Philippe Laurent à propos des rythmes scolaires : "Une certaine incohérence de l'Etat qui est difficile à comprendre"
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Alors Philippe Laurent, c'est une bonne ou une mauvaise idée ?
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Pour l'instant, l'évaluation ne donne pas vraiment de bilan précis au niveau pédagogique.
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Mais vous ne vous en vouliez pas de cette réforme il y a 4 ans.
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Mais si on revient à la semaine de 4 jours, finalement, c'est une charge en moins pour les communes.
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Pour l'instant, personne n'a dit que ce fonds d'aide était remis en question.
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Et si on enlève cette aide de l'État...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« il y a 4 ans, on nous a dit, avec beaucoup de rapports à l'appui d'ailleurs, on nous a dit que la semaine de 4 jours était une catastrophe pour les enfants. »
- 1:09Invité politiqueFait
« la plupart des acteurs de cette affaire souhaitaient que nous puissions, comme il était d'ailleurs prévu dans le décret à Montpéion, que nous puissions faire une évaluation, précisément dans l'année 2017-2018. »
- 2:52Invité politiqueFait
« nous avons des contrats, nous avons du personnel qui a été engagé pour ça, avec des contrats parfois à durée déterminée. »
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« 400 millions d'euros. »
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« Plus 230 millions des caisses d'allocations familiales. »
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« Ça fait 5%, finalement, on se dit ça, quoi. »
- 4:36PrésentateurChiffre
« 7 communes sur 10 qui ont encore, qui peinent encore à financer cette réforme pour elles. »
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« dans mon département des Hauts-de-Seine, 36 communes, généralement des grandes communes, deux communes seulement ont choisi de le faire. »
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« Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, que je préside par ailleurs, a émis un vœu cette semaine pour dire qu'il ne fallait pas poursuivre les choses dans cet esprit-là. »
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Bonjour Philippe Laurent. Bonjour Madame Philippe. Vous êtes le maire de Sceaux dans les Hauts-de-Seine et le secrétaire général de l'Association des maires de France. A quelques jours des grandes vacances, l'exécutif a remis sur la table un sujet épineux, celui des rythmes scolaires. On se rappelle les oppositions quand Vincent Payon a lancé la semaine de 4 jours et demi en 2013. La mise en route, difficile. Aujourd'hui, le gouvernement dit aux communes, vous pouvez faire marche arrière dès la rentrée prochaine. Le décret a été publié le 28 juin au journal officiel. Les conseils d'école se sont multipliés ces jours-ci, un peu en catastrophe, il faut le dire.
Alors Philippe Laurent, c'est une bonne ou une mauvaise idée ?
Écoutez, je veux d'abord souligner une certaine incohérence dans cette affaire. Parce qu'il y a 4 ans, on nous a dit, avec beaucoup de rapports à l'appui d'ailleurs, on nous a dit que la semaine de 4 jours était une catastrophe pour les enfants. Et maintenant, on nous dit, pour finir, on peut y revenir. Je ne crois pas que la société ait vraiment évolué tant que ça en 4 ans. Donc là, il y a une certaine incohérence de la part de l'État qui est assez difficile à comprendre.
Et d'ailleurs, la plupart des acteurs de cette affaire souhaitaient que nous puissions, comme il était d'ailleurs prévu dans le décret à Montpéion, que nous puissions faire une évaluation, précisément dans l'année 2017-2018. C'est ce qui était prévu.
Pour l'instant, l'évaluation ne donne pas vraiment de bilan précis au niveau pédagogique. On ne sait pas vraiment quel effet cette réforme a eu.
Pas de bilan précis, mais l'idée, c'était de faire une évaluation collectivité par collectivité, dans le cadre de ces fameux projets éducatifs territoriaux, qui avaient été conclus par pas mal de communes, donc dans les années 2013-2014-2015.
Mais vous ne vous en vouliez pas de cette réforme il y a 4 ans. Alors, vous pourriez vous dire que c'est une bonne idée, c'est une bonne chose.
