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interviewC à vous· 21 mars 2026 15 min

Guerre au Moyen-Orient : l’impact sur la vie des Français - Le 5/5 de d’Amandine Bégot

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Amandine, ça y est, on connaît le nom du successeur du navire Charles de Gaulle. -A.Bégot: C'est l'une des images de la semaine.

Emmanuel Macron s'est rendu mercredi dans la région de Nantes, sur le chantier du futur porte-avions, un chantier colossal. Je vous rappelle quelques chiffres : plus de 10 milliards d'euros sur 20 ans, 14 000 emplois pour un navire de 77 000 tonnes, soit 2 fois presque le Charles de Gaulle. Et donc, un nom en hommage à l'esprit de résistance. -Notre nouveau porte-avions portera le nom de France libre.

Dans ce nom passe la mémoire des femmes et des hommes qui se sont dressés face à la barbarie, unis pour sauver la patrie, déterminés à défendre une certaine idée de notre nation. -A.Bégot: Bonsoir, Michel Goya.

Merci de nous avoir rejoints sur le plateau de "C à vous". Vous êtes historien, colonel, ancien officier des troupes marines. Un mot d'abord sur le nom.

Ce n'est pas anodin, le choix du nom d'un porte-avions. -M.Goya: Non, bien sûr.

C'est le plus gros bâtiment, le plus grand, le plus puissant jamais construit par la France. Donc, il représente aussi d'une certaine façon la France. Donc, c'est un choix qui n'est évidemment pas anodin, d'autant plus que ce nom, il va le garder pendant 40 ans, 50 ans, peut-être plus.

Donc, oui, c'est extrêmement important et c'est pour ça que ça se décide au plus haut niveau de l'Etat. -M.Bouhafsi: Erik Orsenna, il y a d'ores et déjà un débat.

Est-ce qu'on doit dire le France Libre ou la France Libre ? -E.Orsenna: C'est le génie de la France des faux débats, surtout en guerre.

Je veux dire, et puis, c'est voilà...

C'est la France. La France, pour l'instant, c'est féminin. Donc, vive la France Libre. -Y.Goosz: La pratique... -E.Orsenna: Oui.

Je sais, je sais. La pratique est...

On dit : "Dans la marine marchande, c'est différent. "Dans la Marine nationale, c'est différent, etc." Quel est l'enjeu d'un porte-avions ?

A quoi ça sert ? Que la France soit libre, donc c'est la France Libre. -M.Bouhafsi: Il a tranché, Erik Orsenna. -Y.Goosz: L'Académie française a parlé. -A.Bégot: C'est clair.

Pourquoi c'est si important, on revient à l'aspect militaire, de disposer d'un tel porte-avions ? Plein de gens nous regardent et doivent se dire : "Tous ces milliards "alors qu'on nous demande de serrer partout, "est-ce que ça vaut la peine ?" -M.Goya: Oui, bien sûr...

Après, on se rend compte que ces milliards...

C'est 10-15 milliards pour un engin qui, je le rappelle, va durer 60 ans. Ils auraient été utilisés ailleurs, mais dans le monde militaire. A la place, on aurait peut-être construit des sous-marins ou des frégates, des choses comme ça.

Le choix qui a été fait, c'est un porte-avions, de type particulier, c'est-à-dire un nucléaire, évidemment, mais techniquement, on appelle ça un CATOBAR. C'est-à-dire qu'il a des catapultes, il peut propulser des avions puissants. Ca lui donne une capacité qui est beaucoup plus importante que les petits porte-avions et porte-hélicoptères dont beaucoup de pays disposent.

Et ça, on le voit bien d'ailleurs actuellement. C'est-à-dire que c'est une capacité de projection, de puissance au loin, hors de tout territoire. C'est-à-dire qu'à partir d'un porte-avions, vous êtes en pleine mer, vous faites ce que vous voulez, vous demandez l'autorisation à personne pour traverser le ciel.

Et donc, c'est un atout de puissance incontestable pour la France. -M.Bouhafsi: Est-ce qu'il y a un intérêt encore d'avoir un tel porte-avions dans des conflits comme l'Iran ou l'Ukraine, alors qu'on doit faire face à des attaques de drones ?

Il y a que des drones aujourd'hui en Iran ou en Ukraine. -M.Goya: Oui, mais...

Comment dire ? Si vous observez...

