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AutreFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 17 décembre 2022 59 minContradictoireMixte

Cyberattaques, cyberdéfense : les guerres du numérique

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Présentateur

Il s'intitulera Noël païen, Noël chrétien. On verra à quel point la fixation de la date en particulier a connu d'incertitudes. Lundi matin, vous retrouverez à 9h Xavier Mauduit. Sa semaine sera intitulée Les mystères de l'histoire. Il est 11h sur France Culture et vous retrouvez maintenant Christine Ocreinte pour son émission Affaires étrangères. France Culture, Affaires étrangères. Christine Ocreinte Bonjour à tous. C'en est fini de l'utopie des origines, de la pureté des échanges, du libre partage du savoir. Internet est bien l'extension du domaine de la lutte.

Un champ de bataille aux dimensions infinies où les progrès technologiques accélèrent la dépendance au numérique depuis les gestes de notre vie quotidienne jusqu'à la guerre. Et l'Ukraine, là encore, sert d'électrochoc. Cyberattaque, cyberdéfense, cybersécurité. Ce nouveau vocabulaire concerne l'affrontement entre les États, leurs armées, leurs espions, leur capacité d'influence et d'ingérence, mais aussi de nouvelles formes de criminalité qui s'attaquent contre rançon à des administrations, des entreprises, des individus, des institutions culturelles comme le Metropolitan Opera de New York la semaine dernière ou des hôpitaux à Corbeil-Essonne ou à Versailles il y a dix jours.

Comment défendre, comment organiser nos sociétés digitalisées contre de telles menaces ? Quels sont les outils à notre disposition au niveau français, européen ? Quel comportement observer puisque chacun d'entre nous a désormais sa propre identité digitale ? La souveraineté, la capacité d'innovation numérique participent des rapports de force géopolitiques, bien sûr, au moment où la course à l'intelligence artificielle aiguise la concurrence et la confrontation entre l'Europe, les États-Unis, la Chine, la Russie et Israël. Quelles sont sur ce plan les leçons de la guerre en Ukraine ? Quelle est la part du cyber dans les stratégies des belligérants ?

La désinformation, la maîtrise du récit font aussi partie des outils contemporains, on le vérifie dans nos démocraties, moins bien armés que les régimes autoritaires. Sommes-nous donc constamment en état de guerre hybride sans en avoir suffisamment conscience ? Vie publique, vie privée, économie, défense, politique étrangère, les données numériques brouillent-elles toutes les frontières ?

C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Frédéric Douzet, vous êtes professeur à l'Institut français de géopolitique, Jean-Louis Gergorin, chargé de cours à Sciences Po, confondateur et membre du comité de pilotage de la conférence franco-américaine de cybersécurité au sein de la French American Foundation, ainsi que vous, Jean-Paul Paloméros, merci d'être là. Vous êtes l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air française, ancien commandant suprême pour la transformation de l'OTAN, et bien sûr notre ami Thomas Gomart, directeur de l'Institut français des relations internationales.

Frédéric Douzet, ces attaques qui frappent de temps en temps l'opinion publique en France, de façon précise et répétitive, elles s'en prennent en fait à des administrations, à des hôpitaux dont on se dit bien que les demandes de rançon ou bien ne seront pas satisfaites, ou bien ne peuvent pas l'être. Quel est le sens, selon vous, de cette multiplication des attaques ? Alors on assiste littéralement à une explosion des attaques en rançongiciel, qui vise en fait à bloquer les données et à exiger une rançon en retour, et qu'on a vu augmenter très fortement au cours des 3 ou 4 dernières années.

Si on prend juste le premier trimestre en 2022, on avait déjà plus d'attaques que sur toute l'année 2021. Et on est face à des attaques dont le principal but, d'après ce qu'a pu en dire l'ANSI, est un but criminel. Vous mentionnez l'ANSI, donc c'est l'Agence Nationale de Sécurité des Systèmes Informatifs. Systèmes d'information, voilà. Et qui vise en fait à faire du profit.

Et on constate, parce qu'on commence à avoir un petit peu de recul, que derrière on a désormais de la criminalité organisée, de véritables mafias qui se répartissent le travail entre les groupes qui vont faire de l'intrusion, qui vont pouvoir installer ce logiciel, mais qui potentiellement vont non seulement bloquer l'accès aux données, mais vont peut-être pouvoir revendre les données à un autre groupe qui va potentiellement faire de l'extorsion pour demander de l'argent, pour ne pas publier les données sur Internet, etc. Donc on a une division du travail. On a désormais des plateformes qui offrent un service de rançon JCL à la demande.

Donc on peut louer leurs services pour aller bloquer les systèmes d'une autre entreprise. Et ce qu'on constate aussi, c'est que ce ne sont plus seulement de grandes entreprises qui sont visées, mais désormais énormément de collectivités locales. Les hôpitaux, ce n'est pas complètement un hasard. On s'est trouvé en pleine crise sanitaire où le fonctionnement des hôpitaux était absolument indispensable pour faire face à la pandémie de Covid-19. Et donc, les criminels en ont profité pour attaquer ces hôpitaux en faisant l'hypothèse qu'ils obtiendraient plus facilement le paiement d'une rançon. Quelles sont les difficultés d'attribution et de traçabilité des attaques ? Comment fait-on ?

