L'Urgence de Transmettre par François Xavier Bellamy - Lions Clubs District 103 Nord
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« ils étaient nés en France. J'ai rencontré ces élèves que nous connaissons, puisque toute la statistique officielle nous parle d'eux, mais que nous n'avons pas très souvent l'occasion de croiser, et que pour ma part, je n'avais pas eu l'occasion de croiser dans mes propres études »
- 2:49Invité politiqueFait
« vous ne devez surtout pas transmettre des connaissances. Parce que si vous transmettez des connaissances, ça veut dire implicitement que vous savez des choses que vos élèves ne savent pas. »
- 4:17Invité politiqueFait
« le numérique, c'est la fin de la transmission. Maintenant, le savoir est partout. »
- 7:57Invité politiqueChiffre
« Les plus grandes entreprises du monde ont moins de 10 ou 15 ans, aujourd'hui. »
- 11:40Invité politiqueFait
« je suis une chose qui pense, Descartes. »
- 14:16Invité politiqueFait
« Je lui apprends bien plus à ignorer qu'à savoir. »
- 17:15Invité politiqueFait
« À 15 ans, il a le droit de lire un seul livre. Pendant trois ans, le même. »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy99 %
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Ils
étaient nés en France. J'ai rencontré ces élèves que nous connaissons, puisque toute la statistique officielle nous parle d'eux, mais que nous n'avons pas très souvent l'occasion de croiser, et que pour ma part, je n'avais pas eu l'occasion de croiser dans mes propres études, puisque je le reconnais moi-même tout à fait,
et
dont parle Pierre Montaurieux. J'ai grandi à Versailles dans un milieu social et surtout culturel sans doute très favorisé, et je n'imaginais pas ce que j'allais rencontrer en commençant à enseigner. Et pourtant, ces jeunes que je rencontrais dans les lycées où j'ai commencé à enseigner, ne sont de toute évidence pas moins intelligents, pas moins doués, pas moins talentueux, pas moins capables d'apprendre, pas moins curieux même, que ceux que nous étions quand nous étions en lycée à l'âge qu'ils ont aujourd'hui. Eh bien, je vis aussi une expérience qui a été assez fascinante pour moi, que beaucoup de jeunes enseignants ont vécu comme moi, qui a été l'expérience de ma formation d'enseignants.
Et ma formation d'enseignants a été partagée avec... J'en ai reçu des témoignages infinis depuis la publication de petits ouvrages que j'ai consacrés à cette question, structurés à peu près par les mêmes principes. L'IUFM dans lequel nous nous rendions, qui a disparu pour réapparaître ce nom d'ESPE, pour en parler à la faculté de l'éducation nationale, quand il s'agit d'inventer des écrits de plus en plus compliqués pour des réalités qui ne changent jamais.
L'IUFM dans lequel
nous nous rendions, et donc c'est cette année de formation qui suit immédiatement les concours. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, vous passez les concours de la fonction publique pour devenir enseignant. Et puis, si vous les avez eus, eh bien, votre première année est consacrée pour moitié à votre enseignement, et pour moitié à votre formation d'enseignement, ce
qui
est tout à fait normal, parce que c'est une chose de connaître sa discipline, c'est tout autre chose de savoir correctement la faire partager. Donc,
nous
allions à l'IUFM pour devenir de bons enseignants, il n
'y
a rien d'étonnant à cela. Mais, ce qui nous a étonnés, littéralement, c'est le principe qui a commandé notre formation, et ce principe était le suivant, vous êtes de jeunes enseignants, vous ne devez surtout pas transmettre des connaissances. Parce que si vous transmettez des connaissances, ça veut dire implicitement que vous savez des choses que vos élèves ne savent pas. Donc, vous les méprisez, vous les traitez en ignorant, vous les considérez comme les réceptables du supposé savoir que vous devriez faire descendre vers eux.
