Nicolas Dupont-Aignan invité de Questions d'actualité sur LCP
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Dans les tribunes de l'Assemblée Nationale, bonjour à toutes, bonjour à tous. Mon invité aujourd'hui est Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne et président de Debout la France. Bonjour.
Bonjour Daniel Sportillo.
Je voudrais revenir sur un petit incident d'hier lorsque le président de Rugy a décidé de renouer avec une tradition qui est celle de présenter le bilan de la première année de législature. Beaucoup de députés de l'opposition se sont levés et sont partis. Certains pour regarder le match de foot, d'autres pour des raisons plus politiques. Pourquoi vous n'êtes-vous pas resté ?
D'abord je vais être franc avec vous, je ne savais pas qu'il y avait cette intervention du président de Rugy, donc il faudrait quand même qu'il prévienne les députés à l'avance. Au-delà de ça, ce n'est pas le match de foot seulement, je crois que beaucoup de parlementaires, notamment de l'opposition, ont le sentiment que le président de l'Assemblée n'est pas le président de tous les parlementaires et qu'il est plutôt la courroie de transmission de M. Macron. Et on aimerait que le président de l'Assemblée Nationale défende le Parlement, c'est-à-dire un contre-pouvoir.
Et vous savez que la réforme constitutionnelle qui s'annonce va profondément modifier le pouvoir du Parlement en le réduisant encore davantage. Alors sous la Ve République, le Parlement a déjà peu de pouvoir et le droit d'amendement est en danger. Ça veut dire le droit des Français à travers leurs députés de porter une parole différente de celle de l'exécutif. Donc je pense que le président de Rugy devrait s'interroger sur la protestation des parlementaires.
Très bien. Alors vous aimez bien faire le buzz. En tout cas, vous avez fait le buzz en provoquant des réactions soit indignées, soit d'approbation lorsque vous avez déclaré dans une émission très regardée que la France était colonisée par les migrants. Alors moi, attendez, j'ai une question à vous poser justement. Si ça avait été à vous, Nicolas Dupont-Aignan, et non à Emmanuel Macron que le pape avait dit hier, dans le creux de l'oreille, il faut protéger les faibles, nous sommes tous des pauvres. Est-ce que vous lui aurez dit ça au pape François ? La France est colonisée par les migrants.
Oui, j'aurais dit au pape François que le devoir d'humanité, c'est le devoir de la République. Mais que la République française ne peut pas, par un comportement de fausse générosité, laisser s'installer sur son sol des camps de chaos, laisser s'installer sur son sol la loi du plus fort, justement la loi des passeurs, qui, puisqu'on accueille les migrants, font aller sur les côtes de Libye toujours plus de pauvres Africains, qu'on met dans des canaux pneumatiques qui ne sont même pas gonflés, qu'on bat, qui sont envoyés sur la mer, et qui payent, qui sont raquettés financièrement. Et je dis que... On connaît bien votre pensée, mais c'est le mot coloniser.
Pendant la campagne présidentielle, vous aviez parlé d'invasion migratoire.
Oui, mais parce qu'il y a une réalité aujourd'hui, c'est que jamais l'immigration a été aussi forte. Et d'ailleurs, je n'ai pas employé le mot coloniser sur l'immigration, j'ai employé le mot coloniser sur l'économie, la Chine et les Etats-Unis, nos entreprises sont en train de partir, j'ai employé le mot de coloniser sur la politique, ce n'est pas à Bruxelles, à des gens non élus, de décider pour nous. Et j'ai employé le mot, oui, colonisation religieuse, car j'estime que les Français musulmans doivent pratiquer leur foi dans la sérénité, mais qu'on ne peut pas accepter davantage le salafisme, qui a légitimé des attentats, et qui s'implante dans nos mosquées.
Donc je demande aux Français simplement de réagir, et j'ai voulu par un mot fort dire le droit des Français à disposer d'eux-mêmes. C'est tout, comme les Kurdes, comme les Algériens, comme les Tunisiens, comme les Marocains, tous les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes, et j'aimerais que le Président Macron entende l'inquiétude des Français.
Alors justement, vous parlez du Président Macron, vous savez, dorénavant, les 233 migrants qui sont sur le bateau Lifeline vont pouvoir accoster ce soir à Malte. Hier, le Président Macron avait déclaré que six pays européens vont accueillir chacun une partie de ces 233 migrants, mais en même temps, si on peut dire en même temps, il a violemment critiqué l'ONG allemande, qui ne respectait pas les règles, et qui empêchait les gardes-côtes libyens, par exemple, de prendre en charge ces migrants. Vous partagez cette critique du Président Macron ?
Je partage la critique, et il y a une incohérence chez le Président Macron. D'abord, je me réjouis que quand j'ai dit ça il y a 15 jours, on m'a traité de tous les noms. Et je remarque que le Président Macron reprend exactement ma formule, ce qui prouve que je ne suis pas le monstre qu'on imaginait il y a 15 jours. Et deuxième point, je dis au Président Macron que s'il accueille des migrants qui ont été transportés par l'ONG, si je peux m'exprimer ainsi, eh bien, ça veut dire qu'ils servent cette ONG et les passeurs. Il est normal de faire preuve d'humanité. C'est un drame humain. Donc c'est bien d'en accueillir une partie. Non, certains qui... Vous approuvez.
Pour le droit d'asile, pour le droit d'asile. Mais pas tous. Or, là, qu'est-ce qui va se passer ?
Mais là, c'est pas tous, puisque c'est réparti entre 6 pays.
