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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 15 septembre 2025 6 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleÉconomie & entreprises

Benjamin Morel : "Ce qui compte, c'est pas tant que Sébastien Lecornu soit populaire, c'est qu'il ne tombe pas"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Défensif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:11OuverteRéponse directe

    Que nous disent ces mobilisations sur l'état de la France, sur l'état de notre démocratie ?

  • 0:23OuverteRéponse directe

    C'est l'instabilité politique qui crée cette multiplication des mobilisations ?

  • 0:58OuverteRéponse directe

    Donc le but finalement, c'est davantage de se compter, de dire qu'on peut peser, ou c'est vraiment les revendications en tant que telles ?

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est une chance finalement pour le gouvernement que ces mouvements soient si disparates ?

  • 2:09OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est difficile d'envisager une convergence des luttes ?

  • 2:12OuverteRéponse directe

    Est-ce que finalement c'est plus simple pour le gouvernement d'y répondre ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:28InvitéFait
    « on a évidemment un pays qui est un pays cocotte minute, on n'apprend pas grand-chose et ça fait déjà quelques années. »
  • 0:41InvitéFait
    « On n'a toujours pas de budget, donc il ne s'agit pas forcément jeudi prochain de lutter contre un budget »
  • 1:32InvitéFait
    « et de l'autre côté également sur les groupes politiques, sur les partis politiques. »
  • 3:51InvitéFait
    « La colère de la rue, les revendications, tout le monde est à peu près au courant qu'il ne se passera pas grand-chose pendant un an et demi. »
  • 4:07InvitéFait
    « Pour Sébastien Lecornu, et c'est une grande leçon de Michel Barnier et de François Bayrou, la responsabilité ne s'exerce pas dans l'opinion. »
  • 4:14InvitéFait
    « L'important, ce n'est pas tant qu'il soit populaire. L'important, c'est qu'il ne tombe pas devant le Parlement »
  • 4:26InvitéFait
    « Or, ça, il suffit que vous ayez une guerre interne au sein de LR, que Laurent Wauquiez décide de casser les pieds pour une Retailleau en s'appuyant sur le mouvement des agriculteurs ou la colère des patrons, pour que ça tombe. »
  • 5:18InvitéFait
    « Elle est tout de même, aujourd'hui, en position de faiblesse, tout bêtement, parce que si demain, vous n'avez pas de budget »
  • 5:33InvitéFait
    « Or, aujourd'hui, qu'est-ce qui permet qu'on ait un tout petit peu un souffle de croissance ? Ce n'est pas la consommation, ce n'est pas vraiment les exportations, c'est l'investissement public qui ne pourra que difficilement se faire avec des lois spéciales et pas de budget. »

Temps de parole

  • Invité81 %
  • Présentateur19 %

4,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, la colère sociale se conjugue au pluriel, les bloqueurs la semaine dernière, les syndicats cette semaine, les agriculteurs celles d'après. Il y a même le patronat qui envisage une journée d'action si les impôts augmentent. Que nous disent ces mobilisations sur l'état de la France, sur l'état de notre démocratie ? Nous y réfléchissons ce matin avec Benjamin Morel. Bonjour.

0:19
Invité

Bonjour.

0:20
Présentateur

Vous êtes constitutionnaliste, docteur en sciences politiques. C'est l'instabilité politique qui crée cette multiplication des mobilisations ?

0:28
Invité

En grande partie, c'est-à-dire qu'on a évidemment un pays qui est un pays cocotte minute, on n'apprend pas grand-chose et ça fait déjà quelques années. Autrement dit, vous avez des tensions sociales, mais il est vrai que l'instabilité politique là-dessus les enrichit tout bêtement parce qu'il faut rentrer dans un bras de fer. On n'a toujours pas de budget, donc il ne s'agit pas forcément jeudi prochain de lutter contre un budget, mais il s'agit de marquer un rapport de force pour les syndicats d'un côté, pour le patronat de l'autre, à dessein de faire que le prochain budget, la prochaine configuration politique soit la plus favorable aux uns et aux autres.

0:58
Présentateur

Donc le but finalement, c'est davantage de se compter, de dire qu'on peut peser, ou c'est vraiment les revendications en tant que telles ?

1:06
Invité

Alors c'est beaucoup plus de se compter, de montrer comment est-ce que l'on peut peser, montrer qu'en fait, il va falloir faire avec vous. Quand vous avez des syndicats qui mobilisent, le MEDEF ne peut pas être en reste, parce que si le MEDEF devait être en reste, évidemment derrière, vous avez des syndicats qui risqueraient d'emporter la mise, et donc des revendications du MEDEF qui risqueraient d'être complètement oubliées. Donc on a ce rapport de force préalable, qui joue à la fois sur le futur gouvernement, sur Sébastien Lecornu, qui en est pour l'instant la seule peut-être connue, et de l'autre côté également sur les groupes politiques, sur les partis politiques.

Quelles seront les marges de manœuvre de négociation des socialistes ? Ça dépendra en grande partie de ce qui va se passer jeudi. Quelles vont être les marges de manœuvre de LR pour céder un petit peu à ce que demandent les socialistes pour les ramener dans le bateau de la non-censure ? Ça dépendra beaucoup de ce que dira, de ce que pourra faire la FNSEA, et de ce que dira le MEDEF.

