Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC· 17 avril 2023 9 min

Clémentine Autain: "je conteste la décision du Conseil constitutionnel"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Clémentine Autain

J'attends d'un président de la République, dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, qu'il atterrisse, c'est-à-dire qu'il comprenne que les Français ne veulent pas transformer les deux pires années de travail, enfin les deux plus belles années de la retraite, en deux pires années de travail, c'est ce qu'a fait le gouvernement. – Alors attendez, refaites-le parce que du coup… – Excusez-moi.

0:20
Présentateur

– Allez-y, je sens que vous l'avez dit préparée celle-là, on se sent pas même. Quand on se prend les pieds, il faut être honnête, c'est en général qu'on l'a apprise par cœur.

0:27
Clémentine Autain

– Non, c'est que je l'ai dit beaucoup de fois, donc là je l'ai dit à l'envers, mais je pense que tout le monde la comprend, c'est qu'en fait les deux plus belles années de retraite, c'est de 62 à 64 ans, et que là, il va les transformer en deux pires années de travail pour l'écrasante majorité des salariés. Et c'est ce que les Français ne veulent pas, et donc il faut qu'il apaise cette colère et qu'il comprenne. Donc j'attends du président de la République qu'il atterrisse, et donc qu'il abroge cette loi, c'est ce que veulent les Français. – Il va pas l'abroger alors qu'il l'a promulguée ce week-end.

– Vous me posez la question, j'attends du président de la République qu'il augmente les salaires et qu'il bloque les prix, parce que le problème majeur des Français aujourd'hui, c'est qu'ils sont pris à la gorge, et que vous avez vu comme moi, à quel point le moindre panier que vous faites, panier d'alimentation, quand vous faites vos courses, on est dans des niveaux qui sont des niveaux insupportables. Vous avez 42% des Français les plus précaires qui ont supprimé un repas par jour, un repas par jour.

On va pas faire toute la liste, les Français la connaissent, ils la connaissent par cœur, mais parfois il y a des domaines qu'on connaît pas ou parce qu'ils nous concernent pas directement, je vais prendre un exemple, c'est les couches. J'ai été frappée, vous avez une augmentation du paquet de couches qui est de 1,25 centime. – Pour tous les parents, c'est insupportable. – Pour tous les parents qui ont des bébés, c'est insupportable. Vous avez le prix du sucre, ça concerne tout le monde, mais quand vous passez de 75 centimes à 1,50 euro en 3 mois, c'est insupportable. Et pendant ce temps-là, vous avez des salaires qui sont des salaires comprimés.

Est-ce que le Président de la République comprend cette situation ? Est-ce que le Président de la République est capable de trouver les mots sur la crise de régime que nous traversons ? Peut-être aura-t-il eu Libération ce matin qui, en une, dit que 76% des Français estiment que la démocratie est en mauvaise santé et que 1 Français sur 2 pense qu'Emmanuel Macron est autoritaire. Donc, est-ce qu'Emmanuel Macron, ce soir, aura atterri ? J'entends bien que je fais un vœu pieux. J'entends bien que d'ailleurs, les Français, probablement, n'attendent rien du Président de la République. Mais voyez que c'est extrêmement grave.

2:18
Présentateur

– On a bien compris que pour vous, l'important, ce serait aussi le pouvoir d'achat. On va y revenir et la réponse qu'il devrait faire aux Français. Mais quand vous dites, je voudrais qu'il se rende compte qu'il y a une crise de régime, est-ce que le fait que vous, vous disiez ce week-end, la légalité, ce n'est pas la démocratie, ça ne provoque pas encore un petit peu plus la crise de régime ?

2:36
Clémentine Autain

– Non, ce qui provoque la crise de régime, c'est de penser que la légalité pourrait être la démocratie. C'est-à-dire que de penser… – La légalité, vous dites cette phrase, la légalité, ce n'est pas la démocratie. – Mais évidemment, bien sûr que la légalité, ce n'est pas la démocratie. – Mais est-ce que l'illégalité, c'est la démocratie ? – Prenez l'exemple concret. – C'est légal aujourd'hui que le président de la République puisse passer par le 47-1 de la Constitution. – Qui était la procédure accélérée du débat.

