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speechyoutube.com· 21 juin 2019 10 min

Discours de politique générale - Fabien Roussel

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Fabien Roussel

Monsieur le Premier ministre, l'acte 2 que vous venez de définir ne va pas répondre à l'urgence climatique ni à la majorité de nos concitoyens. Alors, voilà la déclaration de politique générale que les députés communistes, démocrates et républicains proposent aux Français. D'abord, répondre à l'urgence pour notre industrie menacée. Il faut envoyer un signal fort, solennel et tout faire pour que la France ne laisse plus tomber une seule de ses usines. Général Electric, Whirlpool Amiens, Arjo-Viggins, Renault, Ford Blancfort, Ascoval, ces piliers de notre industrie sont stratégiques pour notre pays. Ils doivent faire l'objet d'une intervention directe de l'État.

Avec nous, l'industrie et les circuits courts deviendront une priorité nationale, un enjeu de souveraineté, tant pour notre économie que pour relever le défi climatique. Car un pays sans industrie est un pays sans avenir. Et quand on produit local, c'est bon pour l'emploi, mais aussi pour le climat. Nous définirons ainsi une politique industrielle ambitieuse pour notre pays. Des filières stratégiques seront protégées, à l'opposé du pillage et de la vente de nos bijoux de famille à des fonds de pension. D'ailleurs, à ce titre, nous ferons gagner du temps et de l'argent aux Français en annulant la privatisation d'aéroports de Paris et de la Française des Jeux.

ADP est stratégique pour notre pays, pour notre compagnie nationale, pour notre sécurité et même pour tenir nos engagements climatiques. Vous n'êtes vraiment pas à la page en voulant le privatiser. L'urgence, c'est aussi la santé. C'est pourquoi nous mettrons en place immédiatement un plan en faveur de nos hôpitaux publics et de nos EHPAD, sans oublier les Outre-mer où la situation sanitaire est aussi alarmante. D'abord, en revenant sur toutes les fermetures de lits, de services d'urgence et de maternité organisés depuis votre arrivée au pouvoir.

Ensuite, en y mettant les moyens financiers, avec un plan d'embauche pour répondre aux besoins, il manque au moins 100 000 emplois à pourvoir au plus vite, dont 10 000 dans nos services d'urgence. L'urgence, c'est le pouvoir d'achat. C'est la lutte contre la vie chère en métropole comme en Outre-mer. Nous proposerons au 1er juillet une hausse de 20% du SMIC en deux ans dans le privé comme dans le public. Et nous mettrons en place, dès cet été, une conférence nationale des salaires pour que l'ensemble des salariés en bénéficient. La hausse des salaires doit venir des entreprises et non pas de nos impôts comme vous le faites, car c'est toujours les classes moyennes qui paient au final.

Nous disons, nous, que les grandes entreprises en ont les moyens. Elles qui distribuent aussi généreusement les dividendes aux actionnaires. 57 milliards d'euros en 2018 pour celles du CAC 40 en hausse de 12%. Ces entreprises-là, lit-on dans la presse, ont enfin tourné la page de la crise financière. Eh bien, il serait grand temps que leurs salariés puissent le faire eux aussi. Quant aux petites et moyennes entreprises, elles bénéficieront enfin avec nous d'un accompagnement de l'État réel, y compris dans leurs investissements, grâce à un pôle public bancaire qui prêtera à taux zéro en fonction de leurs engagements pour l'emploi et la planète.

Rien à voir avec vos aides publiques et vos exonérations de cotisations tous azimuts que vous distribuez allègrement, sans contrepartie, aux pollueurs, aux géants du numérique, aux carrefours, aux champs et consorts qui licencient malgré tout. Vous annoncez que vous voulez réformer l'assurance chômage. Nous préférons, nous, chasser le chômage plutôt que les chômeurs. C'est pourquoi nous proposerons aux partenaires sociaux de créer le CDI du XXIe siècle intégrant la formation et digne d'un vrai contrat de travail. Ce sera autre chose que les CDD, les contrats Uber ou intérimaires qui précarisent encore plus les femmes, les jeunes, les salariés.

Nous voulons faire rimer travail avec sécurité et dignité au lieu de précarité et pauvreté, comme vous le faites. La justice pour tous, c'est aussi la justice pour les plus fragiles, comme pour nos retraités. Nous déciderons d'aligner au niveau du SMIC les allocations de solidarité en faveur des plus démunis, des personnes handicapées, des retraités, pour que plus personne ne vive en dessous du seuil de pauvreté. Nous mettrons en chantier une réforme des retraites, toujours solidaire, pleinement innovante, à la hauteur des enjeux de notre siècle.

