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interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 20 juillet 2025 9 min

Budget 2026 : «Ce budget est en vérité un poison long qui va casser la croissance économique» affirme Pierre Jouvet

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

8h15 sur Europe 1, merci d'être avec nous. Véronique Verdun, vous recevez le secrétaire général du Parti Socialiste et député européen, Pierre Jouvet. Pierre Jouvet, bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être en direct sur Europe 1. Le budget 2026, Pierre Jouvet, le Premier ministre François Bayrou a présenté son projet. Il a précisé aussi le calendrier. Deux mois pour mettre un point final à son plan de rigueur budgétaire. Deux mois de discussion pour tenter d'échapper à la censure. Sur quel point allez-vous insister, Pierre Jouvet ? Que compte défendre le Parti Socialiste ?

0:35
Pierre Jouvet

On va insister sur tous les points pour une raison simple, c'est que nous considérons que la façon dont ce budget a été présenté et construit par François Bayrou va dans le mauvais sens.

Pour une raison très simple, ce budget qui est présenté comme ce qui doit être la solution pour sauver le pays et redresser les comptes publics est en vérité un poison lent qui va casser la croissance économique, taper les bas salaires et frapper les Françaises et les Français qui travaillent sans faire porter l'effort sur celles et ceux qui devraient payer les conséquences des erreurs politiques qui sont faites depuis huit ans par ce gouvernement qui a, rappelons-le, mis les finances publiques dans un état absolument déplorable.

1:20
Présentateur

Et ce matin, pourtant dans le Parisien dimanche, le patron de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, lui réclame, je cite, c'est un esprit commun autour du budget, il faut trouver un compromis pour éviter la récession. Vous n'êtes pas prêt à trouver ce compromis ?

1:34
Pierre Jouvet

Nous, nous sommes prêts à trouver des compromis, mais vous savez, quand le Premier ministre annonce 44 milliards d'euros d'économie et que sur les 44 milliards d'euros d'économie, 100% ou presque 97% si on veut être précis, de l'effort est porté par les Françaises et les Français qui travaillent où on leur dit que pour gagner 5 milliards d'euros, ils vont devoir travailler deux jours supplémentaires avec la suppression de deux jours fériés. Quand on sait que 5 millions d'euros, c'est-à-dire le coût de la suppression des deux jours fériés, c'est le coût de la suppression de l'impôt sur la fortune qui a été voulu par Emmanuel Macron, je dis que c'est inadmissible.

Quand on vous explique que demain, vous devrez vous serrer la ceinture, notamment dans les services publics, et qu'on voit aujourd'hui l'état de nos services publics, à l'hôpital public en France, quand on voit le peu de moyens qui est donné à la justice, à la police, à la gendarmerie, je ne sais pas comment on va faire pour aller encore plus à l'os.

Quand on dit aux collectivités locales qu'il va falloir économiser 5 milliards d'euros, alors qu'on sait que 75% de l'investissement de ce pays est porté par les collectivités, eh bien je dis que ce budget va dans la mauvaise direction et il va amener des conséquences économiques extrêmement graves parce qu'il va casser la croissance, casser la consommation et faire, je le redis, payer aux Français qui travaillent les erreurs politiques des cadeaux fiscaux qui ont été faits notamment aux plus riches par Emmanuel Macron depuis 8 ans par dogmatisme politique.

3:04
Présentateur

Alors à vous écouter, la fenêtre de tir pour le compromis semble quand même assez étroite. Quel geste pourrait faire le gouvernement ? Ça concerne avant tout les jours fériés, la cinquième semaine de congés payés. Quel geste pourrait vous pousser à dire « Bon écoutez, on va discuter sérieusement et après tout, pourquoi pas ? »

3:28
Pierre Jouvet

Plusieurs. D'abord, le fait de revenir sur la suppression des 12 jours fériés. Le deuxième, c'est d'arriver à mettre en place un effort de recettes supplémentaires sur les ultra-riches. Nous proposons au Parti Socialiste la mise en place de la taxe Zuckmann. La taxe Zuckmann, c'est quoi ? C'est prélever 2% sur le patrimoine des Français qui ont un patrimoine supérieur à 100 millions d'euros, c'est-à-dire les 1 800 Français. Écoutez bien ça, 1 800 Français qui ont un patrimoine supérieur à 100 millions d'euros, une taxation de 2% de ce patrimoine qui rapporterait entre 20 et 25 milliards d'euros. Voilà, la moitié du plan d'économie pourrait être supportée par 1 800 Français.

Plutôt que ça, on va faire travailler les Français, et excusez-moi l'expression, on va emmerder encore une fois les Français qui travaillent, qui ont du mal à finir leur fin de mois, qui ne sont jamais accompagnés, qui voient leur service public se déliter. Eh bien moi, je le dis, cette volonté permanente de la part des gouvernements macronistes depuis 8 ans d'épargner les plus riches et de faire payer à tous les efforts que certains devraient payer est insupportable et inacceptable.

