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interviewRMC· 13 décembre 2023 21 min

L'interview politique intégrale de Xavier Bertrand sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Xavier Bertrand. Vous êtes bien sûr le président de la région Hauts-de-France, vous êtes ancien candidat à la présidentielle. On va revenir sur cette question de la loi immigration. Et d'ailleurs, c'est aussi chez vous que ça se passe puisque Gérald Darmanin devait être cet après-midi, ce sera finalement vendredi, dans votre région, plus précisément à Calais, pour s'intéresser de manière très concrète à la question de l'immigration. Est-ce que d'abord, Gérald Darmanin, dont vous avez toujours été assez proche, a encore la légitimité d'être le ministre de l'Intérieur ?

0:35
Xavier Bertrand

Déjà, je n'aime pas les chasses à l'homme. Et le sujet, ce n'est pas le ministre de l'Intérieur. La vraie question, c'est les choix du président de la République et la situation politique dans laquelle on est. Mais déjà, la première des choses, est-ce que l'on a besoin aujourd'hui d'une nouvelle loi sur l'immigration pour mettre un coup d'arrêt à l'immigration telle qu'on la connaît ? La réponse est claire, c'est oui. Est-ce qu'on a la possibilité d'avoir un texte qui porte ce coup d'arrêt et qui protège les Français ? La réponse est oui, également, sur la base du texte qui a été voté par le Sénat et qui va servir de base à la commission.

1:09
Présentateur

Oui, mais on ne sait plus très bien. Et d'ailleurs, visiblement, c'est aussi le problème des députés. C'est qu'ils ne savaient plus très bien si c'était la version Sénat, la version macroniste. Où est-ce qu'on en était ? Vous, votre version à vous. En tout cas, celle que vous plébisciteriez, c'est celle du Sénat durci, en quelque sorte, comme on dit, par les sénateurs républicains.

1:28
Xavier Bertrand

Exactement. Mais je pense que ça vaut la peine qu'on se pose un instant. Parce que depuis maintenant 36 heures, c'est la foire d'empoigne à l'Assemblée, dans les médias. Et les Français ont le sentiment qu'il n'y aura pas de loi sur l'immigration.

1:39
Présentateur

Bon, ce n'est pas un sentiment. Enfin là, en tout cas, au moment où on se parle, alors elle va revenir lundi, mais elle est sortie du jeu.

1:44
Xavier Bertrand

Les Français n'y comprennent rien, parce que c'est devenu les attaques entre les uns et les autres. Le gouvernement dit que c'est de la faute aux oppositions, c'est de la faute de LR. En oubliant de balayer devant leurs portes, il y a quand même 9 députés de chez eux qui étaient manquants, qui manquaient à l'appel. Mais ils étaient où ? Il y en avait à la fois de Renaissance, il y en avait aussi d'Horizons, mais aussi d'autres, effectivement, des alliés. Ils étaient où ? Donc, encore une fois, il faut aussi être sérieux. Les Français ont le sentiment qu'il n'y a plus de texte. Il y a un texte.

2:09
Présentateur

Non, mais attendez, on va évidemment parler de pourquoi, mais là, j'ai du mal à comprendre votre petit jeu. C'est-à-dire, en fait, vous avez l'air de dire, bon, ils sont responsables, OK ? Et d'ailleurs, vous dédouanez en quelque sorte le ministre de l'Intérieur en disant « Le problème, c'est la stratégie d'Emmanuel Macron ». Vous dites d'ailleurs qu'il manquait à l'appel 9 députés de la majorité qui s'est retrouvée en minorité. Est-ce que vous, député, vous auriez voté la motion de rejet ? Oui. Oui. Donc, vous auriez été avec les LR. On est bien d'accord.

2:38
Xavier Bertrand

Bien sûr. Et d'ailleurs, j'ai demandé à un certain nombre de mes amis LR à l'Assemblée nationale de porter justement ce coup d'arrêt par rapport au texte de l'Assemblée. Expliquons bien les choses. Il y a deux textes qui sont en quelque sorte en discussion. À la sortie du Sénat, il y a un texte qui est voté largement par les sénateurs. Mais attendez, les sénateurs LR, les sénateurs centristes, les sénateurs macronistes, ils votent le texte du Sénat. Et le ministre de l'Intérieur dit « C'est un bon texte, il me convient très bien. Il suffit de reprendre ce qui a été dit à l'époque. Voilà ce qu'il dit.

