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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 1 avril 2026 8 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprises

L'électrification est la seule solution face à la hausse des prix des carburants, selon Nicolas Goldberg

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:40InvitéFait
    « C'est une possibilité. Là, sur les marchés, le prix du baril peut continuer de grimper. »
  • 0:51InvitéFait
    « Il y a aussi énormément de concurrence pour raffiner les produits pétroliers. »
  • 1:20PrésentateurPromesse
    « Mais j'ai regardé les chiffres, les importations de pétrole brut en France. »

Temps de parole

  • Invité77 %
  • Présentateur23 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Il est 6h21, 2,18 euros. Jamais le litre de gazole n'a été aussi cher en France depuis la mise en place des statistiques. Sommes-nous condamnés à subir la flambée des prix du carburant ? L'Europe appelle les pays membres à se coordonner pour trouver des solutions. En France, c'est aujourd'hui que les chèques énergie 2026 commencent à être envoyés aux ménages les plus modestes. Bonjour Nicolas Goldberg. Bonjour. Vous êtes expert énergie au cabinet de conseil Columbus Consulting et responsable énergie également au sein du cercle de réflexion Terra Nova. Les prix des carburants vont continuer à grimper ? Ça peut aller jusqu'à où ?

0:40
Invité

C'est une possibilité. Là, sur les marchés, le prix du baril peut continuer de grimper. Il y a aussi énormément de concurrence pour raffiner les produits pétroliers. Donc, il y a les marges des raffineurs qui augmentent. Donc, ça peut encore augmenter. Après, ça ne peut pas augmenter à l'infini non plus parce qu'à partir d'un certain prix, il y a de la destruction de la demande. C'est-à-dire qu'il y a des entreprises qui vont couper leur activité, des particuliers qui vont arrêter de se déplacer. Donc, il y aura un effet d'autorégulation au moment de la demande par les prix. Enfin, ça va être un petit peu brutal et pas très heureux quand même.

1:16
Présentateur

Et cette hausse actuelle, elle est due à quoi ? Alors, évidemment, c'est lié à la guerre au Moyen-Orient. Mais j'ai regardé les chiffres, les importations de pétrole brut en France. Le Moyen-Orient, ce n'est pas notre principal fournisseur. C'est seulement 11%. Alors, seulement, ça nous paraît peu. C'est beaucoup déjà, 11% ?

1:32
Invité

En fait, un pourcentage, ça dépend. 11% de pas grand-chose, ça ne fait pas grand-chose. 11% d'un volume énorme, c'est énorme. Et il faut rappeler que la France est toujours extrêmement dépendante au pétrole. Donc, 11% de notre pétrole, en fait, c'est beaucoup. Et surtout, il faut bien voir que le risque, il n'est pas sur les 11%. Il est sur les 100% de pétrole qu'on importe. Pourquoi ? Parce que si vous regardez...

1:55
Présentateur

D'Afrique, d'Amérique du Nord, du Kazakhstan notamment.

1:57
Invité

Exactement. Mais si vous regardez l'Asie, aujourd'hui, c'est beaucoup plus de pétrole qui vient de ce détroit d'Ormose. Et il y a une énorme compétition pour faire accoster les bateaux chez eux et faire arriver les volumes. Parce qu'eux, ils n'ont pas juste un problème de prix. Nous, on a un problème de prix. Eux, ils ont un problème de prix et de volume. C'est-à-dire que les volumes n'arrivent pas chez eux. Donc, aujourd'hui, il y a une énorme compétition mondiale, beaucoup plus féroce qu'avant, pour faire accoster les bateaux chez soi ou faire venir le pétrole via oléoduc, chez soi. Et donc ça, ça augmente le prix, non pas juste sur les 11%, mais sur les 100%.

C'est comme pour la guerre en Ukraine. Vous savez, on disait, oui, mais la France... C'est la loi de la demande sur un marché qui est mondial. Quand il y a eu la guerre en Ukraine, il était dit, oui, mais la France importe peu de son gaz de Russie. Oui, mais le risque, il est sur les 100%, pas seulement sur la part qu'on importe d'ailleurs.

2:49
Présentateur

Et que se passe-t-il précisément entre le puits de pétrole et ma pompe à essence ? Il y a beaucoup d'intermédiaires et il y a des augmentations à tous les stades ?

2:55
Invité

Alors effectivement, il y a beaucoup d'intermédiaires parce que le pétrole, une fois qu'il est extrait, il est brut, il faut pouvoir l'acheminer. Alors vous pouvez l'acheminer de deux façons, soit via un oléoduc. Donc c'est ce qui se passe par exemple en Arabie Saoudite. Comme le D3 est bloqué, l'Arabie Saoudite fait arriver le pétrole d'est en ouest du pays pour passer par la mer Rouge plutôt que par le D3 d'Hormuz. Donc on peut utiliser des oléoducs, on peut utiliser des bateaux. Et si vous êtes en état de crise et vous êtes en plan bricolage, vous pouvez même utiliser des camions-citernes.