Ce n'est pas que nous n'en voulions pas, c'est qu'à cette époque-là, nous avions déjà dit que nous souhaitions davantage de souplesse. Donc cette souplesse, elle arrive. Mais elle arrive très tard, et elle arrive à un moment où, en effet, beaucoup à la fois d'enseignants, de parents, mettent la pression sur les collectivités pour revenir effectivement à la semaine de 4 jours tout de suite, sans que, encore une fois, ces évaluations aient été faites sur le terrain. Parce que je crois que ce n'est pas tout à fait la même chose, selon les territoires. On peut avoir des conceptions un petit peu différentes, selon les territoires et selon la sociologie des communes.
Alors, la question, en fait, c'est que, vous savez, ça a été très difficile, en termes organisationnels, de mettre en place tout ça. Il a fallu recruter du personnel, passer des conventions avec éventuellement des associations, régler les questions de locaux, de nettoyage des locaux, enfin des choses très concrètes, très pratiques, auxquelles nous, les maires, nous sommes habitués, mais qui engagent aussi la question des personnels, la question des associations, les clubs sportifs. C'est le rythme scolaire. C'est, dans une commune, c'est vraiment très, très influent sur la vie même quotidienne de la ville.
Mais si on revient à la semaine de 4 jours, finalement, c'est une charge en moins pour les communes.
Oui, oui, mais la question, c'est que nous avons des contrats, nous avons du personnel qui a été engagé pour ça, avec des contrats parfois à durée déterminée.
Et qui sont déjà prêts aussi pour la rentrée prochaine, pour ceux qui sont en CDD.
Voilà, tout est prêt pour la rentrée dans beaucoup de communes, et donc, c'est quelque chose qui est assez difficile. Et par ailleurs, nous, nous sommes des gens responsables. Nous disons, bon, nous avons fait beaucoup d'efforts pour mettre en place, à la fois cette semaine, de 4 jours et demi, et en même temps, ces fameuses nouvelles activités périscolaires. Et il se trouve que, dans beaucoup de communes, les choses ne se sont pas si mal passées que ça. Ça coûte, mais ça ne s'est pas si mal passé que ça. Donc, on voulait, et on souhaite, prendre le temps de l'évaluation.
C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, finalement, le nombre de communes qui reviendra à 4 jours, notamment dans les villes moyennes et grandes, est quand même relativement limité.
Pour cette rentrée, si, mais peut-être que pour la rentrée prochaine, ce sera différent.
Oui, bien sûr, peut-être, mais nous aurons donc pu travailler à cette évaluation de manière un peu plus complète. En réalité, vous savez, moi, nous, nous avons une inquiétude à l'Association des maires de France. C'est que cette précipitation, justement, pour permettre le retour à la semaine de 4 journées, maintenant, ne cache en réalité une préoccupation très basique de la part du gouvernement. C'est la remise en question du fameux fonds de soutien que nous avons obtenu, après beaucoup de combats, justement, pour accompagner les communes.
400 millions d'euros.
400 millions d'euros.
C'est l'enveloppe globale.
Plus 230 millions des caisses d'allocations familiales. Donc, c'est-à-dire, c'est un montant, quand même, de 400 millions. Bon, ça fait 5%, finalement, on se dit ça, quoi. Ça fait 5% du fameux déficit supplémentaire qui a été annoncé par la Cour des comptes.
Pour l'instant, personne n'a dit que ce fonds d'aide était remis en question.
Personne ne l'a dit, mais personne n'a dit non plus qu'il était confirmé.
Et si on enlève cette aide de l'État...
Et nous connaissons parfaitement Bercy.
Les communes ont encore, de toute façon, à leur charge une bonne partie de l'enveloppe, de la moitié aux deux tiers, à peu près. Oui, oui, tout à fait. Donc, c'est une charge. Encore, il y a 7 communes sur 10 qui ont encore, qui peinent encore à financer cette réforme pour elles. C'est peut-être une bonne nouvelle de revenir à l'ancien modèle.
Oui, c'est peut-être une bonne nouvelle. Il faut voir là aussi, encore une fois, que nous sommes conscients de cela, à l'intérêt de l'enfant aussi. Donc, je pense que vraiment, l'évaluation approfondie aurait été nécessaire avant de remettre le désordre dans cette affaire. Et surtout, comme vous l'avez dit, juste avant les grandes vacances...
