Réchauffement climatique : "Rien n’a été fait ou suffisamment fait par rapport à ce qu’on savait qui allait se produire"
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C'est une question que nous nous posons tous, qui devient même obsédante à chaque épisode de Canicule. Comment allons-nous pouvoir vivre dans un monde où les fortes chaleurs s'installent ? Comment adapter nos villes, nos modes de vie, tout simplement nos quotidiens ? Journée spéciale sur France Inter, comment s'adapter ou plutôt, d'abord, peut-on s'adapter ? Dialogue donc dans ce grand entretien, alors qu'un nouveau dôme de chaleur, nous disent les météorologues, arrive sur la France. Dialogue et débat aussi, sans doute, entre une scientifique, docteure en ingénierie énergétique, co-autrice du sixième rapport du GIEC, le groupe d'experts de référence sur le climat, en mars 2022.
Yamina Saeb, bonjour. Et un ancien ministre de la Transition écologique, de 2022 à 2024, qui a lancé justement un plan d'adaptation de la France au changement climatique. Christophe Béchu, bonjour. Bonjour, Simon Lesbarons. Maire d'Angers, dans le Maine-et-Loire, également secrétaire général du parti Horizon et co-directeur de la campagne présidentielle d'Edouard Philippe, qui était en meeting hier. Dialogue aussi, bien sûr, comme tous les matins avec nos auditeurs, au 01 45 24 7000 pour nous appeler et sur l'application de Radio France pour nous écrire. Revenons d'abord sur le bilan du précédent épisode de Canicule.
C'était il y a quelques jours seulement, à la fin du mois de juin, au moins 2025 décès supplémentaires en France, dus à ces fortes chaleurs selon les chiffres de Santé publique France. Aurait-il pu, aurait-il dû être évité ? Je pose d'abord la question aux politiques, Christophe Béchu.
D'abord, on a vécu un épisode caniculaire d'une exceptionnelle intensité. Je parle de la durée, mais je parle aussi des températures qu'on a atteintes, avec pas de comparaison, à l'exception de ce qu'on avait connu en 2003. Et en 2003, c'est 15 000 décès qu'on avait eus. Ça montre qu'on a appris d'une partie de tout ça, avec en particulier beaucoup, beaucoup moins de décès dans les EHPAD. En revanche, bien plus à domicile. Et un deuxième élément qui est marquant, c'est que les vagues de chaleur du début des années 2000, en particulier celles de 2003, elles ont vraiment concerné des personnes très âgées.
Mais on s'aperçoit, quand on a des épisodes de canicule aussi intenses que celui qu'on a connu, que même des gens qui sont en bonne santé, ou qui sont plus jeunes, sont susceptibles d'être affectés et d'être touchés. Ce qui montre qu'on a, à certains égards, appris, en particulier pour les aînés dans les structures collectives, mais que le chemin qui reste à faire pour mesurer l'ampleur des défis liés à la multiplication certaine des vagues de chaleur, il est devant nous.
23 ans après 2003, on n'y est pas encore. C'est ce que vous dites sur la préparation. Yamina Saeb, vous nous disiez en préparant cette interview, et les mots sont très forts, que ces morts supplémentaires sont des crimes climatiques. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
Alors, en fait, on peut considérer qu'à partir de 1992, quand on a signé la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, les gouvernements savaient. Et cette convention-là, elle est arrivée après la publication du premier rapport du GIEC, elle a été alimentée par ce rapport-là de 1990. Donc depuis 1990, on savait vers où on allait. La science n'a fait qu'affiner son analyse, produire plus d'outils, etc. Et depuis 1992, en vérité, rien n'a été fait, ou pas suffisamment fait, par rapport à ce qu'on savait qui allait se produire.
Donc quand vous parlez de crime, c'est qu'on n'a pas assez fait, non pas pour s'adapter aujourd'hui,
mais pour réduire les émissions. Parce qu'en fait...
Ces 30 dernières années.
Ces 30 dernières années, depuis la Convention cadre de 1992. Parce qu'en fait, quand on parle d'adaptation, ce qu'il faut comprendre, c'est que l'adaptation ne sera possible que si, et seulement si, on réduit drastiquement nos émissions. Pour vous donner un ordre de grandeur, notre objectif à nous, Français et Européens, c'est d'être neutre en carbone en 2050. Être neutre, ça veut dire en vérité la continuation des énergies fossiles. On prévoit des technologies qui vont aspirer le CO2 et le mettre sous terre, qui ne fonctionnent pas encore. Et alors qu'en considérant ce que la Cour de justice internationale, son avis publié l'année dernière, en considérant nos émissions passées, etc.
