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interviewBLAST (sur YouTube)· 22 avril 2022 21 min

UN SECOND TOUR QUI DONNE ENVIE D'UN TROISIÈME

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

“L’isolement n’est pas possible en temps d’élection, pas plus que la solitude au milieu d’un champ de bataille” Victor Hugo. J’avais prévu une autre citation que cette prémonition hugolienne pour démarrer cet édito. Elle était très bien d’ailleurs, ma citation, mais un peu compliquée à mettre en exergue car réversible...

Hannah Arendt est reprise en boucle sur les réseaux sociaux pour avoir dit : “Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal.” Vous pouvez vous gratter après une citation pareille. Est-on, dans le climat d’hystérie et de vindicte qui précèdent une élection, en droit de se poser la question ?

J’ai fait quelques recherches sur ce choix du moindre mal et ceux qui veulent faire comme moi peuvent se rapporter à cet article, ou au livre d’où est issue cette idée du moindre mal. On pourrait, si on est réactif et un peu bêta, disons comme Donald Trump, un type que Marine Le Pen adore… La réélection de Donald trump est meilleure pour la France, Pourquoi ? Parce que Donald Trump, c’est le retour des nations, c’est l'arrêt de cette mondialisation sauvage, de cette dérégulation, de cette disparition des frontières.

Macron aussi d’ailleurs...

C’est vraiment la merde, dès que je trouve une idée qui plombe Marine Le Pen, aussitôt, je me rends compte qu’Emmanuel Macron ne fait pas mieux. Souvent d’ailleurs, il fait pire. Enfin, pire… Bon, lui a serré la louche à Poutine et fait des papouilles à Trump, mais n’a pas ciré les pompes ay plus gros … censeur d’Europe qu’est Victor Orbán.

Il n’est pas non plus allé danser au bal avec des Waffen SS. Tenez, essayons de ne pas nous faire remarquer. Et les emmarcheurs, ces ectoplasmes républicains, n’ont pas eu recours aux leçons de Steve Bannon, le "mister post-vérité" de Trump, pour gagner le pouvoir.

Vous savez, pour ceux qui suivent mes éditos, je cherche du côté du cinéma et de la fiction pour dire le réel. La première idée de film qui m’est venue concernant Macron, c’est American gigolo...

Richard Gere n’est que dans la séduction. Macron aussi, surtout dans cet entre-deux tours. Lui, c’est le French gigolo.

Oh yes, yes, down below, they're waiting for the princess. Il drague tout ce qui bouge et qui peut ressembler à un abstentionniste, à un gauchiste ou à un écologiste. Quand il en repère un, il devient carrément lourdingue, son œil s’allume.

La retraite à 65 ans ? Je vous la fais à 64, ma bonne dame. Le réchauffement climatique ?

Bon écoute, je vais « décarboner » mon premier ministre. Quoi ? Je ne vous promets pas Jadot, mais laissez-moi réfléchir, votez pour moi, je vais trouver.

D’ailleurs, Jadot n’est pas si mal. Enfin, je vais vous trouver un premier ministre écolo compatible, ne vous inquiétez pas ! Ben si, on s’inquiète.

Macron, en cette fin de campagne qui aura duré quinze jours pour lui, c’est un peu comme le cousin de province qui ne boit que des sodas et qui emballe tout ce qui bouge en fin de bal : les délaissés, les vieux, les pauvres, les riches désœuvrés, les ivrognes, les shootés, les endormis, les grand-mères, les majorettes, tout. Il ramasse, il promet, il diabolise, il dramatise, il y va à fond. Mais le pire, c’est quand il nous fait culpabiliser.

Si vous ne votez pas pour moi, ça va être le chaos. Les fachos vont s’en prendre à la Constitution. On entre en dictature et vous serez les seuls responsables. il est complétement barré, total barge, mais grande idée.

Le gars a éborgné les Gilets jaunes, a envoyé les CRS arracher des tentes à Calais, a encouragé Darmanin à se comporter en homme avec les gonzesses, a appauvri la France à un niveau jamais atteint, a sucré l’ISF, a envoyé les flics et son préfet Lallement nous matraquer à la moindre manif, a filé des contrats bidons à Mac Kinsey, a joué à fond les manettes à faire monter l’extrême-droite pour éviter toute autre confrontation. Et tout à la fin, il nous la fait à l’envers. Ouais, bon votez pour moi, je suis le rempart contre l’extrême-droite.