Alors, c'est très important de signaler quand on est victime d'une attaque, qu'on soit un individu, parce que les individus peuvent être ciblés aussi, ou une petite entreprise, ou une petite collectivité locale, ou une grande, parce que ça permet de déclencher derrière l'enquête par les services de police, par les services de gendarmerie, qui permettent de collecter des preuves numériques, qui permettent derrière de judiciariser.

Donc, effectivement, d'arriver à remonter le fil pour arriver à comprendre qui est derrière une attaque, ça reste quelque chose d'extrêmement difficile, et c'est la raison pour laquelle on a une telle multiplication, puisqu'il y a une certaine impunité dans ce domaine, mais elle n'est pas totale, et on peut réussir à remonter le fil de certains groupes d'attaquants, et mener des opérations pour les neutraliser et pour derrière les mettre en examen.

Alors, on estime que quelques 90% sont des attaques criminelles, mais Jean-Louis Gergorin, quand on parle de réseaux criminels, on trouve souvent des sponsors derrière ces réseaux criminels, et en particulier des régimes autocratiques, et en particulier la Russie.

7:13
Invité

Je crois qu'il faut se rendre compte que dans les pays autoritaires, il est pratiquement comme le sont la Russie, la Chine, l'Iran et la Corée du Nord, qui sont quatre pays sources de cyberattaques étatiques ou apparemment criminels, et bien la possibilité de ces groupes de survivre et de se développer sans l'accord, sans la tolérance des autorités est faible et voisine de zéro. Et d'ailleurs, ces groupes bénéficient aussi d'une situation juridique, d'un sanctuaire juridique, puisque aucun de ces quatre pays n'a signé la Convention de Budapest, signé et ratifié, la Convention de Budapest de lutte contre la cybercriminalité. Il faut quand même imaginer aussi

8:07
Présentateur

que les Etats-Unis, en particulier la France, jusqu'à un certain point, on l'espère, sont capables aussi de mener des opérations de ce genre.

8:17
Invité

Non, les Etats-Unis, il faut distinguer les attaques étatiques, la légitime défense, les opérations de renseignement, qui sont des privilèges de souveraineté, et les activités criminelles. Il n'y a pas aux Etats-Unis, en France, ou dans aucun pays de l'Union Européenne, de groupes criminels, il peut y avoir des cybercriminels, mais un petit groupe, des affidés, des gens qui, par exemple, vendent des accès, des adresses Internet, par exemple, à l'intérieur des codes d'accès aux e-mails d'un certain nombre de sociétés, sont en vente dans ce qu'on appelle le dark web. En revanche, dans les quatre pays autoritaires, il n'y a pas de possibilité de survivre sans un accord des autorités.

Et surtout, vous parliez de l'attribution, mais il s'est passé quelque chose de très important, très intéressant. Il y a cinq ou six ans, quand les attaques par rançongiciel que Frédéric évoquait ont commencé à se développer, il y avait une anonymisation assez difficile à franchir, au départ, à percer, de ces groupes. Or, depuis, je dirais, en gros, 2017, en les cinq dernières années, ces groupes sont de plus en plus au grand jour, s'affichent, et... Ils font leur pub, en quelque sorte. Ils font leur pub, notamment les groupes russophones.

On sait, ils ont des forums, carrément, des forums, pas simplement sur le dark web, des forums sur Internet, des adresses, ils publient des communiqués, ils ont des sites de dialogue avec les victimes. Tout ceci est évidemment impensable, sans une tolérance.

9:55
Présentateur

On a vu des opérations russes massives avant la guerre en Ukraine. On a vu, et ça a été prouvé par les enquêtes américaines, l'ingérence russe dans les élections présidentielles de 2016. On a vu le Brexit et on a vu des attaques véritablement cyber contre l'Estonie et contre l'Ukraine

10:19
Invité

dès 2016-2017. Oui, il y a eu des attaques, mais ce qui était des affaires étatiques à peine dissimulées, d'intimidation, notamment les premières attaques contre la grille électrique en général dans le monde. Ces attaques cyber se sont déroulées à l'hiver 2015 et 2016. Et ces attaques ont été clairement étatiques et même attribuées par des moyens techniques qui s'appellent contestées à un groupe surnommé Sandworm qui est une unité parfaitement identifiée des renseignements militaires russes avec des gens d'ailleurs très brillants puisque les Américains les ont mis en examen et ils ont tous des doctorats, c'est vraiment de cryptologie, etc. Donc ça, c'est l'aspect étatique.

L'aspect criminel est très intéressant. En fait, il est apparu un phénomène qui n'est pas du tout nouveau, qui existe dans l'histoire qui est celui des corsaires, c'est-à-dire des activités criminelles à des fins d'enrichissement mais tolérées par les Etats avec des cibles autorisées et même encouragées et des cibles interdites. C'est ce qui se passait et on était, vous savez, la guerre hybride n'a pas été inventée maintenant, c'est-à-dire le mélange d'opérations militaires et d'opérations d'intimidation, d'opérations criminelles apparemment criminelles. Vous avez eu une guerre hybride qui a duré dix ans entre l'Espagne de Philippe II et l'Angleterre d'Elisabeth Ière.

