Sandrine Josso, députée "Les Démocrates" de Loire-Atlantique | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elle a transformé les épreuves de sa vie en combat politique. Mon invitée se bat contre les cancers pédiatriques et la soumission chimique, deux sujets qu'elle connaît intimement. Elle siège aujourd'hui au sein du groupe démocrate à l'Assemblée.
Générique --- --- Bonjour Sandrine Josso. -Bonjour. -Le 14 novembre 2023, vous vous êtes rendue chez un ami, le sénateur Joël Guerriau, qui voulait fêter sa réélection au Sénat.
Et à partir de là, la soirée a viré au cauchemar. On va revoir cela. *-Dès hier, Joël Guerriau a été mis en examen pour administration de substances classées comme stupéfiants afin de commettre un viol ou une agression sexuelle. *Mardi dernier à son domicile parisien, il est en compagnie de cette députée du Modem, Sandrine Josso. *Aux policiers, elle explique s'être sentie mal après avoir bu un verre de champagne. *De l'ecstasie a été retrouvée dans ses analyses. -Ce jour-là, vous avez donc été victime de soumission chimique. -Asbolument. -Quel souvenir vous gardez de cette soirée ? -Un souvenir très difficile, très douloureux.
J'allais voir un ami et j'ai découvert un agresseur. Donc ça a été pour moi un traumatisme. -Et vous expliquez que c'est un ami député qui, vous a dit : "Mais va faire des prélèvements, il faut que tu fasses faire des analyses." Sans ce conseil-là, vous n'auriez aucune preuve de quoi que ce soit aujourd'hui ? -Oui, comme la majorité des victimes de soumission chimique.
Heureusement que j'ai eu un collègue qui connaissait les modes opératoires des prédateurs et qui m'a donné les bons conseils ce soir-là. -Par la suite, vous avez pris la parole publiquement, très facilement. Pour vous, la question ne se posait même pas.
Ca allait de soi de prendre la parole pour dénoncer ? -Pour moi, ce n'était pas facile parce que j'étais en plein psychotraumatisme, mais j'ai souhaité le faire parce qu'au nom de mon mandat, comme je suis députée, je me suis dit que pour toutes les victimes de l'ombre, il fallait vraiment se battre parce que la soumission chimique, j'avais remarqué que finalement, c'était complètement passé sous les radars, que c'était un sujet de santé publique et que c'était un fléau. -Ce combat, justement, vous le menez politiquement en tant que députée.
On vous a confié une mission gouvernementale sur ce sujet de la soumission chimique. Vous êtes aussi investie dans l'association M'endors pas, aux côtés de Caroline Darian, qui est la fille de Gisèle Pélicot. Est-ce que votre combat politique, il a produit des résultats concrets déjà ? -Aujourd'hui, bien sûr, déjà cette mission gouvernementale, elle a mené à des recommandations que je suis tous les jours.
Par exemple, là, il va y avoir dans quatre régions de France une expérimentation qui va permettre aux victimes de soumissions chimiques d'avoir des prélèvements de sang et d'urine et de cheveux, c'est-à-dire de pouvoir accéder à des preuves sans porter plainte. J'espère que cette expérimentation se diffusera dans toutes les régions dans un second temps. -Au-delà de la soumission chimique, vous êtes engagée sur les questions d'égalité entre les hommes et les femmes.
En particulier dans la santé, vous avez fait voter une loi pour mieux prendre en charge les femmes victimes de fausses couches. Comment vous expliquez que beaucoup de sujets, de problématiques liées à la santé des femmes aient longtemps été ignorées ? -Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que c'est aussi dû au fait qu'il faut avoir beaucoup d'empathie pour nos concitoyens et que la politique, ce n'est pas que des sujets froids.
Il y a aussi des sujets de politique sociétale qui sont parfois un petit peu plus difficiles parce que c'est vrai que ça remue ce genre de sujets, les fausses couches, les maladies des enfants, la soumission chimique, l'inceste, les viols, ce ne sont pas des sujets faciles à aborder. Donc, il faut, je pense, une vraie volonté. Il faut quelque chose de l'ordre du dépassement. -Il y a un autre combat qui vous tient à coeur il est même à l'origine de votre engagement en politique.
Un combat lié au cancer qui a touché une de vos filles quand elle avait 4 ans. Elle est en rémission aujourd'hui ? -Elle est guérie aujourd'hui. -Guérie.