Vous parlez de désordre, oui, parce qu'il y a des conseils d'école en ce moment, enfin, c'est le jour dernier, avant les grandes vacances, c'est vraiment la panique, votre expérience ? C'est quoi ? C'est un peu en catastrophe ? C'est comment ça se passe ?
Non, ce n'est pas la panique partout. Bon, par exemple, dans ma commune, les conseils d'école à Sceaux, nous avons tous décidé, dans un consensus assez large, de maintenir l'organisation actuelle pendant l'année scolaire qui vient, en continuant à assurer, donc, à la fois l'organisation actuelle et les nouvelles activités périscolaires qui fonctionnent très bien. Et nous avons donc décidé, mais on l'avait déjà fait même avant, d'engager une évaluation approfondie pendant toute l'année. On va le faire en lien direct, d'ailleurs, avec les services locaux de l'éducation nationale avec lesquels la collaboration est totale.
Donc, bon, il y a des collectivités où on peut, et la plupart des collectivités, il y a comme une forme de sérénité. Mais dans certaines collectivités, c'est vrai que la pression a été forte. Ceci dit, encore une fois, finalement, assez peu de villes vont choisir de revenir aux quatre jours dès la rentrée prochaine. Par exemple, dans mon département des Hauts-de-Seine, 36 communes, généralement des grandes communes, deux communes seulement ont choisi de le faire.
Colombes, dans les Hauts-de-Seine,
et Putot.
Et Putot, très bien. Il y a aussi des grandes villes comme Nice qui choisissent de revenir à la semaine de quatre jours dès la rentrée.
Il y a une grande ville, Nice.
Nice. Marseille applaudit aussi. Ça pourrait... Voilà, Marseille est aussi pour le retour.
Mais Paris ne le fait pas. Donc, vous voyez, bon, les choses sont assez partagées. Mais cette précipitation est tout de même, permettez-moi d'y revenir, un peu suspecte.
Il y aura autant de situations que de communes l'année prochaine. Ça va générer des inégalités, quand même, entre les écoliers ?
C'est susceptible, effectivement, d'en générer. S'agissant de l'organisation de la semaine, en effet, encore une fois, les choses sont différentes d'un territoire à l'autre parce que les populations ne sont pas les mêmes et les besoins ne sont pas les mêmes. Voilà. Nous, nous aurions vraiment préféré qu'il y ait vraiment une discussion approfondie sur ce point avant de remettre en question à nouveau un système qui a été très, très complexe à mettre en œuvre. Et puis, j'insiste aussi sur la question des personnels, de nos personnels. Ça représente beaucoup de personnes.
Ça représente plusieurs dizaines de milliers d'agents qui sont mobilisés sur cette question et qui, tout d'un coup, voient leur avenir remis en question.
Les inquiétudes s'expriment déjà ? Oui, bien sûr.
Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, que je préside par ailleurs, a émis un vœu cette semaine pour dire qu'il ne fallait pas poursuivre les choses dans cet esprit-là. Il fallait donc avoir le souci à la fois des questions d'organisation, des questions financières et puis aussi des questions qui concernent les agents.
Donc, vous attendez une réponse pour le fonds d'allocation, le maintien de l'aide de l'État, l'enveloppe globale de 400 millions d'euros.
Nous aurons, sans doute, la réponse dans le cadre de l'alloi de finances.
À la rentrée, donc à l'automne, on aura cette réponse à ce moment-là. Ce sera en tout cas le troisième changement de rythme en dix ans pour les écoliers.
Oui, parce qu'il y a eu la suppression du samedi matin. Tout à fait.
Merci beaucoup, Philippe Laurent, d'avoir accepté notre invitation. On se donne donc rendez-vous à la rentrée. Pour faire le point, je rappelle que vous êtes le secrétaire général de l'Association des maires de France. Bon dimanche à vous. Merci à vous. On fait une courte pause avant la revue de presse.
Philippe Laurent