Pour rester sur la métaphore du baloche, à la fin du bal, t’as qu'une seule envie, le coller au porte-manteau. Et encore, je suis gentil. Si Emmanuel Macron, c’est « American Gigolo », Marine Le Pen, j’ai cherché.

J'ai cherché du côté des dessins animés. Il y avait aussi la gouvernante allemande de Mathilda. Ahh, de la chair fraîche !

Mais j’ai fini par trouver quelque chose de plus fin du côté d’Hollywood et de Billy Wilder : Gloria Swanson dans “Boulevard du crépuscule.” Une séductrice à l’haleine fétide, mais surtout une tueuse qui cache son jeu. Oh, oui, oui, en bas, ils attendent la princesse !

Norma Desmond a dépassé les cinquante piges, des années qu’elle est dans le cinéma. C’était une star du muet et elle veut faire son comeback. Elle réussit à appâter un jeune scénariste désargenté.

Elle l’entretient, mais le gars en aime une autre. Et ça finit mal. Ça finit toujours mal avec les filles qui se forcent à sourire et qui portent un flingue dans leur sac à main.

Le mal, le moindre mal. Entre American Gigolo et Sunset Boulevard, on est dans les deux cas en plein crépuscule. On cherche une lampe de poche et on attend une aurore qui ne soit pas une aube dorée.

On pourrait donc se dire, ouais, bon, Hannah Arendt nous invite à bien peser le pour et le contre, à ne pas choisir ce qui paraît évident. Mais alors, le moindre mal, c’est s’abstenir, ou c’est voter Macron ? Pas si simple, surtout quand on se dit que s’opposer en s’abstenant, c’est peut-être s’abstenir de s’opposer.

Je connais cette théorie, oui. De retour du procès d’Eichmann à Jérusalem, Hannah essayait de dénoncer les mesures anti-juives imposées par les nazis. Certains de ses amis juifs pensaient même que refuser de coopérer avec Hitler aurait aggravé les choses.

Elle explique que cet argument est une manipulation pour amener la population à accepter le mal. Donc, si on réfléchit, et sans vouloir user de parallèles foireux, le mal, ici, ce pourrait être Marine Le Pen et le moindre mal, le vote blanc ou le vote Macron. J’ai la bonté en moi, j’ai du bon sens, que je sais trier les bonnes et les mauvaises idées, pas tant en trouver, juste écouter et savoir repérer ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.

Attends, ne sois pas si pressé ! C’est compliqué, la vie politique, c'est plein de chausse-trappes et de faux-semblants. On est dans l’après-guerre, à un moment où ne sait plus bien où se trouve la frontière entre le bien et le mal.

Le sens moral s’est évaporé dans les limbes. La propagande marche à fond. Hannah Arendt dit, et il faut l’écouter, que "le seul comportement qui est moral est de ne pas rejeter la responsabilité sur le système”, comme le fait Eichmann, mais de penser par soi-même comme doit le faire tout homme libre.

Des pays comme le Danemark, contrairement à la France de Pétain et de Marine Le Pen, ont dit non à Hitler. Hannah nous montre qu’il y a toujours une option entre la collaboration et les camps d’extermination. Dans ce cas, selon Hannah Arendt, l’argument du « moindre mal » ne tient pas.

La collaboration avec les nazis n’est jamais un moindre mal. Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas et ce que, au hasard, Gabriel Attal aimerait que je dise : je ne pense pas, même si son pater est un nostalgique du Reich et considère l’extermination des Juifs comme un point de détail de l’histoire, Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir, je n’ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale. …que Marine Le Pen soit elle aussi une nostalgique de ces années-là.

Non, l’extrême droite version Rassemblement National, c’est moins raide, moins antisémite, moins Waffen SS, même si, bon… non, non, je déconne. Marine a changé. Elle est moderne, populaire, c'est une agricultrice.