Et surtout, si vous savez des choses que vos élèves ne savent pas, et que vous les leur transmettez, vous les rendez passifs, et vous les empêchez d'être acteurs, vous les empêchez d'être auteurs de leur propre orientation du monde, vous les empêchez d'être des inventeurs de leur propre société. Ce discours-là, je n
'ai
cessé de l'entendre tout mon année de formation, mais je n
'ai
cessé de l'entendre depuis, non seulement dans l'éducation nationale,
mais dans bien des
lieux parallèles ou périphériques où il est question de l'éducation. Enfin, pour ce qui concerne, je ne
suis
pas du tout un expert de l'éducation, je suis un jeune enseignant qui tente d'apprendre son métier, j'espère le devenir avec le temps, mais je crois d'abord que, comme le disait Alain, l'éducation est la science des professeurs chalités, donc il faut que ça se passe dans l'expérience, d'abord. Enfin, il y avait quelques personnes qui étaient sans doute beaucoup plus expertes que moi, le responsable de l'innovation pour le ministère de l'éducation nationale, quelques spécialistes de pédagogie, etc. Et alors, tous disaient, l'éducation de demain, c'est fini, c'est la fin de la classe telle qu
'on
la connaît aujourd'hui, il faut casser les cloisons, il faut faire de grands espaces, qu'on appellera des learning centers,
où les élèves
vont apprendre les choses par eux-mêmes, avec des outils numériques, parce que nous en sommes convaincus, le numérique, c'est la fin de la transmission. Maintenant, le savoir est partout. Et donc, les enseignants seront là seulement pour être, en quelque sorte, les animateurs de ce processus d'apprentissage qui se déroulera. Ce sont des mots très complexes et très savants que je vous ai dit. On va faire des îlots, on va mettre en œuvre des pédagogies actives, des pédagogies interactives, etc. Alors moi,
j
'ai pris la parole, et à mon tour, et j'ai tenté d'appeler cette chose toute simple, qui me paraissait triviale, que nous n'avons pas été, quand nous étions petits, nous n'avons pas été à l'école pour parler, mais d'abord pour apprendre à parler. Et que c'est peut-être d'abord cet apprentissage qui fait le centre de l'école, plutôt que le fait de faire croire aux enfants que tout leur est, par principe, immédiatement disponible.
Et vous voyez, pour vous dire, l'intensité du débat, où la force de la condamnation morale d'une telle position implique, l'une des intervenantes précédentes, qui est donc dans la très haute hiérarchie du ministère de l'Éducation nationale, alors moi, je ne suis qu'un enseignant de terrain, m'a regardé avec une espèce de colère en disant, j'espère avoir mal compris ce que vous avez dit.
Parce
que ce
que vous avez dit, c'est que vous ne faites pas du tout attention à la parole de vos élèves, c'est ça ? Et j'ai répondu, mais bien sûr que si, madame, j'espère donner toute ma vie d'enseignants pour leurs propres paroles, c'est-à-dire pour que leurs paroles puissent devenir vraiment une parole enrichie, nourrie, instruite, déclairée, et finalement une parole libre, une parole qui soit vraiment à l'heure. Mais c'est vrai, il me semble que quand des élèves viennent dans ma classe, ils viennent d'abord pour que je leur parle de ce qu'ils peuvent demain nourrir et construire leurs paroles. Elle me dit, donc, vous considérez que vos élèves n'ont rien à vous apprendre,
et
je lui ai répondu, au risque de vous choquer, madame, mes élèves m'apprennent souvent des choses et j'en suis émerveillé, mais si je suis rémunéré par l'État, c'est d'abord pour leur apprendre quelque chose et pas pour qu
'ils
m'apprennent des choses. Et oui, j'ai tenté de comprendre d'où venait cette condamnation de la transmission qu'il faut bien connaître avec quelque chose de surprenant, parce que pour des enseignants, c'est assez curieux comme situation. Ça fait des années que vous apprenez beaucoup de choses, même que vous les apprenez par cœur, que vous passez des concours difficiles, avec l'espoir un jour de faire partager toutes ces choses que vous êtes en train d'apprendre, et quand vous devenez enseignant, on vous explique que vous ne devez surtout pas les transmettre, et que c'est une sorte de boulet qui ne pourrait qu'handicaper la liberté de vos élèves. Donc, nous étions en quelque sorte étonnés.
