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interviewEurope 1· 17 juillet 2025 4 min

Plan Bayrou : un risque social élevé

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Europa Europa matin il est 8h10 l' dit politique de Carl Meus bonjour Carl bonjour Alexandre ce matin vous revenez sur les conséquences politiques et sociales du plan de redressement des finances publiques présenté mardi par le premier ministre vous nous dites Carl que le risque social justement est peut-être plus important encore pour François Bairou que le risque politique. Pour paraphraser le Premier ministre, on pourrait dire que si l'abondance des éloges faisait le bonheur d'un chef du gouvernement qui vient d'annoncer un plan de près de 44 milliards d'euros d'économie, ce matin, François Baou doit être bien malheureux. Il n'attendait pas grand-chose du Rassemblement national ni de la France insoumise.

Les deux mouvements sont furieux et réclament une motion de censure. Tout cela est assez logique. L'opposition du Parti socialiste est plus mesurée, même si ces dirigeants ont fait part de leur mécontentement.

La question pour les PS n'est pas de savoir s'il s'oppose au texte du gouvernement, mais s'il ira jusqu'à apporter ses voix à une motion de censure votée par le RN et LFI. Au sein du groupe PS, tout le monde n'est pas sur cette ligne. Or, pour que la motion de censure passe, ces promoteurs ont besoin de toutes les voies du groupe PS à stade, ce n'est donc pas le principal souci pour François Ber.

Est-ce que son principal souci politique justement c'était pas la faiblesse du soutien de sa majorité ? Mais vous avez entièrement raison. Il est intéressant de noter que les ténors de la majorité ne se sont pas pressés au micro pour soutenir le Premier ministre.

Gabriel Atal, le patron de Renaissance. Le parti le plus important du socle communé étrangement silencieux. Pour un homme qui aime la communication, ce silence est assez éloquent.

Cela étant, François Beou doit préférer le silence à la prise de parole d'Édouard Philippe dans le Parisien. Oui. Oui.

Que dit-il ? Quasiment rien dans ce qu'il propose ne règle le problème, estime le patron d'horizon. Ce n'est qu'un plan d'urgence.

Il ne propose pas de réelle transformation, aucune réforme structurelle des politiques publiques qui ne fonctionnent plus. Avec des soutiens comme ça, François Baou n'a pas besoin d'adversaire. Il en arriverait presque à se satisfaire du mécontentement de Laurent Voquet, le patron des députés LR, qui du coup apparaît moins virulent que l'ancien premier ministre alors qu'un grand nombre de ces lignes rouges ont été franchies.

Mais s'il ronchonne aujourd'hui, François Beirou sait qu'ils voteront son budget demain. Sous la 5e République, le vote du projet de loi de finance détermine qui est dans la majorité et qui est dans l'opposition. Les LR décideront-ils cet automne de faire exploser le socle commun, démissionner leur ministre dont celui de l'intérieur Bruno Rotaillot et se ranger dans l'opposition au côté d'Éric Set et Marine Le Pen ?

Les députés horizon voteront-ils aussi contre le PLF ? Non. Le seul risque pour François Baïou de ses mouvements d'humeur, s'il devait se prolonger, c'est qu'il pousse les socialistes à la surenchère et à les décomplexer face à la motion de censure en se disant si la majorité est au bord de l'explosion, à à quoi bon sauver le soldat Bairou ?

Surtout si les électeurs de gauche font connaître dans le même temps leur mécontentement. Oui, c'est donc bien ce risque social que vous évoquez, Carl Meus qui s'avère plus dangereux maintenant pour le premier ministre que le seul risque politique. Oui, exactement.

L'équation est simple. Un premier ministre impopulaire peut-il imposer aux Français un plan de rigueur drastique par nature impopulaire ? Même si les Français ont conscience de la gravité de la situation, de la nécessité de fournir des efforts, ils rejettent les mesures qui les touchent directement.

On l'a vu dans les sondages qui sont sortis ces ces derniers jours. De leur côté, les syndicats sont vent debout dans ce registre. Il faut toujours se référer à ce que disait Raymond Soubi, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozi, hors fèvre en la matière.

Il savait qu'il y avait une graduation dans l'indignation des syndicalistes qui allait de "ça ne va pas et je pourrais me fâcher à ça ne va pas et je peux me fâcher jusqu'à ça ne va pas et je vais me fâcher." Pour le moment, nous sommes en juillet. Les réactions semblent rester dans un registre classique, mais rien ne dit qu'au retour des congés, quand les Français feront leur calcul, il n'y aura pas un mouvement des grèves et des manifestations ou plus tard que la rentrée.

Raymond Soubi avait l'habitude de dire quand on promettait des rentrées chaudes qu'elles n'était jamais propice en fait aux mouvements sociaux. Ces dernières années, c'est en octobre-novembre que les mouvements les plus durs se sont lancés. Des grandes grèves de 1995, vous vous souvenez, contre le plan Jupé.

Oui. À plus récemment les gilets jaunes en 2018. Le chef du gouvernement devra veiller à ce qu'il n'y ait pas que les feuilles qui tombent à l'automne.

Merci Carl Mus, rédacteur en chef au Figaro Magazine.