Débat sur l'écologie : retour sur la plénière de novembre 2019
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous, heureux de vous retrouver de nouveau pour vous donner quelques nouvelles à la fin de cette session plénière qui s'achève aujourd'hui à Strasbourg. Cette session évidemment a été marquée par l'événement tragique que nous avons vécu, que nous avons appris au tout début de cette session : la mort de treize soldats français au Mali et nous avons partagé cette semaine un moment d'hommage et une minute de silence ici au Parlement européen de Strasbourg, à l'invitation de toutes les délégations françaises qui ont proposé à tous nos collègues de s'associer à un moment de recueillement.
J'ai été très touché personnellement de voir ce moment d'unité très fort autour de nos soldats, de leurs unités respectives et de leurs familles, auxquelles je pense aujourd'hui dans le deuil infini qu'elles traversent.
Cette solidarité cependant ne peut pas se manifester seulement par un témoignage de soutien, même s'il est très touchant et j'ai eu l'occasion de dire en plénière à nos amis européens qu'il était nécessaire qu'ils viennent en aide à la France dans son effort de lutte contre le terrorisme islamiste, cet effort qui se déploie aujourd'hui au Mali mais qui concerne bien sûr notre sécurité à tous, la paix dans le monde, la protection des minorités partout et notamment des minorités chrétiennes ; et puis, bien sûr, la lutte contre cette idéologie qui menace de déstabiliser nos pays et le monde entier.
Cette semaine de session plénière a été aussi marquée par l'investiture de la nouvelle Commission européenne. Nous sommes contents de pouvoir enfin rentrer dans le travail législatif puisque il fallait pour cela que la commission soit investie et nous allons maintenant pouvoir commencer à travailler de façon plus intense sur le contenu. J'ai trouvé ce processus long, et sans doute trop long, trop compliqué et trop peu lisible et j'aurai l'occasion de revenir sur la manière dont on devrait sans doute améliorer la façon dont l'action européenne est menée, mais au moins voilà , cette page se tourne et nous pouvons enfin rentrer dans le vif du sujet, et c'est une grande satisfaction.
Et puis nous avons voté aujourd'hui en particulier quelques textes importants et je voudrais m'arrêter sur un cas particulier : un sujet qui sera un peu le thème de la semaine et qui est celui de l'écologie. Nous avons eu l'occasion de voter aujourd'hui deux résolutions : l'une qui concerne l'urgence climatique et l'autre qui concerne la préparation de la COP 25. Dans ces deux textes, il y avait des déclarations très fortes proposées par certains groupes, qui proposaient par exemple d'installer un « état d'urgence climatique ».
Ces textes ont suscité un grand débat, notamment parce que chez beaucoup de nos partenaires européens, l'expression « d'état d'urgence » voudrait dire « la levée de l'état de droit » et qu'il y a une vive inquiétude sur la manière dont un tel tel terme pourrait être employé. C'est la raison pour laquelle nous avions des réserves quant à ce terme. Mais pour notre part, nous les élus de la délégation française du PPE, nous avons voté en faveur de ce texte qui nous paraissait contenir des éléments positifs et qui allaient dans le bon sens. Cela étant dit, nous avons malgré tout un désaccord majeur sur la manière de prendre en considération la question écologique.
Il y a dans ce Parlement des gens qui préfèrent agiter des concepts plutôt que proposer des réponses concrètes et nous sommes du côté d'une écologie concrète, raisonnable d'une écologie qui puisse prendre en considération la nécessité des mesures dont nous avons besoin pour faire face aux défis qui sont réellement devant nous. Prenons en un seul exemple. Dans l'une de ces résolutions était contenu un paragraphe qui invitait à condamner l'énergie nucléaire et à y mettre définitivement fin le plus rapidement possible. Il y a là une espèce de contradiction absurde.