Et j'ai tenté de comprendre, avec les moyens que me donnait très simplement ma discipline, d'où pouvait venir cette condamnation de l'idée même de transmission. Au fond, tout se passe comme si, vous voyez, il fallait opposer le passé à l'avenir. Tout se passe comme si, il fallait regarder l'héritage qui nous vient de loin comme un empêchement de créer ce qui, demain, pourrait naître. Tout se passe comme si, d'ailleurs, il fallait se défaire de ce qu'il peut y avoir de transmission, et donc aussi de tradition, à l'intérieur de nos vies sociales, à l'intérieur de nos vies personnelles, pour nous ouvrir à la modernité et au défi de l'avenir. Quelle chose étonnante, M.
le Gouverneur, que d'entretenir un héritage centenaire. Le monde a changé. Pourquoi commémorer cent ans, autant se tourner vers l'avenir et, d'une certaine manière, abandonner ce poids de tradition qui pourrait faire le caractère un peu désuet, anachronique, inadapté des organismes trop anciens ? Si vous regardez la modernité, ainsi parlent nos dirigeants, ou ceux qui conduisent notre travail dans l'éducation nationale. Si vous regardez le monde de demain, et 80% des métiers qui seront pratiqués
demain n
'existent pas encore. Les plus grandes entreprises du monde ont moins de 10 ou 15 ans, aujourd'hui. Et donc, il faut bien reconnaître que le poids de nos archéalismes est quelque chose dont nous devons nous défaire pour pouvoir avancer, j'allais dire, nous mettre en marche, mais c'est ça, en quelque sorte, pour pouvoir avancer vers l'avenir. se libérer de cet héritage serait la condition pour penser vraiment le présent et pour penser la modernité. Et nous vivons dans cette passion du dynamisme, du flux, de la mobilité qui commanderait, d'une certaine manière, de se sortir de ce qu'il y a de trop traditionnel. Et qu'est-ce que ça veut dire « être un enfant » ?
Ça veut dire traverser cette période de la vie assez étonnante, si on y regarde bien. Cette période qui est marquée par une espèce de fragilité intellectuelle temps horaire. Être un enfant, ça veut dire avoir une intelligence, bien sûr, mais une intelligence qui n'est pas encore complètement accomplie, qui n'est pas encore complètement développée, et qui, notamment, n'est pas encore capable de cette faculté qui n'advient pas à l'intelligence de l'adulte, et qu
'on
pouvait appeler la faculté critique. La capacité de remettre en cause, de dire au nom de quoi. Et aujourd'hui, si quelqu'un vous dit « tu dois croire ceci » ou « tu dois apprendre cela », vous lui répondrez « mais pourquoi ? Explique-moi, justifie-le ». Mais quand on était enfant, regardez comment on était bonnes fois quand même, nos parents nous ont dit « va à l'école », on y allaitait, on nous a dit « as-tu là », on s'est assis, on nous a dit « apprends tout ça », et nous, on a tout à fait. Et quand notre vie d'adulte commence, au terme de tout ce cours d'études, nous arrivons au seuil de notre existence rationnelle avec
dans l
'esprit ce fatrable préjugé, de notions, d'idées, qui sont plus ou moins incertaines, plus ou moins probables,
mais dont rien n'est vraiment
absolument sûr et dont surtout rien n'est vraiment absolument de nous. Au fond, la catastrophe de nos vies, c'est que nous sommes tous des héritiers. Et nous héritons, nous dit Descartes, si on devait prendre une métaphore architecturale dont il aurait sans doute été capable, vu qu'il en était familier, nous héritons en quelque sorte de la vieille maison de famille. Vous savez ce que c'est, hérité d'une vieille maison de famille ? C'est charmant, mais c'est
sûr.
En fait,
c
'est quand même toujours un peu la croix et la bannière. La
vieille
maison de famille,
d
'abord, chaque génération, il y
a
rajouté son petit bout, donc le plan d'ensemble est totalement épargné, ça n'a plus du tout de sens. On a fait la cuisine dans le boulailler, l'ancien four à pain est devenu un salon. Bref, la vieille maison de famille, elle s'est remolguée avec le temps, au point qu'on n'arrive plus à en comprendre la signification générale.
