Emmanuel Macron est-il condamné à l'immobilisme ?
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Je dois bien reconnaître ce soir que la dissolution a apporté pour le moment davantage de division à l'Assemblée que de solution pour les Français. Si j'ai décidé de dissoudre, c'était pour vous redonner la parole, pour retrouver de la clarté et éviter l'immobilisme qui menaçait. Mais la lucidité et l'humilité commandent de reconnaître qu'à cette heure, cette décision a produit plus d'instabilité que de sérénité et j'en prends toute ma part.
Et l'exercice a beau être un rituel, il n'est en rien une routine, y compris quand vous le pratiquez, donc pour la huitième fois, comme l'a fait Emmanuel Macron mardi soir. Vœux présidentiels du 31 décembre, rendez-vous traditionnel avec les Françaises et les Français. A ceci près que les vœux en question sont venus clore une année complètement folle sur le plan politique, à l'issue de laquelle le chef de l'exécutif apparaît affaibli comme jamais. En décidant de dissoudre l'Assemblée nationale, Emmanuel Macron s'est pour ainsi dire déprésidentialisé. Une partie du pouvoir qu'il exerçait jusque-là lui échappe, sans majorité, ni absolue ni relative à l'Assemblée nationale.
Le macronisme a perdu de sa centralité. Pour autant, Emmanuel Macron a-t-il vocation à inaugurer les chrysanthèmes, voire à abréger son mandat pour répondre aux attentes d'une partie de l'opposition ? Eh bien, ce n'est pas le message qu'il a voulu envoyer mardi soir à ses compatriotes. Discours volontariste malgré tout. Sur le plan intérieur, la France doit tenir ses finances, j'y veillerai. Comme sur le plan extérieur, les Européens doivent en finir avec la naïveté, dire non aux lois du commerce édictées par d'autres. Des déclarations d'intention assorties d'un début de promesse.
En 2025, a-t-il dit, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. Traduction, même si le mot n'a pas été prononcé, place au référendum ou à défaut à de nouvelles conventions citoyennes, comme ce fut le cas pour le climat ou la fin de vie. Alors, arbitre par nécessité, le chef de l'État dispose de l'arme référendaire ou consultative pour tenter d'exister encore politiquement. Mais c'est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre celui qui l'utilise si le vote référendaire se transforme en plébiscite. Emmanuel Macron le sait bien, lui, qui n'a jamais osé y recourir jusque-là.
Dès lors, est-il condamné à l'immobilisme, à la discrétion ou bien nous réserve-t-il pour 2025 comme en 2024 ? D'autres surprises. Laetitia Stroche-Bonnard, Emmanuel Macron démarre donc cette année 2025. Dans quelle position diriez-vous ? C'est-à-dire, est-ce que c'est une position de faiblesse ? Est-ce que c'est un président de la République qui est affaibli comme jamais ? Ou bien est-ce qu'il a quand même montré, mardi soir, quelques velléités de continuer d'exister politiquement ?
Bien sûr qu'il est en position de faiblesse. Je ne sais pas s'il en a conscience, mais en tout cas, objectivement, sa crédibilité, sa légitimité ont été très endommagées. Une grande majorité de Français ne lui font plus confiance. Selon un récent sondage, même publié par Le Figaro, une majorité de Français est inquiète, trouve le personnage présidentiel inquiétant. Ce qui en dit long, oui, il est clairement en position de faiblesse et tout ce qu'il pourra faire ou dire, à mon avis, ne servira pas à grand-chose. Il y a quelque chose qu'il a toujours dévalorisé ou sous-estimé depuis le début, c'est la vertu du silence en politique.
Le silence, la discrétion, la sobriété, l'intervention bien réfléchie et mesurée sont des vertus politiques et d'autant plus celles d'un président de la République qui est supposé présider et non pas gouverner.
On ne peut pas lui reprocher d'avoir parlé le 31 décembre. En plus, son intervention était un peu plus courte que d'habitude.