On peut même remonter à Sparte et Athènes. Absolument, exactement. Mais là, dans cette guerre hybride, il y avait aussi un problème d'attribution. Les Anglais disaient nous n'y sommes pour rien.

12:03
Présentateur

Jean-Paul Palomero, vous avez créé au sein de la French American Foundation une conférence franco-américaine annuelle sur les problèmes cyber. Ce qui est évidemment fascinant et c'était apparent lors de cette dernière conférence à Washington il y a quelques semaines, c'est que cette guerre en Ukraine, c'est la première guerre en fait entre deux puissances cyber. Et l'Ukraine, on l'a vu, a très bien résisté dès le mois de février, non seulement au niveau de l'armement conventionnel avec le courage que l'on salue tous les jours, mais aussi au plan cyber. Comment ont-ils pu contrer en quelque sorte l'offensive russe sur ce plan-là ?

12:53
Invité

Je pense que si on veut comprendre ce phénomène, il faut remonter en étant assez rapide à la fin de la guerre froide. Fin de la guerre froide, l'Union soviétique, d'ailleurs, dont on se rappellera qu'elle a été créée il y a 100 ans, le 30 décembre 2022. C'est intéressant dans l'évolution de la vie des organisations. Donc, l'Union soviétique a éclaté, mais les compétences scientifiques, techniques, y compris d'ailleurs pour la construction de systèmes d'armes et de systèmes d'information étaient largement répartis. L'Ukraine, on possédait un grand nombre. On le voit aujourd'hui avec la capacité des Ukrainiens d'inventer, de créer, d'innover.

Deuxième élément, les Russes et les Ukrainiens, par voie de conséquence, ont compris que surtout les Russes, qu'ils ne gagneraient plus une guerre conventionnelle contre l'Occident. Donc, qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont évidemment conservé et amélioré et modernisé leurs composantes nucléaires et ils se sont lancés, comme le disait Jean-Louis à l'instant, dans la guerre hybride. Ça a été terrorisé par le général Gerasimov, qui est toujours chef d'état-major des armées, en parlant de ce besoin d'intervenir de plus en plus dans la sphère de l'information et donc dans l'espace numérique. Ça, ils l'avaient compris.

Ils ont constitué d'ailleurs des bataillons en quelque sorte, de cyber warriors et c'est comme ça que c'est construit. Mais les Ukrainiens ne sont pas restés en reste parce qu'ils ont bien compris à la fois l'intérêt et la menace et ils ont commencé à construire avec de véritables compétences, comme je le disais à l'instant, cette capacité. Parfois, d'ailleurs, ça a donné lieu aussi à l'hébergement, il faut s'en souvenir, par l'Ukraine, de groupes para-étatiques qui sont venus aussi interférer dans notre espace numérique. Rien n'est blanc ni noir dans ce monde.

Moyennant quoi, les Ukrainiens, et là, on en arrive à une actualité plus chaude, en 2014, ils ont compris qu'il se passerait quelque chose. Ils ont compris que ce n'était pas la fin. Donc, 2014,

15:04
Présentateur

c'est le Donbass et la Crimée.

15:07
Invité

Et à partir de là, ils ont fait un effort considérable aidé par l'OTAN, aidé par les Américains pour reconstruire leurs capacités et en particulier en mettant l'accent sur le cyber parce qu'ils savaient qu'ils auraient à faire face à des attaques cyber sur leurs outils de production, sur leur défense, sur leur économie. Et ils ont réfléchi vraiment leur stratégie dans un monde nouveau, ce monde numérique qui baigne nos activités, un monde de compétition, de confrontation et qui fait partie de notre vie privée et étatique. Et ils ont, je crois, bien identifié quelles étaient les clés de la résilience.

Je crois que le terme résilience est extrêmement important dans la bataille que mène l'Ukraine aujourd'hui. Depuis 2014, ils ont fait des efforts considérables et ils ont tout imaginé pour essayer de contrecarrer et en particulier ces attaques cyber. Ils ont été aidés. On le sait maintenant, les Américains ont apporté une aide assez massive à l'Ukraine dans ce domaine de cybersécurité.

16:10
Présentateur

Et en connaissant manifestement les plans russes à tel point d'ailleurs qu'ils nous ont tous avertis, enfin ils ont averti leurs alliés et que la France en particulier a dit non, ce ne se promocie pas à ça.

16:24
Invité

Vous parliez de notre séminaire franco-américain. Ce qu'on a découvert au fil des années, ça fait plusieurs années qu'on met cet exercice avec Jean-Louis, c'est que les Américains et en particulier l'administration Biden aient passé vraiment à l'offensive si vous voulez et a posé des lignes rouges sur ce que pouvaient apporter les attaques cyber. Et toute cette compétence y compris d'ailleurs de grands groupes américains puisque les grands groupes numériques on sait où ils sont sont venus en soutien de l'Ukraine et ont permis vraiment de diminuer et de réduire le risque au minimum sachant qu'il y a eu de nombreuses attaques. Il ne faut pas penser que la guerre cyber a été absente du paysage.