Bien sûr, le nucléaire pose des questions et notamment des questions de sécurité et nous devons d'ailleurs continuer de développer notre compétence technique pour être toujours plus performants dans la manière de prendre en considération les problèmes ou les questions que peut poser cette énergie. Sans doute faut-il aussi continuer la recherche pour que demain, dans un avenir plus lointain, nous puissions trouver d'autres manières de produire de l'énergie qui ne présentent pas les risques que peut représenter l'énergie nucléaire. Il n'en reste pas moins que si nous sommes vraiment dans un « état d'urgence climatique ».
si nous devons limiter au maximum les émissions de carbone dans la production d'énergie, alors il faut faire avec les ressources qui sont aujourd'hui à notre disposition et évidemment le nucléaire en fait partie car le nucléaire, comme vous devez le savoir, produit une énergie qui n'est pas carbonée. Je ne dis pas encore une fois que nous devions défendre le nucléaire à tout prix, que nous devrions être irrationnels ou idéologues sur ce plan-là . Mais nous ne devons pas non plus être idéologues contre une solution qui nous permet aujourd'hui dans notre mix énergétique, en France par exemple, de produire l'une des énergies les plus propres du monde.
Mettre fin au nucléaire comme d'autres pays européens l'ont fait de manière brutale et irréfléchie, ce serait réouvrir des productions de charbon, ce serait recommencer à produire une énergie beaucoup plus carbonée, beaucoup plus coûteuse. Nous n'en n'avons même pas les moyens d'ailleurs, d'un pur point de vue budgétaire. Et nous avons par conséquent soutenu l'amendement qui était proposé par l'un de nos collègues Christophe Grudler, nous avons soutenu l'amendement, nous, le PPE.
Nous avons d'ailleurs nous la délégation française pesée au PPE pour que notre groupe vote en faveur de cet amendement qui indiquait que l'énergie nucléaire pouvait faire partie des solutions nécessaires pour pouvoir mettre en œuvre cette transition vers une énergie décarbonée. Je crois que ce qui est en jeu ici, c'est la simple raison. C'est le fait de prendre avec sérieux les problèmes qui sont devant nous. L'inquiétude écologique est légitime. Nous la partageons. Elle suscite une émotion parfaitement compréhensible.
Mais je l'ai dit en séance plénière : le travail des politiques, c'est de répondre à l'émotion par la raison et il me semble qu'aujourd'hui, nous sommes bien souvent piégés par une espèce de spirale, qui nous conduit à répondre à l'émotion par la déraison et par une espèce d'aveuglement collectif qui est finalement, d'une certaine manière, très idéologique. Nous avons aussi voté sur plusieurs textes qui contribuent à défendre cette vision de l'écologie que nous avons porté tout au long de notre campagne.
Nous avons par exemple voté en faveur de l'installation d'une taxe carbone à l'entrée des frontières extérieures de l'Europe pour que ceux qui produisent à l'extérieur de l'Europe et qui importent sur notre marché subissent les contraintes que nous imposons à nos propres producteurs et ainsi pour rééquilibrer la mondialisation, redonner de l'oxygène à nos entreprises et faire en sorte que nous puissions mettre fin à ces flux devenus fous, qui constituent pour une part d'ailleurs le problème écologique.
Et puis nous avons, parce que beaucoup d'agriculteurs aujourd'hui sont en train de manifester pour dire leur inquiétude devant l'avenir de cette filière – je me permets de le signaler – nous avons voté contre l'entrée sur le marché européen de bœuf aux hormones. Nous avons voté un amendement qui était déposé par un autre groupe que le nôtre, mais parce qu'il portait aussi cette vision que nous avons : nous voulons dire la nécessité de préserver notre marché de cette agriculture que nous ne voulons pas, et nous devons refuser d'importer ce que nous nous interdisons de produire.
C'est une manière, je le crois de redonner des perspectives à notre agriculture dont nous avons tellement besoin parce qu'elle produit aujourd'hui l'alimentation la plus saine, dans le monde entier, celle qui respecte le plus les normes environnementales. à€ tous ceux qui pratiquent l'agri-bashing nous devons dire avec fermeté que tout ce que nous ferons contre l'agriculture européenne, tout ce que nous ferons contre l'agriculture française, nous le ferons contre l'environnement et contre l'écologie.
Voilà l'actualité de cette session plénière, il faudrait parler de beaucoup d'autres sujets, mais nous nous retrouverons dans quelques jours, dans quelques semaines, pour la suite de ces comptes-rendus. D'ici là , merci encore de suivre avec tant d'attention le travail que nous menons avec tous mes collègues ici au Parlement européen dans la délégation du PPE, la délégation française. Merci encore et à très bientôt.
François-Xavier Bellamy