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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 3 octobre 2025 7 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergie

COP30 : l'activiste Camille Étienne ne veut pas "laisser la place à Trump et ses amis climatosceptiques"

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:30Invité politiqueFait
    « Par cohérence, je pense que c'est ce qui manque à mon sens précisément et totalement de la part de nos dirigeants. »
  • 0:47Invité politiqueFait
    « l'avion est un mode de transport extrêmement polluant »
  • 1:08Invité politiqueFait
    « Eh bien, de la même manière, c'est-à-dire que les femmes sont les premières victimes du dérèglement climatique. »
  • 1:12Invité politiqueChiffre
    « Par exemple, 80% des déplacés climatiques sont des femmes. »
  • 4:18Invité politiquePromesse
    « on n'a plus le luxe de la posture »
  • 4:23Invité politiqueFait
    « C'est un non-événement. »
  • 4:32Invité politiqueFait
    « On a, en France, dans l'heure, on a eu des feux, mais vraiment catastrophiques cet été. »
  • 4:40Invité politiqueChiffre
    « On a plus de 40 000 personnes qui meurent chaque année en France de la pollution de l'air. »
  • 5:19Invité politiquePromesse
    « Il faut remettre la lutte contre le changement climatique au premier rang des préoccupations de l'Etat. »

Temps de parole

  • Invité politique81 %
  • Présentateur17 %

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0:00
Invité politique

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9.

0:08
Présentateur

Et la première invitée du 6-9, Marion, est activiste pour la justice sociale et climatique. Et elle partira mardi de Saint-Nazaire en voilier direction le Brésil pour la COP30, ce sommet contre le changement climatique. Bonjour Camille-Etienne. Bonjour. La COP30 qui démarre donc le 10 novembre à Belém, ça vous laisse un peu plus d'un mois pour y arriver. Pourquoi ce choix d'y aller en bateau à voile ?

0:30
Invité politique

Par cohérence, je pense que c'est ce qui manque à mon sens précisément et totalement de la part de nos dirigeants. Et donc si on peut se permettre de le faire, on le fera. Donc on essaie de tout faire pour rester cohérent, pour dire ce qu'on fait, faire ce qu'on dit. Puisque je n'arrête pas d'expliquer comment l'avion est un mode de transport extrêmement polluant, si on peut se permettre de l'éviter, on fait tout pour le faire. Mais ça veut dire que vous souhaiteriez voir partir tous nos dirigeants en bateau à voile direction Belém ? Peut-être déjà remplacer les jets privés de certains dirigeants par des avions un peu plus collectifs. On peut trouver de l'entre-deux.

1:02
Présentateur

Votre bateau s'appelle l'Esprit d'équipe. C'est un équipage 100% féminin, 9 femmes en tout. Pourquoi ce choix ?

1:08
Invité politique

Eh bien, de la même manière, c'est-à-dire que les femmes sont les premières victimes du dérèglement climatique. Par exemple, 80% des déplacés climatiques sont des femmes. Ah oui ! Elles sont vraiment en première ligne, bien sûr. Il y a un rapport, par exemple, d'Oxome aussi qui montrait que dans les catastrophes climatiques, dès qu'une catastrophe arrive, eh bien, on va avoir plus de victimes femmes parce que ce sont elles qui vont rester avec les personnes plus vulnérables, donc qui vont pouvoir fuir moins facilement, les personnes âgées, avec les enfants, par exemple. Et à l'inverse, il n'y a que 10% des délégations, dans les délégations, il n'y a que 10% de femmes.

C'est-à-dire qu'encore une fois, elles ne sont pas là dans les salles qui prennent les décisions, qui les concernent en premier lieu. Donc, on a voulu inverser un peu tout ça.

1:46
Présentateur

Votre bateau, donc l'esprit d'équipe, il a encore un peu des réglages à faire avant mardi parce que vous avez eu une avarie sur le premier bateau que vous deviez emprunter. Puis, il y a aussi la question de l'assurance. Bref, il y a encore des choses à régler. Oui, absolument.

2:00
Invité politique

Alors, c'est une aventure de partir traverser l'Atlantique comme ça. Mais c'est très beau. On a eu la communauté de la voile et ça devient vraiment une grande aventure collective. Tout le monde s'est affairé pour nous trouver une assurance en 24 heures, pour retrouver un bateau en une nuit. C'est complètement fou ce qui se passe. Donc, on est très reconnaissant et on est ravis de partir sur ce grand bateau de course qui a quand même une histoire folle. Notre capitaine, Capucine Truffaut, elle était à son bord. Et c'est la première fois qu'un équipage féminin a gagné un tour du monde, une course autour du monde, la globale Ocean Race. Sur ce bateau-là ?

Elle avait embarqué sur ce bateau-là pour la première partie. Donc, c'est assez fou. Et voilà, on est assez heureux du petit clin d'œil d'embarquer à bord de l'esprit de l'équipe. Donc là, vous êtes sûres de partir en sécurité ? Si tout va bien ? C'est moins facile que de partir en avion. Il y a un peu plus de freestyle, c'est un peu plus rock'n'roll, mais ça me va. Vous avez eu une formation, vous ? Moi, j'ai appris la voile avec Roland Jourdain, avec Bilou, et c'est lui qui m'a donné cette passion folle. Et à bord, je vais essayer de mettre en avant la science aussi et d'être en charge, moi, de la recherche.