Enfin, les volumes sont quand même plus limités dans un camion-citernes que dans un oléoduc ou un bateau. Après, ce pétrole brut, vous l'amenez à une raffinerie. Et ça, c'est une étape très importante parce que c'est dans la raffinerie que le pétrole brut va être raffiné pour ensuite donner du pétrole avec différents volumes pour différents usages, que ce soit pour faire du bitume, pour faire voler un avion ou pour faire rouler une voiture à essence. Et là, ce qu'on voit, c'est qu'il y a des augmentations à plusieurs étages. Bien évidemment, quand le pétrole est acheminé chez vous, vous devez payer aussi des primes d'assurance pour être sûr qu'ils ne soient pas détournés ou autres.

Les primes d'assurance ont augmenté parce qu'il y a des conflits dans la zone. Les routes sont plus limitées. Et dans les raffineries, il y a beaucoup de marge parce que comme certaines raffineries ne sont plus alimentées, il y a beaucoup plus de compétitions dans les raffineries pour raffiner ce pétrole et la cheminée. Et donc, c'est pour ça que les marges des distributeurs, les marges des raffineurs augmentent également. Et ça, ça se retrouve dans votre prix à la pompe.

4:32
Présentateur

Voilà, et donc 2,18 euros pour le maximum en ce moment. Alors, que faire ? Comment amortir ce choc des prix de l'essence ? Il y a une réunion aujourd'hui à Matignon avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui lui, parmi les pistes, indique qu'il faut accélérer l'électrification. Il présente un plan électrification et il dit qu'il va le financer par les surplus de taxes. C'est quoi ça ?

4:51
Invité

Alors, les surplus de taxes, moi je ne sais pas ce que c'est. Il y a une légende qui dit que quand le prix de l'essence augmente, les taxes sont proportionnelles, donc il y a un surplus de taxes. Enfin, ça c'est quand même assez faux. Pourquoi ? Déjà, il faut rappeler qu'on est un pays avec 5% de déficit. Donc, un pays qui a des surplus de recettes alors qu'il a 5% de déficit, je ne sais pas ce que c'est. Et après, il y a un effet d'éviction de la demande, c'est-à-dire que les prix augmentent, mais la demande baisse.

Donc, en fait, un pourcentage de taxes sur ce volume-là, ça ne se retrouve pas tellement dans les finances publiques qui doivent aussi éponger d'autres choses, le retour de l'inflation, les plans d'aide ciblés. Donc ça, c'est surplus de taxes. Très honnêtement, je pense que c'est une bêtise et je ne vois pas ce que c'est. Par contre, mettre en place un plan électrification, ça c'est la bonne solution.

5:40
Présentateur

Mais ça, c'est du long terme. Ce n'est pas pour l'urgence maintenant, pour les gens qui vont à la société.

5:43
Invité

C'est du long terme, vous pouvez avoir des choses court terme. Si vous augmentez le leasing social, si vous le ciblez pour certaines professions, je pense notamment aux professions de santé libérale, vous pouvez avoir un effet tout de suite pour certaines personnes. Et c'est beaucoup plus efficace que de faire un nouveau trou dans les finances publiques en baissant les taxes. Ça, ça a été fait en 2022 par le gouvernement Borne et les LR. C'est une bêtise, ça fait juste un nouveau trou en attendant la prochaine crise. Et quatre ans plus tard, quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, on voit qu'on y est encore, justement parce qu'on n'a pas assez électrifié.

6:16
Présentateur

Et bloquer les prix à la pompe, la Hongrie le fait. Il y a l'Union Européenne qui demande à tous les pays de se coordonner. Est-ce qu'on pourrait le faire à l'échelle européenne ?

6:22
Invité

Est-ce qu'on pourrait le faire en France ? Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'en Europe, il y a plusieurs pays qui ont annoncé un blocage des prix à la pompe. Et la Hongrie est le seul pays à le faire. En fait, la Grèce et la Croatie n'ont pas bloqué les prix. Ils ont bloqué les marges des distributeurs, ils ont baissé des taxes, ils n'ont pas bloqué les prix. La Hongrie bloque les prix. Alors déjà, ils le bloquent, mais seulement pour les immatriculations hongroises, ce qui est contraire aux droits communautaires. Mais Victor Orban ne fait pas grand cas de ça. Et après, il y a un risque volume parce que vous bloquez les prix.

Mais à un moment, vos raffineurs ou vos distributeurs vont vous dire « Oui, mais moi, je ne vends pas à perte, en fait. » Donc, en fait, quand vous bloquez les prix, il y a un risque sur les volumes. Et en 2022, Victor Orban avait déjà bloqué les prix. Et il a été obligé de revenir là-dessus, justement, parce qu'il y avait un problème de sécurité d'approvisionnement. Aujourd'hui, que fait Victor Orban ? Il relâche les stocks stratégiques. Donc ça, c'est un effet limité. Mais surtout, il demande à avoir accès au pétrole russe pour éviter ce risque volume. Et ça, c'est une défaite géopolitique en race campagne. Il ne faut surtout pas faire ça.

7:20
Présentateur

Merci pour vos explications, Nicolas Goldberg, expert énergie au sein du cabinet de conseil Columbus Consulting et du cercle de réflexion Terra Nova. Merci d'avoir été en direct dans le 5-7.