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interviewC dans l'air· 6 mai 2026 11 min

Hantavirus : le nouveau covid ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il faut le goûter pour comprendre. ... - C.Roux: Bienvenue.

C'est une course lancée pour faire l'itinéraire de l'hantavirus, qui a fait 3 victimes sur un navire de croisière néerlandais, qui reliait Ushuaïa au Cap-Vert. Un couple de septuagénaires et une passagère allemande ont succombé au virus. L'OMS évoque 8 cas, 3 confirmés en laboratoire et 5 suspectés.

Un nouveau cas a été annoncé cet après-midi en Suisse. Avec nous pour en parler, le professeur A.-C.Crémieux.

Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes infectiologue et présidente de la commission technique des vaccinations à la HAS. On va reprendre le film dans l'ordre.

Que sait-on de ce virus, l'hantavirus? C'est quoi? - Pr A.-C.Crémieux: C'est un virus qui provient du monde animal, des rongeurs.

Il se transmet à l'homme lorsque celui-ci est en contact avec un environnement qui a été souillé par les excréments, les urines, la salive de ce rongeur. On en trouve de différentes sortes selon les zones géographiques. Aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, ils sont particulièrement sévères.

Ils peuvent donner ces syndromes qu'on appelle cardiorespiratoires, qui peuvent entraîner des décès. - C.Roux: On a identifié qu'il s'agit de la souche des Andes.

La difficulté, c'est que c'est une souche qui se transmet de l'homme à l'homme. - Pr A.-C.Crémieux: C'est le seul hantavirus capable d'une transmission interhumaine.

Ca a été mis en évidence il y a 30 ans. On sait néanmoins que cette transmission interhumaine est limitée. Il faut des contacts proches, par exemple les conjoints, des personnes qui vivent dans la même maison. - C.Roux: C'est au contact? - Pr A.-C.Crémieux: C'est probablement par des sécrétions, les gouttelettes, mais on ne sait pas très bien. - C.Roux: On retrouve les gouttelettes. - Pr A.-C.Crémieux: Les personnes qui sont infectées, leur sang, les urines, leur salive, c'est infecté.

Une des voies, on pense que c'est les gouttelettes, mais il faut des contacts très proches. C'est ce qu'on sait des précédents clusters qu'on a observés. - C.Roux: C'est une des 1res différences avec le covid.

C'est un virus qui a un fort taux de létalité. - Pr A.-C.Crémieux: A partir du moment où il y a des symptômes, on sait que ça progresse assez rapidement vers un état très grave, avec une défaillance respiratoire et cardiaque.

Ces défaillances cardiorespiratoires ont une létalité de 20 à 40 %. - C.Roux: Le temps d'incubation? - Pr A.-C.Crémieux: Il est en moyenne de 19 jours, mais on sait qu'il peut aller de 16 jours à 44 jours. - C.Roux: Il y a à bord 140 personnes bloquées sur le bateau.

Ce n'est pas un scénario catastrophe? Il y déjà eu 3 victimes de ce virus. - Pr A.-C.Crémieux: C'est effectivement pas de chance.

Il y a eu 2 phénomènes. Le 1er, c'est que la personne qui était infectée, le 1er cas, est arrivée à bord sans savoir qu'elle était infectée. Elle se trouvait à bord au moment du début de son infection, où elle était la plus contagieuse.

Comme personne ne le savait, personne n'a pris de précautions. Le 2e facteur péjoratif, c'est que le bateau est un lieu clos. Les gens se croisent.

Il y a des contacts proches. La 2e victime, c'est sa femme. On est dans ce qu'on connaît. - C.Roux: Ce sont 2 retraités.

Le 1er est le mari, âgé de 70 ans. Tout a commencé avec un malaise à bord. - Pr A.-C.Crémieux: Ca commence par un syndrome grippal.

En quelques jours, l'état peut se détériorer avec détresse respiratoire. - C.Roux: Que sait-on de ce qui se passe sur le bateau? - Pr A.-C.Crémieux: On a pris en charge les patients.

C'est très important. Plus rapide est la prise en charge, en particulier en réanimation, plus le pronostic peut être meilleur. On peut éviter les décès. - C.Roux: On a appris aujourd'hui l'existence de nouveaux cas, une personne ayant séjourné sur le bateau, actuellement hospitalisée à Zurich.

On a aussi appris qu'une personne atteinte par le virus avait pris un vol KLM, mais elle n'est pas restée sur le vol. On est dans une course contre la montre pour tenter d'enrayer la contamination et la contagion? - Pr A.-C.Crémieux: Oui.

Pour contrôler ces clusters, il faut isoler très vite les patients et retrouver les contacts, les mettre en quarantaine de façon à observer s'ils tombent malades. - C.Roux: C'est un vol entre Sainte-Hélène et Johannesburg.