A l'époque, vous lui avez fait une promesse. -C'est vrai que je me suis engagée à l'occasion malheureusement de cette épreuve-là avec les médecins, les associations et les parents d'enfants malades. Et un jour, nous sommes allés à l'Elysée, on avait été reçus, c'était sous François Hollande avec Valérie Trierweller.
Et en quittant l'Elysée, je suis passée avec ma fille devant les colonnades de l'Assemblée nationale et je lui ai dit : "Un jour j'irai là pour tous ceux qui ne peuvent pas se battre." -Et vous êtes devenu députée. Vous avez tenu votre promesse puisque vous avez travaillé sur une commission d'enquête parlementaire consacrée aux cancers pédiatriques et aux liens possibles avec l'environnement.
Quelle conclusion cette commission d'enquête a tirée ? Vous avez des éléments d'explication sur ce qui se passe notamment dans votre département, par exemple à Sainte-Pazanne ? On voit beaucoup de cancers pédiatriques. -Oui, ce qu'il faut comprendre, c'est que les cancers pédiatriques sont dus à plus de 95 % à l'exposition à l'environnement.
Ca, c'est important de le comprendre, le lien entre les cancers pédiatriques et l'environnement. Il y a plein de causes qui viennent s'additionner. Ca fait des effets cocktails qui, si vous avez une sensibilité, vous allez avoir plus de risques de développer des maladies.
Donc il faut être proactif, mettre des mesures en place pour protéger et avoir des bons réflexes et faire en sorte que les politiques publiques sur les territoires préviennent mieux ces pathologies. -On va revenir un peu sur votre parcours politique. Vous faites partie de ces personnalités issues de la société civile, comme on dit, qui ont répondu à l'appel d'Emmanuel Macron.
Vous étiez, avant de devenir députée, diététicienne. Pourquoi cette voie-là ? -J'ai toujours été intéressée par le bien-être.
Pour moi, c'est important. Puis j'ai eu, pendant mon enfance, une maman qui était aussi malade d'une pathologie liée à un problème digestif. J'ai été sensibilisée sur le fait que je me disais que la première médecine, c'est notre alimentation.
C'est le fameux serment d'Hippocrate. -Vous venez de la société civile, mais vous aviez déjà un pied en politique en 2017, vous êtiez présentée aux municipales à Herbignac en 2014, c'est bien cela ? -Oui, je viens de la ruralité à Herbignac, qui est une commune tout près de Guérande.
J'ai été élue conseillère municipale, ça m'a permis de comprendre aussi les liens, comment on peut faire avancer certains sujets en étant engagée sur ma commune. Et ça m'a donné envie d'aller plus loin pour mener des combats un petit peu plus nationaux. -Sauf qu'en 2017, quand vous avez décidé de rejoindre Emmanuel Macron, visiblement, vos collègues avec qui vous aviez été élue à l'époque à Herbignac, ils l'ont plutôt mal vécu.
Ils ont refusé de vous soutenir et ils ont dénoncé, je les cite : "vos nombreux dérapages et votre comportement inapproprié dans le passé." Que leur avez-vous fait pour qu'ils disent comme ça ? -Alors, vous savez, moi, j'ai ma personnalité.
J'ai toujours cru en la liberté et s'affirmer, parfois c'est déplaire. Et ce qui est important, c'est d'être en accord avec ses valeurs. Je n'aime pas les faux semblants.
J'aime vraiment être authentique. Et mon authenticité a créé aussi une vraie détermination chez moi. Et j'ai voulu continuer à porter aussi de manière... on va dire naturelle, beaucoup de combats dès mes premiers pas en politique et localement. -Votre authenticité a aussi déclenché une polémique quand vous avez été élue députée.
Parce que dès le premier jour, vous expliquez que vous aviez prévu de faire un tennis avec vos enfants et que vous n'iriez pas tout de suite à l'Assemblée. Alors là, ça a créé une sorte d'incompréhension générale. Vous ne doutiez pas qu'en disant cela, vous déclencheriez une polémique ? -Il faut resituer dans le contexte.
Moi, ce que j'ai compris, c'est que j'étais dans un territoire avec quand même des personnes qui étaient là, mais plutôt des hommes en politique. Je sentais déjà la misogynie et le fait que je ne venais pas du sérail. Donc, ce n'est pas parce qu'on est une femme politique qu'on oublie d'être une maman.