Bien sûr qu'il est de coutume que le président de la République adresse ses voeux aux Français le 31 décembre. Mais politiquement, on a l'impression qu'il essaie à nouveau de se relancer. On le voit par exemple dans sa relation avec le Premier ministre. Il est beaucoup plus présent dans la relation avec le gouvernement qu'il avait pu l'être avec Michel Barnier, qu'il avait quand même mis à distance. Et puis, il recommence à donner son avis un petit peu sur tout. Et comme d'habitude, il change d'avis parce que si vous écoutez ce qu'il dit sur le commerce, il dit aujourd'hui, il faut cesser de se faire imposer les règles commerciales par les autres.
Mais c'est exactement, exactement le discours de Donald Trump depuis 2016 et même avant, depuis 2015, depuis la campagne électorale aux Etats-Unis. Donc, c'est quand même très étrange d'avoir une tentative de relance politique, mais sur des termes qui ne correspondent pas du tout à ce qu'Emmanuel Macron nous a présenté il y a plusieurs années.
À propos de la question du commerce d'ailleurs, Sylvie Kaufman, j'ai vu sur le réseau Blue Sky, que vous avez relevé justement cette phrase d'Emmanuel Macron lors de ses voeux, dire non aux lois du commerce édictées par d'autres et que nous sommes les seuls à encore respecter. Vous avez ajouté un petit émoji dubitatif.
On ne peut rien vous cacher, Hervé. C'est vrai que ça m'a interloqué un peu cette expression, c'est la formulation, cette phrase. Les lois, dire non aux lois du commerce que d'autres ont édictées et que nous sommes encore les seuls à respecter. Je crois que c'était ça la phrase. Je ne vois pas à quoi exactement il fait allusion. Si on parle de loi en tant que telle, je ne vois pas de quoi. Si on parle de l'OMC, ça n'a pas été édicté par d'autres. La France a participé à cette institution. Donc je ne sais pas exactement de c'est pour ça que j'avais voulu exprimer un peu ma perplexité.
Si on parle des règles de la concurrence européenne, c'est la même chose ? Oui, c'est ça.
Je pense qu'en réalité, probablement, cette formulation exprime plus un mouvement, une volonté de rompre avec cette naïveté qu'il dénonce d'ailleurs, depuis un certain temps d'ailleurs, qui est que finalement, les Européens, puisque nous sommes très attachés à l'état de droit, au respect des règles, etc., finalement, peut-être devons-nous aussi nous affranchir de certaines obligations que plus personne ne respecte. C'est peut-être ça que ça voulait dire. Mais ça demande un peu, je pense, d'éclaircissement.
Mais sinon, je trouve, sur ce message, alors j'aime beaucoup cette expression de vertu du silence, parce que c'est un peu un oxymore pour notre président, encore qu'il l'a relativement observé pendant le très bref gouvernement Barnier. Il avait réussi à s'extraire un petit peu de la politique intérieure et laisser Barnier s'exprimer. Mais je pense que ça sera différent avec, apparemment, déjà, on voit que c'est assez différent avec Bayrou. Je crois qu'une des raisons, c'est parce qu'Emmanuel Macron est beaucoup plus à l'aise, certainement, malgré leur clash initial avec François Bayrou, qu'il a été avec Michel Barnier.
Il y a quand même une proximité politique. En tout cas, en 2017, Bayrou a été un des grands soutiens d'Emmanuel Macron.
C'est grâce à lui qu'il a pu être élu en 2017. Et puis, ils se connaissent bien. Donc, je pense que là, il y aura la tentation, et on l'a vu dès le premier Conseil des ministres, apparemment, d'après ce qu'ont rapporté les journalistes, il y aura une tentation d'être un peu plus interventionniste. Alors, il y a cette allusion à la possibilité de référendum, mais comme vous disiez, c'est une arme à double tranchant, parce qu'évidemment, on voit bien que Jean-Luc Mélenchon, comme Marine Le Pen, se précipiterait pour demander, pour appuyer encore plus leurs revendications de son départ. Donc, on ne voit pas non plus sur quoi porteraient ces référendums.