Et nous fixerons comme objectif une pension accessible à tous dès 60 ans, avec 75% de son dernier salaire plafonné ou au niveau du SMIC pour les basses pensions. Nous préférons, vous voyez, offrir une nouvelle vie aux retraités et permettre aux jeunes de les remplacer, plutôt que de leur promettre de travailler plus, comme vous le faites. Au MEDEF, comme chez vous, le dogme, c'est travailler plus, alors que nous sommes au XXIe siècle, à l'ère des robots, et chez nous, avec 5,5 millions de chômeurs. L'urgence, elle est aussi démocratique. Et nous voulons y répondre sans tourner autour du pot. Tout le monde est d'accord pour mettre en place un référendum d'initiative citoyenne.

Cela doit se faire vite et de manière accessible pour tous. Mais l'enjeu, c'est aussi de renforcer le pouvoir du Parlement. Nous mettrons donc en place une assemblée constituante pour écrire avec nos concitoyens la nouvelle République tant attendue et tourner la page, enfin, de la monarchie présidentielle. Nous mettrons au centre de la République les citoyens et la Commune, comme l'échelon principal de la démocratie, le premier service public de France. Enfin, nous répondrons à l'exigence de justice fiscale par la révolution fiscale. Elle est indispensable pour financer les mesures d'urgence que je viens d'évoquer.

D'abord, nous rétablirons l'ISF et nous annulerons une série de mesures et niches fiscales coûteuses telles que le CICE, le Crédit Impôt Recherche, la Flat Taxe, la Niche Coopé, etc. Il y a là, au bas mot, 50 milliards d'euros à récupérer. Et nous mettrons en place un impôt plus juste, plus progressif sur tous les revenus, y compris ceux du capital. Pour que les gros payent gros et que les petits payent petit, pour que les richesses que nous produisons soient plus justement réparties et en direction de ceux qui les produisent.

Nous déciderons de mener une lutte sans merci contre la fraude et l'évasion fiscale et d'en faire une grande cause nationale, enfin, et de l'inscrire dans notre Constitution. Pas besoin d'un énième rapport, la triche est là, sous vos yeux. Le manque à gagner pour notre pays est compris entre 80 et 100 milliards d'euros. Avec une liste réelle des paradis fiscaux, avec le prélèvement à la source des bénéfices des multinationales, avec plus de moyens humains à Bercy, au service de la justice, et avec la case prison assurée pour tous les corrompus et les délinquants en col blanc, je peux vous assurer que nous allons changer de braquet dans ce domaine.

En mettant tout en œuvre pour récupérer de telles sommes, nous aurions ainsi des ressources nouvelles pour nos services publics, pour nos écoles, pour une audacieuse politique de la mer, digne de notre rang de deuxième puissance maritime, mais aussi pour enclencher la transition écologique, enfin. Car l'urgence, c'est aussi sur tout le climat. Nous proposons de revenir sur la privatisation de la SNCF et de baisser la TVA sur les transports collectifs.

Là où vos choix vous conduisent à la fermeture de petites lignes et à la multiplication des cars et des camions sur la route, nous, nous préférons un doublement du frais de ferroviaire et la gratuité des transports en commun partout où c'est possible. Nous proposons d'engager un vaste plan de rénovation thermique des bâtiments que nous chiffrons, nous, au rythme de 500 000 par an en y mettant les moyens financiers publics correspondants. Enfin, nous voulons répondre au problème de la vie chère.

J'ai parlé des salaires, du travail, de la solidarité, mais il y a des factures qui ne cessent d'augmenter et la hausse de 5,9% sur leur facture d'électricité, la plus importante depuis la privatisation d'ODF, est insupportable pour nos concitoyens. D'autant que depuis 2003, les actionnaires ont touché 21,3 milliards d'euros. L'exaspération fiscale des Français, elle vient surtout de là, de ce sentiment d'être pris sans cesse pour des vaches à lait quand une infime minorité s'en met plein les poches. Nous reviendrons, nous, sur cette hausse et nous baisserons immédiatement la TVA sur l'électricité pour la ramener à 5,5% comme pour de nombreux produits de première nécessité.

Monsieur le Premier ministre, oui, le capitalisme est à bout de souffle. Pas moi qui l'ai dit, c'est le Président. Mais vous, vous ne nous proposez rien d'autre que d'y rester. Le chemin que vous nous proposez a été pourtant mille fois parcouru. Il nous conduit à une impasse pour nous comme pour la planète. Nous voulons nous sortir de ce chemin, du dogme de la concurrence libre et non faussée. Nous voulons protéger la planète, partager les richesses et mettre le bonheur de chaque citoyen au cœur de la République. Voilà notre projet aux antipodes de ce que vous venez de nous présenter. C'est pourquoi les députés communistes, démocrates et républicains refusent de vous accorder leur confiance.

Merci.

10:03
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.