Censure: «Il faut pousser le Premier ministre à agir, l’inaction tue », insiste Mélanie Vogel, sénatrice écologiste
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et place maintenant à notre invité politique ce midi, Véronique Rigoulet. Vous recevez la sénatrice socialiste, Mélanie Vogel. Écologiste. Écologiste, pardon.
Bonjour Mélanie Vogel. Bonjour, je vous confirme, je suis vraiment écologiste. Bienvenue sur RFI, avant d'évoquer la censure du gouvernement que vous appelez de vos voeux. Un mot sur cette polémique concernant les dates retenues pour le scrutin présidentiel, 18 avril, 2 mai. Un second tour au lendemain du 1er mai et de ces manifestations syndicales. Est-ce que cela vous pose problème ? Est-ce que cela peut nuire à la sérénité du scrutin, comme le dénonce la droite ?
Écoutez, pour être très honnête, je trouve cette polémique absolument ridicule. Je pense qu'elle en dit beaucoup plus sur Bruno Retailleau lui-même, sur son rapport à la vérité et sur son rapport au 1er mai, que sur la réalité d'un sujet sur le scrutin. Depuis que les élections présidentielles ont lieu autour du mois de mai en France, nous avons eu 7 fois sur 9 le 1er mai qui s'est intercalé entre le 1er et le 2nd tour. On n'a pas vraiment vu, vous me direz si je me trompe, un effet marquant au bénéfice de la gauche. Donc pour moi, cette histoire est assez ridicule. Il n'y avait en effet aucune date idéale.
Je ne crois pas du tout que le président de la République, ça saurait si c'était le cas, cherche à travers ce choix à avantager la gauche. Je n'ai jamais vu le président de la République faire ça. Je pense que ça nous informe plutôt sur la volonté de Bruno Retailleau de créer des polémiques et d'alimenter une certaine forme de complotisme. Ce n'est pas la première fois et c'est, à mon avis, assez dangereux pour l'état de notre démocratie.
Pour autant, Mélanie Vaugeul, les syndicats, eux non plus, ne sont pas très contents. Ils craignent que cela invisibilise en quelque sorte les revendications des salariés.
Oui, effectivement, s'il y a un effet possible, c'est davantage peut-être au détriment de la vitalité démocratique de la mobilisation du 1er mai, qui effectivement se fera en période de silence électoral, que sur un effet prétendument avantageux pour la gauche aux élections.
Voilà un scrutin, en tout cas présidentiel, dans lequel s'est imposée la question climatique après une canicule meurtrière et juste avant une nouvelle vague de chaleur annoncée. Mélanie Vaugeul, à quoi va donc servir cette motion de censure que vous allez déposer contre le gouvernement ? Ça ne va assurément pas stopper le réchauffement climatique.
Non, on n'a jamais dit que la motion de censure allait stopper le réchauffement climatique. Vous savez, ça fait 40 ans que les écologistes expliquent comment stopper le réchauffement climatique et puis comment atténuer notre problème d'adaptation, puisque nous devons aujourd'hui nous adapter à une partie du réchauffement climatique qui n'est plus réversible. Mais cette motion de censure, elle a pour objet d'éclairer sur la responsabilité du gouvernement face aux effets actuels de la canicule et plus largement sur l'impréparation globale de la France depuis une dizaine d'années dont le macronisme est responsable face à l'accélération du dérèglement climatique.
Ce qui compte, c'est qu'on comprenne bien que cette canicule et toutes celles qui viendront, ainsi que les morts qui sont aujourd'hui à regretter, ce sont des phénomènes, et je pense en particulier aux personnes qui ont payé le prix de leur vie, l'impréparation et l'inaction du gouvernement face à la crise climatique. Ce sont des morts qui étaient prévisibles et évitables, qui auraient pu être évitées. Et c'est là en fait le rôle d'une motion de censure, qui est un outil au fond au service de l'opposition pour contrôler l'action du gouvernement. L'objectif, c'est de placer à ce niveau-là la responsabilité du phénomène qui est en cours.
