Énergie : Thomas Pellerin-Carlin, de l’institut Jacques Delors, appelle à "une mobilisation générale" pour "économiser chaque centilitre de gaz"
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Est-ce que l'Europe peut tout changer sur cette question d'ici l'hiver prochain ?
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Qu'est-ce qui est le plus difficile ? Est-ce que c'est pour le pétrole, d'ailleurs, ou pour le gaz ?
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Pour quel pays est-ce que ça va être le plus difficile ?
- 2:11OuverteRéponse directe
Quels efforts, précisément ?
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Mais ce genre de geste de la vie quotidienne, ça a vraiment un impact ?
- 3:58OuverteRéponse directe
Mais il faut une action de l'État, comme au moment des chocs pétroliers dans les années 70 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« on a suffisamment de stocks de gaz pour être tranquille en termes de quantité de gaz en Europe jusqu'à l'hiver prochain, jusqu'à novembre 2022. »
- 0:49InvitéFait
« on peut, dès aujourd'hui, si on veut, réduire et même se passer complètement de nos importations de pétrole, de charbon et de gaz russe. »
- 1:08InvitéChiffre
« 40% historiquement du gaz qu'on consomme en Europe vient de Russie. »
- 2:58InvitéChiffre
« si tous les Français réduisent de 1 degré la température chez eux, on réduit nos importations de gaz russe de 10%. »
- 5:09InvitéChiffre
« Les prix du gaz qu'on a connus tout au long de la décennie 2010, ils oscillaient entre 10 et 20 euros du mégawatt-heure. »
- 5:20InvitéChiffre
« aujourd'hui, les prix du gaz, ils oscillent entre 200 et 300 euros du mégawatt-heure. »
- 5:24InvitéChiffre
« Le gaz, aujourd'hui, est 20 fois plus cher que ce qu'on a connu. »
- 6:12InvitéFait
« 95% de ce qu'il faut faire pour assurer notre sécurité énergétique, c'est aussi des choses qui sont bonnes pour le climat, et vice-versa. »
- 7:19InvitéFait
« aujourd'hui, si on a des dizaines de millions de Français, si quasiment tous les Français sont dépendants des énergies fossiles, c'est le fruit de choix politiques qui ont été faits pendant des décennies pour créer cette dépendance. »
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Bonsoir à tous. L'Europe, vous le savez, voudrait se passer maintenant du pétrole et du gaz russe. La question, c'est de savoir comment y parvenir. Bonsoir, Thomas Pellerin-Carlin. Bonsoir. Vous dirigez le Centre Énergie à l'Institut Jacques Delors. Le sommet européen débute en ce moment à Versailles. Les dirigeants vont aborder ce sujet. Ils cherchent des solutions. Avec une difficulté, c'est le calendrier, évidemment, puisque la crise est là, elle est sous nos yeux, on l'a vu en ce moment. Est-ce que l'Europe peut tout changer sur cette question d'ici l'hiver prochain ?
Absolument. La première bonne nouvelle, c'est qu'on a suffisamment de stocks de gaz pour être tranquille en termes de quantité de gaz en Europe jusqu'à l'hiver prochain, jusqu'à novembre 2022. Donc là, il y a vraiment besoin d'avoir une mobilisation générale durant les 6 à 9 mois qui viennent pour, du coup, se préparer à ce prochain hiver. Et on peut, dès aujourd'hui, si on veut, réduire et même se passer complètement de nos importations de pétrole, de charbon et de gaz russe.
Qu'est-ce qui est le plus difficile ? Est-ce que c'est pour le pétrole, d'ailleurs, ou pour le gaz, si on prend ces deux grands sujets ?
Alors, le plus difficile, c'est clairement pour le gaz, parce que c'est à la fois l'énergie dont on dépend le plus du point de vue de la Russie, c'est-à-dire que 40% historiquement du gaz qu'on consomme en Europe vient de Russie. Donc, c'est effectivement très significatif. Et ça, c'est vraiment l'enjeu pour les mois à venir.
Pour quel pays est-ce que ça va être le plus difficile ? Je rappelle l'Institut Jacques Delors, Europe, Regards Européens, on sait que tous les pays, on le voit dans les discussions en ce moment, ne sont pas confrontés à la même réalité, notamment dans leur dépendance vis-à-vis de la Russie. Pour qui est-ce que c'est vraiment dur, là ?
