élection était Edmundo González avec 7,3 millions de votes. C'est une proèze qu'aucun pays pour l'instant a réussi à faire. Donc si ça, c'est être radical, moi j'appelle ça plutôt justement une stratégie pacifique, citoyenne, accompagnée et soutenue par tout un pays.

Au Venezuela, aujourd'hui, on est autour de 28-29 millions d'habitants avec une population qui est capable de voter autour de 16 millions sans compter la diaspora. Il y a 8 millions de Vénézuéliens qui sont partout dans le monde et qui n'ont qu'un seul rêve, c'est de retourner au Venezuela. Concernant votre question sur Nicolas Maduro et ses déclarations d'innocence, il faut rappeler qu'il y a eu des neveux...

19:36
Présentateur

Je me permets juste, pardonnez-moi Sarri Suarez, vous êtes à distance, juste quelques points. Peut-être sur la diaspora, beaucoup de Vénézuéliens jusqu'alors ont exprimé leur volonté de ne pas revenir tout de suite nécessairement au Venezuela. Et sur le prix Nobel de la paix, figure radicale selon Thomas Posado, mérite quand même d'être rappelé que c'est une figure controversée, radicale sur le plan droitier, même si effectivement elle a mis au jour des fraudes électorales importantes. Je vous cède la parole, Sarri Suarez.

20:11
Invité

Merci, mais je ne suis pas d'accord de l'appeler... La notion de droite que nous avons ici en France est très différente, croyez-moi, de la droite au Venezuela.

20:20
Présentateur

Elle soutient très franchement Donald Trump, par exemple. Elle le dit ouvertement, elle est très admirative de lui et de sa manière, j'allais dire, de diriger les choses aux Etats-Unis, par exemple.

20:32
Invité

Quentin, c'est une femme politique. À l'heure où nous sommes aujourd'hui, elle dit ce qui est nécessaire d'être dit pour avoir le soutien qui est nécessaire à la cause de la démocratie au Venezuela. Je pense que si on s'arrête un peu plus à lire le programme et son projet politique pour la reconstruction du pays, vous serez peut-être surpris de trouver beaucoup plus de notions de socialisme que ce que vous imaginez et ce qu'en France, on insiste à répéter sans cesse pour la simplement idéologiser et la mettre dans une boîte avec une étiquette de droite.

Je pense que les choses en Venezuela sont beaucoup plus complexes et qu'aujourd'hui, il y a besoin d'une vision claire pour pouvoir sortir de le profond d'abîme dans lequel on se trouve depuis des années.

21:27
Présentateur

Thomas Posado, je vous interroge cette fois-ci sur les accusations de conspiration narco-terroriste qui concernent Nicolas Maduro face à un juge à New York. Votre point de vue ? Je vous redonnerai évidemment la parole, Sarai Suarez.

21:43
Invité

L'accusation de terroriste, on sait que c'est une accusation qui est manipulable politiquement. Ce n'est pas un critère terroriste. Nicolas Maduro n'a pas fait d'attentat au Venezuela. Le récit selon lequel il envoie des migrants semer le crime aux Etats-Unis, le récit de Donald Trump est un récit évidemment fallacieux destiné à criminaliser la communauté vénézuélienne. Sur le rapport au narcotrafic, on attend toujours l'épreuve de l'administration états-unienne et ce qu'on voit, c'est qu'il y a une disproportion entre une instrumentalisation politique de cette accusation de narcotrafic. C'est-à-dire que le Venezuela a une place relativement secondaire dans le narcotrafic.

Ce n'est pas un pays producteur de fentanyl, qui est la drogue qui cause le plus de morts aux Etats-Unis. Ce n'est pas un pays qui produit de la cocaïne, qui est produite en Colombie, au Pérou et en Bolivie. C'est un pays de transit de la cocaïne et un pays de transit secondaire. On estime autour de 8% de cette drogue qui passe par le pays. Il y a quelques cas de l'administration Maduro, les propres neveux de Maduro qui ont été pris la main dans le sac avec de la drogue, des personnalités comme Walid Macleod, comme Gokar Vahal qui avaient des rôles dans l'administration Maduro et qui ont été impliqués dans le narcotrafic.

Mais de fait, Nicolas Maduro, en tant que personne, on n'a pas eu de preuves en tant que telles. Et arrêter un chef de l'État avec une opération d'exfiltration de ce type pour narcotrafic sans qu'il y ait des preuves avant, c'est quand même assez déstabilisant. D'autant plus quand on sait que la personne qui a commis cet acte, Donald Trump, a gracié quelques semaines avant Juan Orlando Hernández, ancien président du Honduras entre 2014 et 2022, qui a été condamné par la justice étatsunienne à 45 ans de prison pour avoir introduit 400 tonnes de cocaïne aux États-Unis en lien avec le cartel du Sinalo, un cartel qui a une structure criminelle bien définie et bien existante.