Elle élève des chats. Elle vit avec une copine et a lâché son macho de mec. J’élève des chats, Mais vous les vendez ? je suis agricultrice, je suis… bah bien sûr.

Mais je vais vous trouver un mec, Marine, c’est quoi votre style de mec ? Mais je ne veux pas ! il y a Louis Aliot qui s’est trouvé, lui, une meuf à Perpignan, qui fait dans l’art et la culture et qui se rêve peut-être en ministre de la culture, pourquoi pas ?

Là, on a Roselyne Bachelot, pourquoi pas Louis Aliot ? Il dit n’importe quoi ! - C’est l'apanage de l’opposition.

Sur Facebook, j’ai relevé le coup de gueule de mon copain Diastème qui pense, à juste titre, comme les frères Dardenne d’ailleurs, qu’il ne pourra plus faire de film si Marine Le Pen passe. J’avais adoré "Un Français", l’histoire de ce jeune skinhead qui se rend compte de la connerie et de la haine qu’on lui met dans le crâne Avec "La cravate", un autre documentaire qui racontait la manipulation du RN pour arriver au pouvoir, c’est un film prémonitoire, comme son dernier film, d’ailleurs. Il est encore sur les écrans.

Le monde d’hier ressemble cruellement à celui d’aujourd’hui. Voilà un extrait de ce qu’écrivait Diastème sur Facebook : “J’ai passé beaucoup de temps, ces dernières semaines, à discuter avec des députés ou des maires, des journalistes politiques, des spécialistes de l’extrême-droite, et je n’ai entendu qu’une seule chose, la peur. Pour la première fois de leur vie, vraiment, ils pensent que l’extrême-droite peut remporter cette élection.

Je le pense aussi. Il suffirait de pas grand-chose, comme dans mon film, un dérapage, un évènement, une désertion. J’aurais adoré, moi aussi, que la gauche remporte cette élection.

Ce ne sera pas le cas. Mais si l’on se dit de gauche, ou de droite républicaine ou tout simplement humaniste, ne pas aller voter Emmanuel Macron au second tour est un acte suicidaire. C’est être responsable du plus grand drame que connaîtra notre pays depuis la seconde guerre mondiale.

C’est se tirer une balle dans la bouche.” C’est ce qu’il écrit. Diastème s’est fait aussitôt incendier sur les réseaux sociaux, au point de réagir par une tribune dans l’Obs, où il explique ce massacre par les habituels trolls d’extrême-droite, mais aussi, et surtout, par ses camarades de gauche.

Ariane Mnouchkine dit à peu près la même chose que Diastème : “On n’essaie pas Marine Le Pen. On n’essaie pas le fascisme, aussi déguisé soit-il. On ne se livre pas aux forces obscures...

Si elle est élue, alors avec ceux qui sont restés dans l’ombre, elle infligera à la France et à l’Europe des dégâts incommensurables…” Elle aussi se fait allumer, mais moins. Je déteste cette intolérance. À l’opposé ou presque, il y a cet échange entre Pasolini et Moravia.

C’est paru dans les correspondances de l’écrivain assassiné sur une plage d’Ostie, alors qu’il s’apprêtait à divulguer un complot politique : “Je me demande, cher Alberto, si cet antifascisme furieux qui s’épanche ne serait pas une arme de distraction, que la classe dominante use envers les étudiants et les travailleurs pour provoquer la discorde, inciter les masses à combattre un ennemi inexistant pendant que le consumérisme moderne rampe, s’insinue et ruine une société déjà moribonde” Ça fait évidemment penser à "Il divo", le divin film de Paolo Sorrentino de 2008, qui nous faisait entrer dans la tête de Giulio Andreotti, le vieux leader mafieux de la démocratie chrétienne, qui incarne si bien la dégénérescence de la vie politique italienne. Évidemment, je suis perdu. À l’opposé des slogans comminatoires qui fleurissent sur les réseaux sociaux, une interview du sociologue Didier Éribon sur Médiapart analyse cette montée de l’extrême-droite comme un inéluctable glissement qui s’est accéléré avec la trahison de François Hollande.

Les votes socialistes et communistes se sont mués en votes nationalistes. Ce n’est nullement de l’idéologie qui s’est ainsi transmise, mais surtout de la révolte. Aveugle la révolte, sans mémoire, réactive.