L'un n'exclut pas l'autre. Bien sûr qu'il faut aussi faire notre révolution en matière de drones, de combat de drones à terre, de combat de drones dans le monde aérien. Mais vous voyez, par exemple, les porte-avions américains qui sont déployés actuellement face à l'Iran, notamment le Lincoln dans la mer d'Oman, en fait, il est loin et il va résister aux drones.

C'est pas le porte-avions, le problème. Le problème qui se pose avec ce type d'engins ou les drones navals, c'est quand on s'approche des côtes. Vous avez un autre problème que l'on voit effectivement dans cette guerre, c'est celui de la navigation près des côtes qui sont effectivement truffées de batteries anti-navires, de vedettes rapides, de drones en tout genre, volants, navals, sous-marins, des mines éventuellement, etc.

C'est là, la vraie difficulté. -M.Bouhafsi: Le nom de ce nouveau porte-avions a été annoncé dans un contexte bien particulier, en plein conflit au Moyen-Orient. -A.Bégot: On l'évoquait à l'instant.

Une guerre qui a franchi un nouveau cap ces derniers jours, virant plus que jamais à la bataille de l'énergie. L'Iran a touché cette semaine le plus grand site de production de gaz naturel liquéfié au monde, qui est au Qatar. Résultat : le prix du gaz européen a bondi immédiatement, +35 % jeudi matin, juste après cette attaque.

Et d'autres installations énergétiques, des sites de production ont également été touchés dans d'autres pays du Golfe. Ca a été le cas en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. "Escalade inconsidérée", dit Emmanuel Macron. -Cette escalade est inconsidérée.

Nous défendons l'idée d'un moratoire sur les infrastructures et les personnes civiles dans ce conflit. La France défend, comme à chaque fois, le retour à la négociation, le retour au dialogue, la désescalade dans la région. -A.Bégot: Michel Goya, l'énergie, le gaz, le pétrole sont devenus des armes pour l'Iran ? -M.Goya: Bien sûr.

On est dans une situation où le régime lutte pour sa survie, en réalité. Il s'est lancé dans une campagne tous azimuts, une campagne globale ou une certaine façon de terre brûlée, de recherche du chaos, avec certainement cette idée de faire pression, par différents moyens sur Donald Trump. -A.Bégot: Sur les populations et les économies mondiales. -M.Goya: Sur les économies mondiales, sur le prix du gallon de carburant aux Etats-Unis, sur tous les alliés de la région, en espérant que tout le monde se retourne vers Donald Trump en disant "OK, on arrête, ça va trop loin, on ne peut plus continuer." -M.Bouhafsi: On a sous-estimé la force du régime iranien ? -M.Goya: Normalement, on n'aurait pas dû.

Il n'y a rien de surprenant dans ce qui est en train de se passer, militairement. -A.Bégot: Ce qui se passe, tous les militaires le savaient. -E.Orsenna: Bloquer le détroit d'Ormuz. -M.Goya: Bien sûr, c'était évident.

En tout cas, c'était une hypothèse. Les militaires travaillent sur plusieurs hypothèses de ce que va faire l'ennemi après l'avoir attaqué, ses réactions. Il y avait une hypothèse minimale où on pouvait se dire que l'Iran n'allait attaquer qu'Israël par exemple, que ses agresseurs, Israël et les bases américaines dans la région.

Il y avait d'autres hypothèses tous azimuts où ils allaient attaquer partout. Il fallait le prendre en compte. Dans toutes ces hypothèses, il y a celle évidemment du blocage du détroit d'Ormuz. -A.Bégot: C'est un excès de confiance de Donald Trump, de la naïveté ?

Comment vous, vous l'interprétez ? -M.Goya: Probablement une méconnaissance du problème et même de l'ennemi, je dirais.

Quand vous entendez Donald Trump, quand il cite ses sources, quand il cite Jared Kushner, il cite Steve Witkoff, Pete Hegseth, c'est-à-dire des gens qui ne connaissent absolument rien au dossier. "C'est eux qui m'ont dit que l'Iran n'allait pas répliquer, "que l'Iran allait s'effondrer." Il y a un problème de prise de décision au plus haut sommet de l'Etat américain, c'est clair. -M.Bouhafsi: Cette guerre a déjà des conséquences très concrètes sur le quotidien des Français. -A.Bégot: +30 % pour les prix du carburant.

