Contestation dans les lycées : "Il y a des réponses à apporter", déclare le recteur de l'académie de Nice Emmanuel Roux
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Questions et réponses
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- 0:10OuverteRéponse partielle
Bonjour Emmanuel Roux.
- 0:12OuverteRéponse directe
Votre prise de poste, un mois seulement après votre nomination, vous êtes confronté à la colère des lycéens azuréens. Vous les comprenez, ces jeunes ?
- 0:33OuverteRéponse directe
C'est quoi pour vous le plus important aujourd'hui dans ce que les lycéens vous disent ?
- 1:35OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on aura des remplaçants chez nous ?
- 2:18OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on sait combien de profs manquent aujourd'hui ?
- 2:53OuverteRéponse directe
Puisqu'on sait que pendant longtemps dans l'académie, ça a été le problème, on manquait d'enseignants, de candidats.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:37PrésentateurChiffre
« Le ministre de l'Éducation hier a annoncé 3000 remplaçants dans les heures qui viennent. »
- 2:06Invité politiquePromesse
« que chaque élève ait un enseignant devant lui systématiquement. »
- 2:56PrésentateurFait
« on manquait d'enseignants, de candidats. »
- 4:13Invité politiqueFait
« il y a eu véritablement une très grande agressivité de la part de certains, de casseurs. »
- 5:19Invité politiqueChiffre
« J'avais 40 établissements qui étaient concernés de près ou de loin dans l'ensemble de l'académie. »
Temps de parole
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Il est 7h46, 10 jours désormais, que les lycéens manifestent leur colère. Et ce matin, on en parle avec Emmanuel Roux, le nouveau recteur de l'Académie de Nice-Toulon. Il est l'invité d'ici matin.
Bonjour Emmanuel Roux.
Bonjour.
Bon allez, sportive, votre prise de poste, un mois seulement après votre nomination, vous êtes confronté à la colère des lycéens azuréens. Vous les comprenez, ces jeunes ?
Ah oui, du moins j'essaie de les comprendre depuis que le mouvement a commencé. Et singulièrement, depuis une huitaine de jours, j'en rencontre beaucoup pour écouter ce qu'ils ont à dire, pour entendre leurs revendications et pour voir quelles réponses on peut leur apporter.
C'est quoi pour vous le plus important aujourd'hui dans ce que les lycéens vous disent ? Qu'il faut modifier le plus vite possible
?
En fait, c'est assez diffus et c'est assez différent selon les académies. Donc je pense qu'il faut vraiment avoir une entrée académique aussi pour comprendre les particularités à la fois du Var et des Alpes-Maritimes. De ce que j'entends, c'est qu'il y
a
un certain nombre de convergences autour de remarques ou de demandes d'amélioration du bâti. Ce sont des choses qui reviennent assez souvent.
Et
puis il y
a
des thèmes transversaux qui reviennent aussi. La problématique de l'orientation et de parcours sup, la problématique de la santé mentale, des sujets qui sont des sujets récurrents de quotidien, d'emploi du temps, de journées chargées, de programmes aussi parfois. Donc voilà, il y a beaucoup de choses en fait qui sont amenées. Il faut hiérarchiser, comprendre, expliquer souvent, voir ce qui relève du niveau académique ou voir ce qui relève de l'établissement, parce qu'il
y a
un certain nombre de choses qui relèvent de l'établissement, voir de ce qui relève des partenaires, en particulier des partenaires
régionales de la région.
Sur
le bâtiment notamment.
Oui, et voir ce qui relève de l'État par ailleurs, parce qu
'il
y
a
aussi des choses qui relèvent de l'État.
Et d'ailleurs, le ministre de l'Éducation hier a annoncé 3000 remplaçants dans les heures qui viennent. Est-ce qu'on aura des remplaçants chez nous
?
Là, c'est pareil. C'est-à-dire que c'est une annonce nationale qui ensuite va se décliner sur le plan académique. Ce que j'ai demandé, puisqu'effectivement la problématique des remplacements ou des absences a été évoquée dans l'Académie, même si ce n'est pas forcément la problématique qui est mise en avant en premier, mais elle revient assez
souvent. Ils en
parlent quand même, nous, les lycéens qu'on a
rencontrés. Ils en parlent,
oui.
Ils
en parlent des absences non remplacées. Évidemment, c'est un objectif absolu à atteindre, que chaque élève ait un enseignant devant lui systématiquement. Donc, ce que nous avons commencé à faire, c'est en fait d'établir une cartographie des lycées de ceux qui ont été touchés par le mouvement et qui auraient des absences non remplacées.
Est-ce qu'on sait combien de profs manquent aujourd'hui
? On est en
cours d'évaluation.
C
'est un travail assez fin.