4:43
Présentateur

En tout cas, Pierre Jouvet, vous l'avez déjà dit il y a deux semaines, François Bayrou est condamné à tomber, c'est ce que vous avez déjà affirmé avant même l'ouverture des discussions. C'est pas évident de se mettre autour de la table lorsque l'on dit de toute manière vous allez tomber.

4:59
Pierre Jouvet

Mais parce que vous savez, on a déjà vu les discussions avec M. Bayrou, et on voit finalement combien il est incapable de sortir de sa logique politique, qui est celle en fait de la logique classique des libéraux, qu'on connaît bien et qu'on voit à l'œuvre depuis 8 ans dans le pays. La logique de François Bayrou, c'est la logique qui nous a conduits et qui a conduit notre pays dans un mur. La logique de François Bayrou, c'est de voir le monde et de voir la France avec des lunettes du siècle passé, de ne pas traiter de la question écologique, de ne pas traiter de la question, par exemple, de l'intelligence artificielle, du numérique.

Je crois que François Bayrou, vous savez, je l'ai déjà dit et je le répète sur votre antenne ce matin, je crois que François Bayrou, en réalité, n'est pas à la hauteur de la fonction et pas à la hauteur de la crise que nous vivons. Donc maintenant, si M. Bayrou veut rester Premier ministre, parce qu'il a l'air très satisfait de sa fonction, il doit entendre ce que disent les socialistes et ce que je dis notamment ce matin, sinon il sera effectivement condamné à l'automne à tomber de son poste de Premier ministre.

6:00
Présentateur

Et vous préparez déjà la dissolution en cas de censure ? Le Parti socialiste se prépare avec un plan de dissolution pour le mois d'octobre. De quoi s'agit-il exactement, Pierre Jouvet ?

6:12
Pierre Jouvet

Il s'agit de regarder les choses en face. Si François Bayrou est censuré et qu'il tombe, le président de la République, comme il n'y aura pas de majorité miracle à l'Assemblée nationale, n'aura pas beaucoup de levier devant lui. Et celui de la dissolution peut en être un, puisque depuis le 16 juillet, il peut l'activer. Et ce que nous souhaitons au Parti socialiste avec Olivier Faure, c'est que pour le début de la séquence budgétaire, nous soyons prêts avec des candidats identifiés dans les 577 circonscriptions, avec un travail programmatique et des propositions qui seront faites aux Français.

Et ce que nous disons de manière très claire, c'est aussi pour passer un message au gouvernement comme au président de la République. Les socialistes n'ont ni peur de retourner devant les électeurs, ni peur de censurer et de faire tomber un gouvernement qui propose une politique injuste, qui va faire du mal à notre pays.

7:00
Présentateur

Alors vous êtes prêts pour les 577 circonscriptions, mais vous êtes prêts au niveau de l'union des gauches. Vous misez toujours sur les insoumis et les écologistes.

7:10
Pierre Jouvet

Avec Olivier Faure, nous sortons d'un congrès du Parti socialiste que nous avons gagné sur une ligne politique qui a été une ligne politique assez claire. Nous disons, nous voulons construire pour les élections à venir, qu'elles soient municipales, demain présidentielles, et s'il y a des législatives au milieu, un rassemblement qui ira de Raphaël Glucksmann à François Ruffin, en passant par les écologistes et les communistes. Sans Jean-Luc Mélenchon ? Oui, tout à fait. C'est la gauche non-mélenchoniste sans Jean-Luc Mélenchon.

Je crois, vous savez qu'aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon a fait des choix par ses outrances, par ses caricatures, par une forme de fracturation du débat politique national, qui fait que je crois que la possibilité que nous aurions de travailler avec lui ne serait non seulement pas comprise, mais pas acceptée par nos électeurs. Et je crois qu'il faut de la clarté, et il y aura deux offres politiques. À gauche, l'offre politique proposée par Jean-Luc Mélenchon, il se prépare depuis de nombreuses années à une nouvelle candidature à l'élection présidentielle, et l'offre politique que proposeront les socialistes.

Et donc nous, c'est dans ce chemin-là que nous travaillons et que nous construisons, avec les écologistes de Marine Tonnelier, avec les communistes de Fabien Roussel, avec Fabien, avec Raphaël Glucksmann, comme avec l'ensemble des forces qui avaient quitté la France insoumise, Clémentine Autain, par exemple, ou François Ruffin. Donc voilà l'offre politique sur laquelle nous pensons qu'il y a un espace et un chemin à la fois pour être au deuxième tour d'élection présidentielle et qui mènent une cohérence aussi sur le fond où nous pouvons proposer des projections communes.

8:49
Présentateur

Très bien, mais écoutez, merci beaucoup Pierre Jouvet d'avoir été en direct ce matin sur Europe 1. Pierre Jouvet, je rappelle que vous êtes député européen, secrétaire général du Parti Socialiste.

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