Donc, j'ai subi, on va dire, peut-être le manque d'expérimentation avec, en face de moi, des personnes très expérimentées qui ont su me mettre des bâtons dans les roues. Mais ce n'est pas pour ça que ça m'a empêchée d'avancer. -Et d'être réélue en 2022 et 2024. -Voilà, je dirais toujours ce que j'ai envie de dire.
Je crois que la liberté de parole, c'est aussi ce qu'on attend aussi des politiques. -Pour continuer sur l'importance pour vous de cette dimension société civile, vous avez fondé une association pour défendre à la fois la place des femmes et la place des personnes de la société civile aux postes à responsabilité en politique. C'est "les Simones". -Absolument. -Ca veut dire qu'en gros, vous avez été déçue par vos premières années à l'Assemblée.
Vous avez eu le sentiment que la promesse initiale n'a pas été tenue, celle du macronisme ? -C'est très difficile d'arriver de la société civile parce qu'on n'a pas les codes. Donc évidemment, on est un peu mis de côté, mis dans l'ombre, un peu invisibilisé.
Donc, il a fallu qu'on puisse se dire qu'il y avait un constat. Je n'étais pas seule à faire ce constat-là. C'est pour ça que j'ai monté cette association.
Et cette association avait vraiment pour but de retrouver le pouvoir d'agir pour les députés de la société civile, mais pas que. Et que l'engagement, il dépasse aussi les partis. -Est-ce que c'est pour ces raisons-là, précisément, que vous avez quitté enfin LREM, La République En Marche, en 2019 pour le MoDem ? -Ce qui me gênait à La République En Marche, c'était par exemple le fait qu'on n'était pas assez attentionnés vis-à-vis de la ruralité.
Moi, je viens de la ruralité. On était vraiment loin de tout ça. Toutes ces valeurs de proximité avec les citoyens, c'est quelque chose qui ne me satisfaisait pas dans ce mouvement-là et dans ce parti-là.
Et comme j'aime être en accord avec ce que je fais, on a beaucoup plus d'énergie de cette manière, j'ai fait un pas de côté. Néanmoins, je suis contente aujourd'hui d'être toujours alliée aussi de La République En Marche et maintenant de Renaissance. Il y a beaucoup de personnes bien dans ce parti-là.
Notamment M. Gabriel Attal qui m'a beaucoup soutenu lorsque j'ai eu ce rapport pour ma mission gouvernementale. -On va passer au quiz de la Politique et moi à présent.
Le principe est simple, je propose des débuts de phrases que vous allez devoir compléter. Je n'ai pas repris la ferme de mes parents car... -Pour moi, c'était peut-être stagner.
Moi, j'avais envie de mettre ma pierre à l'édifice pour des choses qui me dépassaient. Et je pense que le dépassement, c'est quelque chose qui me guide dans ma vie. -Quand on est députée, la diététique... -Ah oui, j'ai toujours des bons réflexes.
Je fais du jeûne intermittent et j'ai souvent des collègues qui me conseillent. Mais c'est une discipline, être en forme et avoir la ligne. -Mais vous constatez chez vos collègues parfois qu'après un ou deux ans de mandat, il y a un petit relâchement ?
Moi, je le constate en tout cas, en général. C'est dur d'avoir une hygiène de vie quand on est député. -Je crois qu'il y a un effort et une discipline à avoir.
Ce n'est pas toujours facile, mais ça vaut le coup, parce que pour être député, il faut être un peu marathonien, il faut être en forme. -Enfin, j'aurais réussi mon mandat si ? -Ah, si à la fin de mon mandat, si je demande à mes enfants s'ils veulent aussi que je continue à être députée, s'ils me disent oui.
A chaque fois, je demande à mes enfants. -On en revient à votre famille. -Tout à fait.
Je demande à mes proches, "Est-ce que vous voulez que je continue ?" Parce que sans le soutien des proches, de nos amis, c'est très difficile parce que les gens ne se rendent pas compte, mais être député, c'est difficile dans le sens où on est très souvent jugé, alors qu'il y a beaucoup de députés qui font les choses avec beaucoup, beaucoup de coeur. Et ça, moi, je tiens à continuer à le faire et avec beaucoup de plaisir pour les autres. -Merci Sandrine Josso, d'être venue dans La Politique et moi.
Générique de fin
Sandrine Josso