» Ensuite, le texte arrive à l'Assemblée nationale et là, il est complètement détricoté et il est beaucoup moins ferme que la version du Sénat. Et les parlementaires LR disent à l'Assemblée « Nous, on veut un texte qui soit digne de ce nom, qui porte le coup d'arrêt à l'immigration et qui protège les Français. » Voilà pourquoi ils ont voté cette motion de rejet. Il y a donc aujourd'hui un texte. Ce texte, j'en suis convaincu. Si le gouvernement souhaite aller vers un compromis, ce texte peut être voté rapidement en CMP. Il peut être adopté avant... Commission ministre de Paris. Pardon, excusez-moi. Commission mixte paritaire, avec 7 députés, 7 sénateurs.

Il peut être adopté avant la fin de l'année. Et le ministre de l'Intérieur peut aussi préparer les décrets d'application pour que ce texte permette de protéger les Français, comme on l'a vu, notamment pour expulser les étrangers, qui sont dangereux pour l'ordre public. Vous savez que c'est pour moi un combat que je mène. Et j'ai vu notamment avec l'attentat d'Arras, combien il était important qu'on puisse éloigner les dangereux et qu'ils quittent le territoire national.

4:05
Présentateur

Ce texte, ce serait le texte du Sénat. Vous reprochez donc aujourd'hui et vous dites qu'au fond, on aurait pu éviter ce pataquès, cette vraie crise politique dans laquelle s'est mis finalement tout seul Emmanuel Macron, en ne demandant pas à ce que le texte tel qu'il était sorti du Sénat reste le même présenté aux députés. Ils auraient perdu la gauche, mais ils auraient gagné les élus LR.

4:29
Xavier Bertrand

Parce que nous l'avons dit, et moi je le redis également, je m'en suis entretenu également avec Éric Ciotti hier soir et dimanche, qui me demandait ma position, d'accord, pour dire qu'il faut être prêt à voter cette motion de rejet. Et encore une fois, parce que ce que nous voulons, c'est un texte qui soit le plus ferme possible. Les Français veulent un texte sur l'immigration. Ils n'ont pas forcément tous regardé le détail, la version de l'Assemblée, la version du Sénat. Celle du Sénat est plus ferme. Vous savez ce qu'elle demande. Elle demande aussi transformation radicale de l'aide médicale d'État. On souhaite également modifier...

5:01
Présentateur

En aide médicale d'urgence.

5:02
Xavier Bertrand

En aide médicale d'urgence. On souhaite également qu'on modifie le code de la nationalité. On souhaite également que l'on puisse éloigner ceux qui sont dangereux pour notre pays. Et que pendant ce temps-là, avant qu'il y ait cette obligation de quitter le territoire français, exécuter, il ne soit pas en liberté. Moi ce que je souhaite, c'est qu'il soit avec des mesures privatives de liberté. C'est-à-dire dans un centre de rétention administrative. Autant de sujets sur lesquels, très clairement, on peut agir vite et on doit agir vite.

5:29
Présentateur

Quand on regarde le contenu, en effet, de la loi, il y a aussi ce fameux article 3, qui était l'article qui, initialement, dans la version telle qu'elle avait été proposée par le gouvernement, demandait une régularisation des travailleurs des métiers en tension. Cet article 3 a été transformé en article 4 bis. Exactement. Qui est un peu moins conciliant sur les métiers en tension, mais qui, malgré tout, permet des régularisations. Cet article tel qu'il a été réécrit vous convient ?

