Manon Aubry appelle à "faciliter l'inscription sur les listes électorales"
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Votre invité ce matin, Pierre-Hugues et Manon Aubry, tête de liste pour la France Insoumise aux élections européennes. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Et merci d'être avec nous ce matin. Nous vous recevons comme toutes les autres têtes de liste aux élections européennes. Quoi que la France Insoumise, ce sera cet après-midi que vous présenterez votre liste à la presse. L'officialisation de votre candidature. Alors, on imagine bien que vous ne pouvez pas tout nous dire. Mais je pose tout de même la question.
Qui seront vos numéros 2 et numéro 3 ?
Ce sera une liste à l'image de la France et de la société. Ce sera une liste qui s'adressera à tous les orphelins de la NUPES. Parce que je crois qu'on est nombreux dans ce pays à avoir cru en l'espoir de l'unité de la gauche derrière un programme ambitieux.
Des espoirs un peu envolés ?
Je pense que certaines directions politiques n'ont pas été à la hauteur de ces espoirs. Mais je pense que cet espoir n'est pas parti dans le cœur et la tête des gens. Et donc cette liste sera aussi à cette image-là, avec notamment des gens qui ont siégé sur les bancs d'Europe Écologie, Les Verts par exemple, pour essayer de réunir toutes celles et tous ceux qui ne se résolvent pas à cette espèce de duo entre d'un côté les macronistes et de l'autre l'extrême droite, qu'on nous présente un peu comme une fatalité. Mais moi je pense qu'on peut battre les macronistes et affaiblir l'extrême droite et tracer des perspectives pour demain.
Pour autant, les élections qui auront lieu le 9 juin prochain ne passionnent pas. Tant et si bien que de nombreux Français ne sont pas inscrits ou mal inscrits sur les listes électorales. Ça vous inquiète à la France Insoumise ? Craignez-vous que l'abstention vous soit particulièrement défavorable ?
L'abstention elle est d'abord défavorable à la démocratie. Quand vous avez dans notre pays 12 millions de personnes qui sont mal inscrites ou pas inscrites sur les listes électorales, c'est 20% du corps électoral. 12 millions de personnes mal inscrites ou pas inscrites, c'est des personnes qui ne pourront pas voter le jour du scrutin, le 9 juin prochain. Et quand on a un cinquième de l'électorat qui ne peut pas voter, oui bien entendu que ça doit inquiéter tous les démocrates de notre pays, quelles que soient les couleurs politiques.
Et je suis surprise que nous soyons les seuls à mener une campagne d'inscription sur les listes électorales, là où finalement on devrait utiliser les ondes publiques, ce serait le ministère de l'Intérieur qui devrait mener cette campagne, comme si finalement il se complaisait dans un vote qui est dans une certaine mesure censitaire quand vous avez un cinquième de l'électorat qui ne peut pas voter.
Rendre le vote obligatoire comme c'est le cas par exemple en Belgique, ça pourrait être une solution ?
C'est une des pistes qu'on peut explorer. Moi je pense qu'il faut d'abord s'assurer que les gens soient inscrits sur les listes électorales et après chacun décide de pouvoir voter ou non. Mais en tout cas il faut faciliter l'inscription. Et ça le gouvernement ne le fait pas, parce que manifestement chacun a pris l'habitude qu'une grande partie de notre électorat, des jeunes en particulier, des gens qui ont déménagé, ne puissent pas voter. Et je pense qu'à la fin on est tous perdants et c'est la démocratie qui est d'abord perdante.
Le gouvernement ne le fait pas, dites-vous, pour autant la France insoumise, elle le fait. Elle a lancé une campagne de communication ciblant explicitement des journalistes. Nathalie Saint-Cricq vote et vous, interroge cette campagne. Vous ciblez des personnes aux opinions présumées contraires aux vôtres. Les attaques à dominem, c'est la patte insoumise.
Vous pensez que c'est une insulte de dire que quelqu'un vote ? Je vous donne un scoop aujourd'hui. Je vais proposer une affiche Manon Aubry vote et vous. Et on pourrait le faire d'ailleurs pour chacun de nos adversaires politiques, de nos concurrents. Il est une évidence que ceux qui sont vus à la télé votent.
Vous avez choisi des personnalités en particulier ?