Alors, déjà, il faut comprendre que le prix du gaz, c'est un prix européen. Donc, en termes de douleur, en termes économiques, en termes de prix, c'est pareil pour tout le monde. C'est pareil pour les Français comme pour les Polonais. Ensuite, pour ce qui est des approvisionnements physiques, en gros, pour le dire rapidement, plus vous êtes proche géographiquement de la Russie, plus vous consommez de gaz russe pour des raisons très logiques.
Les pays, du coup, qui vont le plus souffrir de ça, comme la Lettonie, comme la Finlande, sont aussi les pays qui comprennent que c'est le prix à payer pour leur propre liberté, parce que leur proximité géographique avec la Russie, évidemment, les inquiète en ce moment. Donc, c'est eux qui vont être le plus touchés, mais c'est aussi eux qui sont prêts à faire le plus d'efforts pour se hisser à la hauteur de l'histoire.
Quels efforts, précisément ? Donc, vous commencez à nous parler de cette question évidente, importante des stocks. Qu'est-ce qu'il faut faire, là, tout de suite, dans les tout prochains mois, pour casser cette dépendance ?
Alors, là, vraiment, tout de suite, maintenant, il faut économiser tout le gaz qu'on peut économiser. La première chose à faire, c'est de réduire sa consommation, et tout le monde peut le faire. L'idéal, ce serait que les plus riches et les plus puissants commencent déjà par le faire eux-mêmes, et commencent à baisser le chauffage, quand il est au gaz en tout cas, dans les bureaux dans lesquels ils travaillent, dans les logements, etc.
Mais ce genre de geste de la vie quotidienne, ça a vraiment un impact ?
Oui, effectivement, un chiffrage qui a été fait, c'est que si tous les Français réduisent de 1 degré la température chez eux, on réduit nos importations de gaz russe de 10%. Donc, vous voyez, 1 degré, 10% en moins de gaz russe.
C'est pas tant que ça, 10% ?
Pour 1 degré, c'est quand même énorme, pour un geste aussi petit que ça. Après, c'est pas, effectivement, la seule chose à faire. Mais c'est la chose qui est la plus efficace, la plus rapide, et la plus économique à faire. Donc, voilà, il faut qu'on s'habitue à... Enfin, là-dessus, nos grands-parents peuvent nous rappeler que, normalement, quand on est chez nous, on doit avoir un pull en hiver, et on n'allume pas le chauffage, tant qu'en ayant un pull, on est dans une bonne situation. Évidemment, ça suffira pas, mais c'est ce qui est le plus rapide à mettre en place. Là, vraiment, on est dans un besoin d'urgence.
Il faut économiser chaque centilitre de gaz qu'on brûle aujourd'hui pour pouvoir le mettre en stock et l'avoir l'hiver prochain. Après, il y a aussi des choses structurelles. Par exemple, les terrasses de café qui sont chauffées, on chauffe l'extérieur. Là, il faut l'arrêter maintenant. Il ne faut pas attendre le 30 mars pour l'arrêter. En face de chez moi, j'ai des bureaux qui étaient éclairés hier à 21h50, alors que tout le monde était parti. Donc, il y a toute cette chasse au gaspillage qu'il faut faire aujourd'hui.
Mais il faut une action de l'État, comme au moment des chocs pétroliers dans les années 70 ?
Absolument. On est dans une situation qui est au moins aussi grave et peut-être même plus grave que le choc pétrolier de 1973. Donc, vous dites structurelle.
C'est la demande, là ? Est-ce que c'est l'offre aussi ? Parce qu'on a beaucoup parlé de ceux qui pourraient remplacer, dans nos fournisseurs, la Russie. On a cité le Qatar, les États-Unis, etc. Où est-ce qu'il faut jouer d'abord ?