Et
puis surtout, l'hérité de la vieille maison de famille, c'est d'abord un lourd fardeau. L'électricité date des années 60, il y
a
plus bien qu'il
est
au nord, il y
a
des huiles sur le toit, on y pleut, ça goûte à l'intérieur, et quand vous montez les escaliers, vous ne savez jamais qu'elle marche, on
va
vous lâcher sous les pieds. Donc vous avez deux solutions. Soit vous êtes un homme de la tradition,
de
la transmission, mais vous regardez la maison, on
vous
dit, bon, elle est un peu dans une balance, mais elle a du charme quand même, et puis surtout, c'est quand même la maison de famille. Alors, je vais faire comme mon père, mon grand-père, et comme ceux qui l'ont précédé, je vais emblutir moi aussi toutes mes économies, on va refaire la toiture, on va rafistoler les planches dans l'escalier, et puis on va remettre l'électricité à peu près. Si vous êtes cartésien, c'est vraiment plus simple. Vous regardez la maison et vous dites, on rase tout, et on recommence. Et là, au moins, on aura une maison qui sera vraiment rationnelle, avec un plan d'ensemble bien pensé. Et là, surtout, on aura une maison qui sera vraiment la nôtre.
Ce sera vraiment notre plan. Je ne
peux
pas dire, vous pensez et donc vous existez. Je n'ai absolument aucune certitude que vous existez. Ce que je peux dire pour moi-même, c'est que je pense. Et donc, j'existe. Quelque chose existe. Quant à savoir quoi ? Qu'est-ce que je suis ? Je n'en sais rien. Ce que je sais absolument, c'est que je suis une chose qui pense, Descartes. Et par là, Descartes inaugure le rationalisme qui marque si profondément notre culture française, notre culture cartésienne. Nous sommes d'abord une chose qui pense. Reste committance. Je suis une chose qui pense, une chose pensante. Je pense, donc je suis. Vous voyez que cette expression qui nous est familière, elle est en fait le résultat d'un chemin et elle
est
le début d'une très grande histoire. Parce qu'ensuite, Descartes, c'est la fin de la première méditation, ce cogito ergo sum, ensuite Descartes va reconstruire la totalité du savoir sur ce cogito qui est la certitude absolue, la certitude indubitable, la certitude initiale. Descartes, sur le cogito, va reconstruire tous les savoirs. Mais, d'une certaine manière, la révolution s'est opérée. La maison a été rasée et elle a été reconstruite. On a mis à bas le vieil édifice et on l'a reconstitué à partir de notre propre intériorité, de notre propre rationalité. L'enfant garde encore une trace de cette nature originaire, mais, hélas, il faut le faire entrer dans l'ordre social.
Et cette entrée dans l'ordre social, le coup, a touté cette liberté première, a touté son caractère naturel pour devenir, lui aussi, artificiel, artificieux. C'est-à-dire, à la fois conforme à ses codes, privé de sa propre liberté, et en même temps, privé de cette espèce d'innocence enfantine, de cette innocence originaire, dont la condition absolue, nous dit Rousseau, est aussi son ignorant originaire.
Au fond, l
'ignorance, c'est la garantie de l'innocence. Et tout ce que nous transmettons à un enfant est fait dès son plus jeune âge pour le préparer à cette vie sociale,
à
cette compétition sociale. L'idée fondamentale de Rousseau, qu'il exprime dès son premier ouvrage en 1749 dans le discours sur les sciences et les arts, cette idée que la culture est super vertiglème, elle trouve sa déclinaison dans ce texte pédagogique, dans lequel Rousseau nous propose une vision de l'éducation qui l'appelle lui-même l'éducation négative. L'élimine,
il
n
'est
pas un texte de pédagogie à stress, c'est à ce moment comme un roman, c'est une histoire de fiction, qui raconte dans le regard d'un précepteur fictif la manière dont il s'y prend pour éviter un enfant qui s'appelle Émile.
