Déjeuner secret entre des éditorialistes et Emmanuel Macron : l'instrumentalisation de la presse...
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Dans un instant, nous recevons Yvan Le Bollock. On parle du retour de la série culte Caméra Café qui revient ce soir à l'occasion d'une soirée anniversaire sur M6. Mais d'abord, c'est l'heure des télescopages de Bruno Donnet.
Bonjour Bruno. Bonjour Philippe. Tous les jours Bruno, vous revenez ici sur la fabrique médiatique et ce matin, vous êtes venu casser l'ambiance.
Oui, vous en avez parlé il y a un instant Philippe. Le baromètre annuel, celui qui mesure la confiance que les Français accordent aux journalistes, est en hausse. Une sacrée bonne nouvelle, puisque ça faisait des années qu'il baissait irrémédiablement et que la défiance à l'égard des médias grandissait dans l'opinion.
Pour autant, et dans ce contexte enfin euphorique, j'ai eu envie de revenir sur une petite information, comment dire ? Pas tout à fait de nature à entretenir le cercle vertueux entre les journalistes et leur public, je vous raconte. C'est notre consoeur Ève Roger, qui reprenant un indiscret publié par la newsletter Politico, a popularisé cette nouvelle totalement édifiante, avant-hier, sur France 5, dans l'excellente émission C'est médiatique.
Figurez-vous que la semaine dernière, deux jours avant les grandes manifs contre la réforme des retraites, le plus haut sommet de l'État a eu une riche idée. La communication à l'Élysée organise une petite rencontre dont elle a le secret, c'est-à-dire un déjeuner, avec le président et 10 éditorialistes de la presse parisienne, convoqués à peine 24 heures avant. Emmanuel Macron a convoqué, on ne savait pas qu'il était à ce point autoritaire, 10 éditorialistes, on ne savait pas qu'ils étaient si obéissants, à l'Élysée.
Bien, mais alors, qui avait-il convié exactement ? Alors on y trouve Guillaume Tabard, du Figaro, Dominique Seux, de France Inter et des Échos, Françoise Fressos, du Monde, ou encore Nathalie Saint-Cricq, de France Télévisions. Ok, la crème de la crème donc.
Mais maintenant, pourquoi diable, le président de la République souhaitait-il aussi urgentement déjeuner avec ses gars ? L'objectif de l'Élysée, c'est qu'Emmanuel Macron distille la bonne parole, donne lui-même les éléments de langage aux 10 journalistes les plus influents de la presse parisienne, afin que la parole présidentielle infuse dans l'opinion et pourquoi pas l'influence. Ça alors, le président de la République croit pouvoir distiller la bonne parole et compte sur des journalistes pour influencer l'opinion.
Mais nom d'une pipe, on est en 2023, mes enfants, ça ne se passe plus comme ça ? Plus comme ça ? Pas si sûr.
Carève Roger a poursuivi ses investigations. Elle est allée regarder ce que les 10 éditorialistes politiques en question avaient écrit et écouter un peu ce qu'elle a découvert. Sur le site de France Inter, qui dégagne le premier le soir même, le journaliste politique Yaël Gauze publie un article avec cette phrase « Macron ne croit pas à la victoire de l'irresponsabilité ».
Elle a noté une formule, la victoire de l'irresponsabilité, qu'elle a, curieusement, retrouvée également dans la presse écrite. Idem dans la matinale du monde, où l'on retrouve cette même expression « Macron ne croit pas au blocage du pays, ni à la victoire de l'irresponsabilité ». Dans la presse écrite, mais aussi sur BFM TV, dans la voix d'un certain Benjamin Duhamel, qui, lui aussi, c'est du bol, avait été convié au déjeuner élyséen.
Côté exécutif, on explique qu'Emmanuel Macron ne croit pas à la victoire de l'irresponsabilité, ni à un pays à feu et à sang. « Bigre » comme le président de la République l'espérait. Les éditorialistes ont donc très fidèlement distillé la bonne parole.
Mais le meilleur est à venir, et je vous l'ai gardé pour la fin, Philippe, car figurez-vous que, comme l'a savoureusement raconté Ève Roger, pour participer à ce déjeuner, l'Élysée a exprimé une petite condition. « Les journalistes ne doivent pas dire qu'ils ont vu Emmanuel Macron, et donc ne peuvent pas le citer. » Eh oui, le rendez-vous devait rester secret.
En d'autres termes, Emmanuel Macron a transmis ses propres éléments de langage à des éditorialistes, qui les ont donc repris, mais qui, à aucun moment, ne nous ont expliqué qu'ils étaient tout droit sortis de la bouche du président de la République, puisqu'ils ont obéi très servilement à la consigne qui leur avait été donnée en haut lieu. Alors, qu'est-ce que raconte cet épisode qu'on croyait d'un autre âge ? Eh bien, il dit qu'en France, du côté médiatique, les éditorialistes politiques continuent de pratiquer un journalisme de cours, trop content d'en être, de côtoyer le Saint-Dessin, et de déjeuner sous les ors de la République.
Et du côté politique, eh bien que le sommet de l'État, qui fuit si ostensiblement les interviews, n'hésite pas à instrumentaliser une partie de la presse, et qu'il croit pouvoir tenir des journalistes au secret à l'ombon. Ah, une dernière chose, Philippe, j'ai oublié de vous dire en préambule, à propos du baromètre qui mesure la confiance du public à l'égard des médias, les Français ne sont que 26% à trouver que les journalistes sont indépendants à l'égard des pressions du pouvoir et des responsables politiques. Sacrée surprise !
Merci beaucoup, Bruno Donnet. À demain !
Emmanuel Macron