5:56
Xavier Bertrand

Non, la version qui me convient, c'est celle du Sénat. C'est-à-dire clairement qu'il n'y a pas de droit général. Il n'y a pas d'appel d'air. Il n'y a pas de régularisation automatique. Il y a des situations de cas par cas. Et avec des étrangers qui ne deviendraient pas français. Voilà clairement la position du Sénat. La position du Sénat, je l'aurais votée dès demain. Et aujourd'hui, la position du Sénat doit être la boussole. Qu'il y ait une discussion au sein de la commission mixte paritaire, c'est une chose. Mais la boussole, la référence, le cap, c'est aujourd'hui la version du Sénat. Et là, la balle est dans le camp, aujourd'hui, du chef de l'État et du gouvernement.

6:31
Présentateur

Emmanuel Macron s'est trompé. Il a fait preuve de quoi ? De péché d'orgueil ?

6:35
Xavier Bertrand

Il a surtout refusé, depuis 18 mois, de tenir compte de la situation politique. Cette crise politique, c'est la conséquence des élections législatives de juin 2022. Emmanuel Macron a gagné l'élection présidentielle. Il a perdu les élections législatives. Mais il fait, je l'écrivais au mois d'avril de cette année, on est dans une forme de cohabitation. Il n'a pas la majorité absolue. Et au moment où on se situe, Apolline de Malherbe, dans cette crise politique qui est très importante, dont on peut sortir très vite...

7:06
Présentateur

Vous ne niez pas l'existence d'une crise politique majeure aujourd'hui ?

7:09
Xavier Bertrand

Évidemment. Vous savez, cette crise politique, elle a failli se produire au moment des retraites. Le boulet est passé tout près. Mais là, avec un texte important, celui sur l'immigration, on voit très clairement qu'il n'a pas de majorité. Et que ça ne sert à rien de louvoyer. Vous l'appeliez. Ça ne sert à rien de faire du en même temps. Ça ne fonctionne pas. Il faut faire des choix clairs. Et en matière d'immigration, vous devez faire preuve d'humanité. Notamment, on pensera de nouvelles politiques de coopération avec les Africains. Mais vous devez faire preuve de fermeté. Voilà ce qu'il nous est demandé.

7:39
Présentateur

Vous l'appeliez à l'époque, lorsque vous aviez dénoncé cette situation bancale, cette forme de déni de non-majorité, et le fait qu'il soit dans une sorte de cohabitation, disiez-vous. Qu'il refuse de voir. Vous l'aviez appelé à ce moment-là à une lucidité, mais aussi à avoir à prendre un Premier ministre de l'opposition, qui ne soit pas de ses bancs.

8:00
Xavier Bertrand

Aujourd'hui, le chef de l'État a quatre possibilités devant lui. Quatre. Soit il ne change rien. Et on continue comme ça jusqu'à la prochaine crise.

8:09
Présentateur

Ce qui a l'air d'être son option pour l'instant.

8:12
Xavier Bertrand

Ne rien changer. Ça vous fait loger les yeux au ciel. Ne rien changer pendant trois ans, c'est de la folie. C'est de la folie. On voit bien qu'on ne peut pas continuer à avoir un quinquennat où on ne prend pas les problèmes de fond. C'est aujourd'hui l'immigration. Ça sera demain une plus grande fermeté en matière de justice. Et lutter contre l'islamisme sous toutes ses formes. Pour tout ça, c'est quand même important. Les politiques du logement, se soigner.

8:32
Présentateur

Parce que ce que ça a montré, c'est qu'au fond, il n'avait plus les moyens de gouverner.

8:35
Xavier Bertrand

Exactement. Même quand il parle, il n'a pas les moyens de ses décisions. Donc il a quatre possibilités. La première, il ne change rien. La deuxième, il reconnaît la situation politique et il fait en quelque sorte le choix d'une cohabitation. Le troisième, il demande la confiance des Français et il y a une dissolution. Ou la quatrième, c'est qu'il se tourne vers les Français, notamment en leur donnant la parole avec un référendum. Il y a quatre possibilités. Le président de la République, Apolline de Malherbe, doit venir dire aux Français quel choix il fait entre ces quatre solutions.

9:13
Présentateur

Vous appelez Emmanuel Macron à décider à s'adresser aux Français et à prendre une décision.

