Laurence Behamou le solitaire du Palais
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- 3:24OuverteRéponse directe
Est-ce que cette mandature a ressemblé à ce que vous imaginiez en arrivant à l'Élysée ?
- 4:33OuverteRéponse directe
Y a-t-il un moment qui vous a marqué dans ce quinquennat ?
- 7:11OuverteRéponse directe
Le palais était-il aussi vide pendant la pandémie ?
- 8:16OuverteRéponse directe
Dans les premiers tours de table scientifiques, quel rôle a joué Didier Raoult ?
- 9:42OuverteRéponse directe
Emmanuel Macron a-t-il plusieurs boucles sur Telegram ?
- 11:25OuverteRéponse directe
Quel rapport Emmanuel Macron entretient-il avec les catholiques ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:50PrésentateurFait
« C'est un petit peu le journal des journaux. En fait, l'agence France Presse, comme les quelques autres agences internationales qui existent, a pour client les médias. »
- 2:23PrésentateurFait
« Emmanuel Macron, avec la bande de trentenaires qu'il a portée au pouvoir, a l'idée de parler directement au français, c'est-à-dire à travers les réseaux sociaux. »
- 3:32PrésentateurFait
« Quand je suis arrivée, donc le 14 mai 2017, j'avoue que je n'avais pas la moindre idée de comment fonctionnait l'Élysée, c'est une forteresse militaire, il y a des hauts murs, à l'intérieur c'est assez secret. »
- 6:01PrésentateurFait
« Pendant la crise des gilets jaunes, il y a eu plusieurs jours, plusieurs samedis vraiment très violents. Il y en a eu un le 8 décembre, et nous, nous avons accès en permanence dans cette salle de presse qui est à l'intérieur de l'Élysée. »
- 7:25PrésentateurFait
« Quand il y a eu le grand confinement, le palais, comme partout, se met en télétravail. Il y a très, très peu de monde à l'intérieur, mais il y a Emmanuel Macron qui n'a aucune envie d'être confiné. »
- 8:29PrésentateurFait
« Emmanuel Macron, dans son envie d'un contact direct, d'avoir des conseillers qui lui parlent directement et n'ont pas les corps habituels, se créent des conseils présidentiels de la ville, de l'Afrique, et en l'occurrence, conseils scientifiques présidentiels. »
- 9:52PrésentateurFait
« Pour faire cette communication avec l'extérieur, qui est quand même une sorte d'obsession, je pense, pour n'importe quel président enfermé dans cette Élysée, il crée des boucles sur Telegram. »
- 11:36PrésentateurFait
« On se rappelle que dans une famille non pratiquante, il a demandé à se faire baptiser à 12 ans. »
- 12:10PrésentateurFait
« Il a fait tout récemment une tribune disant que la science n'était pas en contradiction avec la religion. »
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Il est l'heure, notre grande invitée. Bienvenue à vous qui venez de nous rejoindre au quotidien. Elle observe le président de la République ne rate aucun de ses faits et gestes. Laurence Benhamou est notre grande invitée du matin. Bonjour Laurence. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin dans la matinale RCF. Vous êtes journaliste à l'agence France Presse et vous suivez depuis maintenant 5 ans le président de la République. Vous faites partie des deux journalistes qui sont accrédités en permanence à l'Elysée.
Peut-être juste pour nos auditeurs, parce que moi l'agence France Presse, forcément, ça me parle comme un tout journaliste, mais pour les auditeurs à qui cette notion d'AFP, ça n'évoque pas grand-chose. Comment on peut expliquer ce métier de l'AFP ?
C'est un petit peu le journal des journaux. En fait, l'agence France Presse, comme les quelques autres agences internationales qui existent, a pour client les médias. Donc en fait, quand on écoute un bulletin radio, quand on lit un journal, quand on voit les bandeaux des chaînes d'info, et toutes les informations aussi qui viennent de l'international, d'un maillage de la planète, elles viennent des agences parce que les médias ne sont pas équipés pour mailler tout le territoire. Donc nous, en fait, quand nous donnons une information, on la donne aux médias qui la donnent à leurs auditeurs, à leurs lecteurs.