Et donc, on fera aussi, avec l'université de Montpellier, des prélèvements d'adhérents environnementaux. Parce que ce n'est pas seulement un symbole. Il y a aussi un aspect scientifique à ce voyage. Bien sûr. En fait, tout simplement, c'est dans un moment où, vous voyez, les budgets de la science sont coupés à travers le monde. où on a des personnes climato-sceptiques qui prennent le pouvoir. On a Trump qui, il y a quelques jours, disait que le dérèglement climatique était un complot, où les mots sont interdits. Le mot dérèglement climatique ne peut pas être utilisé aux Etats-Unis.

Donc, moi, j'ai passé mon temps, mon année entière à Oxford l'année dernière, avec des chercheurs de plus en plus inquiets du fait que ça disparaît complètement du débat. La science n'est plus un sujet. Et moi, personnellement, ça me terrifie. Donc, on fait tout ce qui est en notre possible, tout ce qui est de notre ressort pour essayer de remettre vraiment le climat comme une priorité et donc la science comme une absolue priorité. Et pour moi, c'est comme ça que ça devrait être le phare de nos décisions publiques.

3:54
Présentateur

Mais Camille-Etienne, vous, vous n'aviez jamais participé au COP, ces sommets où les différents pays et acteurs internationaux se retrouvent pour lutter contre le changement climatique. Pourquoi est-ce que, finalement, participer à cette « grand messe », c'est important particulièrement cette fois-ci ?

4:13
Invité politique

Parce que je crois qu'on n'a plus le luxe de la posture. Et que, très honnêtement, je suis atterrée de voir qu'on ne parle plus de climat. C'est un non-événement. Où ça, on ne parle plus ? Mais partout. Mais vous voyez, ça a complètement disparu du débat public. Et pourtant, les conséquences, elles, augmentent. On a, en France, dans l'heure, on a eu des feux, mais vraiment catastrophiques cet été. On a plus de 40 000 personnes qui meurent chaque année en France de la pollution de l'air. Le pic du Covid, c'était 40 000 personnes qui mouraient. Vous voyez, donc on a autant de morts que lors des pics du Covid par an. Ça devient un non-événement. Donc ça, je trouve ça proprement terrifiant.

Et même dans les décisions, vous voyez, rien qu'en France, on parle des Etats-Unis, mais rien qu'en France, on a plus de 43 reculs environnementaux dans les six derniers mois. C'est les experts du réseau AXIMA. Et même, là, je vous ai pris une citation qui m'a fait complètement halluciner. On a le... Alors, je vais vous y rechercher dans votre téléphone. Qui c'est après ? Je l'ai noté juste avant de venir, c'était marqué. Une action rapide, ordonnée et planifiée constitue le seul chemin rationnel au moment où nous avons une dette excessive. Il faut remettre la lutte contre le changement climatique au premier rang des préoccupations de l'Etat.

C'est pas un activiste qui le dit, c'est le président de la Cour des Comptes, il y a une semaine. Pierre Moscovici. Donc, vous voyez, on se retrouve quand même dans une situation où c'est devenu un non-événement, la question climatique pour notre pays, et pour le reste des pays, globalement, c'est pour ça qu'on va à la COP. Alors que les conséquences ne font qu'augmenter, que les victimes, elles, ne disparaissent pas. Donc, c'est pour ça qu'avec beaucoup d'humilité, je me dis, je ne sais plus quoi faire. Et donc, je vais aller là où on n'est pas invité. On ne va pas faire la politique de la chaise vide.

On ira à la COP et on ne laissera pas la place uniquement à Trump et à ses amis climato-séptiques.

5:47
Présentateur

Même si, justement, ça peut être un endroit où c'est une grande messe, où il y a un jeu de posture,

5:51
Invité politique

où, finalement, parfois, on n'avance pas forcément. Mais c'est précisément parce qu'on n'avance pas qu'on a envie d'y aller. C'est précisément parce que ces COP ont été... Vous voyez, c'est très simple. Le nombre de badges, donc de places qui ont été données dans la négociation, année après année, n'ont cessé d'augmenter les places qui ont été données au lobby du pétrole. Aujourd'hui, dans les COP, vous avez plus de personnes qui représentent les intérêts privés du pétrole. Que de personnes qui représentent les États. La plus grande délégation, c'est celle dans l'industrie pétrolière. Donc, on demande de résoudre la question de la malaria en invitant les moustiques à la table.

Ce n'est plus possible. Donc, nous, on veut simplement, avec beaucoup d'humilité, être là aussi et ne pas leur laisser toute la place.

6:26
Présentateur

Camille Etienne, activiste pour la justice sociale et climatique. Départ donc mardi prochain en voilier de Saint-Nazaire. Espérons que tout aille bien. Merci d'être venue sur France Inter. Merci à vous.