Je précise, attention, ce ne serait pas un référendum sur est-ce qu'il doit rester ou non. Non, bien sûr, mais... S'il perdait, on va dire, un référendum, il pourrait y avoir la demande qu'Emmanuel Macron prenne les conséquences, comme l'avait fait le général de Gaulle.
Oui, il ne sera pas dans la position du général de Gaulle, j'imagine, mais évidemment, ça pourra être exploité par ses adversaires, et qu'ils ne manqueront pas de le faire, j'imagine. Mais l'autre chose, je pense que sur la scène intérieure, il reste quand même très bridé, très coincé dans cette très profonde crise politique que nous avons. Il ne faut pas se le cacher, l'ampleur de cette crise à laquelle nous sommes confrontés est quand même énorme. Sur le plan international, je crois que c'est un petit peu différent, parce qu'il garde certains leviers. D'abord, il a le levier institutionnel que lui accorde la Constitution.
Il reste quand même maître, y compris avec le gouvernement, mais il reste maître de la politique extérieure et chef des armées. Et puis, sur le plan politique, il a placé dans le gouvernement des gens avec lesquels il peut travailler, bien entendu, Sébastien Lecornu à la tête du ministère des armées, Jean-Noël Barraud, qui est vice-président du Modem, mais dont on voit qu'ils sont tout à fait compatibles sur la politique étrangère, Benjamin Haddad qui est totalement aligné sur la politique européenne du président. Donc là, on voit qu'il pourra continuer à œuvrer.
Après, et je ne pense pas que François Bayrou, contrairement à Barnier, qui avait voulu garder un petit, un peu un levier, je ne pense pas que François Bayrou intervienne là-dedans, puisque lui, il a l'air plus intéressé par Pau que par Bruxelles.
Et on aura peut-être un indicateur supplémentaire de la façon qu'Emmanuel Macron voudra peser sur la scène internationale demain, puisque le président de la République recevra la conférence des ambassadeurs. Magali Afourket, qu'est-ce que vous avez retenu, vous, de l'intervention du chef de l'État et de sa façon de se positionner pour l'année 2025 ? Est-ce que c'était une forme de volontarisme politique ? Est-ce que c'était cette idée de recourir, même si le mot, je le disais, n'a pas été prononcé au référendum ou à des conventions citoyennes ? C'est-à-dire utiliser finalement aussi les outils que lui permet la Constitution pour continuer d'exister ?
Je pense que ce qu'on a pu voir, c'est qu'il hésite entre deux postures. Et il oscille vraiment depuis longtemps là-dessus. D'un côté, il s'est présenté comme étant un peu en surplomb, en essayant d'être arbitre, donc de présider, plutôt que d'être garant, plutôt que gouvernant. Et puis, d'un autre côté, il a voulu se placer aussi au centre du jeu pour rappeler sa politique, travailler plus, innover plus, on est resté dans la politique de l'offre. Donc, il a envie de préserver, en gros, le cap qu'il avait essayé de donner au pays sur le plan économique depuis sept ans.
Et on le voit aussi au niveau international, avec des phrases un peu sibyllines, comme l'a rappelé Sylvie Kaufmann tout à l'heure, au niveau européen. Ce qu'il y a, c'est que, concrètement, sa voix, elle pèse beaucoup moins aujourd'hui au niveau international.
Le fait que la France ait un niveau de dette à ce point important, d'ailleurs, sa note a été encore dégradée par l'agence Moody's récemment, le fait qu'elle se positionne comme un des pays les plus mauvais de la classe au niveau de l'Union européenne, sur le plan budgétaire et financier, le fait qu'il n'y ait pas de perspective de redressement à court terme et moyen terme à cause de l'instabilité politique, tout ça fait quand même que la voix du président français est très relativisée au niveau de l'Union européenne.