Ah, on aurait dû être zéro carbone en 1996. Soit quatre ans après avoir ratifié, signé la Convention internationale sur le changement climatique.
Donc ça veut dire qu'on a un gouvernement aujourd'hui qui est très critiqué, beaucoup disent pour son impréparation. En fait, il pâtit aussi de l'inaction des gouvernements pressés.
C'est pas juste ce gouvernement-là. C'est tous les gouvernements, c'est tous ceux qui ont été en responsabilité en vérité depuis 1992. Que ce soit l'exécutif ou alors les parlementaires.
Christophe Véchut. Si on remet les choses à leur place, y compris si on parle de 92, de 96 et de tout ça, la responsabilité de la nation, elle est mondiale. Elle est plus forte dans les pays, évidemment, qui sont les plus grands émetteurs. Mais pour qu'on réussisse véritablement à aller vers une neutralité carbone, il suffira pas d'avoir un pays ou un continent qui fasse des efforts. Ce qui est intéressant avec l'adaptation, si j'ose dire, c'est qu'on ne peut pas s'abriter derrière le fait que les autres n'agissent pas pour agir.
Si on ne fait que de l'adaptation et qu'on arrête de considérer le besoin de baisse des émissions, on aura un problème parce qu'on courra après des températures qui ne cesseront de monter et qu'on ne pourra pas atteindre.
Mais à l'inverse... L'adaptation ne doit pas être le renoncement à la lutte contre les causes du réchauffement.
Il ne l'est pas. L'adaptation, c'est le fait de regarder en face que nous ne sommes pas dans les clous de l'accord de Paris. Quand, en tant que ministre, il y a trois ans, je dis il faut qu'on se prépare à un scénario d'une France à plus de quatre degrés, il y a d'abord des réactions de gens qui disent regardez, ils renoncent à lutter contre le réchauffement climatique. Pas du tout. On a, et c'est exactement ce que dit Amin Assaeb, on a déjà un dérèglement climatique qui est là et nous sommes d'ores et déjà au-dessus de l'accord de Paris en termes de trajectoire.
Donc, il faut qu'on s'adapte parce que le dérèglement climatique a commencé mais en parallèle, il faut aussi qu'on intensifie nos efforts d'atténuation parce que la complexité de l'adaptation sera d'autant plus forte qu'on n'aura pas suffisamment atténuée.
Vous dites effectivement, Amin Assaeb, que l'adaptation, encore une fois, ne doit pas être une excuse pour abandonner des politiques de véritablement de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais j'en viens à la question centrale. Christophe Béchut disait, l'hypothèse de base du plan d'adaptation que vous avez portée au moins à ses débuts en 2023, Christophe Béchut, c'est plus 4 degrés en 2100. Peut-on s'adapter, selon vous, Amin Assaeb, qui est experte de ces sujets, à un monde à plus 4 degrés ?
Alors, pour arriver à 4 degrés, un monde à 4 degrés, pour passer du 1,5 d'aujourd'hui à 4 degrés, ça voudra dire que, sur le parcours, on aura tué l'ensemble de l'écosystème qui nous permet de vivre sur Terre. Et d'ailleurs, on le voit, par exemple, dans le plan d'adaptation français, le plan 3, en fait, le plan s'intéresse plutôt à la partie économique et la partie humaine, mais pas du tout le vivant. Sur le vivant, en fait, ce que le plan dit, c'est que ça va être des co-bénéfices. Or, sans le vivant, sans le reste du vivant, on ne pourra pas vivre, nous. Et c'est ça qu'il faut comprendre.
Vous dites, on ne peut pas vivre dans un monde à 4 degrés. Parler d'adaptation sur cette base-là, ça n'a pas de sens.
Ça n'a pas de sens, pour moi, de parler d'adaptation sur cette base-là, parce que sur cette base-là, en fait, il n'y aura pas tous les systèmes. Il y a des choses, par exemple, dans le plan français, par exemple, sur la question hydrique et la réduction de 10%. Mais ça ne s'attaque pas au vrai problème de l'utilisation de l'eau, du cycle de l'eau qu'on a perturbé en raison de notre modèle économique. Et du coup, on ne pourra pas s'adapter à une France où il n'y aura pas d'eau. Ce n'est pas possible.