Éribon, comme bon nombre de sondeurs, pense qu’il y a peu de chances que Le Pen gagne. “Le risque est quasiment inexistant”, dit-il. “On essaie de nous faire peur pour augmenter le score de Macron, afin qu’il puisse ensuite affirmer que son projet a été soutenu par un grand nombre d’électeurs.

Et dès qu’il sera élu, il reprendra sa politique de démolition, et accueillera tous ceux qui voudront protester avec des charges policières, des grenades lacrymogènes, des « balles de défense », provoquant à nouveau blessures et mutilations. Ce n’est donc pas seulement que je ne veux pas voter pour Macron, c’est que je ne peux pas. La politique de classe qu’il incarne me révulse.

Il a fait barrage aux mouvement sociaux, aux revendications syndicales, aux demandes sociales. Il a fait barrage aux libertés publiques, à la démocratie. Il nous dit qu’il va changer, qu’il va écouter, mais c’est évidemment une obscène plaisanterie.” En même temps, il faut se méfier des sondages et des sondeurs.

Autant que des médias qui les commandent. je viens d’avoir une information supra confidentielle. Vous êtes devant, de peu, d’un cheveu, mais vous êtes devant le Président.

Eux qui ont fabriqué, depuis des mois et des années, ce duel Macron-Le Pen en minimisant le vote Mélenchon, en tentant de faire grimper de fausses valeurs comme ce Fabien Roussel contre qui j’ai un peu de mal à décolérer. Fabien, tu nous as fait perdre tellement de temps et d’énergie. Mais passons.

En appelant "gauche radicale" ou "extrême-gauche", ce qui n’était au fond que la gauche, les petits soldats décérébrés du Paf nous ont trompés. Ce glissement sémantique change tout, comme celui qui voudrait que Marine Le Pen ne soit pas d’extrême-droite. Foutaises !

On ne va pas refaire l’histoire, mais la nécessité de médias libres et indépendants s’impose plus que jamais, et que ces médias s’unissent aussi et se renforcent. Demain, très vite. D’ailleurs, rendez-vous dimanche soir à la Cigale.

Ce sera un direct live sur Blast. On va dignement fêter notre défaite et notre reconstruction. On a perdu trop de temps, laissé trop d’espace.

Le service public d’information a failli à sa mission. France Inter a joué au chat sans la souris avec Marine Le Pen, en omettant de dénoncer la bande de fachos et de nazis qui se planquent derrière leurs nouveaux costards. L’Agence France-Presse n’a cessé de marginaliser la France Insoumise et de promouvoir Macron.

Et que dire du matraquage orchestré par Bolloré et ses sbires, la bande à Pascal Praud, à Hanouna, ou tous les pseudo débatteurs qui n’ont eu de cesse de nous faire croire à ce foutu “grand remplacement”, né dans le cerveau malade d’un écrivain aigri ? Pendant cinq ans, ils ont tendu leurs micros à cette extrême-droite, ont utilisé des mots qui n’étaient pas les bons pour la banaliser, ont rentré dans le crâne d’esprits faibles et fatigués cette idée sotte qu’il existait un peuple qui aurait besoin d’ordre et de sécurité, d’une police omnipuissante et de juges aux ordres. Quel peuple ? “Le désordre, c’est l’ordre moins le pouvoir” disait Léo Ferré.

Léo, reviens, ils sont devenus fous ! C’est presqu’un exploit malgré ces adversités d’arriver, à la veille des législatives, avec trois blocs aux forces quasi équivalentes. La gauche a un coup à jouer et ne va pas s’arrêter après ce second tour.

Je demande aux Français de m’élire premier ministre, je leur demande, pour m’élire premier ministre, d’élire une majorité de députés insoumis, insoumis et Union Populaire. Il y a donc un troisième tour, il n'y a pas seulement un deuxième tour. Même avec Ciotti, Dupont-Aignan ou Mariani, Marine Le Pen aura du mal à se construire une majorité.