C'était le 25 avril. Il avait 82 passagers et 6 membres d'équipage. Il faut les retrouver. - Pr A.-C.Crémieux: On est en train de les retrouver.

C'est clair qu'ils vont être obligés de diminuer leurs contacts, probablement se mettre en quarantaine. C'est vraisemblable, même certain. On va leur demander de surveiller leurs symptômes. - C.Roux: Il y a 2 épidémiologistes qui vont aller à bord.

Ca sert à quoi? - Pr A.-C.Crémieux: A retracer le chemin du virus et voir s'il se comporte, en termes de transmission, exactement comme ce qu'on connaît des clusters précédents avec ce virus des Andes.

C'est très important. Soit on est avec le virus qu'on connaît, et on sait que de toute façon, les chaînes de contamination sont très courtes...

C'est plutôt rassurant. - C.Roux: Contacts très rapprochés. - Pr A.-C.Crémieux: Absolument.

Soit on est avec un virus des Andes qui n'a pas changé sa capacité à se transmettre, c'est le scénario le plus favorable. Soit on s'aperçoit qu'il est plus transmissible que ce qu'on connaissait, et ça change la donne. - C.Roux: Ca veut dire quoi?

Quand il va arriver...

L'Espagne a annoncé accueillir le navire dans un délai de 3 jours à Tenerife. Quand le bateau va arriver, toutes ces personnes vont être isolées. - Pr A.-C.Crémieux: De toute façon, on va les isoler, mais c'est quand même important de savoir si ce virus est peu transmissible, comme ce que l'on sait du virus des Andes, ou s'il a évolué.

Evidemment, ça change la façon dont on va considérer le potentiel évolutif. Pour l'instant, les données qu'on a, c'est-à-dire 8 cas, ressemblent assez aux clusters qu'on a connus avec ce virus, qui étaient de 34 cas maximum. - C.Roux: En vous écoutant, on réentend des mots qu'on avait oubliés.

Vous veniez souvent à l'époque. On parlait du covid. Est-ce qu'il y a un parallèle à faire avec le covid?

Aujourd'hui, le chef de l'OMS a dit à l'AFP qu'il ne pense pas que la situation soit similaire au début de la pandémie de Covid-19. Il "ne pense pas". A ce stade, on n'a aucune certitude. - Pr A.-C.Crémieux: Tout le monde veut être prudent.

L'histoire du covid nous a appris à être prudents. Les éléments sont différents. D'un côté, on a ce virus dont on sait qu'il est, à ce stade, peu transmissible, avec des contacts très rapprochés, dans des milieux plutôt clos.

De l'autre, on avait un virus à transmission respiratoire qui était très facilement transmissible. A ce jour, les 2 scénarios semblent différents. - C.Roux: Quand est-ce qu'on saura si le virus a muté, s'il est transmissible, beaucoup plus que dans les configurations qu'on connaissait par le passé? - Pr A.-C.Crémieux: En observant les cas contacts.

On va bien voir si ce sont seulement les contacts très proches qui tombent malades, auquel cas on est dans un scénario classique de ce virus des Andes... - C.Roux: Et on saura gérer. - Pr A.-C.Crémieux: Avec Des chaînes de transmission très courtes qu'on a pu contrôler grâce aux quarantaines. - C.Roux: Il y a un vaccin? - Pr A.-C.Crémieux: Non.

Il y a des essais en phase 1, très précoces. Il n'y a rien de disponible. - C.Roux: Il y a eu des cas d'hantavirus en France? - Pr A.-C.Crémieux: Il y a des hantavirus un peu partout en Europe et en Asie.

Il y a des hantavirus très différents de ceux qu'on rencontre en Amérique, qui donnent des formes hémorragiques avec un syndrome rénal, mais qui n'ont pas la gravité de ces formes américaines, avec des taux de létalité qui sont, en France, inférieurs à 1 %. - C.Roux: J'ai vu que ce virus transmis notamment par les rongeurs a été régulièrement détecté dans le Jura et dans le Doubs, plutôt dans le quart nord-est de la France. - Pr A.-C.Crémieux: Tout à fait.

On sait que ça existe. Ca donne ces fameuses formes hémorragiques et rénales, mais encore une fois, avec une létalité inférieure à 1 %. On sait qu'il ne faut pas s'approcher des rongeurs et pas inhaler les poussières contaminées. - C.Roux: Quel est le regard que vous portez sur ce début, ce n'est pas encore une épidémie...

Est-ce qu'on se dit que dans les réflexes qu'on a tous, collectivement, on a tiré des leçons du covid? Notamment sur les réactions de l'OMS, dans la façon dont c'est géré... - Pr A.-C.Crémieux: Les virus qui viennent du monde animal posent un danger pour nous.

Il faut les surveiller. Il faut s'assurer qu'on ne les laisse pas venir dans le monde humain et que s'ils viennent,