On l'a vu avec l'accord sur le Mercosur que la présente de la Commission européenne est allée signer malgré le non, le refus français catégorique qui avait été présenté par le président Macron. Et puis, au niveau national, moi, je serais un peu moins pessimiste parce qu'Emmanuel Macron, il a quand même montré une capacité à nous étonner. Il a été le premier à innover avec les conventions citoyennes.
Alors, bien sûr, avec des résultats qui n'ont été des ans pas sur le système de la convention citoyenne, qui a montré vraiment une capacité des Français tirés au sort à être déjà sociologiquement très descriptifs de la société, apporter des mesures radicales et avec une très grande adhésion populaire aux mesures proposées. Donc, c'était un dispositif très intéressant. Là où il y a eu de la déception, c'est sur l'appropriation politique des conclusions des conventionnels.
Surtout sur le climat, parce que s'agissant de la fin de vie, alors on attend toujours la loi, espérée pour début 2025.
C'est un peu dans les limbes, mais pour le climat, on a vu que cet instrument qui est utilisé par quantité de pays maintenant avec à chaque fois des résultats très intéressants sur le plan démocratique pourrait être mobilisé. Mais il y a deux écueils qui me semblent importants. C'est d'abord, il faut qu'il évite de faire un grand débat dans les mains du pouvoir. Parce que ça, on a déjà eu, après les gilets jaunes, on a vu que les Français s'étaient mobilisés. Ils ont rempli des cahiers de doléances. Il y a eu plus de 6 000 pages qui ont été numérisées. Pas du tout d'exploitation derrière. Donc, encore une fois, il faut être sérieux.
C'est-à-dire que si on donne la parole aux Français, moi, je ne suis pas très convaincue qu'il va s'engager sur une voie référendaire parce que c'est quand même très, très difficile. En revanche, sur l'idée d'un grand débat, ça pourrait être un peu plus intéressant. Et dans ce cas, il faudra un audit très large pour réapproprier la démocratie par les citoyens.
François Jomène, qu'est-ce que vous en attendez, vous, d'Emmanuel Macron 2025 ?
Eh bien, d'abord, je voudrais commencer par dire que je ne suis pas d'accord avec l'idée qu'il soit dans une position de faiblesse par rapport à son gouvernement. Il faut quand même rappeler que nous ne sommes pas dans une situation de cohabitation. Il a refusé de nommer un gouvernement de gauche alors que c'était pourtant le nouveau Front Populaire qui était sorti en tête des élections. Il a nommé un gouvernement de proche. Il faut quand même rappeler que François Bayrou, qui est parfois décrit comme un opposant politique désormais, enfin, c'est quand même un soutien de la première heure du Président. Et donc, son gouvernement, c'est un gouvernement de proche.
Cela étant, il reste quand même dans une position de faiblesse. Non pas parce qu'il soit faible vis-à-vis de son gouvernement, mais parce que son gouvernement, lui-même, est dans une situation de faiblesse à cause de deux facteurs. D'abord, de la situation budgétaire calamiteuse du pays que Magali vient de rappeler et qui lui est quand même largement imputable. Il aurait pu mettre Bruno Le Maire sous tutelle ou assurer un contrôle un peu plus direct sur son ministre. Et puis aussi parce qu'aujourd'hui, le paysage politique français est fragmenté en une dizaine de formations politiques qui sont, à l'évidence, peu inclines à une logique de coalition et donc à une logique de compromis.
Et donc, il a un gouvernement très affaibli. Et donc, de ce fait, ils se retrouvent...
Un gouvernement très affaibli, François Gemmène, avec de très fortes personnalités. Bruno Retailleau, Gérald Darmanin, Elisabeth Borne, Manuel Valls. Est-ce que ça ne dilue pas quand même le pouvoir du président de la République ?