Maintenant on voit la guerre en tant que telle mais la guerre cyber elle a été là depuis le début. Les Ukrainiens ont réussi à mettre à l'abri les données de la banque d'Ukraine aussi bien que d'autres données qui étaient tout aussi sensibles. Donc elle a eu lieu cette guerre elle a toujours lieu mais maintenant on est passé évidemment à la guerre de destruction la guerre d'attrition.

17:26
Présentateur

Où en est l'organisation de l'Alliance Atlantique sur ce point de 2012 à 2015 vous avez été au sein de l'OTAN le commandant allié c'est le titre officiel je crois de la transformation de l'OTAN est-ce qu'il y a au niveau des alliés une coordination est-ce qu'il y a des plans cyber

17:49
Invité

Oui c'est même on va plus loin que ça heureusement parce que vous savez l'OTAN c'est une alliance défensive montée en 1949 et qui au fur et à mesure et c'est d'ailleurs pour ça qu'on a créé un commandant de la transformation au fur et à mesure s'est adapté à la fin de la guerre froide j'en parlais à l'instant et à essayer d'intégrer l'évolution des nouvelles menaces évidemment dans son dans sa panoplie et lorsque Mais est-ce qu'il y a

18:15
Présentateur

une vraie coordination ou est-ce qu'il y a des systèmes encore très différents

18:18
Invité

L'Estonie avait été attaque avait subi une attaque en 2007 majeure qui a réveillé les consciences il a fallu quand même attendre en 2014 et ça c'était le moment de l'Ukraine pour que le cyber soit reconnu que l'espace cyber soit reconnu comme un domaine de lutte au même titre que la terre la mer l'air voire l'espace est pris en compte à tel point qu'il a été admis par les chefs d'Etat au sommet du Pays de Galles qu'une attaque cyber d'une certaine envergure qui pourrait toucher les intérêts vitaux d'un pays pourrait être justifiable de ce qu'on appelle l'article 5 c'est-à-dire la défense collective soit par des moyens cyber soit par d'autres moyens Mais comment est-ce qu'on définit le seuil ?

C'est comme pour la dissuasion c'est une question d'intérêt vital je pense que par exemple l'attaque contre un pays comme ça avait été le cas en 2007 vraisemblablement aurait entraîné maintenant qu'on en est conscient et qu'on est organisé puisqu'on a évidemment organisé l'OTAN pour faire face à cette menace en tirant les parties des compétences des différents pays c'est ça qui est intéressant quand on a une alliance aussi diversifiée que l'OTAN l'Estonie en fait partie avec un centre d'excellence d'ailleurs à Tallinn qui est assez extraordinaire évidemment les Etats-Unis et tous les autres pays qui apportent quelque chose et aujourd'hui on a une sorte de protection qui est dissuasif par rapport aux attaques que pourrait subir l'OTAN en disant maintenant sachez que ce sont les 30 alliés peut-être 32 si la Suède et la Finlande nous rejoignent ce qu'on peut souhaiter les 32 alliés qui réagiront ensemble avec toutes leurs composantes et ça c'est très dissuasif me semble-t-il vis-à-vis de toute attaque

19:58
Présentateur

Thomas Gomart dans les leçons de la guerre d'Ukraine on a vu et Jean-Paul Palomero s'y faisait allusion le rôle des grandes sociétés américaines et en particulier je crois de Microsoft pour aider l'Ukraine à se préparer à l'aspect cyber de cette guerre est-ce que le système américain cette proximité évidente entre l'exécutif le Pentagone et quelques-uns des GAFAM est-ce que c'est un atout ou est-ce que ça prête à toutes sortes de confusions qui pourraient paraître choquantes à nous autres Européens si on regarde les choses de manière très large ce qui est frappant dans la manière d'innover aujourd'hui c'est que historiquement on a eu un mouvement où l'innovation partait au fond des militaires et trouvait des applications civiles pour schématiser à outrance il y aura évidemment des contre-exemples et on est plutôt dans un mouvement inverse c'est-à-dire qu'on a l'innovation qui part du civil et qui trouve des applications militaires avec des interfaces effectivement très puissantes entre grandes plateformes systémiques et appareils militaires en fait c'est la maîtrise de la dualité qui caractérise aujourd'hui en particulier les Etats-Unis à la fois dans leur capacité d'innover puisque les capacités d'investissement sont principalement privées désormais par rapport au financement public ça c'est la première chose la deuxième chose est mentionné Microsoft je pense que l'exemple le plus frappant de cette évolution c'est Starlink avec Elon Musk en fait parce qu'il joue un rôle décisif dans la première phase du conflit il ne fait pas que des absurdités alors je pense que la personnalité d'Elon Musk et toutes ses prises de position pour nos sujets en fait ne concernent pas uniquement l'Ukraine mais se retrouvent dans un certain champ et que le discours qu'il produit est en soi un élément de relation internationale tout à fait important je ferme la parenthèse mais je reviens sur Starlink où au fond il oriente donc Starlink il faut le rappeler c'est un système avec des valises qui sont de taille transportable et qui permettent de taper des satellites et donc de déjouer en quelque sorte le blocage des réseaux enfin de beaucoup de grands réseaux en fait ça a permis aux Ukrains de continuer à communiquer c'est comme si au fond vous apportiez la 4G localement et donc dans la manière de combattre désormais ça veut dire aussi que les militaires s'interrogent sur comment pouvoir continuer à communiquer dans un environnement dégradé avec des moyens qui ne sont pas exclusivement militaires et ensuite il y a eu une deuxième phase très intéressante au mois de septembre lorsqu'au fond il s'est tourné vers le pentagone en disant en fait maintenant il faut passer à la caisse parce que je ne peux pas mettre à disposition mon dispositif éternellement à cela s'ajoutent aussi ses positions via Tesla vis-à-vis de la Chine ou également son positionnement politique dans le débat aux Etats-Unis et de plus en plus en Europe donc Starlink c'est quand même très intéressant de voir comment un opérateur privé a joué un tel rôle en fait et évidemment en lien avec les forces américaines et ensuite effectivement quand on regarde la structuration des choses aux Etats-Unis ce qu'on appelle pour simplifier les GAFAM vous avez une proximité qui se retrouve dans les boards entre ces entreprises et l'appareil on pourrait dire militaire ou numérique en fait américain c'est parfaitement intégré et c'est aujourd'hui une des très grandes forces des Etats-Unis en particulier qui leur donne une position de supériorité très clairement vis-à-vis des Européens la particularité c'est que c'est probablement la même chose en Chine sauf que dans le cadre des Etats-Unis on comprend comment ça fonctionne parce que ça repose encore sur une séparation des pouvoirs et c'est pour ça aussi que l'attitude de quelqu'un comme Musk à mon avis est tout à fait importante à suivre sur les équilibres politiques aux Etats-Unis qui sont en train de se dessiner S'agissant de l'Europe on sait que Thierry Breton en particulier essaye d'alerter sur la nécessité non seulement de reconstruire des industries qui sont afférentes à toutes ces problématiques est-ce qu'il y a un plan est-ce qu'il y a une coordination entre les 27 à ce niveau-là ?