Donc, on voit une instrumentalisation politique du critère de narcotrafic. On verra les preuves dont dispose l'administration Trump à l'égard de Nicolas Maduro. Par contre, on voit que c'est utilisé pour punir des ennemis et pour absoudre des amis politiques lorsque ce n'est pas grave. Sur les remarques que faisait Sarai Suarez sans rentrer dans son départ, je partage le fait qu'il y a eu une fraude aux élections de 2024 et que les barils de pétrole étaient largement à destination de la Chine en termes de remboursement de dettes et ne revenaient pas aux Vénéziolien.

Par contre, Maïda Kouina-Matchad a des méthodes qui étaient radicales, ce qui n'est pas sur les fraudes électorales, qui est sur cet appel à une intervention étrangère qui l'a distinguée de d'autres courants de l'opposition vénézuélienne. Et sur cet aspect-là, il me semble que quand même le pétrole est extrêmement fondamental dans l'économie vénézuélienne. Dans les années 70 ou dans le début des années de Chavez, quand la rente pétrolière était abondante, il y a eu des services sociaux qui se sont créés, il y a des logements qui ont été créés, des hôpitaux qui ont été créés, des services de santé, des services d'éducation qui ont été créés. Évidemment que ça impacte l'économie vénézuélienne.

25:01
Présentateur

Je voudrais juste qu'on se concentre un instant sur les accusations portées à l'encontre de Nicolas Maduro, Saïri Suarez. Est-ce que vous êtes sur la même ligne que Thomas Posado ? Alors actuelle, la justice américaine parle également d'actes de corruption, de vente de passeports diplomatiques pour faciliter l'acheminement de la drogue, d'actes violents menés de manière indirecte. Est-ce que cette accusation de conspiration narcoterroriste vous paraît fondée ?

25:30
Invité

Je suis d'accord avec Thomas sur le fait que le terrorisme aujourd'hui est utilisé comme une justification pour plein de choses. Également, je coïncide avec lui sur le fait que le Venezuela ce n'est pas un pays producteur de drogue et je pense qu'autour de l'année 2000, j'avais interruvé un dealer, un distributeur de drogue dans la frontière avec la Colombie qui m'avait expliqué, je parle des années 2000, Chavez avait une année ou deux au pouvoir et il m'expliquait très clairement quel était le chemin qui parcourait la drogue dans le pays depuis la Colombie jusqu'à l'état des Sucres pour partir vers les îles de Trinidad et Tobago et aussi une sortie de côté de Falcon.

Il y avait toute une dynamique déjà établie avec de la corruption du côté des militaires etc. Donc le Venezuela comme un transit de drogue ce n'est pas une nouveauté par contre ce qui est une nouveauté et là où il y a certainement des preuves que nous allons découvrir je pense au procès qui ne vient que dès commencer c'est tout ce qui a peu dévoilé Hugo Carvajal qui est un témoin majeur dans cette accusation.

Après dire qu'il est totalement innocent je pense que quand on a des neveux de sa première dame qui sont pris en flagrant délit qui avoue aux Etats-Unis comment ils utilisaient des avions des pistes privées de gouvernement pour faire entrer et sortir de la drogue on n'est pas si innocent que ça.

Et dernier point concernant Ervendez l'ex-président d'Honduras qui a été gracié c'est vrai que c'est un point qui nous donne encore de la méfiance par rapport à la stratégie qui va être appliquée pour Nicolas Maduro on se méfie on se méfie en effet de quelles vont être les négociations qu'est-ce qui va passer demain dans les décisions qui vont être prises je pense que il reste à voir en effet quel est le chemin qui vont prendre les affaires dans ces procès qui ne vient que de commencer.

27:42
Présentateur

S'agissant du pétrole Thomas Posado cette fois-ci est-ce que vous pensez que les majors américaines vont accepter de se rendre au Venezuela d'y investir quand on sait qu'au fond il y a tout à faire les infrastructures vénézuéliennes aujourd'hui en matière de pétrole sont absolument délétères donc il faudrait des investissements massifs pour exploiter le pétrole et le pétrole qui s'y trouve par ailleurs les prix du pétrole aujourd'hui sont extrêmement bas 60 dollars ce qui n'incite 60 dollars le baril ce qui n'incite pas les entreprises encore une fois à investir les promesses de Donald Trump en matière pétrolière cette fois-ci peuvent-elles même être tenues ?