Est-ce que ce sont de fortes personnalités ? Quand on voit le rejet que suscite quelqu'un comme Manuel Valls, je dis attention quand même avec cette idée de forte personnalité. Ce sont surtout des personnalités très impopulaires dans l'opinion. Certes, un peu connues, mais malgré tout, assez impopulaires dans l'opinion et aussi une palanquée de ministres complètement inconnues du grand public. Et donc, à partir de cet état de fait, quelles sont les options qui s'offrent à lui personnellement ? À mon avis, il a deux options devant lui. La première, c'est d'assumer pleinement son rôle de monarque et donc de continuer à multiplier les commémorations et les panthénosations.
Là-dessus, nous avons un champion olympique en la matière. Il peut aussi s'impliquer dans des opérations caritatives, aller reconforter les victimes de catastrophes comme il l'a fait à Mayotte. Et ça lui permettra peut-être de regagner quelques points de popularité dans l'opinion. Ou alors, l'autre option, il peut choisir de devenir une sorte de Jimmy Carter à la française pendant son mandat présidentiel et choisir de s'impliquer dans des causes humanitaires ou pourquoi pas, si je peux lui souffler un conseil, de relancer la diplomatie du climat. On voit bien à quel point les négociations internationales sur le sujet sont en panne.
Elles vont être paralysées, sans doute, par la présidence de Donald Trump. Il avait trouvé un véritable élan au début de son premier mandat avec cette idée de « make the planet great again », de relancer la diplomatie du climat. C'est là peut-être où son rôle pourrait être absolument déterminant.
Donc, plutôt que d'endosser un costume d'ambassadeur, par exemple, du climat qu'il pourrait faire, qu'il pourrait adopter après avoir terminé son mandat présidentiel, vous vous conseillez presque de le dire. De le faire, durant son temps, d'attacter, d'une certaine manière,
la fin de son premier quinquennat officiellement et d'entrer dans une nouvelle phase où, en quelque sorte, il se donnerait déjà un rôle d'ex-président tout en étant toujours président.
Voilà, on a commencé ce tour de table en disant qu'Emmanuel Macron était plutôt faible et puis, au fur et à mesure que je donnais la parole, il s'est renforcé. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, Laetitia Strochemonard ?
On ne le trouve pas plus fort à la fin du tour de table parce qu'il a quand même été bien exclu du jeu politique concret. On parle déjà d'Emmanuel Macron au futur et au passé, c'est-à-dire, on imagine ce qu'il fera quand il ne sera plus président mais il pourrait quand même commencer à le faire en étant président. Il me semble quand même qu'il est très affaibli.
J'ai lu dans le Figaro qu'un certain nombre de ses adversaires en parlaient désormais au passé d'Emmanuel Macron.
Oui, c'est possible mais c'est même assez tragique en fait son destin d'une certaine façon parce qu'il est arrivé sur la scène politique en apportant beaucoup d'espoir, en tout cas pour certains, pour les gens qui l'ont choisi. Il promettait de faire la révolution, il promettait de changer, de dépoussiérer la France et ses pratiques corporatistes.
Il l'a fait en partie et puis il s'est arrêté net et je pense que c'est le moment des Gilets jaunes en fait qui a constitué une rupture dans sa volonté de réforme parce qu'après 2018 finalement tout a changé et c'est assez triste et c'est à se demander quand même si le fait d'avoir le pouvoir et notamment en France n'est pas un facteur d'immobilisation ou même d'immobilisme.
À partir du moment où vous avez les clés de l'Elysée et bien vous adoptez, vous avez tellement de pouvoir, vous avez tellement de prestige et il y a presque une dimension sacrée du pouvoir présidentiel en France que vous ne pouvez plus finalement réaliser les choses que vous aviez promises parce que pour les réaliser il faut gouverner, il ne faut pas présider. Donc c'est un peu le drame je pense de notre système politique et pour moi c'est une confirmation de plus que nos institutions, notre structure politique n'est plus adéquate, ne correspond plus à ce dont la France a besoin aujourd'hui.
Sylvie Kaufman ?
