Législatives : Clémentine Autain dénonce une "ambiance de brutalité et de racisme"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 7h50, Sonia De Villers, votre invitée et députée LFI de Seine-Saint-Denis, candidate Nouveau Front Populaire à sa réélection.
Bonjour Clémentine Autain. Bonjour Sonia De Villers. Il y a quelques jours, votre permanence de campagne a été taguée, bureau du Hamas, Hamas se terminant par un double S en forme de SS nazi. Cette campagne est-elle plus violente que celle que vous avez vécue en 2022 ?
Oui, il y a de la violence dans cette campagne. Cette violence, elle se matérialise par des actes de ce type. Je note qu'un militant à Bordeaux, un supporter de Bardella, il y a quelques jours, a frappé un militant écologiste en lui disant « la France aux Français, on va vous écraser ». Mais ce n'est pas simplement dans l'espace politique, c'est-à-dire que l'ambiance de brutalité, de racisme, il dégénère aussi dans la société. Un électeur de Bardella encore a hier agressé un chauffeur de bus en lui disant « j'en ai marre des gens comme vous, boue nul et renois, moi je vote RN, je vais te tuer, je vais te massacrer, je vais vous éradiquer ».
Donc dans cette élection, il y a en effet un enjeu d'apaisement, d'apaisement du pays, de sortir de ses fractures, de lutter contre cette manière de voir la société qui oppose les uns aux autres. Est-ce qu'on va basculer du côté de la haine de l'autre, du repli sur soi ou est-ce qu'on est capable de redonner ses couleurs à ce qui fait le sel de la France, de la République, la liberté, l'égalité, la fraternité ?
Et vous pensez que le nouveau front populaire peut être acteur de l'apaisement ? Je vous pose la question parce que beaucoup de figures de la majorité présidentielle vous placent, vous, les insoumis, donc membres du nouveau front populaire, en dehors de l'arc républicain. C'est-à-dire qu'en cas de second tour, la plupart envisagent un désistement face à un candidat socialiste, face à un candidat écologiste, face à un candidat communiste, mais pas face à un candidat insoumis.
Pourquoi ? Il y a une alliance et nous sommes les seuls à pouvoir battre l'extrême droite, le nouveau front populaire, dans lequel il y a de la diversité. Diversité des gauches et des écologistes, sans cette diversité, il n'y a pas de victoire possible. Or, la Macronie n'est plus en état de battre l'extrême droite. Et je rappelle, c'est pas du tout ma question.
Oui, mais je vais répondre à votre question, Sonia Devillat, parce que c'est tout à fait la réponse à la question, puisque la situation dans laquelle nous sommes, c'est qu'il faut empêcher que les descendants de Pétain puissent ruiner ce qu'est l'apport de la révolution française, l'apport du front populaire, l'apport aussi du Conseil national de la résistance.
Et si les macronistes ont perdu leur boussole, alors qu'ils devaient être un rempart à l'extrême droite, vous qui dites qu'il y a un enjeu d'apaisement, il y a un enjeu pour réparer les fractures de ce pays, comment vous expliquez que la majorité présidentielle et ses alliés vous placent en dehors d'un arc républicain ? C'est pas une question de radicalité, vous le voyez bien, puisque vous n'êtes pas moins radicale qu'une écologiste comme Sandrine Rousseau, vous n'êtes pas moins radicale que des députés communistes, comment ça se fait qu'à chaque fois, le sujet revient, et c'est toujours le même, c'est-à-dire on place les insoumis en dehors de la République ?
J'entends ce que vous dites, mais pour moi, il y a une inversion en fait des cohérences d'idées qui est extrêmement choquante, extrêmement choquante, parce que le sujet devant lequel nous sommes, c'est un choix de société. Dans trois semaines, la question est de savoir si nous aurons un gouvernement de progrès social, avec la hausse des salaires et des minima sociaux, la hausse des APL, ou un gouvernement qui va servir les 10% les plus riches au détriment des 30% les plus pauvres. Ça, c'est ce que les économistes analysent du programme de l'extrême droite.
Est-ce qu'on va avoir un gouvernement qui va organiser un choc d'investissement dans la bifurcation écologique, ou est-ce qu'on va avoir un gouvernement dans le déni total sur la question du climat ? Est-ce qu'on va avoir un gouvernement pour les droits des femmes, ou un gouvernement contre les droits des femmes ? Est-ce qu'on va avoir un gouvernement antiraciste, ou un gouvernement raciste ? Est-ce qu'on va avoir, Sonia De Villers, un gouvernement qui développe les services publics, ou qui les privatise, qui n'en a pas les moyens de les faire vivre, qui ne s'en donne pas les moyens ? Et je prends l'exemple ici de l'audiovisuel public.
Vous savez que dans quelques semaines, Radio France peut être directement privatisée, et je dirais même bolorisée. C'est ça le choix de société devant laquelle ils sont placés les Français.