Alors
cet enfant, la première chose en fait,
c'est
qu'on l'enlève de la société des hommes, on l'emmène par la nature du rousseauiste, de cette préservation de la nature originaire et dans cet environnement préservé,
eh
bien, on va appliquer avec un grand sens du détail un projet global qui se résume à cette grande affirmation assumée par Rousseau de mon élève, je lui apprends bien plus à ignorer qu'à savoir. Je lui apprends bien plus à ignorer qu'à savoir. Eh bien, le savoir est terriblement dangereux. Souviens-toi du rousseau en parlant à l'éducateur, souviens-toi que l'ignorance n
'a
jamais fait de mal à personne et que l'erreur seule est funeste. En parlant de cet état d'enfance, Rousseau dit « Oh, l'heureuse ignorance ! » Et il faut en sorte maintenir l'enfance. Dans tous les cas, aujourd'hui, et c'est là que le système Rousseau se trouve sa consécration, nous entrons dans une époque où l'intuition Rousseau se trouve accomplie par cette expérience incroyable qui est celle de l'environnement numérique. De toute façon, les lois de l'optique sont partout sur Internet. Si nos élèves, si nos enfants ont besoin de savoir l'optique demain, eh
bien,
ils demanderont à Google et Google leur donnera la réponse. Donc, en fait, savoir l'optique, ça ne sert à rien. Vraiment à rien. Apprendre par cœur l'optique, c'est totalement inutile. Ce qui compte, dit Rousseau, ça n'est pas que lui il connaisse l'optique mais qu'il sache la trouver par lui-même. Et ça aussi, c'est tellement imprégné dans l'éducation nationale aujourd'hui. Ce qui compte,
ça
n'est plus d'apprendre les connaissances mais d'apprendre à apprendre. Je suis sûr que vous avez déjà entendu cette équation. Ce qui m'intéresse, dit Rousseau, ça n'est pas que lui il connaisse l'optique mais qu'il sache la trouver par lui-même le jour où il en aura besoin.
En
fait, savoir l'optique, si nous y regardons bien, allons jusqu'au bout du propos, ça ne sert qu'à une seule chose. Ça sert à réussir ces interrogations d'optique. C'est-à-dire que depuis que vos enfants sont petits, depuis que vos enfants sont à l'école, vous les accueilliez au retour de la passée à l'école aujourd'hui. Est-ce que tu as eu de bonnes notes
?
Est-ce que tu as été le premier ? Pour le dire autrement, la culture n'est rien d'autre, nous dit Rousseau, que ce par quoi nous apprenons à entrer dans le jeu pervers de la société, de la comparaison permanente, de la rivalité permanente, dans ce jeu où il faut se distinguer dès le plus jeune âge pour tenter d'accéder au pouvoir, à la richesse de demain. Donc il y a quelque chose là-dedans, un jeu absolument catastrophique qui dénature les enfants et qui leur fait perdre cette innocence et cette ignorance originaire au profit de quoi ? Au profit de rien, en tous les cas certainement pas d'eux, au profit de la reproduction de ces mimétismes sociaux.
Et donc, Moli Descartes, pour moi, c'est totalement assumé en parlant de son élève. Je lui apprends bien plus ça, il n'y
a
qu'à savoir. Je lui montre la route de la science, dit Rousseau, longue à la vérité, aisée à parcourir, mais je ne lui permets jamais d'aller loin. Je ne lui permets jamais d'aller loin. Alors c'est vrai de tout, si vous voulez. Pour terminer ce propos Rousseau, il y a une chose qui incarne ce refaire de la médiation chez Rousseau, cette fascination pour la nature immédiate de l'homme et immédiatement bonne. Quelque chose qui doit être absolument écarté de la portée de l'enfant et c'est le livre. Et le livre, c'est l'objet le plus dangereux pour Rousseau. Surtout pas de livre pour Émile. Jusqu'à 15 ans, Émile n'a pas le droit de toucher à Émile. À 15 ans, il a le droit de lire un seul livre.
Pendant trois ans, le même. La vie, une grande anthologie de littérature, ah non, surtout pas. Rousseau nous dit un seul livre, Robinson Creusot.
Et
pourquoi Robinson Creusot ? C'est une provocation, évidemment, c'est un texte tout récent parce qu'il est
du
genre romanesque qui est assez décrié à l'époque où il
s
'est écrit. Robinson Creusot parce que Émile doit ressembler à ce héros.
C
'est-à-dire, Robinson Creusot est celui qui se retrouve sur une île déserte. Et quand vous êtes sur une île déserte, vous connaissez très vite que précisément la culture générale dans sa supposée gratuité ne va vous servir à rien. Ce qui compte pour Robinson Creusot c'est précisément seulement de savoir trouver par lui-même les moyens de survivre dans un environnement où il est définitivement solitaire. Les merdes se font toujours
on
va voir par le plus de beaucoup et les beaucoup sont toujours exactement le même beaucoup aux merdes. Toujours. Et on
ne verra jamais de
rupture précisément. On ne verra jamais de changement de liberté en quelque sorte dans cette... On ne verra jamais d'abeille qui se mettrait à dire tiens mais si on faisait une ruche on le gratte-ciel une fois pour voir c'est ça. Vous ne verrez jamais non plus une abeille marxiste arriver en disant on va faire la révolution couper la tête à la reine et serait partir le capital commun entre ouvrières. Ça n'arrive jamais. C'est équipé des humains il en va tout autrement.