Oui, alors sur le fait que certains parlent du président au passé, de président Macron au passé, vous faites allusion je pense à l'éventualité de sa démission à laquelle certains appellent et je note que François Hollande dans une interview à Ouest France aujourd'hui dit attention, faites très attention, il ne faut surtout pas pousser cet appel à la démission, il ne faut pas qu'il démissionne, il faut qu'il aille jusqu'à son jusqu'à la fin de son mandat parce que sinon ça ouvre une démission, ouvrirait une crise institutionnelle majeure dans notre pays et c'est vrai
On a l'impression qu'elle est déjà ouverte de toute manière la crise, non ?
La crise est ouverte, ça c'est clair, elle est profonde, la crise institutionnelle elle n'est pas encore totale si vous voulez, c'est vrai que alors une dissolution de l'Assemblée d'ici six mois produirait vraisemblablement le même résultat que l'année dernière donc ça ne changerait pas grand chose. La démission du chef de l'État dans la foulée ou avant ou après là c'est quelque chose dont on ne mesure pas encore les conséquences mais qui je crois approfondirait dangereusement sans doute, enfin en tout cas c'est le message de François Hollande cette crise.
Il y a une date qu'il faut garder aussi présente à l'esprit là-dedans pardon, c'est celle du 31 mars qui est le jugement qui devrait intervenir dans l'affaire des assistants parlementaires de Marine Le Pen pardon et qui déterminera bien évidemment l'attitude de Marine Le Pen selon que cette inéligibilité avec exécution provisoire est prononcée ou pas c'est-à-dire est-ce qu'elle peut se présenter à l'élection présidentielle en 2027 ou avant d'ailleurs ou pas. Sur l'autre volet de notre débat est-ce qu'il est faible ou pas ?
Je pense que sur le plan international il n'est pas bien sûr Bagali Lafourcade a tout à fait raison l'influence d'un pays se mesure aussi pas seulement à son siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies qui par ailleurs est paralysé ou à sa puissance nucléaire mais aussi à son poids économique et de ce point de vue là la France et la position de son président sont extrêmement affaiblies c'est certain y compris dans l'enceinte européenne.
En même temps il garde quand vous parlez avec les acteurs diplomatiques européens vous vous rendez compte qu'en dehors de notre petit théâtre politique intérieur vous vous rendez compte qu'il est un personnage qui compte encore et sur lequel encore beaucoup de gens comptent notamment dans l'est de l'Europe la Pologne les pays baltes il reste un interlocuteur important et il reste quelqu'un qui a des idées c'est aussi un homme de coût alors que pour le pire et le meilleur par exemple je crois qu'on sous-estime ce qu'il a fait à Notre-Dame enfin à l'occasion de l'inauguration de Notre-Dame au mois de décembre en réussissant à réunir le président élu Donald Trump et le président ukrainien Zelensky c'est quelque chose qui dans les milieux diplomatiques a été considéré comme un coût important qu'est-ce que ça va donner on ne sait pas encore mais c'est quelque chose qui était vraiment qui beaucoup on dit dans les commentaires on avait beaucoup à l'extérieur de la France chapeau il fallait le faire par ailleurs on ne peut pas effacer deux pays la France et l'Allemagne sont deux pays qui ont des difficultés économiques et politiques intérieures certaines en même temps on ne peut pas les effacer complètement regardez qui est allé en Syrie ces derniers jours au nom de l'Europe de l'Union Européenne c'est le ministre français et la ministre allemande des affaires étrangères voilà donc je pense que si Macron sait utiliser ce levier qu'il détient encore d'une certaine image internationale d'un poids militaire aussi de la France et dans la crise ukrainienne et dans l'éventuelle solution de la crise ukrainienne ça compte s'il sait s'en servir habilement et sans surjouer et en organisant des alliances autour de lui je pense que c'est quelque chose qu'il peut continuer à faire
ça rejoint un petit peu ce que vous préconisiez François Jemen c'est-à-dire un rôle de facilitateur