– C'est légal, c'est une procédure accélérée, ça veut dire qu'ensuite il peut procéder par ordonnance, c'est légal et le Conseil constitutionnel peut légalement valider une loi qui n'a pas de légitimité auprès des Français, puisque l'écrasante majorité compte, qui n'a pas de légitimité dans la démocratie sociale, puisque tous les syndicats sont contre, qui n'a pas de légitimité au Parlement, puisque l'Assemblée nationale n'a pas voté.

3:26
Présentateur

Ça veut dire qu'un homme… – À la limite, j'aurais pu entendre, la légalité n'est pas la légitimité, mais la légalité n'est pas la démocratie. C'est quoi la démocratie si ça ne repose pas sur des règles légales ?

3:37
Clémentine Autain

– Ça ne suffit pas, ça ne suffit pas, et surtout le problème, c'est que nous sommes dans une Constitution qui permet à un homme seul de décider. Et c'est pourquoi nous sommes dans une crise de régime. C'est quand vous avez un tel décalage, une telle déconnexion entre le président de la République qui est normalement garant de l'unité de la nation et la majorité des Français, cela signifie que quelque chose, et tout le monde peut le constater, ne tourne absolument pas rond. Donc ça peut être légal, formellement, mais ça n'est pas démocratique. – Est-ce que, Clémentine Autain, vous respectez la décision du Conseil constitutionnel ? – Non, je la conteste. Je la conteste absolument.

D'abord, je pense qu'elle n'est pas fondée en droit. Nous avions fait un recours avec des motifs très sérieux, et d'ailleurs, quand vous lisez le rendu du Conseil… – Elle est-il légitime à vos yeux ? – Écoutez, quand vous lisez le rendu du Conseil constitutionnel, ça arrachait les cheveux de la tête. Il nous explique, par exemple, qu'il valide le fait que les ministres ont eu des données, qui étaient des données, je cite, « erronées ». Voilà, donc c'est-à-dire qu'il valide le fait qu'on peut mentir. Mais ça, c'est pas grave, parce qu'on a plein de discuter.

4:39
Présentateur

– Erroné ne veut pas dire mentir. – Des données erronées. – Non, mais avoir des données erronées, ça ne veut pas dire que… – Un ministre peut dire que c'est erroné. – Non, mais ça ne veut pas dire que le ministre lui-même a menti.

4:49
Clémentine Autain

– D'accord, ben prenez un dictionnaire, erroné, ça veut dire qu'il n'est pas juste, qu'il n'est pas vrai. – J'ai bien compris, vous me parlez des données erronées, et ensuite vous me parlez des ministres. – Oui, mais vous le savez sur les 1 200 euros, tous les Français l'ont vu. Quand on nous a expliqué au début que tout le monde pourrait avoir 1 200 euros, puis après on a appris que c'était du brut et pas du net, puis après on a appris que c'était 200 000, puis finalement c'est 40 000, et puis pour finir de finir, c'est quelques dizaines de milliers, ça s'appelle du mensonge. – Alors il est intéressant de voir ce point.

– Surtout quand le ministre du Soppe avait la note qu'il a cachée, notamment à la représentation nationale, sur ces données qui étaient validées par son administration.

5:20
Présentateur

– Là pour le coup on ne peut pas donc plus dire absolument n'importe quoi. Il y a une personne qui est très très respectée là-dessus, et j'imagine honnêtement que vous ne direz pas le contraire, c'est Michael Zemmour, l'économiste, qui est la première personne à avoir levé le loup de ces 1 200 euros. Il était mon invité ici même vendredi, précisément pour pouvoir dire si oui ou non il y avait eu mensonge, s'il y avait eu insincérité, comme on dit, des débats. Lui-même il disait, à cette question des 1 200 euros, que le débat public n'avait pas été serein et n'avait pas été sincère. Mais quand on regardait les textes lui-même, il disait tout était dans les textes malgré tout.