Oui bien sûr, mais on pourrait choisir plein d'autres personnalités. L'idée derrière c'est de dire aux gens, mais regardez, eux ils votent. Ceux que vous voyez à la télé, ils votent. Mais pourquoi ? Demandez-vous si vous avez le droit et le pouvoir de voter. Bien sûr que vous avez le pouvoir. Maintenant il faut que vous en ayez le droit en étant bien inscrit sur les listes électorales. Et quelque chose me dit que si on n'avait pas fait cette campagne, on n'en aurait même pas parlé. Donc là je suis ravie qu'on ait passé un peu de temps sur vos ondes à en parler. Je le dis à tout le monde, vous pouvez aller vérifier onvoteinsoumis.fr.
On a facilité le travail pour vous, que vous votiez insoumis ou pas à la fin. Mais vous pouvez vérifier si vous êtes bien inscrit sur les listes électorales. On a fait vérifier des milliers de personnes. Et de nouveau je pense que c'est une campagne qui devrait être menée par le ministère de l'Intérieur plutôt que par nous.
Ça n'est pas un peu frustrant parfois Manon Aubry d'être candidat à une élection qui n'intéresse pas grand monde ?
Alors vous savez, on nous dit souvent que ça n'intéresse pas grand monde. Vous avez raison, le taux de participation n'est pas suffisant. C'était à peu près 50% des gens la dernière fois qui ont voté. Mais le taux de participation était déjà plus élevé qu'aux élections legislatives. Donc quelque part les députés européens ont un peu plus de légitimité que les députés nationaux.
Plus de légitimité, les députés nationaux sont tout de même élus conformément, démocratiquement.
Non, bien sûr. Je veux dire légitimité démocratique au sens de la participation. Évidemment tous les députés, tous les élus, quel que soit le taux de participation, ils ont été élus dans un cadre démocratique. Loin de moi l'idée de remettre ça en cause. Mais ce que je veux dire par là, c'est qu'on nous avait dit que personne ne voterait. Et finalement les gens ont quand même voté. Donc la campagne commence. Et on voit dans les débats qui ont eu lieu ces dernières semaines sur les accords de libre-échange par exemple. C'est voté au Parlement européen. Mon groupe de la gauche que je co-préside est le seul groupe à n'avoir jamais donné aucune voix aux accords de libre-échange.
C'est très concret dans la vie des gens. C'est très concret pour les agriculteurs quand on les soumet à une concurrence déloyale de lait, de viande, de fruits et légumes qui viennent de l'autre bout du monde alors qu'on en produit ici. Et nous on continuera à s'y opposer avec fermeté. Mais je vous prends cet exemple.
L'agriculture, je vous propose d'y venir dans une poignée de secondes. Mais d'abord peut-être l'écologie. Puisque c'est vrai que l'Europe paraît très lointaine. Et pour autant elle a des conséquences très concrètes sur nos vies. Ainsi le Parlement européen a voté récemment pour un texte visant à réduire les déchets d'emballage. Notamment ceux à usage unique. L'Europe pour le point de l'écologie, est-ce que c'est le bon échelon Mano Aubry ?
En tout cas c'est un échelon qui est utile et nécessaire. Mais qui n'est pas à la hauteur pour être très franche les objectifs.
Et vous quelles sont vos propositions là-dessus sur l'écologie ?
D'abord ça fait le lien avec les accords de libre-échange. On ne peut pas continuer à importer des quatre coins du monde. Des choses qu'on produit déjà ici. Donc c'est pour ça que nous nous sommes les seuls à nous opposer fermement à tous les accords de libre-échange.
Tous ? Sans exception ?
Oui ça ne veut pas dire la fin des échanges. Mais ça veut dire la fin de l'absence totale de barrières douanières. De nouveau, l'accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande c'est le premier exportateur de lait au monde. La Nouvelle-Zélande ça va à 20 000 km d'ici. Nos producteurs laitiers ils n'arrivent pas à écouler leur stock. Ils n'arrivent pas à vendre de leur travail. Et on va faire venir du lait qu'on met sur des portes-conteneurs qui font trois fois le tour de la planète avant de venir ici. Ça n'a aucun sens.
Le principe d'un accord de libre-échange c'est la réciprocité aussi. C'est qu'on envoie aussi des choses à la Nouvelle-Zélande si vous prenez cet exemple. Concrètement, quel accord on stoppe ? Comment on fait ?