C
'est un travail plutôt minutieux parce qu'il faut évidemment avoir tout le spectre de la formation qu'il y a dans un lycée. Donc, vous imaginez ce que ça représente. Et en fonction de ce compte rendu qu'on va avoir, de ce résultat, on va essayer d'affecter le plus vite possible. D'abord, ce qu
'on
appelle des titulaires sur zone de remplacement, c'est-à-dire des enseignants qui remplacent sur une discipline et qui sont mobiles. Donc, ils peuvent aller justement faire ces remplacements, voir des contractuels sur zone de remplacement s'ils ne pourront pas avoir d'agent titulaire, c'est-à-dire de fonctionnaires, pour
obtenir le remplacement. Mais encore faut-il des
candidats puisqu'on sait que pendant longtemps dans l'académie,
ça
a été le problème, on
manquait d'enseignants, de candidats. Oui, ça reste une réalité selon les disciplines. Mais encore faut-il savoir de quelle discipline on parle pour essayer d'adapter le plus vite possible les candidats et avoir les moyens, c'est ce qu'a annoncé le ministre, pour pouvoir les recruter derrière.
On
voit que ces lycéens, ils sont aussi soutenus par les enseignants, par les enseignants de l'éducation nationale. Finalement, ils vont tous dans le même sens dans ces revendications. Il y a une vraie urgence à trouver des solutions.
Oui, les syndicats enseignants, du moins certains d'entre eux, ont accompagné les revendications des lycéens.
Moi,
j'entends tout le monde, je pars du principe que lorsque la parole s'agrège comme ça, c'est qu'effectivement, il
y
a des raisons pour que ces revendications remontent. Donc oui, il
y a
des
réponses à
apporter. Parce qu'au départ, on ne
va
pas se mentir, on n
'a
pas forcément toujours pris au sérieux, au tout début, ces lycéens, on l'a dit, c'était diffus, leurs revendications. Plus les jours passent, plus on a l'impression que leur discours est de plus en plus sérieux, et que les enseignants sont présents, les syndicats sont présents. Et aujourd'hui, on se dit, il faut les écouter.
Oui, alors peut-être, il faut un petit peu revenir en arrière aussi, la manière dont le mouvement a démarré il y a une dizaine de jours. Au départ, c'est un mouvement qui agrège des revendications lycéennes, mais avec des mouvements de casse très forts. C'est-à-dire que les 3-4 premiers jours, il y a eu véritablement une très grande agressivité de la part de certains, de casseurs.
Des lycéens
ou des casseurs ? Est-ce qu'on fait la différence d'ailleurs ? Est-ce que vous, vous faites la différence ? Après,
moi, sur le terrain, je ne suis pas capable de la faire. On a des forces de l'ordre qui nous font des remontées. On voit les analyses qu'on peut en faire et on voit aussi l'ensemble des procédures qui ont pu être menées contre ceux qui ont été attrapés en train d'essayer de casser des portails ou d'envoyer des tirs de mortier. Et là, pour le coup, on n'est pas du tout dans une démarche de revendication. Et ça a été, effectivement, aussi au début, la manière dont ça s'est passé. Et on a eu des personnels de direction et des équipes enseignantes et des personnels administratifs qui ont fait front par rapport à ce qu'ils considéraient comme étant souvent une véritable agression.
D'ailleurs, vous avez fermé les établissements. Ça a été votre réponse, la fermeté.
Alors, la réponse, elle est montée crescendo puisque lorsque nous avons vu monter le mouvement et là, comme un accord avec le préfet, puisqu'après, le préfet, évidemment, est dépositaire des forces de l'ordre et de l'ordre public, lorsque, et en particulier jeudi dernier, il
y
a huit jours, le mouvement est arrivé vraiment à un pic d'une certaine violence. J'avais 40 établissements qui étaient concernés de près ou de loin dans l'ensemble de l'académie. C'est assez énorme. Nous avons décidé, effectivement, pour les Alpes-Maritimes avec le préfet, de passer en distanciel, c'est-à-dire de continuer l'enseignement mais de le continuer sous cette forme-là de manière à ce qu'effectivement il puisse y avoir une pression qui retombe et qu'on prépare les jours à venir avec une rentrée qui s'est passée, qui s'est déroulée, enfin, une reprise en présentiel plutôt qui s'est déroulée avant-hier et qui s'est plutôt bien
déroulée. Mais
ça a calmé l'attention du coup
de fermer les établissements
? Oui, clairement. Encore une fois, on ne les a pas fermés. On a continué l'enseignement en distanciel. Ce n
'est
pas tout à fait la même chose.
Même si ça n
'a
pas toujours été facile, cet enseignement en distanciel dans l'académie notamment, est-ce que là, vous en tirez des leçons aussi ?