Et c'est pour ça que quand nous suivons le président de la République constamment, nous pouvons informer finalement toute la population. C'est un rôle démocratique, forcément, puisque c'est comme ça qu'on peut savoir à chaque instant ses actions, ses paroles, ce qui évidemment est indispensable pour comprendre et juger son action.
Un rôle qui est d'autant plus important quand on vous lit Laurence Benhamou dans ce livre, « Le solitaire du palais » chez Robert Lafonque, on se rend compte que ce président de la République-là, il a eu une tendance à très vite verrouiller sa communication, très peu parler à la presse, c'est beaucoup par poule, c'est-à-dire que quand il y a un déplacement, on met un journaliste télé, un journaliste de l'AFP, et les autres vont récupérer un petit peu la matière. Donc c'est par vous quasiment que très souvent l'information redescend sur l'ensemble de la profession.
Paradoxalement, ce verrouillage, en fait, a eu pour conséquence que l'AFP, moi-même et mon binôme, Jérôme Rivet, avons été presque tout le temps présents sur les déplacements, les événements, les discours, etc. Parce qu'en fait, en arrivant, Emmanuel Macron, avec la bande de trentenaires qu'il a portée au pouvoir, a l'idée de parler directement au français, c'est-à-dire à travers les réseaux sociaux. Il est persuadé, son équipe est persuadée, qu'il faut mieux parler sur Facebook, sur Twitter, que de passer par les médias, qui seraient le vieux monde, et que le nouveau monde consiste à s'adresser directement au peuple.
Emmanuel Macron parle même de « mon peuple », c'est intéressant, il veut vraiment établir un contact direct, mais il s'aperçoit assez vite que finalement, évidemment, ce n'est pas comme ça que tout le monde peut l'écouter. On revient aux médias traditionnels, mais le moins possible parce qu'il n'aime pas voir les meutes de perches, de radio, de télé, et donc très peu de journalistes. Conséquence, Jérôme ou moi, soyons clairs, on va être là à chaque fois, et grâce à ça, quelques fois même, seul en fait, seul journaliste, et grâce à ça, on a pu vraiment essayer de comprendre ce que c'est qu'être président.
Justement, est-ce que cette mandature, elle a ressemblé à ce que vous imaginiez quand vous êtes arrivée à l'Élysée il y a cinq ans ?
Quand je suis arrivée, donc le 14 mai 2017, j'avoue que je n'avais pas la moindre idée de comment fonctionnait l'Élysée, c'est une forteresse militaire, il y a des hauts murs, à l'intérieur c'est assez secret. On imagine en fait que tout est organisé, que ça va être très très pensé, prévu, et en fait pas du tout, c'est très artisanal, c'est très improvisé, on réagit aux crises, c'est une toute petite équipe. En fait, je me suis aperçu que les gens qui arrivent le 14 mai 1992 dans des bureaux vides, avec aucun mode d'emploi sur qu'est-ce qu'on fait quand on est président, n'en savent pas tellement plus que moi sur ce qu'il faut faire.
Ils tâtonnent, ils essayent, ils improvisent, ils changent d'avis, ils font des erreurs, et en fait on découvre ensemble ce que c'est que ce travail, cette fonction, et comment l'exercer, et aussi l'aspect communication, mais même sur plutôt la pratique du pouvoir, ils découvrent, Emmanuel Macron le découvre, ses équipes le découvrent.
Justement, dans les découvertes, si on peut le dire ainsi, il y a certaines qui sont parfois un petit peu désagréables, notamment comme le jour où l'équipe d'Emmanuel Macron, à la demande du président, souhaite mettre la presse un petit peu à l'extérieur du Père de l'Elysée, parce qu'il faut bien l'expliquer à nos auditeurs, vous au quotidien, votre bureau, il est à l'Elysée.
Oui, on est les seuls éléments extérieurs de l'Elysée. Les agenciers, c'est six personnes, les quatre agences internationales, dont l'AFP, nous sommes les uniques éléments étrangers à ce corps qu'est l'Elysée.