Eh bien on se pose une question. Les territoires européens doivent respecter les mêmes normes sociales et environnementales. Ça paraît une évidence et pourtant ce n'est pas le cas.
La clause miroir.
Oui mais c'est...
Vous n'êtes pas les seuls à soutenir cette proposition.
Mais ça va au-delà qu'une clause miroir qu'on inserrait si et là. D'ailleurs qu'on nous avait promis dans les accords et que finalement on n'a pas inséré. Donc il faut s'assurer que tout ce qui a été produit, par exemple là on négocie un accord avec le Mercosur. Il y a 30% des pesticides qui sont autorisés au Brésil, qui fait partie du Mercosur, qui sont interdits dans l'Union Européenne. Donc on ne va pas consommer des trucs qui nous empoisonnent et qui sont interdits à raison dans l'Union Européenne et les faire venir dans le territoire de l'Union Européenne. Ça crée évidemment la concurrence déloyale et évidemment par ailleurs c'est aussi mauvais pour notre santé.
Donc là voilà un exemple précis de cohérence en matière économique.
Ça peut être dangereux pour l'économie tout de même la fin de ces accords de libre-échange.
Mais vous savez ce qui est d'abord dangereux pour l'économie et pour nos agriculteurs, c'est la pression indécente qui s'exerce de la part de l'agro-industrie. Je pense à Lactalis et à d'autres qui maximisent ses bénéfices et ses profits qui ont augmenté de 70%, qui augmentent les prix à la consommation. Et je pense à tous ceux qui nous écoutent et qui ont vu le prix du beurre, le prix du lait, etc. augmenter. Et de l'autre côté, la rémunération des agriculteurs qui baisse. C'est bien qu'il y a un problème et qu'au milieu il y en a qui se gavent, c'est l'agro-industrie. Et c'est ça aujourd'hui la menace économique pour nos agriculteurs et pour notre économie.
Et c'est la raison pour laquelle nous proposons de bloquer les marges de ces agro-industries pour aussi bloquer les prix et faire baisser les prix à la consommation pour les gens qui je pense doit être une priorité absolue face à l'inflation à laquelle on fait face.
A l'échelon européen, vous faites comment ?
Sur le blocage des marges, c'est tout à fait possible. Il y a eu une brèche qui a été ouverte au niveau européen. On a gagné quelques victoires culturelles ces dernières années au niveau européen. Et notamment une petite taxe sur les super profits des entreprises énergéticiennes. On se souvient au moment de la crise énergétique, les entreprises notamment dans le gaz, dont les profits ont explosé. Une toute petite taxe qui a été introduite, à mon sens largement insuffisante. Mais ça a été fait dans le secteur énergétique, pourquoi pas dans le secteur agro-industriel. Et en tout cas, moi, c'est la proposition que je fais à votre antenne.
L'enjeu derrière, c'est de pouvoir faire en sorte qu'on n'ait pas une toute petite poignée d'entreprises qui fait un maximum de profits, qui exploite les agriculteurs, notamment derrière, et qui fait exploser les prix à la consommation. Tout le monde sera gagnant. Le consommateur, les agriculteurs. Et puis, si une toute petite poignée d'actionnaires est perdante, je pense qu'on s'en portera tous mieux.
Lors de la récente crise des agriculteurs, ces normes européennes étaient au centre de la colère paysanne. Est-ce que vous allez vous engager pour alléger le poids normatif qui, au dire des principaux intéressés, les étouffent ?
Mais ça dépend de quelles normes on parle. Si l'on parle, par exemple, de normes sur la santé des agriculteurs, c'est des normes qui les protègent, en réalité. Si l'on parle de normes pour faciliter l'accès au financement de la politique agricole commune, bien entendu qu'il faut faciliter. J'ai croisé plein d'agriculteurs qui me disent « Mais on va faire un immense dossier pour toucher 400 euros de PAC à l'année, c'est un problème. » D'ailleurs, nous, on veut changer la logique de la politique agricole commune.
La France en est le premier bénéficiaire.