Qu'est-ce que vous répondez à cela, Christophe Béchut ? Je dis qu'on ne s'est pas amusé à faire un scénario pour faire peur. La vérité, c'est qu'il y a même des hypothèses où on va à plus de 4 degrés si on n'est pas suffisamment engagé dans la baisse. Mais il faut comprendre que plus 4 degrés en France, ça correspondrait au fait que sur l'ensemble de la planète, on soit sur une trajectoire à plus 3 degrés, à comparer au plus 1,5 ou plus 2.
La France, l'Europe, voient les températures augmenter plus vite que la moyenne du reste du monde.
Et donc, encore une fois, ça n'est pas pour faire peur, c'est pour regarder en face quelque chose qui est malheureusement crédible. Et les conséquences dans d'autres pays, elles sont multiples. Ensuite, il n'y a pas de scénario dans lequel l'adaptation suffit, et on voit bien que ça induira de changer nos usages dans plein de domaines. C'est vrai sur l'eau. On ne pourra pas continuer à regarder les choses de la même manière. Aujourd'hui, dans notre pays, à la différence de pays qui sont confrontés à des stress hydriques, on ne réutilise pas l'eau, on est très loin de ce qu'on pourrait faire en termes de sobriété.
Il n'y a que 15% par exemple des surfaces agricoles qui sont irriguées en goutte à goutte. On se retrouve encore parfois arrosé en plein milieu de l'après-midi.
Pour ça, il va falloir s'attaquer au modèle agricole, au modèle de production agricole. Il va falloir qu'on s'occupe du modèle agricole.
C'est un peu la chose que dit Yamin Asaheb depuis le début, c'est-à-dire qu'on s'adapte sans s'attaquer aux causes profondes, finalement. C'est ça le problème. Christophe Béchut, est-ce qu'il y a un problème de volonté politique là-dessus ?
Moi, je pense que sur ces sujets, il faut beaucoup de détermination, mais aussi beaucoup d'humilité. Parce qu'il y a quelques années, le débat même sur le thème de l'adaptation n'existait pas. Personne n'en parlait. Le mot de sobriété, à l'exception de quelques pionniers qui en parlent depuis longtemps...
C'est Yamin Asaheb, justement, qui l'a introduite, la première, dans le rapport du GIEC dont je parlais il y a 4 ans.
Le premier usage de la sobriété d'un point de vue politique, c'est il y a 5-6 ans, par rapport au début des années 2000, où certains scientifiques commençaient à en parler.
La France est une exception. La France est un pays où on parle de sobriété. Vous savez, le premier scénario sobre en énergie qui existe dans le monde, qu'on a pu retrouver, c'est un scénario français qui date de 78-79, qui a été fait par le Trésor.
Mais qui était l'oeuvre de quelques pionniers. Ce que je veux dire, c'est que dans le débat public, y compris ces sujets-là, ils n'ont que quelques années. Donc, regardez avec les yeux d'aujourd'hui ce qui s'est passé par le passé en disant qu'on n'a pas été assez vite, c'est oublier qu'on ne s'est pas focalisé forcément sur les bons objets, qu'on a beaucoup plus parlé de baisse, par exemple, que de l'adaptation. Et restons sur l'agriculture, parce que de mon point de vue, c'est un très bon sujet. Il y a deux choses qu'il faut qu'on évite. Si on continue comme aujourd'hui, si on continue à avoir une agriculture qui est trop dépendante d'eau, on aura un sujet.
Évidemment, parce qu'on se retrouvera devant des impasses et devant des impossibilités. Mais à l'inverse, si on considère que c'est par la diminution de la production qu'on va s'en sortir alors qu'on est déjà importateur et que ça suppose d'importer massivement de d'autres pays qui ont souvent des modèles qui sont moins vertueux que les nôtres, on aura une autre impasse.
Justement, vous dites, arrêtons de regarder avec les yeux d'aujourd'hui le passé. Parlons du présent et de ce plan d'adaptation qui a fini par être adopté. Vous n'avez pas pu le porter jusqu'au bout puisque vous avez dû démissionner en raison de la dissolution de l'Assemblée nationale. Mais le gouvernement dit aujourd'hui que 80% des mesures de ce plan d'adaptation sont lancées. Est-ce que vous pouvez nous citer, par exemple, trois mesures dont vous dites qu'elles vont permettre réellement de vivre mieux dans les années, les décennies à venir ?