9:18
Xavier Bertrand

Qu'il décide et qu'il nous dise clairement quel est son choix. Les Français, à ce moment précis, face à cette situation politique, face au spectacle tragique que l'on voit, notamment à l'Assemblée, sur les plateaux de télévision, il doit nous dire, voilà le choix que j'ai fait pour faire avancer le pays. Qu'on apprécie Emmanuel Macron ou pas, qu'on ait voté pour lui ou pas, nous sommes tous aujourd'hui dans un pays qui a besoin d'avancer, de relever les défis.

9:38
Présentateur

Xavier Bertrand, qu'elle est l'option dont vous estimez qu'elle serait la meilleure ?

9:43
Xavier Bertrand

Mais moi, je ne suis pas le président de la République. Posez-lui la question. J'ai voulu devenir président de la République. Ça n'a pas été le choix. Ma famille politique, donc je ne suis pas à faire le choix à sa place. C'est à lui, en conscience, de nous dire ce qu'il veut faire pour faire avancer le pays.

9:56
Présentateur

Il le dit sans le dire. C'est-à-dire que quand il réunit hier autour de lui un certain nombre de responsables politiques et qu'il leur fait comprendre qu'on va continuer un peu comme si de rien n'était, c'est-à-dire avec effectivement cette commission mixte paritaire qui sera donc réunie à partir de lundi, il a annoncé qu'il n'y aurait pas de dissolution. Donc déjà, l'option 3, elle est balayée et qu'a priori, il n'y aurait pas de changement. Vous estimez qu'il devrait le dire plutôt que de le faire un peu en lousdé ?

10:23
Xavier Bertrand

Vous ne trouvez pas quand même que de le dire dans un repas avec les fruits de mer, avec ses chapeaux à plumes ? Vous ne croyez pas que c'est devant les Français qu'il devrait venir le dire ? Il parle souvent, mais sur des sujets essentiels comme celui-là. Il doit rendre des comptes aux Français. Il doit leur dire, voilà le choix que j'ai fait pour le pays. Voilà le choix que j'ai fait pour vous.

10:38
Présentateur

Il a exclu la dissolution. Vous auriez estimé que c'était une des options intéressantes de redonner justement la parole aux Français ?

10:43
Xavier Bertrand

Ce qui est vrai aujourd'hui, on le voit bien, c'est qu'on a une assemblée qui est éclatée. Elle serait certainement encore plus éclatée sans majorité absolue pour qui que ce soit. Non, aujourd'hui, on le voit bien, il a d'autres possibilités, d'autres cartes en main. Il doit nous dire laquelle il joue. Ça ne peut pas être plusieurs en même temps. Il faut le choix de la clarification. Les Français, vous savez, aujourd'hui, au-delà de leurs inquiétudes, ils veulent être protégés. Ils veulent savoir où on va et comment on y va. C'est la moindre des choses quand même. Parce que le choix qui a été fait en juin 2022, c'est celui-là.

Ils n'ont pas voulu lui donner la majorité absolue, mais ils ne veulent pas que le pays soit condamné à l'immobilisme, les Français.

11:17
Présentateur

Vous excusez un petit peu vite le ministre de l'Intérieur, quand même, non ? Vous lui trouvez beaucoup d'excuses. Il serait... Non, mais ce ne serait pas de sa faute, quoi. Ce ne serait pas de sa faute.

11:24
Xavier Bertrand

Mais attendez, ce n'est pas que je n'ai pas de sa faute. Il y a une responsabilité collective. Tout est de la faute d'Emmanuel Macron

11:28
Présentateur

et rien de la faute de Gérard Benormand.

11:30
Xavier Bertrand

Dans la Ve République, le patron, c'est le président. Vous voulez que je vous parle de Mme la Première ministre ? Oui, allez-y. Et puis la semaine dernière, il nous dit justement qu'il y a le sentiment que la violence s'aggrave. Quand vous voyez l'hyperviolence dans nos rues, et depuis des années et des années, quand il y a ce déni de réalité, il faut quand même regarder les choses en face. Ce n'est pas seulement le ministre de l'Intérieur qui porte tout ça sur ses épaules. C'est un ensemble. Quand vous voyez une majorité à l'Assemblée nationale qui détricote complètement ce que a fait le Sénat. Donc encore une fois, leur responsabilité est collective.