2:00
Présentateur

Est-ce que c'est une chance finalement pour le gouvernement que ces mouvements soient si disparates, qu'il y ait des motivations bien différentes ? Est-ce que c'est difficile d'envisager une convergence des luttes ? Est-ce que finalement c'est plus simple pour le gouvernement d'y répondre ?

2:16
Invité

Alors, tout dépend entre guillemets comment est-ce que l'on voit les choses du point de vue de la revendication et des revendications posées. Oui, c'est plus simple. C'est beaucoup plus simple parce qu'en fait, vous avez quelque chose qui peut éviter une forme de convergence des luttes, et de l'autre côté, parce que ça reste quand même des manifestations organisées. Si vous voulez l'en faire pour un gouvernement, ça aurait été que le 10 septembre, mercredi dernier...

2:42
Présentateur

Le mouvement bloquant tout.

2:44
Invité

Exactement. Ce serait une mobilisation massive, parce que là vous avez un mouvement qui est assez phale, un mouvement qui est sans tête, un mouvement qui, comme la crise des Gilets jaunes, n'induit pas vraiment de partenaires pour négocier. Là, c'est des gens que l'on connaît, qui ont des intérêts que l'on sait, que ce soit les agriculteurs, les patrons, les syndicats, et donc ce faisant, vous pouvez rentrer dans un dialogue à plus ou moins long terme. Entre guillemets, c'est rassurant et c'est plus facile. Là où ça rend difficile la chose, comme on l'évoquait un peu tout à l'heure, c'est que ça met la pression sur des partenaires politiques.

En d'autres termes, vous avez aujourd'hui deux, je dirais, partenaires politiques nécessaires pour Sébastien Lecornu, qui ont des intérêts politiques complètement contradictoires, qui sont LR et LPS. Or, ces deux mouvements visent et mobilisent clairement leur électorat ou ce qu'ils pensent devoir être leur électorat. Et donc, dans ce cadre-là, ces mouvements contradictoires aux revendications disparates, tout d'un coup, font pression sur ces partenaires politiques, rendant un accord d'autant plus difficile à obtenir.

3:44
Présentateur

Parce que ce qui compte pour Sébastien Lecornu, finalement, aujourd'hui, c'est peut-être plus les équilibres au Parlement que la colère de la rue ?

3:51
Invité

D'une certaine façon, oui. La colère de la rue, les revendications, tout le monde est à peu près au courant qu'il ne se passera pas grand-chose pendant un an et demi. Alors, pour chacun, il s'agit de sauver des meubles, vous voyez. C'est-à-dire que lors du budget, il s'agit de ne pas être le grand perdant. Mais après, les grands conflits politiques, tout le monde envisage de les trancher plutôt en vue de 2027. Pour Sébastien Lecornu, et c'est une grande leçon de Michel Barnier et de François Bayrou, la responsabilité ne s'exerce pas dans l'opinion. En d'autres termes, l'important, ce n'est pas tant qu'il soit populaire.

L'important, c'est qu'il ne tombe pas devant le Parlement, qu'il n'y ait pas une majorité pour le renverser, qu'il n'y ait pas ce fameux 289 députés qui le fassent tomber. Or, ça, il suffit que vous ayez une guerre interne au sein de LR, que Laurent Wauquiez décide de casser les pieds pour une Retailleau en s'appuyant sur le mouvement des agriculteurs ou la colère des patrons, pour que ça tombe. Il suffit qu'il y ait 25 députés socialistes, une partie du groupe, une minorité du groupe qui décide de voter la censure, pour que ça tombe. Et si les syndicats le réclament et sont forts, ça peut arriver.

Donc, vous voyez que cet équilibre au Parlement, dont dépend totalement, aujourd'hui, le budget, la survie du gouvernement, il est quand même très influencé, très dépendant de ces mouvements sociaux et que donc, il représente en lui-même un danger pour le gouvernement.

5:01
Présentateur

Et la mobilisation du MEDEF, elle pèse sur qui ?

5:04
Invité

Alors, elle pèse essentiellement sur la droite et sur le gouvernement. On parle des milieux économiques et on parle également d'une parole auquel l'électorat centriste est plutôt sensible. Elle est tout de même, aujourd'hui, en position de faiblesse, tout bêtement, parce que si demain, vous n'avez pas de budget, on tourne, vous vous souvenez, l'année dernière, on en avait déjà parlé, avec les fameuses lois spéciales. Les lois spéciales, elles ne sont pas idéales, tout bêtement, parce qu'elles grèvent l'investissement public. Or, aujourd'hui, qu'est-ce qui permet qu'on ait un tout petit peu un souffle de croissance ?

Ce n'est pas la consommation, ce n'est pas vraiment les exportations, c'est l'investissement public qui ne pourra que difficilement se faire avec des lois spéciales et pas de budget. Donc, les entreprises ont tout à fait intérêt, pour ne pas dire terriblement intérêt, à ce qu'il y ait un budget. Et pour ça, pour elles, mieux vaut un mauvais budget que pas de budget du tout. Et ça, évidemment, l'exécutif le sait. Il sait que de ce côté-là, il a un peu plus les mains libres.

5:59
Présentateur

Merci beaucoup, Benjamin Morel, constitutionnaliste, docteur en sciences politiques. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci beaucoup.

6:05
Locuteur

Merci beaucoup.

Benjamin Morel : "Ce qui compte, c'est pas tant que Sébastien Lecornu soit populaire, c'est qu'il ne tombe pas" · Pourquijevote