Oui, mais tous sont acceptés, alors que dans le bateau, il y en a plein qui ne méritent pas le droit d'asile. Donc, encore une fois, par réflexe émotionnel légitime, on cède. Et si on cède à chaque bateau, eh bien, immédiatement, les passeurs se frottent les mains. Et demain, demain matin, après-demain, le jour d'après, vont projeter en mer des pauvres malheureux. Donc, je veux dire que le rôle, à mon avis, d'un État, d'un homme d'État, c'est d'abord de sauver les migrants en mer. On ne va pas les laisser se noyer.
Mais est-ce que le président assume ce rôle dont vous parlez ? Non, il assume.
Attendez. D'abord, c'est de sauver les gens qui se noient. Mais ensuite, je demande que les bateaux repartent immédiatement en Libye et que l'on mette fin à cette instrumentalisation de l'émotion européenne qui aboutit à un chaos migratoire. Et je dis à ceux qui nous regardent, chaque être humain, bien sûr, est une situation douloureuse. Mais si on accepte de céder aux ONG et aux passeurs, on va alimenter demain, tout l'été, un chaos migratoire encore pire. Et on prend la responsabilité de laisser se noyer en Méditerranée. Donc parfois, il faut savoir être ferme de manière à éviter des drames. Mais là, on fait bien d'accueillir une partie des 233 migrants ? On ne devrait pas.
La charge est répartie. La charge de l'accueil est répartie. Oui, mais qu'importe, on donne raison à l'ONG. On ne peut pas, comme le fait le président Macron, dire l'ONG est complice des passeurs, mais je les accueille quand même. Ça veut dire que l'ONG va recommencer. Et il est temps de mettre fin à ce trafic d'esclaves. C'est de l'esclavage humain. Il faut mettre fin à cela. Il faut sauver, bien sûr, les gens qui se noient et ne pas les laisser comme ça. Mais il faut négocier inlassablement avec la Libye pour les renvoyer en Libye et là-bas, faire une sélection entre ceux qui méritent l'asile et ceux qui ne le méritent pas.
Sinon, vous savez, il y a des millions d'Africains qui vont venir et on n'a pas les moyens de les accueillir. En revanche, je pense que la vraie humanité, j'aurais dit ça au pape, la vraie humanité, c'est de changer les règles du jeu économique entre l'Afrique et l'Europe pour aider ce continent à faire vivre sur leur sol.
Mais je pense que ça doit faire partie des propositions du Conseil européen.
C'est fondamental. Parce que si on ne le fait pas, nous aurons des dits...
Encore faut-il que certains pays qui n'acceptent pas de jouer le jeu le fassent.
Oui, mais on donne beaucoup de milliards d'euros. Et moi, j'estime qu'on ne devrait pas donner de milliards d'euros à des dictateurs africains s'ils laissent sur leur territoire les passeurs et l'esclavage humain. Il y a un moment, on ne peut pas prendre l'argent des Européens et des Français pour alimenter des dictateurs qui nourrissent des passeurs et des bandits. Il y a un moment où il faut dire la vérité aux Français, ça suffit.
Alors, la révision de la Constitution a été étudiée ce matin en débat déjà en commission. Et les députés, à l'unanimité, ont décidé d'enlever le mot « race » de l'article 1er de la Constitution. Ce qui donne, si l'amendement est revoté en séance publique, la France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d'origine ou de religion. Est-ce que ça vous convient ?
J'aurais voté cela volontiers. La seule remarque que je fais, moi je me réjouis, je suis un défenseur de l'égalité des sexes et je trouve que les femmes dans notre société sont encore loin d'avoir pu conquérir cette égalité.
Donc il fallait l'inscrire dans l'article 1er ?
Oui, qu'on l'inscrive c'est très bien. Mais alors qu'on ne laisse pas dans nos banlieues des bars interdits aux femmes. Quand je vois la dégradation de la situation des femmes dans nos banlieues, quand je vois que des femmes sont quasiment emprisonnées sous des burqas, quand je vois qu'il y a un recul du droit des femmes dans notre pays, je dis aux parlementaires, c'est bien de se faire plaisir en mettant égalité des sexes dans la Constitution, bravo. Mais j'aimerais que sur le terrain, sur l'égalité des salaires, sur la lutte contre les violences, sur l'égalité à l'école, on soit vigilants.
Parce qu'on sait très bien qu'en ce moment il y a des forces obscures qui veulent revenir au Moyen-Âge. Et ça je n'accepte pas.
Vous contestez un peu les mesures qui vont être présentées aux parlementaires pour la révision de la Constitution. Qu'est-ce qui ne vous va pas ?
Oh, ce qui ne me va pas, j'avais proposé la réduction du nombre de parlementaires pendant la présidentielle, donc je m'en réjouis. Mais j'aimerais qu'on aille un peu plus loin. Je veux la reconnaissance du vote blanc. Je veux qu'on reconnaisse enfin l'obligation d'un casier judiciaire vierge pour être élu. On demande un casier judiciaire vierge pour être animateur scolaire dans les centres aérés de ma commune. Et pourquoi ici on n'aurait pas le casier judiciaire vierge ? Quand on a voulu le faire au printemps, on m'a expliqué que ce n'était pas constitutionnel. Là, on réfrise la Constitution. Donc je veux le casier judiciaire vierge pour les élus.
Et je veux enfin le référendum d'initiative populaire où avec 500 000 signatures, on pourrait mettre comme en Italie ou en Suisse, une question aux Français. C'est-à-dire que les Français, que la démocratie reprennent ses droits. Donc qu'on aille un peu plus loin.
Merci Nicolas Dupont-Aignan. Voilà, le président arrive en séance. Très bonne séance à tous et à toutes.
Nicolas Dupont-Aignan