Mais celui qui doit nous dire « Voilà comment on va s'envisager l'avenir », c'est Emmanuel Macron et personne d'autre.

12:02
Présentateur

Gérald Darmanin, qui sera d'ailleurs à vos côtés, je le disais, à Calais, vendredi. Quelle est la situation à Calais aujourd'hui ?

12:09
Xavier Bertrand

À Calais, le problème est très simple. C'est qu'il y a un appel d'air avec des migrants qui ne veulent pas rester en France, qui veulent aller en Grande-Bretagne. Et pourquoi ? Parce qu'en Grande-Bretagne, ils ont du boulot. Les employeurs, même si les migrants ne sont pas déclarés, les payent avec un lance-pierre, les exploitent, mais leur donnent du boulot. Voilà pourquoi je ne veux pas d'un appel d'air aujourd'hui sur les régularisations massives pour les travailleurs. Et tant que vous ne vous en laissez pas pris...

12:34
Présentateur

Parce que c'est ce qui est fait en Angleterre.

12:35
Xavier Bertrand

C'est ce qui est fait en Angleterre. Et on voit bien que ça ne s'arrête pas. Ils sont sortis du Brexit en disant qu'il n'y aura plus d'immigration. Il n'y en a jamais eu autant.

12:40
Présentateur

Ils ont quand même annoncé hier avoir réussi à faire adopter une loi extrêmement controversée, qui est en débat depuis plusieurs mois maintenant, pour expulser, externaliser les demandeurs d'asile, les envoyer au Rwanda.

12:53
Xavier Bertrand

Mais tant qu'il y aura là-bas des clandestins qui iront pour bosser et qui savent qu'ils bosseront, ça ne s'arrêtera pas. Et nous sommes trop gentils avec nos amis britanniques.

13:03
Présentateur

Cette loi anglaise, externaliser les demandeurs d'asile qu'ils vont envoyer au Rwanda, avec qui ils ont fait une forme de pacte.

13:09
Xavier Bertrand

Mais d'une certaine façon, c'est ce que veut faire aussi l'Europe, avec ce qu'on appelle des hotspots, notamment en Turquie. C'est tout simplement se donner la possibilité de freiner. Mais ils se trompent. Attendez, attendez.

13:18
Présentateur

Ça veut dire, Xavier Bertrand, que vous estimez en tout cas que externaliser les demandeurs d'asile qui ne seront plus sur le sol anglais, mais feront leur demande au Rwanda, c'est pas une vraie... On fait un tour en arrière.

13:27
Xavier Bertrand

C'est ce que je proposais lors de la primaire. C'est que quand vous traitez toutes les demandes d'asile sur le territoire, les migrants ne repartent pas. Ils ne repartent pas. Et donc, ce que je proposais, ça a été repris depuis par ma famille politique, pas à l'époque, mais depuis, c'est que ce soit traité en dehors des frontières françaises.

13:42
Présentateur

Mais faire comme ça, éventuellement, un accord avec un pays ?

13:45
Xavier Bertrand

Bien sûr, mais c'est ce que je proposais à l'époque, ou alors que ce soit fait aussi dans nos postes diplomatiques. Le vrai problème français, au-delà de ce texte sur l'immigration, c'est qu'il faut aussi de la fermeté pour dire que quand on ne veut pas accueillir des étrangers, on se donne les moyens de cette politique. Ce sont des quotas migratoires. Et l'autre aspect, c'est quand vous n'avez rien à faire sur le territoire français, vous repartez. Les OQTF, nous le savons, elles ne sont appliquées à même pas 7%. C'est un record d'Europe dont on se passerait volontiers. Et l'autre aspect...

14:14
Présentateur

Et même quand elles sont appliquées, je voudrais justement revenir sur un point, même quand elles sont appliquées, parfois, la France est condamnée. C'est le cas depuis hier pour ce fichet S, considéré comme quelqu'un de dangereux sur le sol français, qui vient d'Ouzbékistan, qui a été renvoyé dans son pays. Après deux ans où la décision n'avait pas été appliquée, il a donc été renvoyé en Ouzbékistan. Et la France est condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme parce qu'il est en danger là-bas, dans son pays. La France, qui va être donc obligée d'aller rechercher celui qu'elle a expulsé et de lui verser des indemnités.