Un petit bébé humain quand vous le regardez immédiatement il est capable de faire des choses et pourtant il est capable de faire des choses extraordinaires n'importe quel petit bébé humain est capable de faire des choses incroyables. Il est capable de penser il est capable de parler il est capable d'entrer en relation avec les autres d'imaginer d'inventer il est capable d'aimer mais pour accomplir toutes ces facultés
qui
sont en lui parce qu'elles appartiennent à sa nature parce qu'elles sont déjà en lui pour accomplir toutes ces facultés il aura d'abord besoin de rencontrer un autre il aura d'abord besoin de rencontrer une altérité et même il aura besoin de rencontrer une autorité par où viendra jusqu'à lui précisément ce que l'on appelle la culture c'est à dire le travail de toutes les générations qui nous ont précédées pour nous permettre d'accomplir et d'apprivoiser notre propre nature à chaque fois que nous pensons nous pensons dans les mots qui nous ont été transmis ça ne veut pas dire attention que notre pensée ait été piégée par cet héritage ni que sa liberté ait été enfermée par elle et c'est là que se trouve le miracle incroyable je suis sûr que vous qui êtes parent ou grand-parent quand vous avez appris à penser quand vous avez appris à parler à un enfant vous avez été conscient vous avez donné à votre enfant les
mots
pour parler vous lui avez donné les mots pour parler par lui-même vous lui avez donc aussi donné des mots pour penser et pour penser par lui-même mais chose terriblement inquiétante en un sens vous ne saviez absolument pas ce que votre enfant allait faire des mots que vous lui transmettiez nous ne savons pas ce qu'un enfant fera des mots qu'il lui soit refaire un jour peut-être ils lui serviront à penser seul à penser de façon nouvelle et peut-être un jour il lui serviront à penser aussi contre vous voilà le grand mystère de l'expérience humaine qui tient tout entière tout entier de ce mystère dans cette expérience tout à fait triviale que quand un adolescent en crise se révoile contre ses parents en disant j'en ai rien à faire de tout ce que vous m'avez transmis il le fait encore avec les mots que ses parents lui ont transmis toute notre liberté d'aujourd'hui nous la devons à ceux qui nous appréciés les facultés les plus essentielles à la nature du monde elles supposent la rencontre avec la culture pour pouvoir être à confier
et
sans ces facultés là nous risquons fort en effet puisque nous ne serons pas accomplis dans notre être de ressembler exactement à ce que on reçoit avec Révis des sauvages faits pour habiter dans nos villes cet ensauagement n'était-il pas mécaniquement le résultat de notre culture avec la société de la culture quand j'ai commencé à enseigner j'ai été très profondément remarqué par cet épisode quinze jours après la rentrée un jeune qui s'appelle Samy Pébi a été tué devant la porte du lycée où j'enseignais dans deux grandes bars dans le nord de 92 a été tué devant la porte du lycée à coups de tournevis toujours rien parce qu'il avait franchi une ligne imaginaire qui sépare dans le nord d'Ali à la cité du lutte de la cité des courtiers il n'y avait pas d'histoire d'argent il n
'y
avait pas d'histoire de gueule il
n
'y
avait
rien une espèce de pur meurtre tribal quelque chose de très primaire à la porte d'un lycée et d'une certaine manière c'était un défi lancé à notre propre responsabilité et dans un lycée où la culture ne parvient plus à être authentiquement transmise dans ce lycée où justement vous avez un tiers des jeunes qui sont en grande difficulté dans la maîtrise de la lecture quand la culture n'est plus vécue comment s'étonner qu'autre chose que la culture ne surgisse c'est-à-dire la barbarie et quand la civilisation ne se transmet plus comment s'étonner que surgisse l'autre de la civilisation c'est-à-dire la sauvagerie et
nous sommes
exactement devant ce défi-là je sais que monsieur Robert vous avez insisté pour travailler sur cette question de la bienveillance et de ce qu'on appelle aujourd'hui la communication bienveillante il me semble qu
'en
fait cette expression de communication bienveillante a quelque chose d'une espèce de redondance un peu comme quand on dit au jour d'aujourd'hui ou bien monter en haut toute communication tout échange tout dialogue implique la bienveillance et la secrète