Depuis la fin du mois de février, le budget auto moyen des Français progresse, c'est automatique. +18 euros en moyenne par mois. Vous êtes de plus en plus nombreux à songer à passer à la voiture électrique.

Les recherches, en tout cas sur Internet, ont bondi : + 91 %. Autre solution, moins coûteuse d'ailleurs, peut-être passer au bioéthanol. Depuis quelques jours, ce garage d'Herblay dans le Val d'Oise est assailli de demandes. -C'est électronique. c'est une petite carte qu'on installe, un petit boîtier qui se trouve ici, qui amplifie le signal des injecteurs de manière à rendre compatible le véhicule au superéthanol.

Ca démarre à 650 euros approximativement, et ça peut aller jusqu'à 1 200-1 300 euros, suivant les véhicules et le nombre de cylindres. Depuis vendredi dernier, on était à peu près à une demande de 5-6 devis par semaine. Là, c'est par jour. -A.Bégot: Est-ce vraiment la solution pour éviter de voir son budget plombé par les prix de l'essence ?

Est-ce vraiment rentable ? On a posé la question à Christophe Bourroux, spécialiste auto RTL. -Contrairement aux idées reçues, il n'y a aucune contre-indication à faire installer un boîtier.

Vous n'aurez pas d'ennuis avec votre constructeur automobile. Le bioéthanol est beaucoup plus écologique. Pour preuve, il est moins taxé, raison pour laquelle il a une fiscalité très intéressante et on peut l'avoir à la pompe aujourd'hui aux environs de 80 centimes le litre.

C'est donc 1 euro de moins que le sans plomb traditionnel. Si vous avez une voiture essence, pour moi, c'est le vrai bon plan et c'est valable pour toutes les voitures, aussi bien votre Twingo que votre Ferrari. -M.Bouhafsi: Autre conséquence de cette guerre dans nos supermarchés. -A.Bégot: Les Français commencent à faire des provisions : conserves, pâtes, riz, huile, les ventes de ces produits dits de précaution ont progressé la semaine dernière de façon atypique. -On comprend que les gens, avec tout ce qui se produit aujourd'hui, soient dans la panique et se sentent obligés de stocker et d'avoir peur de manquer. -3 boîtes de sardines, 2 boîtes de thon, une boîte de maquereaux, par précaution. -Pendant le Covid, c'était la même chose.

Même le papier toilette. Tous les gens se ruaient dessus. -A.Bégot: L'institut Circana a comparé les chiffres avec ceux de l'an dernier.

Comportements qui rappellent ceux qu'on avait connus en mars 2020 à l'approche du premier confinement, ou encore en mars 2022, après le début de la guerre en Ukraine. -On a peut-être des Français qui ont peur d'une contamination, d'une extension du conflit et s'y préparent. Ensuite, il y a de manière beaucoup plus rationnelle, l'anticipation des conséquences possibles du conflit sur les filières d'approvisionnement.

C'est l'effet de meute assez classique. Vous vous dites : "Si je stocke pas, quand je vais vouloir "acheter des produits, les autres se seront déjà servis, "il n'y en aura plus." Ca dit des choses sur une partie de l'opinion publique qui est un peu à fleur de peau.

Les Français sont inquiets, et un facteur supplémentaire d'inquiétude peut créer des comportements irrationnels. -M.Bouhafsi: Au rayon musique, c'est un peu "Retour vers le futur." -A.Bégot: Le marché du vinyle dépasse désormais celui des CD en valeur.

Près de 6 millions de vinyles vendus l'an dernier en France pour un total et c'est ce chiffre qui est important de 113 millions d'euros de chiffre d'affaires, trois fois plus qu'il y a un an. Preuve que la musique physique, comme on dit, n'est pas morte, loin de là. Démonstration chez ce disquaire en plein centre de Paris. -De plus en plus de gens viennent.

On a des gens qui collectionnaient des vinyles depuis 30 ans, 40 ans et qui continuent leur collection et on a des gens, même de plus en plus jeunes. On a des ados. Les jeunes, ce qui est marrant, c'est qu'ils ont grandi dans un monde où le streaming était la norme, où on payait pas pour de la musique.