Est-ce qu'il faut sortir de la Cour européenne des droits de l'homme ?

14:53
Xavier Bertrand

La première des choses, c'est que cet Ouzbék n'a pas à revenir en France. Et que le Conseil d'État n'a pas appliqué d'astreinte à l'État français pour le faire revenir. Il est dangereux...

15:03
Présentateur

C'est le tribunal administratif français qui fait appliquer

15:05
Xavier Bertrand

effectivement la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Il est dangereux, il ne revient pas en liberté en France. C'est aussi simple que ça. Protéger nos concitoyens est une priorité.

15:14
Présentateur

Moi je veux bien, vous dites ça, mais la Cour européenne des droits de l'homme

15:16
Xavier Bertrand

va dans ce cas-là condamner la France. Et c'est la raison pour laquelle ce texte sur l'immigration aujourd'hui ne suffira pas. Il est important, il y a des avancées. Il permettra de mettre ce coup d'arrêt dont on a besoin, de protéger les Français vis-à-vis des étrangers dangereux en les expulsant. Mais il y a un autre aspect, il faut modifier notre Constitution. Il faut modifier notre Constitution de façon, encore une fois, à mieux nous protéger. Le débat qui est posé à Pauline de Ballerbe...

15:39
Présentateur

Et donc, pardon, je reprends la question. C'est important aussi, je vais vous expliquer. Quel rapport à la Cour européenne des droits de l'homme ? Je viens de vous le dire.

15:45
Xavier Bertrand

La modification de la Constitution va nous permettre d'invoquer les intérêts supérieurs de la nation pour pouvoir dire s'il est dangereux pour les Français, alors il n'est pas en liberté sur le territoire français. Et ce qui est très important...

15:58
Présentateur

Il faut dire que le droit français sera plus important que celui du droit européen.

16:02
Xavier Bertrand

Il doit s'adapter. Ce n'est pas sortir de l'Europe, c'est tout simplement de comprendre que nos démocraties, si elles ne se musclent pas, si elles ne musclent pas leurs dispositifs juridiques, elles sont condamnées à un moment donné à laisser disparaître nos libertés au profit de la sécurité. Je ne le veux pas. Les démocraties ont, à mon sens, plus de force que les dictatures. Mais il faut, dans ces cas-là, qu'elles nous protègent et qu'elles se protègent. C'est ça qu'il y a derrière ce référendum constitutionnel. Et je pense que la meilleure des choses, c'est de demander l'avis aux Français en disant « qu'est-ce que vous voulez, vous ? »

16:34
Présentateur

Et donc, vous êtes pour la quatrième option, c'est-à-dire l'option référendum.

16:37
Xavier Bertrand

Je pense qu'on a besoin de demander au peuple français son avis. Et aussi, il donne sa force à des politiques qui manqueraient de force.

16:46
Présentateur

Xavier Bertrand, le lycée Averroès, premier lycée musulman de France, lycée privé, sous contrat avec l'État. C'est un de vos combats. Ça fait quelque temps que vous estimez que ce lycée ne doit plus être financé par l'État, donc ne doit plus être sous contrat. Et par la région. Et par la région, donc. Le préfet du Nord a décidé, en effet, de mettre fin aux subventions. Mais il y a de nombreuses voix qui s'opposent en disant que c'est de l'islamophobie, que d'ailleurs, dans un sens, c'était les résultats. Quand on voit les résultats de ces élèves, c'est aussi les privés d'un enseignement qui leur permettait d'excellents résultats.

17:20
Xavier Bertrand

Je suis attaché à l'enseignement libre. Politiquement, philosophiquement, personnellement, j'y suis attaché. Mais cet enseignement libre, quelle que soit la confession, un lycée catholique, un lycée musulman, doit respecter les règles. Ce lycée ne respectait plus les règles. Alors il n'y a pas lieu qu'il y ait de contrat d'association, il n'y a pas lieu qu'il y ait des financements publics de l'État ou de la région. Ça fait six ans que j'alerte en disant je voudrais savoir si oui ou non il y a un problème. Est-ce qu'il y a eu des financements étrangers ? Il y a un livre, Qatar Papers, qui a montré qu'il y a eu des financements. Notamment écrit par Georges Malbruneau, notre confrère.