– C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de mensonge. – C'est pas contradictoire ? – Non mais vous ne pouvez pas dire, vous député, vous aviez aussi accès aux textes. – Mais le problème…

5:58
Clémentine Autain

– Vous pouviez dès le début dire que… – Mais c'est ce que nous avons dit, simplement l'insincérité… – Vous avez pu le dire, vous avez pu l'exprimer. – Oui, mais l'insincérité des débats est mise en cause par des ministres qui ont des données formelles et qui racontent autre chose. – Deuxième point, c'est pour ça que je conteste la décision.

6:13
Présentateur

– Non mais c'est important de voir que pendant le débat démocratique, pour le coup, ce loup-là a été levé au minimum et chacun a pu faire référence au texte lui-même et dans le texte il n'y avait pas de mensonge. – Écoutez, on ne peut pas jouer sur les mots, sur une question aussi importante que la légalité.

6:27
Clémentine Autain

– Je vous donne différents éléments. Je pense que ce débat n'était pas sincère du point de vue de l'exécutif et que la procédure adoptée était, dit le Conseil constitutionnel, – Et vous concluez donc que le Conseil constitutionnel est illégitime. – Je pense qu'en effet, il prend une décision qui est une décision éminemment politique. Vous savez, la matière du droit, ce n'est pas une science exacte. Ce n'est pas une science exacte. – Mais c'est quoi ? Ça veut dire quoi ça ? – Vous le savez bien, il y a de l'interprétation. Il n'y a qu'à voir un tribunal qui rend une décision.

6:56
Présentateur

– Certains scientifiques comme Didier Raoult vous diront que les sciences médicales sont elles aussi relatives. Ce que je veux dire, c'est qu'à partir du moment où vous...

7:01
Clémentine Autain

– Non, alors là, moi, je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Il y a des sciences, des sciences dures, voilà, des sciences dures. La physique, on ne discute pas de savoir si le soleil tout retourne de la lune ou l'inverse. C'est prouvé scientifiquement par l'expérience. En revanche, la matière juridique, elle est source d'appréciation. Donc, les prétendus sages, qui n'ont pas rendu une décision de sagesse, mais au contraire une décision que j'estime irresponsable, eh bien, ont fait un travail politique. Politique, et ils ont également rejeté le RIP. Ils pouvaient, le référendum d'initiative populaire. – Il y en a un deuxième d'ailleurs qui est en discussion.

– Oui, mais vu les motifs avancés qui sont là aussi un peu ubuesques, si vous me permettez l'expression, c'est-à-dire... – Vous espérez peu. – Voilà, je ne sais pas ce qui va se passer. Il peut toujours y avoir un coup de théâtre, mais ce n'est pas l'ambiance. Marine Le Pen, elle dit du RIP que c'est une arnaque. – Si nous avions eu 4,8 millions de signatures, et si ce RIP...

7:57
Présentateur

– Non, mais que la procédure est une arnaque, qu'en fait, jamais personne n'y arrivera.

8:01
Clémentine Autain

– Alors, il y a quelque chose qui ne va pas non plus. Vous voyez bien que ça ne tourne pas rond. Quand vous avez un homme qui décide seul d'une mesure dont les Français ne veulent pas, c'est le président de la République, et que tout cela est légal, c'est-à-dire que la Constitution lui permet, et je veux revenir sur cette Constitution, elle a été, vous savez, écrite en 1958 dans un contexte de guerre pour un général, qui était le général de Gaulle, et elle a conféré un pouvoir exorbitant, exorbitant au président de la République et à l'exécutif. D'accord ?

Aucune démocratie autour de nous, aucune, aucun régime démocratique, en Europe, mais pas seulement, n'a un tel pouvoir qui est donné à un seul homme, et un système institutionnel qui permet justement de telles choses complètement folles.

8:43
Présentateur

– Donc pour vous, elle est morte, cette Constitution ?

8:45
Clémentine Autain

– Elle est morte le 14 avril. Elle était déjà bien entamée, depuis fort longtemps, et j'ai envie de dire depuis le début. Et à gauche, vous savez à quel point nous avons dénoncé le coup d'État permanent, en fait le fait que dans ce régime-là, il y avait quelque chose de fondamentalement autoritaire. Mais aujourd'hui, je pense qu'on arrive à quelque chose qui est nécrové. – Je voudrais qu'on comprenne, où on en est…