Alors oui, le distanciel, c'est un mode d'enseignement qu'on a éprouvé pendant la crise sanitaire qui reste une alternative à l'enseignement pour des situations de crise, pour des problématiques liées par exemple à des intempéries aussi. C'est un mode qu'on doit pouvoir activer très vite. Si demain, on passe en vigilance rouge, on doit être en mesure de dire qu'on passe de suite en distanciel pour la sécurité des élèves. Alors effectivement, ça reste perfectible. C'est un mode d'enseignement dégradé, mais au fur et à mesure, effectivement, on apprend des imperfections pour essayer de les corriger. Là, on aura un rétexte aussi justement sur ces enseignements en distanciel.
Est-ce que vous envisagez de remettre ce distanciel s'il
y
a de nouveaux débordements dans les lycées de l'académie ?
Alors en l'état, on a repris en présentiel. J'espère que le présentiel va rester désormais, va s'installer de façon tout à fait normale.
Ce matin,
tous les lycées sont ouverts et les lycéens peuvent rentrer en cours
?
Ce matin, depuis mercredi, tous les lycées sont ouverts du département et de l'académie. Dans le Var, on est resté en mode présentiel, donc il n'y a pas eu d'interruption, enfin de passage en distanciel. Sur les Alpes-Maritimes, tout a repris mercredi.
Aujourd'hui, il faut entendre ces jeunes. Vous l'avez dit au départ, c'est aussi ce que dit le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Comment ça va se passer, ces temps d'échange avec les lycéens
?
Alors, ils ont commencé, c'est pareil,
c
'est dans le cadre d'une organisation académique. Donc, on décline une méthodologie en fonction des académies. En ce qui me concerne, dès la semaine dernière, j'ai demandé à rencontrer les élus du Conseil académique de la vie lycéenne qui est le Conseil qui chapeaute l'ensemble de ce qu'on appelle des CVL, des conseils de la vie lycéenne qui se trouvent dans chaque lycée pour avoir un premier retour sur ce qu'ils portaient comme revendication, comme demande. Parce qu'encore une fois,
c
'est ce que je disais tout à l'heure, la première difficulté qu'on a eue,
ça
a été de qualifier ces demandes.
Et ça s'est structuré finalement au fur et à mesure des
jours. Peut-être avec
aussi l'aide des enseignants et des
étudiants. Je
crois qu'il y avait aussi des demandes qui étaient des demandes depuis le début qui existaient et qui se sont exprimées à ce moment-là. Et qui ont été d'abord peut-être aussi le révélateur de la volonté de pouvoir s'exprimer et d'une forme de vie démocratique au sein des lycées qui s'était peut-être un peu essoufflée ou qui était des espèces de ronron, de train de train qu'il fallait relancer parce qu'il fallait pouvoir s'exprimer. Et une fois que cette parole s'est libérée, effectivement,
il y a des choses... Vous
secouez finalement quand même ?
De fait, oui. Moi, je suis universitaire. J'ai l'habitude d'entendre, d'écouter. C'est la culture même de l'université. Donc, effectivement, pour moi, elle est essentielle dans le cadre d'un lycée comme dans tout type d'établissement scolaire du reste. Donc, oui, d'entendre qu'il y
a
des revendications et qu'elles sont profondes et qu'elles doivent apporter lorsqu'on peut le faire des réponses, pour moi, oui, ça secoue évidemment parce qu'il faut le faire. Donc, après, il faut trouver les bonnes réponses. Donc, il faut bien comprendre et ensuite trouver les réponses adaptées et expliquer que parfois, certaines peuvent être retrouvées assez vite. Parfois, elles sont peut-être un peu plus longues selon la nature des demandes que l'on a parce que les choses ne sont pas toujours immédiates.
La suite, justement, dans l'écoute de ces jeunes, dans les prochains jours, comment ça va se dérouler ?
On va continuer hier. Après, je vais dans les lycées parce que je suis quelqu'un de terrain. Donc, pour moi, on comprend les choses quand on est sur le terrain. C'est ce que j'ai dit depuis un mois, comme vous l'avez rappelé, un mois et demi que je suis arrivé. Je vais beaucoup sur le terrain. Les élèves, donc, je vais faire d'autres CVL, d'autres conseils de la vie lycéenne, y compris dans le Var. Donc, j'ai un plan de charge un peu lourd la semaine prochaine et je vais recueillir, comme ça, les revendications, la parole et je vais continuer à essayer de comprendre pour qu'à l'issue, et on s'est donné, le ministre de l'Éducation nationale a donné des repères temporels.
Donc, d'ici les vacances de Toussaint, à la rentrée des vacances de Toussaint, puis d'ici Noël, on puisse cranter les choses, qu'on puisse réorganiser les choses et qu'on puisse faire comprendre que la parole, on va la traiter et on va essayer de trouver des réponses.
Merci beaucoup, Emmanuel Roux. Je rappelle que vous êtes le recteur de l'Académie Nice-Toulon.