Exactement. Et puis ensuite, il y a eu la question de la place du fait religieux. Pendant des années, l'inspection de l'éducation nationale a dit « circulez, M. Bertrand, il n'y a rien à voir, payez, taisez-vous ». J'ai porté l'affaire en justice en disant « je ne verse plus ». Un peu comme un lanceur d'alerte, parce que ce n'est pas moi qui pouvais prendre cette décision. Et il a fallu un rapport de la Chambre régionale des comptes pour bien montrer qu'il y a des ouvrages qui étaient au centre de documents et d'informations qui n'étaient pas conformes aux valeurs de la République. Dans ces ouvrages, on parlait de charia.

On disait que l'homme et la femme n'ont pas la même importance, ne sont pas égaux. Ça, c'est contraire au principe de la République. Et donc, il ne respecte pas ces règles, ce lycée, alors il ne doit plus avoir de financement. Mais il y a deux questions que je pose. Comment se fait-il que pendant toutes ces années, l'Éducation nationale n'a pas vu ce que la Chambre régionale des comptes vient de voir ? Comment se fait-il également qu'il ait fallu attendre que le préfet ait le courage de déposer ce dossier ? Parce que depuis six ans, je me bats là-dessus. Et le dernier point, celui qui sait, demain, il est hors contrat.

Il faut contrôler encore et encore, même s'il n'a plus de financement public.

18:56
Présentateur

Il continuera à accueillir des élèves.

18:58
Xavier Bertrand

Il faudra donc continuer à contrôler le contenu de l'enseignement. Le sujet n'est pas...

19:03
Présentateur

Quel est votre doute ? Je voudrais savoir où est-ce que vous voulez en venir quand vous dites pourquoi l'Éducation nationale n'a pas vu ? Est-ce que ça veut dire que vous vous dites que l'Éducation nationale n'a pas voulu voir ?

19:13
Xavier Bertrand

Je veux avoir cette réponse. Oui, vous avez entièrement raison. Comment se fait-il que la Chambre régionale des comptes, dont ce n'est pas le cœur de métier, a su trouver des faits particulièrement troublants qui permettent de mettre un terme à ce contrat d'association, des ouvrages qui n'ont pas leur place, un CDI, un certain nombre d'enseignants, de personnes de ce lycée qui ont tenu des propos qui sont inacceptables, quelles que soient la nature d'un lycée, vous devez respecter les valeurs républicaines. Ça n'était pas le cas.

19:39
Présentateur

Mais est-ce qu'au fond, ça ne sera pas pire demain ? C'est-à-dire que si vous les abandonnez en quelque sorte, puisqu'il n'y aura plus des subventions, il y aura toujours des élèves, et vous aurez beaucoup moins d'outils pour vérifier ce qui leur est enseigné.

19:50
Xavier Bertrand

La loi donne aussi des outils pour contrôler les lycées hors contrat. J'entends juste que ces contrôles ne soient pas faits, ne soient pas des contrôles sur le papier, mais que ce soit des contrôles en bonne et due forme. Vous voyez, dans ce combat, je me suis pris des coups pendant six ans, j'ai eu le sentiment aussi de parler, de ne pas être entendu. Il faut dépenser beaucoup d'énergie aujourd'hui pour contrer l'islam politique. Et il nous faut, Apolline de Malherbe, une nouvelle offensive républicaine, après la loi Samuel Paty sur le séparatisme, parce qu'aujourd'hui, c'est trop facile pour l'islam politique d'avancer. Il faut mettre un coup d'arrêt également à cela.

20:22
Présentateur

Xavier Bertrand, président Les Républicains des Hauts-de-France, merci d'avoir répondu à mes questions. Vous demandez donc un référendum sur ces questions d'immigration, et qu'Emmanuel Macron redonne la parole aux Français. Il est 8h53 sur RMC BFM TV.