28:24
Invité

Il faudra voir comment la situation évolue j'ai entendu dire que des voyages de dirigeants de majors étaient prévus pour le mois de mars le mois de mars ça veut dire déjà que les majors attendent de voir une stabilisation politique juridique de leur cadre investir des milliards dans l'industrie pétrolière ils ne vont évidemment pas le faire si demain il y a un désaccord entre Delcy Rodriguez et Donald Trump et on repart sur des interventions du type de Skyus Weekend voire un bourbier qui pourrait devenir encore plus violent donc évidemment les majors sont prudentes par rapport au fait que la situation vénézuélienne n'est absolument pas stabilisée depuis trois jours les infrastructures elles produisent encore elles produisent aujourd'hui un million de barils donc ce sont des infrastructures qui existent et qui produisaient 2,3 millions de barils il y a quelques années évidemment pour que revenir aux 2,3 millions de barils il faudra 5 ans 10 ans d'après les spécialistes et ce sont des investissements lourds une industrie pétrolière ce sont des machines qui sont extrêmement précieuses dont l'entretien est extrêmement coûteux qui a été mal fait ces dernières années ajouté à cela il y a parmi les 8 millions de Vénézuéliens qui sont partis du pays beaucoup de travailleurs qualifiés de l'industrie pétrolière enfin un vendeur ambulant n'a pas beaucoup de possibilités de reconversion à l'étranger un travailleur qualifié dans le pétrole a beaucoup de possibilités de reconversion à l'étranger donc c'est parmi ceux qui sont partis parmi les premiers du Venezuela il y a eu un moment de grève pétrolière pour la chute du Gochavez en 2003 où il y a eu 18 000 travailleurs qui ont été licenciés de l'industrie pétrolière donc ça a aussi causé un manque de main d'oeuvre qualifiée dans le pays et de fait sans main d'oeuvre qualifiée ce sera difficile de faire revenir cette industrie pétrolière dans l'hypothèse où il y a des investissements et un retour d'une main d'oeuvre qualifiée en redémarrage de l'industrie pétrolière est possible mais à l'horizon peut-être 5 ans 10 ans pas à l'horizon tout de suite

30:41
Présentateur

Ce qu'il faut préciser effectivement c'est qu'aujourd'hui depuis l'an 2000 exactement plus de 8 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays ça signifie que 27% des Vénézuéliens vivent en dehors du Venezuela est-ce qu'il y a aussi Sarahi Suarez dans la démarche de Donald Trump c'est un discours qui est apparu en creux par touche dans ses prises de position publique l'enjeu migratoire est aussi important pour les Etats-Unis

31:11
Invité

Je pense que c'est important pour les Etats-Unis parce qu'il y a quand même il y a eu plusieurs vagues de migration dans les dernières notamment je dirais 15 ans cette main d'oeuvre qualifiée qu'évoquait Thomas c'est une main d'oeuvre qui est partie dans les premières vagues quand Hugo Chavez a viré la moitié de l'industrie pétrolière à coups de sifflet je pense qu'on se souvient tous de ces images à la télévision donc cette vague extrêmement qualifiée est partie enrichir les industries pétrolières norvégiennes colombiennes en Arabie-Saudite plein de pays africains qui exploitent le pétrole et du coup elle est partie très très tôt dans toutes ces dynamiques les vagues successives des dernières années c'est une vague plutôt des gens qui n'avaient plus rien à perdre c'était des personnes pas si qualifiées c'était une main d'oeuvre moins adaptée à la reconstruction et pour autant justement c'est justement le retour qui est un rêve important pour toutes ces personnes-là parce que quand on parle de 8 millions de diasporas c'est 8 millions des familles déchirées c'est 8 millions d'histoire c'est 8 millions des parents qui sont laissés leurs enfants au Venezuela dans les mains des grands-parents pour pouvoir aller produire de l'argent pour les faire survivre dans le pays donc je pense qu'en effet pour Donald Trump le retour pas parce qu'il est aimable et gentil et humanitaire sinon parce qu'il a besoin de se débarrasser on le dit dans les mots qu'il faut d'une migration qui ne peut plus être accueillie par les Etats-Unis mais c'est le cas aussi de tous les pays de l'Amérique latine qui ont eu la gentillesse d'accueillir mes concitoyens mais pour qui cette migration a représenté une tension au niveau de leurs services sociaux de leurs structures éducatives etc donc je pense qu'il y a la volonté d'une énorme partie de ces diasporas de retourner d'autres évidemment ne pourront pas retourner qui ont déjà fait leur vie dans les pays d'accueil mais il y a énormément des personnes qui sont prêtes à revenir il y a des études là-dessus il y a un observatoire de la diaspora qui étudie le phénomène et qui a fait des enquêtes et vous serez impressionné de connaître les résultats de ces enquêtes qui sont plutôt assez favorables à un retour pour participer à la reconstruction et d'ailleurs ça fait partie du discours de Maria Corina Machado de faire revenir justement ces enfants qui sont partis de Venezuela