Et nous avons notre bureau à l'intérieur, fonctionnellement, on vient de temps en temps, on travaille là, on observe le pouvoir, on le commente, on parle avec les conseillers, et effectivement, grâce à ça, nous pouvons embarquer dans un cortège en cas d'imprévu, aller sur le parvis de Notre-Dame quand ça flambe, accompagner Emmanuel Macron devant le collège où était assassiné Emmanuel Paty, et être présent, l'accompagner quand il va voir la veuve de Maurice Audin, sans que ce soit prévu, donc être présent même pour l'histoire.
Justement, quand on parle d'histoire, ce quinquennat, il a quand même été marqué par des éléments totalement imprévus, inimaginables, il y a cinq ans, la crise des gilets jaunes, la pandémie, les différentes affaires en justice. Est-ce qu'il y a un moment, vous, qui vous a un petit peu plus marqué qu'un autre dans tout cela ?
Il y a plusieurs moments intéressants et inattendus. Pendant la crise des gilets jaunes, il y a eu plusieurs jours, plusieurs samedis vraiment très violents. Il y en a eu un le 8 décembre, et nous, nous avons accès en permanence dans cette salle de presse qui est à l'intérieur de l'Elysée, que Emmanuel Macron a finalement renoncé à fermer. Donc, ce 8 décembre-là, je suis allée voir ce qui se passait à l'Elysée, et j'ai découvert un palais retranché, fermé, aucun conseiller n'était là, il n'était pas du tout prévu que je me pointe sur place dans la salle. Un peu un palais de la balle au bois dormant, où les gens à l'intérieur avaient peur.
Enfin, surtout, les conseillers, les équipes avaient peur, imaginaient les meutes, les sans-culottes qui viendraient envahir les bureaux. En revanche, j'ai trouvé les policiers et les gendarmes beaucoup plus calmes, mais c'était quand même une ambiance surréaliste. Et être là, à ce moment-là, dans le cœur du pouvoir, alors que tout autour, il y avait ces émeutes, c'était vraiment assez marquant, en fait.
Est-ce que, justement, au moment de la pandémie, quand tout le monde était retranché à la maison, ou en télétravail, le palais était aussi vide ?
Alors, en fait, quand il y a eu le grand confinement, le palais, comme partout, se met en télétravail. Il y a très, très peu de monde à l'intérieur, mais il y a Emmanuel Macron qui n'a aucune envie d'être confiné. Et très vite, il explique que non, lui, il va faire des visites sur place, là où il pense qu'il doit être auprès des soignants, auprès de l'Institut Pasteur, auprès des fabricants de masques. Et il emmène un seul journaliste, ou très, très, très peu, une toute petite poignée, dont moi. Il se trouve que c'était moi qui étais sur le pont à ce moment-là.
Et donc, je me suis retrouvée pratiquement seule avec lui, seul journaliste avec lui, quand il allait voir les chercheurs au tout début du confinement. On traversait un Paris complètement désert. Le cortège fonçait à toute allure en brûlant les feux rouges. Ce n'était pas la peine, parce que nous étions absolument les seuls véhicules qui se déplaçaient à la surface de la ville. C'était incroyable. Cette atmosphère était incroyable.
Justement, dans les premiers tours de table scientifique qu'ils ont mis en place, vous le dites, dans l'ouvrage, le comité scientifique est constitué. Il y a un élément qu'Emmanuel Macron va amener autour de la table. C'est Didier Raoult.
Voilà. Ce conseil scientifique, en fait, tout au long du quinquennat, Emmanuel Macron, dans son envie d'un contact direct, d'avoir des conseillers qui lui parlent directement et n'ont pas les corps habituels, se créent des conseils présidentiels de la ville, de l'Afrique, et en l'occurrence, conseils scientifiques présidentiels. Il y met des sommités reconnus. Et puis, ceux qu'il a envie de voir là, en l'occurrence, Didier Raoult, qui n'est pas du tout bien accepté par ses pères, qui déjà le regardent avec grande distance. Et toutes ces dizaines de scientifiques viennent le 12 mars matin lui expliquer ce qu'il en est.