Nous avons depuis des années un gouvernement qui, en réalité, n'est pas seulement en train de ne pas agir face à la crise climatique, mais d'agir contre le climat. Nous avons coupé les budgets, divisé par trois le budget du fond vert, qui est l'instrument au service des collectivités pour investir dans la transition écologique. Nous avons stoppé, remis, détricoté ma prime rénov'. Nous sommes aujourd'hui, en ce moment même, au Sénat, en train de discuter d'un projet de loi sur l'urgence agricole qui aurait pour effet d'accélérer le problème de notre agriculture dans un modèle d'agriculture.
Sur la gestion de l'eau, notamment.
La gestion de l'eau et la réintroduction de certains néonicotinoïdes qui ont pour effet de détruire la biodiversité, qui est essentielle, la biodiversité, à la régulation des écosystèmes et donc du climat. Donc nous avons un gouvernement. Ce que nous voulons dire, c'est que nous sommes face à un phénomène qui était prévisible. Les scientifiques, depuis les années 70, alertent. Il n'y a aucune surprise sur ce qui est en train de se passer. Et en fait, c'est le moment des choix politiques.
Donc pousser le gouvernement et le Premier ministre Lecornu à agir, à faire de l'adaptation au réchauffement climatique une priorité nationale.
De l'adaptation et de l'atténuation.
Vous allez me demander votre compte de l'argent. Bien sûr, puisque vous avez noté que le fonds vert a été divisé par trois ces derniers mois pour cause de crise de la dette, autre crise française.
Alors d'abord, moi je conteste la manière dont on pose, pas vous, mais généralement, en particulier le gouvernement, dont on pose cette question. Ça ne nous coûte pas cher de lutter contre la crise climatique. Ce qui nous coûte cher, c'est de ne pas le faire. Lorsque nous n'investissons pas, beaucoup plus cher, beaucoup plus cher. Et nous avons une étude récente du Comité économique et sociale qui a chiffré, et ce qui est assez cohérent avec certaines études américaines, qui ont chiffré l'effet des dépenses publiques dans la transition. Et qui nous dit qu'investir un euro dans la transition, ça nous rapporte huit euros à long terme.
Donc en fait, si on a, et ce n'est pas mon cas, mais une logique purement comptable, c'est intéressant, y compris budgétairement, d'investir dans la transition écologique. Ce n'est pas un coût, ce n'est pas une dépense, c'est un investissement. Et si on ne le fait pas, si on ne le fait pas, les coûts pour la société, et en particulier pour les plus vulnérables, seront beaucoup plus importants. Donc ça, c'est la première chose. Ça nous coûte de l'argent de ne pas investir dans la transition. Ça nous coûte des milliards chaque année. Et deuxièmement, l'argent, nous l'avons.
Nous avons choisi de nous couper, nous, le macronisme, de nous couper de 60 milliards d'euros par an de recettes publiques. Nous manquons de 60 milliards d'euros de recettes publiques par an. Il nous faut 37 par an pour adapter la France au réchauffement climatique. Et vous dites qu'on peut les trouver. Et donc on peut les trouver, bien sûr, en ayant une politique fiscale qui est adaptée, en retaxant les plus riches, en retaxant les activités polluantes et en ayant de la justice fiscale.
Est-ce que, Mélanie Vogel, vous souhaitez un budget rectificatif au plus vite, dès maintenant, comme le demandent les insoumis ?
On a besoin, effectivement, d'annonces très rapides. Vous avez peut-être suivi les différentes questions au gouvernement cette semaine. Le Premier ministre a beaucoup insisté sur se défendre de certaines attaques, etc. Il n'a rien proposé en matière d'action pour mieux adapter la France et mieux atténuer le réchauffement climatique. Aujourd'hui, nous n'avons aucune proposition. Il nous a dit qu'il ne fallait pas l'attaquer, pas faire de polémique, qu'il ne fallait pas être méchant. Très bien. Mais nous, ce qu'on lui demande, c'est que va mettre sur la table le gouvernement pour agir ? Pour l'instant, on n'a aucune réponse à ça. Et c'est absolument essentiel.
Et c'est, j'espère, le débat qui va pouvoir émerger autour de cette motion de censure. Moi, ce que j'attends du Premier ministre, c'est qu'il montre au pays qu'il critique ce que le gouvernement entend faire.
C'est votre manière de maintenir la pression. Merci beaucoup, Mélanie Vogel. Merci. Bonne journée. Écologiste au micro de Véronique Rigolet.
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Mélanie Vogel