Bien sûr, et je pense qu'elle doit en rester le premier bénéficiaire puisqu'on est le premier producteur agricole européen. Mais il faut faciliter et changer le rationnel derrière la politique agricole commune qui rémunère à l'hectare, donc qui favorise les immenses agro-industries au détriment des petites exploitations agro-paysannes. À ce qu'on appelle à l'actif, notamment lié au nombre d'employés, ça va favoriser l'emploi et ça va favoriser des plus petites structures qui jusqu'à présent, je pense, à des maraîchers.
Typiquement, un maraîcher, on en a tous autour de chez nous, qui ont 2-3 hectares, la plupart du temps, il ne touche pas de politique agricole commune ou alors il touche peanuts. Eh bien, pour eux, je pense qu'on devrait augmenter la politique agricole commune, par exemple.
Si on fait à l'actif et au nombre d'employés, ça peut aussi favoriser les très grosses exploitations, je pense ?
Non, parce que ce sont souvent des très grosses exploitations qui sont très automatisées et qui utilisent beaucoup de pesticides, ce genre de choses. Et donc, c'est vraiment des grosses agro-industries. Et au contraire, on va plutôt rééquilibrer de cette manière-là. Et c'est une façon de repenser la politique agricole commune qui, à l'origine, quand elle a été créée dans l'histoire, la politique agricole commune, c'était un outil de redistribution et c'était un outil de régulation des marchés.
Et là, en fait, la politique agricole commune ne joue plus du tout ce rôle de régulation des marchés pour faire en sorte que le prix auquel on achète les denrées agricoles permette de rémunérer les agriculteurs. C'est le cœur des revendications à l'heure actuelle. Ils disent, mais on travaille 70, 80, 100 heures par semaine et on n'arrive pas à vivre de notre travail. C'est la moindre des choses. Vous, en tant que journaliste, j'espère que vous ne travaillez pas 80 heures par semaine. En tout cas, je ne vous le souhaite pas. Et vous touchez un salaire... Vous faites une sale tête. Je vais en parler à vos chefs après. Et en tout cas, c'est normal de pouvoir gagner sa vie sur son travail.
Et aujourd'hui, ce n'est pas le cas des agriculteurs. On a un quart d'entre eux qui sont en dessous du seuil de pauvreté. Ce n'est pas normal.
Manon Aubry, vous parlez d'Europe, d'agriculture, d'écologie. Quelle est votre vision de l'Europe ? Vous parliez des traités de libre-échange, par exemple. On a l'impression que parfois, vous prenez une Europe qui se referme sur elle-même, voire une France qui se referme sur elle-même. Est-ce que vous êtes souverainiste ?
La souveraineté, c'est l'expression du peuple par le peuple pour le peuple. Donc, ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Pour moi, c'est l'essence même de la démocratie. Mais vous savez, la question de pour ou contre l'Union européenne, qui, je transforme un peu... Enfin, je traduis votre question. C'est une question, pour moi, qui a un peu dépassé. Parce que si c'est pour davantage de normes protectrices en matière écologique, de faim, par exemple, de l'usage unique du plastique, d'une directive de protection des travailleurs ubérisés, des travailleurs des plateformes, comme on s'est battus depuis cinq ans, évidemment que je dis oui.
Il se trouve que ce dernier texte, par exemple, il est bloqué par Emmanuel Macron. Si c'est pour un texte sur le devoir de vigilance des multinationales, qui a été un de mes grands combats dans ce mandat, qui est un texte qui rend responsables les entreprises, les multinationales dans leur chaîne de production quand elles violent les droits humains ou saccagent l'environnement. Dit autrement que des grandes multinationales arrêtent d'exploiter des enfants ou des travailleurs dans leur chaîne de production et qu'elles rendent enfin des comptes. Eh bien, à ça, je dis oui. Et il se trouve que c'est Emmanuel Macron qui est en train de bloquer ce texte au niveau européen.
Donc, qui est le pro-européen ? C'est Emmanuel Macron ou c'est moi ? À l'inverse, si c'est pour davantage de règles d'austérité, et je lance l'alerte ici, la grande plan d'austérité européenne qui arrive, qui va sacrifier le service public, je dis non.
Ce serait un sujet à part entière. Merci Manon Aubry d'avoir été ce matin l'invité de la matinale. Je rappelle que vous êtes la tête de liste de la France insoumise pour ces élections et qui auront lieu le 9 juin prochain.
Manon Aubry