Et là, il découvre qu'on s'avance vers des situations à l'italienne et qu'il va falloir confiner. Et il va garder des contacts directs avec Didier Raoult. L'élément extérieur qui, très vite, va claquer la porte de cet organisme, ce groupement-là, parce qu'évidemment, il n'est pas sur la même longueur d'onde. Et ça illustre vraiment comment il veut garder des capteurs, même discutés, discutables, parce qu'il veut s'informer directement et essayer, dans cette forteresse fermée, de parler directement avec l'extérieur.
Et ça passe aussi par certains réseaux sociaux, à l'image de Telegram, qui est un petit service de messagerie sur lequel, vous l'expliquez, Emmanuel Macron a plusieurs boucs qui se supposent les unes aux autres.
Voilà. Pour faire cette communication avec l'extérieur, qui est quand même une sorte d'obsession, je pense, pour n'importe quel président enfermé dans cette Élysée, il crée des boucles sur Telegram. Et évidemment, il y en a plusieurs qui étanches, qui ne savent pas qu'ils parlent avec les uns les autres. Il écoute, il répond quelquefois, « Oui, bien vu, noté ». Alors, les interlocuteurs qui ont donné une idée sont très très contents, d'autres auxquels il ne répond pas, sont très très déçus. Chacun veut, lui, chacun veut être quelque part, espère être son éminence grise. Chacun veut qu'il prenne ses conseils. Il y a des conseils contradictoires.
Il fait jouer des équipes qui travaillent peut-être sur la même chose, d'une manière totalement séparée, étanche. Et lui, à la fin, décidera seul, après, quelquefois, n'avoir donné aucune indication de qui il va suivre. C'est très intéressant de voir comment ces cercles divers espèrent à chaque fois façonner leur président à eux, le tirer dans leur sens. Qu'il soit cache, choc, ou au contraire, qu'il soit régalien, solennel. Et il y a un peu de tout dans ce président. Selon les moments, selon les cas, selon les influences, c'est l'observer de très près, un peu comme un scientifique observerait le comportement d'une espèce en soi.
C'est vraiment tout à fait instructif sur la mécanique du pouvoir.
On l'a vu, Emmanuel Macron, notamment à la manœuvre lors de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Pour vous, qui l'observait depuis maintenant 5 ans, quel rapport a ce président avec les catholiques ?
Évidemment, il est très intéressé. On se rappelle que dans une famille non pratiquante, il a demandé à se faire baptiser à 12 ans. Depuis, en tant que président, il a toujours tenu à expliquer que pour lui, la religion devait être présente dans la société. Pas seulement pouvait être présente, mais devait parce que, selon lui, on manque de valeurs, on manque de repères, il n'y a rien vide. Et donc, les religions, les religions sont pour lui finalement nécessaires. Il a fait tout récemment une tribune disant que la science n'était pas en contradiction avec la religion. Personne ne lui demandait de prendre position là-dessus. C'est vraiment sa propre conviction.
Il avait fait aussi un discours devant les responsables, la conférence des évêques, où il expliquait qu'il fallait réparer le lien abîmé avec l'Église, donc donnant à l'Église catholique un rôle quand même particulier dans la société française, et tout en disant aussi que ce n'est pas l'Église qui déciderait si oui ou non on mettrait la PMA, donc un petit coup de pouvoir derrière. Encore une fois, un dialogue et coup de pouvoir assez instructif, je trouve.
Laurence Benhamou, cet ouvrage passionnant que je recommande ce matin à la lecture de nos auditeurs, s'ils veulent voir un petit peu, comprendre le fonctionnement des cinq dernières années qu'on commence doucement à regarder dans le rétroviseur. Votre ouvrage s'intitule Le solitaire du palais, le livre du quinquennat Macron 2017-2022. C'est publié aux éditions Robert Laffont. Merci d'avoir été avec nous ce matin. Merci beaucoup.