ce
qui crée la malveillance ce qui crée de la violence c'est l'incapacité à communiquer c'est l'incapacité à exprimer sur un mal à dire à dire ce que l'on éprouve à reconnaître au fond ce qui nous manque le plus aujourd'hui c'est cette expérience de la reconnaissance nous vivons une forme d'ingratitude collective nous vivons en quelque sorte et c'est dans la crise que nos sociétés traversent peut-être son point commun une espèce de crise d'adolescence partagée c'est l'adolescent qui pense que toute sa liberté consiste à se défaire de ce qui le précède c'est l'adolescent qui pense comme le dit Rousseau ne rien devra personne et c'est la raison pour laquelle on appelle souvent l'adolescence un âge un gras mais cette ingratitude d'aujourd'hui qui nous fait croire que notre liberté a consisté à nous défaire de ce que nous avait possédé cette ingratitude normalement devrait n'avoir qu'un temps peut-être qu'il
est
temps de redevenir adulte c'est-à-dire de retrouver le sentiment que nous avons été des enfants en tous les cas ce qui compte le plus me semble-t-il c'est de renouer avec cette expérience de la reconnaissance savoir que nos idées les plus neuves ont toujours pour condition ce qui nous vient du passé parfois même le plus loin savoir que les fondations de ce qu'il y a de plus nouveau des progrès les plus impressionnants sont en fait posées par ceux qui nous ont précédés depuis parfois des millénaires on voudrait faire faire du code informatique à nos enfants c'est une espèce d'aberration parce que le code informatique que nos enfants pratiquent en CP il leur a changé dix fois quand ils arriveront sur le marché du travail et c'est surtout une espèce d'aberration parce que c'est oublié que les gens qui ont créé Google qui ont créé Apple qui ont créé Facebook et Twitter n'avaient pas par définition fait de code informatique à l'école en revanche ils avaient fait des mathématiques ils avaient appris les éléments de Clive c'est à dire ces éléments de la géolithique qui ont aujourd'hui 24, 25, 26 siècles quelque chose qui nous vient de très loin et qui nous rend capables d'inventer qui nous rend capables d'imaginer qui nous rend capables d'innover à
la manière d'un
artiste
qui
a beau être d'une liberté absolue a besoin pour que cette liberté s'accomplisse de commencer par travailler par recevoir cette discipline de son art qui lui vient parfois de très loin il ne
s
'agit pas il ne suffit pas de s'asseoir devant un piano pour composer quelque chose d'absolument créatif pour composer quelque chose d'absolument libre pour être vraiment soi-même c'est ça le grand mystère de l'expérience humaine c'est que si vous appuyez au hasard sur les touches d'un piano vous n'êtes pas pour vous composer pour vous imprimer de Beethoven pour devenir Chopin pour devenir Beethoven pour devenir Mozart il faut avoir fait des gammes pendant des années il faut avoir travaillé sur les oeuvres d'autres artistes et un jour tout ce travail vous conduit à créer quelque chose d'absolument nouveau d'absolument inédit quelque chose que personne n
'a
jamais entendu avant vous une symphonie de Beethoven ou un nocturne de Chopin
au
fond ce que nous voyons c'est que il nous faut retrouver cette expérience de la reconnaissance se sentir reconnaissant devant notre histoire de ce qu'elle produit pour nous de possibilités d'avenir et c'est l'emblème même que vous avez dans la tradition du Lyon's Club depuis maintenant un siècle ces deux Lyons qui se rejoignent pour regarder l'un le passé l'autre l'avenir l'un vers l'hier l'autre vers demain et qui forment un même une même union une même figure se situer précisément sur la brèche entre le passé et l'avenir et regarder signe d'aliment avec reconnaissance le passé avec énergie l'avenir c'est je crois la condition pour fonder de nouveau une modernité qui sache échapper à sa propre crise et c'est j'en suis sûr que je continuerai de porter avec toute la tradition qui fait la force et la noblesse du Lyon's Club avec tout ce qui fait sa générosité aussi pour le monde autour de nous pour les
François-Xavier Bellamy