Alors il y a quand même une très très grande différence avec la nouvelle commission par rapport à la précédente c'est-à-dire que les Européens ont mis quand même presque 15 ans à comprendre l'enjeu des données individuelles et à voir à quel point elles étaient au fond aimantées par les plateformes systémiques et ce que cela je dirais avait comme conséquence à la fois politique en termes de mode de consommation donc il y a un certain nombre de dispositifs qui ont été mis en place d'ISA d'EMA qui permettent sur le territoire européen de davantage réguler les plateformes systémiques maintenant je pense que les Européens sont dans la contradiction suivante et c'était un des points qui est apparu aussi dans la conférence à Washington c'est qu'il y a cette ambition de souveraineté numérique ou de souveraineté technologique ça dépend comment les termes que l'on retient et qui est souvent contradictoire avec les logiques de cybersécurité c'est-à-dire que la capacité des Européens à produire leur propre solution de cybersécurité est évidemment beaucoup plus faible que la capacité américaine c'est-à-dire que vous preniez l'exemple de Microsoft ces suites logicielles sont aujourd'hui je dirais en termes de performance et en termes de facilité d'utilisation en avance en quelque sorte et donc les Européens veulent à la fois être de plus en plus souverains en matière numérique mais sont un peu dépossédés dans les outils dans les solutions dont ils disposent en matière de cybersécurité et en particulier dans le cloud alors voilà le cloud est un bon exemple ensuite il y a une capacité à avoir des choses très protégées très bien les Européens sont très forts avec des briques mais évidemment pas du tout avec la même échelle que les solutions proposées par les Etats-Unis Frédéric Douzet je retourne vers vous pour que vous nous expliquiez la coopération entre alliés comment est-ce que ça se passe j'ai vu quelque part qu'il y a eu des cyber exercices communs entre les Etats-Unis et Israël la semaine dernière en Géorgie aux Etats-Unis au Cyber Center d'Augusta est-ce que ce genre d'exercice est conduit aussi avec les alliés européens Oui il y a beaucoup d'exercices à la fois de coopération dans le partage d'informations dans un certain nombre de contextes de crise et puis des exercices d'entraînement par exemple l'exercice LockShield qui se passe en Estonie et qui permet de réunir les commandements cyber des pays alliés pour faire un exercice en grandeur nature qui au départ était un exercice essentiellement technique pour faire face de manière technique à une cyberattaque massive et qui désormais a aussi un volet stratégique parce qu'on se rend compte que pour réagir à ce type de crise il faut mobiliser tous les moyens pas seulement des moyens techniques mais aussi des moyens politiques diplomatiques pour arriver à résoudre ces problèmes et si je peux me permettre de revenir par rapport à ce qui a été dit auparavant et notamment le lien entre les ransomware et l'Ukraine il y a eu des révélations extrêmement intéressantes sur le groupe Conti qui est un groupe de hackers de criminels et qui a affiché son soutien au début de la guerre en Ukraine à Poutine ce qui a conduit un des chercheurs du groupe ukrainien à organiser des fuites de données il y a 60 000 messages de l'entreprise qui ont été publiés et qui ont permis d'une part de comprendre comment fonctionne le système de services de ransomware puisque c'était une partie de leurs activités mais qui a montré qu'un même groupe criminel pouvait à la fois avoir des activités à des fins de profit et par ses rançongiciels mais aussi travailler en lien avec les services russes et le gouvernement et finalement ce groupe a aujourd'hui disparu puisque ses révélations l'ont mis en difficulté donc on se rend compte en fait que la situation géopolitique a aussi eu un impact direct sur la criminalité il y a une grande variété d'attaques cyber et en particulier ce qu'on appelle le routage des données et puis en quelque sorte l'occupation numérique des cerveaux c'est-à-dire toutes les opérations de désinformation qui accompagnent la plupart du temps des attaques qui sont j'imagine très longues à préparer et qui sont disons plus techniques oui alors on a une très grande diversité d'attaques effectivement tout le monde attendait au début de la guerre en Ukraine qu'on ait des attaques très sophistiquées y compris contre les pays européens contre les Etats-Unis et ce qu'on a plutôt observé c'était des attaques qui étaient moins sophistiquées mais à des fins beaucoup plus tactiques et qui se sont multipliées alors il se trouve que la coopération entre alliés la coopération aussi avec le secteur privé a permis de contrer beaucoup de ces attaques et puis depuis 2014 et les attaques subies je crois que c'est Jean-Paul qui a évoqué tout à l'heure l'attaque contre les systèmes électriques en 2015 il y a eu des progrès énormes qui ont été faits dans la cybersécurité mais ce qu'on a vu aussi c'est le 30 mai l'internet est tombé pendant une heure en Ukraine parce que les russes les troupes russes ont forcé les opérateurs d'internet locaux à se déconnecter du réseau ukrainien pour se reconnecter via des opérateurs russes et ça ça permet de contrôler en contrôlant les routes de l'internet en plus des routes physiques de contrôler ce à quoi les ukrainiens vont avoir accès dans l'internet parce que le fait de contrôler donc l'information donc l'information donc ça permet de filtrer les contenus ça permet de choisir à quel site web ils peuvent avoir accès ou pas ça permet de couper aussi l'accès à l'internet si on le souhaite et donc ça permet d'enfermer la population dans une bulle informationnelle contrôlée et donc de façonner les représentations des habitants Jean-Louis Gérardin cette capacité informationnelle qui accompagne cette guerre hybride en quelque sorte est-ce qu'elle est permanente c'est-à-dire est-ce que nous-mêmes qui suivons l'actualité qui essayons de diversifier les sources d'informations est-ce qu'il y a davantage encore de désinformation qu'on ne le vérifie de façon parfois tellement grossière d'ailleurs que c'est

