Les coulisses de l'info : le 13-Novembre raconté par Mathilde Lemaire
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'était il y a 10 ans, le 13 novembre 2015, des attentats terroristes faisaient 132 morts et plusieurs centaines de blessés. Pour vous, on a retrouvé quelques reporters de France info qui ont couvert ces événements ce soir-là. Il vous raconte l'heure 13 novembre, une soirée qui a changé la frousse.
Le 13 novembre 2015, je passais la soirée dans un bar du 11e arrondissement avec des amis de France Info. Un rédacteur en chef m'a appelé, m'a demandé où j'étais, si je pouvais partir éventuellement sur des terrasses du 10e où il y avait eu une fusillade. Alors, je suis partie, j'ai enfourché mon scooter.
Très rapidement, je me suis retrouvé avec des gens en face de moi sur les trottoirs qui fuyaient et j'entendais des tirs au loin. Et je me suis dit mais je suis pas encore arrivée aux terrasse, qu'est-ce qui se passe ? [musique] Je n'ai compris que bien plus tard que c'était le Bataclan et que les gens fuyaient la zone du Bataclan.
Arrivé enfin dans le 10e arrondissement en faisant des détours dans Paris, je me retrouve à faire des directs sur un bout de trottoir pour raconter ce que je vois. Je me souviens d'une ambiance très grave, d'une sidération de policiers très tendus et puis quand même d'une grande solidarité, d'une bienveillance. Je suis en train de fermer direct sur un bout de trottoir et les gens dans l'immeuble juste au-dessus me disent "Mais montez, montez, vous serez plus à l'aise chez nous." Et c'est en montant chez eux que depuis la fenêtre, j'ai vu les corps des victimes des du carillon et du petit Cambodge allongé avec les draps blancs dessus.
Ça c'est l'image qui me fait comprendre que c'est vraiment dramatique. Ensuite, je me souviens de l'arrivée au Bataclan. Des sons très forts, des tirs en rafale.
C'était l'assaut de la BRI et puis les bilans qui nous sont assez vite parvenus. On a parlé très vite de 90 morts. C'est très dur à processer comme information.
C'est tellement [musique] énorme que il faut donner ces chiffres. Il faut décrire les lieux, décrire les dizaines et dizaines de voitures de secours, les médecins qui s'affèrent, les gens qui sortent du Bataclan avec des couvertures de survie sur le dos. C'est notre boulot, c'est notre mission de raconter à ce moment-là.
Mais on n'est pas comme on pouvait l'être à d'autres moments à cette époque sur un terrain de guerre loin en Ukraine ou au Prochrient. Non, là on est dans notre ville et c'est très différent de ce point de vue là. Je me souviens d'une amie qui travaillait pour un autre média et qui passe à ce moment-là [musique] sur le trottoir près du Bataclan.
On n'a pas échangé un mot, c'était le silence complet. On s'est serré dans les bras entre deux directs et on s'est remis à travailler.
Didier Lemaire