Macron, après avoir dragué à gauche, repartira à droite et fera le grand écart entre Nicolas Sarkozy qui craint la taule avec le procès Bygmalion, qui arrive en appel, et tous les mangeurs de soupe du PS, les Guigou, Rebsamen, Valls, qui nous font honte. Virage à gauche, virage à droite, remonté très haut comme ça. Est-ce que ce sera suffisant ?

Pas sûr...

Ce qui pourrait nous arriver de moins pire serait une cohabitation. Ben oui finalement. À Blast, nous serons là pour continuer ce combat de l’information.

C’est parfois dur de rester droit et tranquille quand on se fait cracher dessus en permanence sur les réseaux sociaux et ailleurs. À la différence de tous ces donneurs de leçon, planqués derrières des pseudos ou adoubés par les oligarques, nous essayons de ne céder ni à la peur, ni à l’hystérie. On aligne nos sujets, nos articles, nos vidéos, nos éditos comme autant d’incursions en territoire ennemi.

Les mois qui viennent seront mouvementés, mais intéressants à vivre. Il va nous falloir apprendre encore plus à résister et à penser en hommes et en femmes libres. Je fais un bond dans le passé.

On est le 29 mai 2005. Autant dire, une génération. Je viens de déménager, j’ai quitté la ville de Metz pour un village pas très loin.

C’est le jour des élections européennes. Le combat a fait rage entre ceux qui veulent une constitution européenne et ceux qui n’en veulent pas. La majorité des politiques, à gauche comme à droite, plaide pour l’Europe.

Chirac met tout son poids politique pour le oui. Il est président, le PS est à ses côtés. En face, Seguin est contre.

Mélenchon, Besancenot et le Front national aussi. La France perdrait sa souveraineté. Les médias ont outrageusement fait la promotion du Oui.

C’est la première fois de ma vie que je ne sais pas vraiment pour qui voter. Quand je les écoute débattre et se déchirer, je vois autant d’arguments valables pour voter oui que pour voter non. Dans mon cerveau, c’est Beyrouth par temps de paix.

Je veux dire que je me lève le matin en trouvant des tas d’arguments pour voir en l’Europe le seul moyen de lutter contre le nationalisme. Je me couche le soir en étant sûr que si les banquiers et les Américains mettent la main sur Bruxelles, on est foutu. J’attends le dernier moment pour aller au bureau de vote de mon nouveau village.

En marchant vers la mairie, je ne sais toujours pas quel bulletin je vais mettre dans l’urne. Je me dis que je saurai dans l’isoloir. Sauf que je n’arriverai jamais jusque-là.

Je venais de déménager et j’avais oublié de m’inscrire. On m’a refoulé. J’aurais pu foncer en ville pour rattraper le coup, mais j’ai eu la flemme.

Bref, la vérité me pousse à dire, 17 ans plus tard, que je me suis abstenu, J’aurais probablement voté non, mais pas sûr. Dehors, je veux dire en dehors de mon cerveau, le combat faisait rage entre ceux qui vociféraient que la France ne pourrait prospérer que dans une Europe forte et unie et ceux qui hurlaient vouloir boucler nos frontières. Pour être au diapason, j’aurais donc dû m’engueuler avec moi-même.

Mais dans mon cerveau, c’était calme. Je ne sais pas, je n’en sais rien. Nom de dieu, il est en train de partir en impro.

Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Parce que c’est la même chose qui se trame en ce moment. Je vois autant d’arguments valables pour m’abstenir de voter dimanche ou de voter blanc, que de mettre, par dépit, un bulletin dans l’urne pour le président sortant.

Sur les réseaux sociaux ou au bistrot, ça s’énerve grave. Et il faut à l’éditorialiste de second tour, un certain courage pour tenter de mettre un minimum de raison dans ce qui devient du grand n’importe quoi. J’écoute, je regarde, je vois bien que Macron, comme Le Pen, cherche à nous enfumer, et le débat d’hier fut une hyperbole finalement insignifiante.

Si Macron avait la bonne idée de nous remettre l’ISF, je pourrais vaciller. Alors oui, je doute. Mais je sais que tout ça finira dans l’isoloir et jamais sur Sunset Boulevard.

UN SECOND TOUR QUI DONNE ENVIE D'UN TROISIÈME — Jean-Pierre Bataille · Pourquijevote