31:09
Invité

ce qui je vais dire la désinformation a existé depuis la guerre de Troyes mais le numérique a tout changé ça permet et notamment déjà internet a été une révolution majeure et la deuxième révolution majeure c'est les réseaux sociaux parce que les réseaux sociaux permettent toutes sortes de manipulations est-ce que les russes ont eu un avantage parce que c'est les premiers qui ont fait qui ont créé ce qu'on appelle des trolls des faux comptes et vous aviez des étudiants certains ont raconté qui étaient recrutés qui avaient complété leur revenu en jouant un militant noir victime du racisme dans l'Alabama et puis le matin et puis le soir il était l'après-midi il était au contraire un militant nationaliste suprémaciste blanc violemment hostile aux démocrates il faut un certain talent mais enfin oui mais ils les ont trouvés et surtout compte tenu des capacités la culture linguistique russe ils se sont vraiment imprégnés et ça atteint des proportions absolument considérables un rapport qui a été fait bipartisan ce qui est rare aux Etats-Unis approuvé par la commission du renseignement du Sénat a montré que 126 millions d'Américains avaient reçu des messages initiés avant les chaînes de réexpédition de retweetage par l'institut de recherche sur internet de Saint-Pétersbourg qui a été créé par ce personnage qui est absolument central dans la guerre hybride russe qui est Yevgeny Prigogine qui à la fois donc le grand patron de Wagner qui a créé en même temps Wagner et l'institut de recherche sur internet pour la désinformation et M.

Prigogine il faut le dire c'est un domaine je veux dire nous en France on a fait beaucoup de choses notamment depuis 2008 sur le front numérique on a créé l'ANSI l'agence nationale de sécurité des systèmes d'information qui est passé d'une mission simplement au départ de communication gouvernementale sécurisée à une mission vraiment d'évangélisation cyber une mission de formation la création d'un campus cyber qui a été encouragé il faut dire qu'on a eu j'aurais profité pour saluer Guillaume Poupard qui a été qui vient de quitter la direction qui quitte le 31 décembre et qui a joué un rôle absolument extraordinaire et pionnier dans ce domaine en revanche je pense que nous avons nous français et nous européens on a pris du retard dans la lutte informationnelle et nous français nous avons vu ça concrètement il ne faut pas se cacher vous savez je crois qu'il faut être lucide ce que nous avons subi en Afrique notamment d'abord en République centrafricaine puis ensuite au Mali maintenant qui est en cours au Burkina Faso avec évidemment

34:01
Présentateur

la société Wagner sur place sur le terrain et qui dénonce la France

34:07
Invité

à toute occasion avec en plus des provocations par exemple un diplomate a reçu un courrier piégé et M. Prigogine a dit que c'est la France au Burkina Faso Thomas Gomart