34:03
Présentateur

Un mot sur cette femme que vous avez mentionné à plusieurs reprises Delcy Rodriguez la présidente par intérim du Venezuela comment comprendre aujourd'hui sa position elle a demandé à Donald Trump des relations équilibrées fondées sur le respect mutuel est-ce qu'elle entend gouverner le pays au-delà des 90 jours qui lui sont actuellement impartis est-ce qu'elle entend poursuivre le chemin du chavisme d'Oma Posado en quelques mots

34:31
Invité

Déjà si elle peut gouverner 90 jours c'est qu'ils ont déclaré une absence temporaire de Nicolas Maduro et pas une absence définitive une absence définitive aurait nécessité d'un point de vue de la constitution des nouvelles élections et on imagine bien qu'ils ne vont pas organiser des élections dans le contexte actuel comment comprendre son discours c'est comprendre les contradictions dans lesquelles elle est issue d'une famille politique qui a toujours été hostile aux Etats-Unis elle a toujours été une collaboratrice proche de Nicolas Maduro elle est vice-présidente depuis 7 ou 8 ans et rien ne la prédestine dans sa trajectoire à vouloir négocier avec Donald Trump une petite question qui s'est passée ces derniers jours c'est que son prédécesseur a été capturé et est désormais incarcéré aux Etats-Unis pour des motifs où on peut imaginer que Donald Trump pourrait utiliser exactement les mêmes pour Delsi Rodriguez d'ailleurs il a dit explicitement qu'il est prêt à faire pire avec Delsi Rodriguez que s'il a fait avec Nicolas Maduro donc elle est soumise à une pression militaire extrêmement forte et ses marges de manœuvre sont extrêmement réduites le soutien de la population est assez faible minoritaire on en a parlé des résultats des dernières élections présidentielles la Russie et la Chine ne se sont pas investis militairement dans la défense du Venezuela ces derniers mois pour empêcher ce qui s'est passé dans la nuit de vendredi à samedi donc sa survie au pouvoir elle est subordonnée à trouver un accord avec Donald Trump et Donald Trump est dans une position très offensive avec un rapport de force qui est extrêmement favorable donc elle ménage à la fois la création d'une commission pour le retour de Nicolas Maduro et à la fois cette volonté de parler de coopération avec les Etats-Unis mais les conditions visiblement dont parle Marco Rubio transformerait le Venezuela davantage à un protectorat des Etats-Unis qu'à un pays s'ouvre les conditions visiblement que souhaite l'administration Trump sont extrêmement dures contre Delcy Rodriguez

36:40
Présentateur

Ce qu'il faut préciser par ailleurs c'est que le prix Nobel de la paix Maria Corina Machado n'a pas aujourd'hui le soutien de Donald Trump Sarai Suarez comment vous voyez l'avenir si je puis dire est-ce que avec Delcy Rodriguez au pouvoir on peut s'attendre à la poursuite même modérée d'une forme d'arbitraire de dureté d'autoritarisme du régime en quelques mots là aussi

37:07
Invité

C'est très inquiétant et je pense que là le mot méfiance prend tout son ampleur parce que Delcy Rodriguez c'est une femme des plus radicales avec son frère Jorge Rodriguez et c'est deux des personnes les plus radicaux de la structure de ce régime il faut juste rappeler que le père de Delcy Rodriguez à Jorge Antonio Rodriguez avait kidnappé un entrepreneur américain William Newhouse en 1976 c'est un cas qui a radicalisé justement sa famille et elle a dit ouvertement ce gouvernement que nous avons entre les mains c'est notre vengeance personnelle donc je ne vois pas cette femme céder le pouvoir accompagner une transition démocratique aujourd'hui elle est tenue en effet soumise par la situation avec sa négociation avec Donald Trump on ne sait pas quelle est l'ampleur des accords qui ont été amenés là je pense qu'il y a un élément qu'on n'a pas mentionné jusque là et c'est la situation des prisonniers politiques il y a plus entre 800 et 1000 prisonniers politiques encore aujourd'hui au Venezuela je pense qu'il faut un geste fort dans les jours dans les semaines qui viennent la libération de ces personnes pourrait nous faire parler des transitions mais tant que cette action n'a pas été effectuée je pense que le peuple vénézuélien se méfie énormément de Delcy Rodriguez et de l'avenir qu'elle peut proposer pour le pays

38:41
Présentateur

Merci beaucoup Sarahi Soares Thomas Posado à distance merci de nous avoir éclairé sur le Venezuela l'avenir des Vénézuéliens merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission Stéphanie Villeneuve Diane Devancé Antoine Hérald Juliette Mouillic à suivre après le journal J.D. Vance président américain a-t-il vraiment compris René Girard J.D. Vance

39:01
Locuteur

J.D. Vance J.D. Vance