80% sont lancées. Le problème, c'est le temps qu'il faut entre le moment où elles sont lancées et le moment où elles aboutissent. Quand, pour prendre un exemple extrêmement concret lié à l'actualité d'aujourd'hui, vous précisez les obligations de débroussaillage. Parce qu'on sait qu'on a une augmentation considérable des risques de feux de forêt et on le voit aujourd'hui avec ce qui se passe dans les Pyrénées. Et que vous affinez les cartes, que vous améliorez les sanctions, etc. Très bien. Ça, ça va être de nature à diminuer les surfaces qui vont être brûlées.
Mais entre le moment où vous le décidez et le moment où dans toutes les mairies de France, puis à l'intérieur de chacune des propriétés, les gens prennent conscience de ce qu'il faut faire. Il y a un délai qui suppose des moyens pour être capable d'informer, pour aller préciser les choses auprès des gens.
Donc vous ne pouvez pas nous dire ce matin, il y a trois mesures efficaces, concrètes, réelles. Elle est concrète, elle a été prise. Mais il y a le problème de la mise en œuvre.
Allons sur le deuxième sujet, là aussi très concret, la révision des règles en termes de confort d'été. On sait que, et on le voit, j'allais dire aujourd'hui, il faut qu'on soit capable d'adapter le bâti d'une manière qui soit beaucoup plus forte. Mais quand vous voyez que globalement, on a en gros lancé la rénovation de 10% des écoles, c'est lancé. Mais il y a 90% des écoles de ce pays pour lesquelles on n'a pas entamé un travail de rénovation. Et avec maintenant des canicules qui arrivent en période scolaire. Donc on voit que, même si la prise de conscience a eu lieu, même si les décisions ont été prises, on a plusieurs trains de retard.
On est toujours en retard, en fait, sur ces sujets.
Il y a un gros souci dans le plan. Moi, j'ai analysé les mesures. Alors quand vous lisez la partie introductive, c'est très attractif. Vous dites, ah, ils ont fait des choses très intéressantes. C'est lorsque vous regardez les mesures, que vous vous rendez compte que ce n'est pas très vrai. Je vais revenir sur la question bâtiment, puisque je suis ingénieur en bâtiment à la base. Et donc, sur la question bâtiment, et en particulier le confort d'été,
Qu'est-ce qu'on appelle le confort d'été ?
Le confort d'été, c'est pouvoir travailler ou vivre dans un espace, rendre les espaces habitables l'été.
Quand il fait très chaud dehors.
Quand il fait très chaud dehors. Et donc, nous protéger de la chaleur. C'est ça ce que ça veut dire. Et nous, historiquement, on a toujours eu des réglementations thermiques pour nous protéger du froid, pour des raisons de localisation de la France. Et le confort d'été a été introduit dans la réglementation thermique au début des années 2000, mais ça n'a jamais été très poussé, etc. Et lorsqu'on regarde, moi je regrette que dans ce plan-là, ce dont il aurait dû accoucher sur la question de l'habitabilité des espaces, c'est une loi d'habitabilité des espaces qui prendrait à la fois la protection, nous protéger l'hiver et l'été. On n'a pas ça en France.
Et ce qu'on a par contre, on a dans la loi climat, on a un article sur le logement décent. Et le logement décent, il est défini par rapport à quoi ? Par rapport à sa consommation d'énergie. Et pas du tout par rapport à votre confort. Et une consommation très élevée par ailleurs. Et si je comparais par exemple à l'Angleterre, par exemple. Après, on a la loi SRU qui définit le nombre de mètres carrés. C'est 9 mètres carrés. Aujourd'hui, on ne peut plus louer des placards de 6 mètres carrés à des étudiants. Si je comparais par exemple à la Grande-Bretagne, au moment où nous on a eu la loi SRU, eux, ils ont eu une loi sur le logement décent. Une loi entière sur le logement décent.
Et sur le logement décent, eux par exemple, ils prévoyaient déjà 37 mètres carrés par personne. Pourquoi ? Quelle est la différence ? C'est que dans 9 mètres carrés, au mieux, vous avez un petit hublot qui va vous servir de fenêtre. Et donc, impossible à ventiler. Si vous avez 37 mètres carrés, on peut imaginer que vous en avez au moins 2. Donc, ça peut se gérer. Alors, on a fait le calcul là pour la région parisienne, la petite agglomération parisienne. Il y a à peu près 500 000 logements sous les toits. Sur les 500 000 logements sur les toits, on a réussi à identifier environ 200 000 logements qui sont dans des situations critiques, mais vraiment critiques. Pourquoi critiques ?