34:21
Présentateur

la revue nationale stratégique émise et prononcée si j'ose dire par le président de la république en novembre dernier a souligné une sixième fonction stratégique l'influence du narratif est-ce que cela veut dire que désormais on se rend compte qu'effectivement la désinformation le récit font partie de cette forme de guerre hybride dans laquelle nous baignons dans le prolongement de ce qu'exprimait Jean-Louis il y a cette prise de conscience effectivement des opérations dites de manipulation de l'information de désinformation dont la France a été l'objet dans le cadre de l'opération Barkhane avec les groupes déjà mentionnés donc là oui mais ça c'est de la propagande vulgaire si j'ose dire c'était des émissions c'est un peu plus sophistiqué que vulgaire ce qui est intéressant en revanche c'est l'effet de levier que ça a c'est-à-dire que par rapport aux sommes mobilisées et aux personnes mobilisées ça a produit un effet stratégique tout à fait démultiplié et en ce sens c'est assez remarquable au sens à remarquer à nos dépens mais enfin ça produit quand même un effet très important ce qui est intéressant dans cette nouvelle fonction stratégique c'est précisément l'intégration de la guerre cognitive au fond de comprendre qu'il y a cette idée que les perceptions la manière dont elles sont travaillées vont faciliter le déploiement d'un récit ou d'une lecture du conflit ça on l'observe jusqu'à aujourd'hui dirais-je sur le conflit en Ukraine c'est une vieille tradition russe et soviétique ou même impériale ce qu'on appelle les mesures actives la manière dont vous faites passer je vais prendre un exemple qui m'a beaucoup frappé le début du G20 à Bali vous avez l'hospitalisation de Sergei Lavrov ministre des affaires étrangères de la fédération de Russie qui sature l'espace médiatique alors que la Russie ce jour-là se livre à une centaine de frappes notamment sur des hôpitaux c'est un exemple caractéristique de mesures actives réussies c'est-à-dire comment vous saturez le champ médiatique et vous le faites lire alors pour revenir à la revue nationale stratégique c'est effectivement l'évolution doctrinale la plus notable cette sixième fonction stratégique puisque les forces armées se sont dotées progressivement effectivement après 2014 d'une doctrine offensive c'est-à-dire sur le fait de pouvoir conduire des opérations cyber-offensives et de ne pas les réserver au service de renseignement la particularité de l'ANSI et ce qui fait aussi qu'elle est très efficace c'est que ce n'est pas un service de renseignement c'est une agence et qui à ce titre peut intervenir tout à fait ouvertement quand on est attaqué un certain nombre d'institutions peuvent faire appel à l'ANSI donc des entreprises voilà c'est important parce qu'effectivement je pense aussi de ce que disait Jean-Louis sur la séparation entre régime démocratique et autoritaire sur ce plan est très important ce qu'on disait sur les liens criminels il se retrouve dans le cas russe dans le cas chinois je ne sais pas dire dans le cas russe sur l'interpénétration très étroite entre réseaux criminels et services de renseignement pour finir cette notion d'influence elle est à mon avis appelée à être probablement précisée parce qu'elle recouvre en fait différents types d'actions relève aussi de l'influence d'une certaine manière la marque pays le soft power et donc je pense que dans les mois qui viennent ce qui a été évoqué par la revue nationale stratégique va faire l'objet d'un certain nombre de précisions pour bien distinguer ce qui relève du militaire et relevant du militaire de l'offensif et du défensif de ce qui relève d'actions d'influence ne relevant pas du militaire et en particulier de la diplomatie ou de l'action extérieure dans un sens plus classique Jean-Paul Palomérose précisément est-ce que vous avez le sentiment puisque vous vous intéressez vous vous passionnez vous vous préoccupez de ces problèmes depuis longtemps vous avez le sentiment qu'en France les entreprises les administrations les particuliers sont davantage conscients des risques encourus et dans certains cas des rançons exigées et est-ce qu'il y a finalement comment dire une politique un comportement recommandé

38:38
Invité

j'aimerais en être totalement persuadé mais pour rester lucide et garder le pessimisme de la raison si je puis dire je crois qu'il y a encore beaucoup à faire mais c'est normal c'est pas donc on a pris d'excellentes mesures l'ANSI a été cité comme une référence beaucoup de pays ont beaucoup de mal à organiser leur protection cyber c'est très divisé je parle pas des Etats-Unis qui par essence sont complexes mais dans bien d'autres pays

39:07
Présentateur

oui d'ailleurs on a appris lors de cette conférence qu'aux Etats-Unis chaque Etat de la fédération c'est ça est responsable de la politique des données de la protection