je pense en tout cas que c'est là peut-être où effectivement son rôle était le plus apprécié je me souviens encore de Make of a Planet Great Again en 2017 où là effectivement son rôle avait été très apprécié il avait d'ailleurs reçu toute une série de prix environnementaux pour souligner son action et d'une certaine manière pour l'encourager à continuer dans ce sens et là il me semble que c'est un rôle qu'il pourrait endosser et qui lui conviendrait au fond c'est bien
Un dernier mot Magali Lafourcade sur la question du référendum alors on verra bien s'il va jusque là il ne l'a pas dit ça pourrait être vous le disiez tout à l'heure et vous décriviez les précédentes conventions citoyennes s'il devait y avoir un référendum ça pourrait être sur quel sujet intéressant sachant que pour l'instant la constitution établit des règles assez strictes sur le cadre justement référendaire
quand on est dans le cadre de l'article 11 on est très limité dans le domaine enfin très limité non il y a quand même de quoi faire mais on ne peut pas aller forcément enfin nécessairement sur les sujets sociétaux or
organisation des pouvoirs publics réformes concernant la politique économique sociale ou environnementale ou bien permettant la ratification d'un traité
voilà donc sur des sujets qui sont qui peuvent être vus comme étant déjà tranchés comme en 2005 le dernier référendum sur l'article 11 et bien donc le nom l'avait emporté et c'était l'avait emporté largement avec 54,7% et donc on voit que depuis l'outil référendaire n'a plus été utilisé et si on veut aller avant ça c'était l'article 89 sur le quinquennat en 2000 donc on voit à quel point cet outil mériterait d'être réutilisé simplement le champ de l'article 11 étant réduit il est à crainte que ce soit que sur un texte puisqu'on vote sur un texte voilà donc que ce soit sur un texte qui soit assez consensuel transpartisan et qui finalement mobilise assez peu l'intérêt du citoyen et donc dans ce cadre là c'est pas très intéressant comme outil ce qui serait intéressant c'est une pluralité
il faut que ça soit consensuel on pourrait se dire au moins on peut trouver un sujet qui l'est peut-être moins alors j'ai vu que Sandrine Rousseau proposait un référendum sur la réforme des retraites
oui mais jamais le président Macron le ferait donc il faut que ce soit sur proposition du gouvernement il faut qu'il y ait une information donnée à chacune des assemblées donc on voit que ce qui pourrait être porteur ce serait quelque chose qui soit assez mou finalement donc là ce qui serait intéressant ce serait plutôt qu'il renverse la problématique et qu'il utilise plein de référendums avec des orientations politiques différentes pour ne pas s'enfermer dans quelque chose de plébiscitaire et pour que ce soit pas répondre à celui qui pose la question plutôt que répondre au sujet qui est posé et puis ensuite il y a cette idée que ça pourrait être un outil une méthode carrément pour fixer des orientations générales au gouvernement et laisser ensuite débattre les assemblées sur la base de ces orientations mais vu son impopularité tout référendum va forcément se transformer en plébiscite non ?
il annonce qu'il en fait 4 dans l'année sur tel et tel sujet et sur des textes qui sont vous voulez transformer la France en Suisse en Confédération Helmétique Magdalena Fiscal mais ça serait peut-être une façon d'en sortir par l'eau ceci dit on voit bien qu'il y a une crise institutionnelle même une sorte de crise de régime des appels ici et là à la démission peut-être qu'une manière d'en sortir par le haut ça serait pour lui de proposer une 6ème république une réforme institutionnelle majeure et puis de se retirer et pour ça il faudrait que ce soit issu d'un grand débat aux mains des citoyens qui laissent une place à l'aspertise d'usage du citoyen sans considération de fortune et de diplôme et c'est ça ce que fait la Suisse et c'est ça qui est extrêmement intéressant je crois que ce sera un modèle vraiment à suivre
en tout cas ça fait pas mal de suggestions à suivre pour Emmanuel Macron ce que vous écoutez ce matin on verra s'il nous écoute fidèlement on passe à notre deuxième sujet il est 11h27 sur France Culture mardi ce seront les commémorations du 10ème anniversaire des attentats de Charlie Hebdo
Emmanuel Macron