Donc c'est ça que vous allez dire à des électeurs qui ont voté pour la majorité présidentielle au second tour ? Il y a une grande enquête, on aura plus de détails avec Yael et Nicolas tout à l'heure à 8h20, qui est signé Le Monde, Radio France, Ipsos, qui paraît ce matin, mais qui dit en gros le nouveau Front populaire très fort au premier tour, très incertain au second tour. C'est-à-dire qu'au fond, il y a une vraie adhésion dans une famille de gauche qui est la vôtre, et un vrai repoussoir, une vraie peur de l'extérieur.
Oui, mais c'est pour ça que je vous dis le choix devant lequel nous sommes. C'est très concret, vous savez, c'est très concret. Il y a un petit garçon que j'ai croisé sur un marché, qui avait 12 ans, d'une très grande maturité, et qui me dit « Ah, c'est la dame de la hausse du SMIC ». J'étais même étonnée qu'il connaisse le mot SMIC. C'est la dame de la hausse du SMIC et il me dit « Moi, mon papa, quand il a payé les factures, il ne peut plus nous faire plaisir ». Et donc le sujet, c'est de comprendre que nous sommes au pied du mur avec un choix de société. Et les anti-républicains, ce sont ceux de l'extrême droite.
Et si nous oublions ça, si nous perdons ces repères-là, et c'est ce que la Macronie a en responsabilité, vous savez, nous, on a toujours pris nos responsabilités. En 2002, face à Jacques Chirac, qu'est-ce qu'on a fait ? On a fait barrage. Dans les Hauts-de-France, quand Xavier Bertrand était en difficulté face à l'extrême droite, la gauche a même décidé de ne pas avoir d'élu du tout. A deux reprises, face à Emmanuel Macron, nous avons pris nos responsabilités. Et je rappelle qu'en 2022, Emmanuel Macron disait « Ce vote m'oblige dans les années à venir ». Et aujourd'hui, ils sont dans le nini. Alors, le barrage, c'est le front, c'est le barrage.
Oui, mais c'est eux qui prennent la responsabilité d'une rupture possible en France.
On s'engueulera après, disent vos affiches. On s'engueulera après, disent vos affiches. Et on voit très bien à quoi ça fait référence, à une tradition de la gauche unie de résistance face à l'ennemi héréditaire qui est l'extrême droite. On s'engueulera après. Donc, manifestement, c'est déjà planifié, c'est déjà annoncé. Est-ce que ça n'a pas déjà commencé, notamment au sein de votre propre famille, les Insoumis ? Le député de la Somme, François Ruffin, dont vous êtes très proche, a été très clair sur TF1. Mélenchon est un obstacle à la victoire du Front populaire. Il repousse les électeurs. Réponse d'Adrien Quatennens, proche de Jean-Luc Mélenchon, rejoint le RN direct.
Mais écoutez, c'est un message d'Adrien Quatennens qui est à la fois ordurier et pathétique. C'est pathétique. On n'a plus le temps pour ça. On vote dans trois jours. Et pour la première fois, l'extrême droite pourrait prendre le pouvoir. Je rappelle que la dernière fois que l'extrême droite a dirigé l'État, c'était sous Pétain. Et il est arrivé dans les portes-pagages de l'armée allemande. Il ne faudrait pas qu'on oublie cette histoire-là. Et j'insiste sur ce moment de gravité dans lequel les macronistes doivent être à niveau.
Alors, il y a un moment de gravité, mais il y a quand même des gens qui votent et qui veulent savoir à quoi ils vont avoir affaire après le vote.
Sur Jean-Luc Mélenchon, je vous réponds. C'est très simple. Jean-Luc Mélenchon ne sera pas Premier ministre. Il n'est pas au centre de ce rassemblement. Donc, point suivant.
Point suivant. Est-ce qu'il faut s'attendre à un Big Bang à gauche ? Est-ce qu'il faut s'attendre à un Big Bang au sein de la LFI ? Vous voyez un Aurélien Pradier, par exemple, député du Lot, qui vient de claquer la porte des Républicains. Est-ce que vous allez claquer la porte ?
Est-ce que François Ruffin va claquer la porte ? Écoutez, à l'évidence, ça ne va pas pouvoir continuer à la France insoumise comme avant. Mais ce n'est pas le sujet du moment. Et je pense que là, dans les trois jours qui nous restent avant le 30, mais aussi avec le 7 juillet en ligne de mire, puisque le deuxième tour sera une nouvelle aussi élection, nous devons l'emporter. Moi, je reste sur ces mots de Victor Hugo. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments. Soyez unis, vous serez invincibles. Donc, celles et ceux qui nous écoutent ne doivent pas perdre de vue avec toutes ces polémiques. Quelle est la réalité de l'enjeu et du choix de société devant lequel nous sommes ?
Ne pas prendre la responsabilité de voir l'extrême droite arriver à la tête du pays en France. Et moi, je veux que le 7 juillet, ce soit une fête pour la France, que la joie et l'espoir prennent le pas sur la peur, sur le ressentiment qui sont les carburants de l'extrême droite. Et je crois que c'est possible. Et je crois que beaucoup peuvent basculer dans les jours qui viennent encore. Merci Clémentine. Et merci Sonia De Villers.
Clémentine Autain