Alors, il faut jouer d'abord sur tout ce qu'on peut faire pour produire en Europe. Et ça, c'est notamment certaines énergies renouvelables, notamment celles qui produisent de la chaleur. Je pense notamment au chauffe-eau solaire, qui est une technologie très ancienne, très efficace, très peu chère au regard des prix du gaz aujourd'hui. Donc ça, ça permet de remplacer du gaz russe par de la chaleur renouvelable. Et là, pareil, il y a un besoin de mobilisation générale, de travailler avec les artisans, avec les régions, pour pouvoir déployer massivement ces sources de chaleur renouvelable. À la fin, on aura quand même besoin d'importer du gaz.
Mais l'idée, c'est de le réduire au maximum, parce que le gaz qu'il va falloir qu'on importe, il sera horriblement cher, extrêmement cher.
C'est-à-dire, donnez-nous un ordre d'idée par rapport à ce qu'il est aujourd'hui, ce prix du gaz.
Alors, les prix du gaz qu'on a connus tout au long de la décennie 2010, ils oscillaient entre 10 et 20 euros du mégawatt-heure. Aujourd'hui, les prix du gaz, ils oscillent entre 200 et 300 euros du mégawatt-heure. Donc, on est sur des prix qui sont considérablement plus élevés. On est sur du x20. Le gaz, aujourd'hui, est 20 fois plus cher que ce qu'on a connu.
Mais ce gaz qu'on devrait importer avec d'autres sources, d'autres fournisseurs ou des fournisseurs qui montent en puissance, il serait encore plus cher ?
Il faudra voir comment évolue le marché, mais il sera au prix du marché. Et le prix du marché, aujourd'hui, il est horriblement cher. Je ne vais pas vous dire si on l'achètera à 100, 200 ou à 300 euros. Mais dans tous les cas, on l'achètera à un prix extrêmement coûteux. Parce que les Qataris ne vont pas nous donner du gaz, parce qu'ils aiment les Européens. Il va falloir le payer.
On parle de crise énergétique, évidemment, en ce moment. La toile de fond, c'est quand même d'abord la crise climatique. Thomas Pellerin-Carlin, est-ce que ça veut dire qu'on va aussi faire venir du gaz de schiste des États-Unis, éventuellement rallumer ou prolonger des centrales à charbon en Europe ? Est-ce qu'il va falloir choisir entre notre sécurité énergétique
et la lutte contre la crise climatique ? Non. 95% de ce qu'il faut faire pour assurer notre sécurité énergétique, c'est aussi des choses qui sont bonnes pour le climat, et vice-versa. Installer, par exemple, des chauffe-eau solaire, rénover sa maison, c'est bon et pour le climat, et pour la sécurité énergétique. Il y a quelques cas, ceux que vous venez de citer, où effectivement, peut-être qu'il faudra qu'on accepte, parce que c'est l'urgence en 2022, de faire, si je puis dire, un petit détour dans la direction, sur la voie de la transition énergétique.
Mais le but est le même, finalement. L'autonomie et la lutte contre la crise climatique.
La seule voie de sortie, la seule lumière au bout du tunnel, c'est de réussir une transition énergétique fondée sur la sobriété énergétique, l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables, et le nucléaire pour les pays qui choisissent de développer le nucléaire.
Depuis tout à l'heure, depuis qu'on a commencé cet entretien, vous mentionnez quelques pistes, y compris des pistes concrètes, pour sortir de cette difficulté, sortir de cette crise. Je pense à ceux qui nous écoutent aussi, et qui se disent, j'ai besoin de gaz pour mon entreprise, j'ai besoin de carburant, et donc de pétrole pour ma voiture, pour aller travailler. Qu'est-ce que vous leur dites à ceux-là ?
Déjà que la situation est vraiment compliquée pour absolument tout le monde, et notamment pour les plus pauvres, et ceux qui sont les plus dépendants des énergies fossiles. Aujourd'hui, si on a des dizaines de millions de Français, si quasiment tous les Français sont dépendants des énergies fossiles, c'est le fruit de choix politiques qui ont été faits pendant des décennies pour créer cette dépendance, qui a nourri du coup cette boulimie des énergies fossiles. En termes vraiment concrets, en termes de consommateurs, sur l'autoroute, roulez à 110 km heure, déjà vous allez économiser 10% de votre facture de carburant,
tout en gardant sa voiture, en roulant moins vite. On finira sur cette note concrète. Thomas, Pellerin, Carlin, merci. Vous dirigez le centre énergie de l'Institut Jacques Delors.