Maintenant, ils ont un besoin de posséder l'objet. Il y a vraiment un lien qui se crée avec leurs artistes préférés. C'est une forme de soutien, c'est une forme d'adhésion, qui se matérialise par l'achat de musique. -A.Bégot: Voilà qui dope la croissance de l'industrie musicale : + 3,9 % en 2025.

C'est la 10e année consécutive de hausse pour le marché français. La France reste ainsi la sixième puissance musicale mondiale. -M.Bouhafsi: On est toujours en train de parler des streamings, ces jeunes qui écoutent les plateformes, ça veut dire que les Français sont attachés au physique, aux disques, aux vinyles ? -E.Orsenna: Sur les questions de base.

On a oublié la souveraineté, on a oublié la dépendance. On pensait que tout était...

Regardez les dernières nouvelles sur les data centers. Vous voyez qu'un pays comme l'Irlande, quasiment la moitié de son électricité, est utilisée par les data. L'artificiel, le naturel revient, rappelle sa réalité face à l'artificiel.

Il n'y a pas que le numérique, il n'y a pas le virtuel. Là c'est comme ça, c'est les matières premières, c'est les menaces, les méchants, c'est le réel. -M.Bouhafsi: Vous les connaissez, les méchants ?

Michel Goya, fait "oui, oui." -E.Orsenna: Tu les connais. -M.Goya: Quelques-uns. -E.Orsenna: Même pas besoin de la génétique. -M.Bouhafsi: Un grand mystère du monde de l'art. -A.Bégot: Des années que journalistes et passionnés cherchent à identifier le vrai nom de Banksy, cet artiste connu dans le monde entier pour ses pochoirs, notamment pour celui-ci, "La Petite Fille au ballon".

Des journalistes de l'agence américaine Reuters assurent avoir découvert qui est Banksy, après une très longue enquête publiée le 13 mars dernier. Ils ont interrogé des proches de l'artiste, aucun n'a voulu donner son vrai nom, mais en recoupant un certain nombre d'informations, en fouillant des archives un peu partout dans le monde, aux Etats-Unis ou en Ukraine, ils ont acquis la certitude qu'il n'était autre que Robin Gunningham, né à Bristol en 1973, nom qui avait déjà été cité dans une précédente enquête en 2008. Les avocats de Banksy leur avaient déconseillé de publier ce nom. -Je ne pense pas que de connaître son nom ou son prénom va changer quelque chose.

Vous connaissez le nom de Kool and the Gangs ? Boney M. ?

Non ! C'est-à-dire que c'est l'oeuvre qui est intéressante, mais on se fixe sur l'anonymat parce qu'actuellement, on peut tout savoir en deux secondes sur Internet. Le fait qu'on n'arrive pas à savoir quelque chose, ça nous excite, mais c'est la qualité de l'oeuvre qui fera toujours l'artiste.

Un artiste qui ne veut pas déclarer son identité, on doit apprendre à le respecter. Ce nom, ça ne change rien. Ca ne va pas rendre une oeuvre plus belle ou moins belle. -M.Bouhafsi: On termine avec le sourire. -A.Bégot: Deux nouveaux pensionnaires au zoo de La Flèche, dans la Sarthe.

Ce sont deux girafons nés à deux mois d'intervalle. Une petite femelle qui était née de décembre et un mâle arrivé en février dernier. Les premières images ont été diffusées cette semaine.

Lui a surpris les voyageurs d'un aéroport australien. est-ce que vous le voyez ? Un petit opossum, un vrai, qui s'est réfugié au milieu des peluches de cette boutique de souvenirs.

Je pense qu'il a plus peur que ceux qui l'ont surpris. Enfin, notre chouchou, la mascotte de "C à vous", Punch, ce petit singe abandonné à la naissance par sa maman. On avait bien sûr craqué.

Pour ceux qui auraient raté quelques épisodes en le voyant traîner son doudou partout. Ca se confirme, je vous l'avais dit, il commence à s'intégrer parmi les autres singes du zoo japonais. Il s'est trouvé désormais une petite copine.

Prénom de l'heureuse élue : Moe. C'est joli. -M.Bouhafsi: On est tous amoureux de Punch.

Il y a des bonnes nouvelles. Le monde va moins mal qu'on ne le dit. Punch a trouvé une amoureuse.

Je rigole, bien évidemment. Merci à vous, Erik Orsenna. Merci à vous Didier Seban, merci à Damien Delseny.