Rencontre avec Élisabeth Borne: la prise de parole de Marine Le Pen, en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
La première ministre annonce un ralentissement du calendrier parlementaire. Ça donne quand même le sentiment d'une forme d'atomie aujourd'hui, d'un frein de ce qui doit être fait. J'ai donc indiqué à la première ministre ce qui m'apparaissait comme des urgences absolues sur lesquelles devait se pencher le gouvernement. Et la première de ces urgences, c'est l'inflation alimentaire qui aujourd'hui est de plus en plus mal vécue par nos compatriotes. Des jeunes, des personnes âgées, des personnes modestes qui sont en train de se priver de repas, de se priver de nourriture. Ça m'apparaît être un sujet sur lequel le gouvernement doit se pencher en urgence et apporter des solutions.
Je n'ai pas entendu le début d'une solution sur ce sujet. Il n'en a pas. On se contente de discuter avec la grande distribution pour essayer d'obtenir d'elle des aménagements de primes. Et c'est tout à fait insuffisant par rapport à ce que vivent nos compatriotes. Cette inflation alimentaire, elle se conjugue avec évidemment des factures d'énergie qui sont de plus en plus importantes, des factures de carburant qui n'ont pas baissé. Donc j'ai alerté la première ministre sur la situation du pays et la colère que pouvait engendrer une précarisation accélérée d'une partie de nos compatriotes.
Je lui ai également indiqué qu'il y avait un échec flagrant du gouvernement, pas seulement bien sûr sur le chantier de la réforme des retraites, mais également sur le chantier de l'ordre public. Les manifestations ont démontré qu'il existe aujourd'hui des groupuscules extrêmement violents, extrêmement organisés, contre lesquels le gouvernement semble impuissant et qui attente à l'ordre public et donc à la tranquillité de nos compatriotes. Je lui ai enfin indiqué qu'il y avait une troisième urgence. Il n'y a que des urgences aujourd'hui, mais ça c'est le fait de la politique d'Emmanuel Macron. Mais il y en a une, il y en a qui sont plus urgentes que d'autres, qui sont les déserts médicaux.
Il faut à tout prix maintenant qu'il y ait des propositions claires qui soient faites pour résoudre le problème des déserts médicaux dont souffrent beaucoup nos compatriotes et notamment bien entendu dans la ruralité.
Sur le chantier de la réforme des retraites, Emmanuel Macron était à l'AS cet après-midi. Son discours a été interrompu par des manifestants qui lui ont notamment demandé où est la démocratie française.
Vous avez des millions de personnes dans la rue et vous n'écoutez pas. Oui, mais c'est vrai. Enfin, je veux dire, ce 43 restera un véritable traumatisme en ce sens que le sentiment qui a été perçu, pas seulement par nous, représentants du peuple français, mais par le peuple français lui-même, c'est que le jeu démocratique a été effondré en réalité. Cette réforme n'aurait pas dû passer. Les représentants du peuple français s'apprêtaient à ne pas voter cette réforme, à rejeter cette réforme. Et avoir dégainé un 49-3 dans ces circonstances-là pour forcer la main en réalité du peuple français a été très mal vécu.
Ça restera, je pense, une cicatrice profonde, au même titre peut-être, en termes d'intensité, que le référendum de 2005. Vous voyez, il y a des marqueurs comme ça qui font qu'une partie de plus en plus importante des Français ont le sentiment qu'il n'y a plus un fonctionnement démocratique correct dans notre pays.
Vous pourriez dire qu'un conseil constitutionnel valide cette loi ? Si le conseil constitutionnel dit qu'elle est effectivement valide, est-ce que ça changera quelque chose pour vous ?
Ça changera quelque chose, hélas. C'est la fin du processus. C'est bien regrettable. Je crois assez peu au référendum d'initiative partagée. Vous savez ce que je pense ? En fait, c'est une arnaque démocratique qui consiste à canaliser la colère des Français en leur faisant chercher des signatures pour que uniquement l'Assemblée nationale et le Sénat soient saisies à nouveau du même texte. Donc ça n'entraîne pas un référendum. Il faut que tous les Français le sachent. Et ce sera après, par le vote, que les Français pourront exprimer leur contestation et du fond et de la formule.
Madame, est-ce que vous parlez de ralentissement parlementaire et d'atomie ? Est-ce que vous pouvez nous en berger ?
Non, je ne peux pas vous en dire plus. La Première ministre annonce un ralentissement du rythme manifestement des textes présentés à l'Assemblée nationale. Je n'en suis pas très étonnée puisque j'avais entendu le président de la République, et ça n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd, nous expliquer qu'on était dans un pays où trop de réformes passaient par la loi. Il me semblait que c'était le fondement du fonctionnement démocratique, que les réformes passent par la loi. Mais il semble qu'ils veuillent limiter, en réalité, les votes qui pourraient intervenir à l'Assemblée nationale. C'est un autre moyen de contourner le peuple.
Je ne suis pas sûre que ce soit le bon médicament, voyez-vous, pour soigner la crise démocratique que ressentent les Français aujourd'hui.
Qu'est-ce que vous pensez des déclaraments de la Première ministre ?
Je pense qu'il aurait fallu un remaniement dès le lendemain de la motion de censure. Car la réalité, c'est que même si cette motion de censure n'a pas été votée, il n'en demeure pas moins qu'elle exprimait une perte de confiance très importante de la part des représentants du peuple français à l'égard du gouvernement. Le président de la République aurait dû immédiatement tenir compte de cette perte de confiance pour remanier. Et aujourd'hui, la Première ministre, incontestablement, n'a plus, je crois, le crédit auprès des Français, auprès des représentants que nous sommes, pour pouvoir mener sereinement un gouvernement.
Est-ce que vous les trouvez à l'écoute ?
Ah oui, non, mais ça, ils écoutent toujours. Ce qu'ils entendent, c'est autre chose. C'est toujours la question que je faisais. Et pour le coup, je suis modérément optimiste sur leur capacité à entendre. Mais vous cotez le départ de vos adoptants ? Mais je n'ai pas souhaité son départ. Je pense que le président de la République aurait dû, encore une fois, remanier. Je pense d'ailleurs que la Première ministre l'a dit elle-même. Elle avait dit au départ qu'elle servait de fusible. Non, elle ne sert pas de fusible. Mais la motion de censure est passée à 9 voix. Et donc rien que ça, ça aurait dû la pousser, je crois, à proposer sa démission. Parce qu'il faut-il faire un moment.
Sur Taïwan, l'émission, toujours, vous dites.
Vous savez, il n'y a encore une fois, il n'y a que deux voix en démocratie. Lorsqu'on est face à une crise politique, il y a le référendum ou il y a la dissolution. Les deux moyens permettent de revenir au peuple. Et de lui redonner la parole. Il semblerait qu'Emmanuel Macron ne souhaite ni l'un ni l'autre. Donc je ne vois pas comment il peut sortir fondamentalement de la crise qu'il a dû même créer.
Sur Taïwan, qu'est-ce que vous portez les décisions ?
Marine Le Pen