Parce qu'ils sont très petits, donc il n'y a pas de système de ventilation. Ils sont occupés par des personnes en situation de précarité. Ils sont situés dans des endroits où il y a des îlots de chaleur. Que fait-on pour ces gens-là ? Et ça, c'est légal. C'est légal, vous voyez ? Ça, ça ne devrait pas être légal.
Mais madame Saeb, je veux bien, mais qu'est-ce qu'on fait ? On interdit tous ces logements dans un contexte où on a déjà une crise du logement ? On n'est pas du tout dans la situation de l'Angleterre. Ça renvoie même à d'autres questions. On ferme les frontières,
on accueille d'accueillir des gens
dans un contexte où on sait qu'une partie de ces logements sert à accueillir des étudiants étrangers. La crise du logement n'est pas une crise
de mètres carrés à construire. C'est une crise différente. On n'a pas de crise, on a beaucoup de mètres carrés vacants, que ce soit dans le logement
ou dans le tertiaire. Des mètres carrés vacants dans du tertiaire ne deviennent pas des logements en acclaquement de bois. On a à la fois des difficultés. L'adaptation, c'est ça ? C'est préparer tout ça ?
On comprend en vous écoutant le côté vertigineux, des problèmes très concrets.
C'est vertigineux ! Mais ce que je veux dire, c'est que... De l'adaptation. Ce que je veux dire, c'est que oui, le chantier, il est colossal. Vous savez, hier, Edouard Philippe était en meeting et je me réjouis...
Et vous êtes son directeur de campagne.
Et je suis son directeur de campagne et je me réjouis, je cite, qu'il ait parlé de la nécessité d'un effort considérable. Pour un candidat qui explique qu'il va falloir faire attention à nos comptes, il dit qu'on va devoir augmenter de manière considérable et moyenne. Il explique qu'il faudra au moins doubler le fond vert.
On a le fond vert aujourd'hui. Vous dites... Edouard Philippe dit qu'il faut le doubler. Donc le porter à 1,7 milliard par an. Sauf qu'il était à 2,4 milliards.
Je n'oublie pas, puisque je suis celui qui l'a lancé. Mais j'observe que dans toute une partie du débat aujourd'hui...
Et déjà à 2,4 milliards, les experts disaient et c'est loin d'être suffisant. Il y a une tribune dans le monde ce matin dans laquelle des dizaines de scientifiques disent qu'il faudrait que ce soit 20 milliards.
Mais j'entends tout ça. Je dis juste que toute une partie de ceux qui expliquent qu'il faudrait le faire ne l'ont pas fait quand ils étaient en responsabilité, voire même expliquaient que le truc n'était pas efficace. Maintenant qu'on l'a baissé, tout le monde se rend compte que c'est nécessaire. Je me réjouis.
Tout simplement, je fais une parenthèse. Le fond vert, c'est ce qui permet aux collectivités territoriales de mettre en place des projets de transition écologique.
Exactement. Avec une idée simple, c'est qu'en partant du terrain, dans certains endroits, le besoin, c'est davantage d'arbres pour aller mettre de l'ombre. Dans d'autres, c'est de la rénovation pour faire en sorte d'améliorer les choses. Dans un troisième, c'est la préservation de la biodiversité parce qu'effectivement, il faut à la fois qu'on protège la faune et la flore, y compris pour nous-mêmes et pour être en capacité de vivre. Et qu'il y a deux sujets.
Comment on donne à des acteurs de terrain qui sont au plus près des situations les moyens d'être les plus efficaces parce qu'une mesure nationale n'est pas forcément adaptée et comment on met plus de moyens sur la table mais ça suppose de faire des choix et de faire des priorités et donc que dans d'autres domaines où on travaille davantage, où on assume le fait qu'il y a des domaines dans lesquels on fait moins.
Une question au standard de Cécile pour vous deux, Christophe Béchut et Yamina Saeb. Bonjour Cécile, on vous écoute.
Oui, bonjour. Bonjour à tous. Voilà, donc je suis habitante à Montreuil, en fin de l'année. Excusez-moi, je suis un peu... Bon, je suis très choquée par les propos du ministre concernant son adaptation aussi parce que, monsieur, vous avez un bilan sur les bras. Ça fait dix ans que le camp gouvernemental était au gouvernement et n'a strictement rien fait, notamment concernant l'adaptation dans les écoles et dans les établissements scolaires. On a vécu avec nos enfants depuis le mois de mai des conditions catastrophiques d'accueil dans certaines classes. Ils aient plus de 35 degrés. Les enfants ne pouvaient même pas aller jouer dans les cours.
On est d'accord que tout ça, madame le disait, on le savait, on n'aurait pu anticiper, rien n'a été fait, ne serait-ce que par rapport à l'année dernière où il y avait déjà eu un épisode caniculaire où on a dû garder nos enfants pendant la période scolaire. Là, on était des parents d'élèves à venir mettre des couvertures de survie sur les fenêtres, à venir équiper les salles de classe avec des ventilateurs, alors même que nous, dans nos bureaux surclimatisés, on pouvait totalement passer la journée au frais. On est d'accord qu'on a laissé de côté tous les établissements. Il y a eu des brevets, il y a eu des... le bas qui s'est déroulé dans des conditions terribles.
Quelle a été l'adaptation ? Ça fait dix ans que le gouvernement était aux responsabilités, n'a littéralement rien fait, à ignorer tous les cris d'alarme des scientifiques...
On entend la critique, Cécile. Est-ce que vous avez une question ou c'était simplement ce témoignage ? Alors, on va écouter la réponse de Christophe Béchou. Il nous reste très peu de temps et merci beaucoup, Cécile, pour ce témoignage et pour cette émotion que vous nous faites entendre aussi. Christophe Béchou, on revient à l'impréparation, notamment sur les écoles, il y a les hôpitaux, il y a les EHPAD.
On peut effectivement le prendre sous plein d'angles. 3576, c'est très exactement le nombre d'écoles dont nous avons initié la rénovation il y a de cela trois ans.
Sur combien d'écoles ?
Remontée 10% du parc. Mais ce que je veux dire, c'est que... Et ça permet de mesurer l'ampleur de ce qu'il y a à faire. Mais vous avez vous-même expliqué qu'il y a des réalités qu'on connaissait depuis 30 ans ? Combien d'écoles il y a 10 ans, il y a 15 ans, il y a 20 ans, il y a 25 ans ? Mais aujourd'hui, dans un contexte où, enfin, on a mis en œuvre et commencé à mettre des moyens, la seule chose dont on a absolument besoin, c'est de la constance. Ce qui est mortifère d'un point de vue climatique, ce sont les stop and go dans lesquels vous avancez dans une direction, vous vous arrêtez, vous divisez les budgets, vous changez les règles.
Si on ne met pas de la constance, on aura toutes les difficultés.
Et on comprend l'énormité du chantier. Un tout dernier mot, j'aurais voulu qu'on en parle plus longuement, mais ça a été le débat des derniers jours, la climatisation. Je voudrais entendre la scientifique en quelques secondes, pardon, Yamina Saeb, là-dessus. Que dites-vous à ce sujet ?
Alors, il y a plein de mesures à mettre en avant, mettre en place avant d'arriver à un système de climatisation. Et dans les systèmes de climatisation, il y a différents types de climatisation. La seule dont on parle, c'est la climatisation RO, qui n'est pas bien un point de vue santé, point de vue environnemental, etc. Donc, par exemple, à Paris, on a le réseau de chauffage urbain parisien. Comme on a déjà un réseau, donc il faut profiter de ce réseau-là, qui fait aujourd'hui du chauffage pour faire des changements en amont de ce réseau pour qu'il fasse du chaud et du froid. C'est de ça qu'on aura besoin. On aura tout le temps besoin de chaud et de froid.
Et donc, profiter de ce qu'on a déjà comme infrastructure pour faire du chaud et du froid et sortir de la logique de la climatisation individuelle. Il va falloir aller vers une climatisation collective comme on avait fait par le passé pour le chauffage. Sinon, ça ne marchera pas.
Merci Yamina Saeb, docteur en ingénierie énergétique. Edouard Philippe, dont vous êtes le directeur de campagne, on l'a dit, Christophe Béchut parle aussi de la climatisation et dit qu'il faut faire une campagne de climatisation, d'installation ciblée dans certains établissements prioritaires. Je résume, puisqu'on n'a plus le temps. Merci beaucoup.
Mais je rejoins Yamina Saeb. L'enjeu, ce sera les boucles d'eau tempérées et la capacité à avoir des réseaux de froid comme on a des réseaux de chaud pour éviter que ça repose uniquement sur des équipements individuels.
Christophe Béchut, merci à vous. Maire d'Angers et ancien ministre de la transition écologique. Merci beaucoup. Et cette journée spéciale consacrée à l'adaptation au changement climatique continue sur France Inter. La revue de presse à suivre.
Christophe Béchu