39:18
Invité

la fédération devient difficile à contrôler premier élément deuxième élément c'est que en fait les grandes sociétés elles ont bien compris quels étaient les enjeux elles ont été désignées pour certaines d'entre elles même si c'est confidentiel comme des opérateurs d'intérêt vital à juste titre mais le problème avec ce monde numérique c'est que vous ne pouvez pas isoler un acteur d'un réseau le réseau c'est l'essence même de l'espace numérique ce qui veut dire qu'il y a des interactions et des interférences depuis le privé l'individu que nous sommes qui bénéficie de ces services sans forcément se rendre compte des risques qui sont associés on pourrait parler évidemment longuement de l'éducation et du besoin d'éduquer les jeunes mais comment éduquer les jeunes quand nous-mêmes nous avons du mal à définir notre propre philosophie notre propre approche mais ça touche aussi et là c'est là que c'est le plus important me semble-t-il tous les tissus de start-up de PME des petites entreprises qui n'ont pas forcément les moyens de se protéger et qui sont dépendantes des technologies et des logiciels qui sont sortis et les logiciels qui eux-mêmes ont à binitio des failles ça c'est un vrai sujet puisque là la définition de responsabilité des éditeurs et des logiciels est pleine et entière sauf que pour l'instant elle n'est pas reconnue au niveau donc la France n'échappe pas à ce problème et je crois que l'idée c'est maintenant de réfléchir d'une manière systémique c'est-à-dire au système critique qu'est-ce qui vient et chaque pierre et chaque maillon du dispositif depuis l'individu avec tout ce qu'on peut lui enseigner l'hygiène cyber qui fait que chacun d'entre nous peut maintenant se protéger jusqu'à évidemment aux grandes entreprises alors les grandes entreprises comme les banques les assureurs ils ont parfaitement compris tout ça et ils ont mis beaucoup d'argent beaucoup de moyens ça c'est un véritable enjeu les compétences humaines et pour la défense c'est un enjeu terrible parce que on le voit bien ce sont des domaines de lutte extrêmement importants qui sous-tendent maintenant pratiquement l'efficacité globale de notre défense et de nos armées et d'un autre côté il faut qu'on attire des compétences qu'on attire les meilleurs alors qu'évidemment il y a une forte demande dans le privé donc il faut les attirer à la fois par la motivation de la mission et par la définition de l'intérêt global l'intérêt général donc c'est vrai on vit un moment crucial où il faut absolument prendre ce virage il faut absolument attirer les meilleurs et puis avoir une politique d'ensemble l'Annecy l'a inspiré maintenant il y a de nombreux autres acteurs qui doivent lui emboîter

42:03
Présentateur

l'Annecy précisément Guillaume Poupard donc son directeur jusqu'à la fin décembre disait que 80% des attaques on a beaucoup parlé de la Russie jusqu'ici mais que 80% des attaques viendraient maintenant de la Chine néanmoins la Chine a été victime en juillet dernier d'une attaque absolument massive les données du commandement de police de Shanghai ont été captées publiées un milliard de Chinois ça fait du monde néanmoins on voit Thomas Gomart que la Chine est devenue un acteur extrêmement puissant et notamment à travers TikTok TikTok est un outil dont la plupart des gens ne savent pas que c'est chinois et sur TikTok en particulier on trouve les exploits de Wagner et les exploits de Poutine qui est pour les jeunes chinois un héros viril absolument admirable donc on voit la montée en puissance de la Chine dans cette arène globale si on cherche à dépeindre une géographie très élémentaire on a je dirais la zone transatlantique avec une domination américaine qu'on a déjà évoquée et ensuite des positions européennes qui dépendent beaucoup aussi de la production de normes on a effectivement la Chine je vais y revenir la Russie et puis l'exemple de TikTok est excellent parce que TikTok a été interdite l'application a été interdite dans un pays qu'on n'a pas encore mentionné qui à mon avis est tout à fait important dans cette géographie c'est l'Inde pourquoi l'Inde est un pays très important c'est que c'est là que se loge beaucoup de soutien pour les SS2i c'est à dire toutes les entreprises qui sont derrière au fond tous les systèmes d'information de nos grands groupes c'est à dire que l'Inde on ne le voit pas suffisamment à mon avis occupe une position tout à fait décisive à la fois en termes de cybersécurité et aussi en termes de production de services informatiques à l'échelle globale puis il y a un autre acteur qu'on a mentionné qui est très spécifique dans tout cela c'est Israël qui s'est précisément spécialisé sur la cybersécurité avec tout un dispositif très étudié là aussi en lien avec les forces armées ce qui veut dire aussi cyberespionnage parce qu'on a vu c'est pas évidemment par des capacités offensives très poussées et avec des dispositifs qui ont été exercés à nos dépens effectivement donc ça c'est vraiment la géographie de manière très très très élémentaire après il y a une deuxième chose qui est frappante Jean-Louis Gérard l'évoquait c'est que la particularité du numérique par rapport aux désinformations antérieures avant le numérique c'est en fait le changement d'échelle et de ce point de vue là effectivement la Chine est aussi devenue un acteur en termes d'innovation parce qu'un certain nombre d'entreprises en particulier d'entreprises européennes nous expliquent qu'elles ne peuvent plus concevoir leur cycle d'innovation sans passer par la Chine parce qu'il y a une capacité de mobilisation de données d'ailleurs d'utilisation beaucoup plus facile des données collectées qu'en Europe et donc vous avez des entreprises qui encore une fois conçoivent leur innovation en intégrant la Chine et puis la troisième chose on va revenir sur un point à mon avis essentiel mentionné par le général Palomero c'est l'open source et si vous me permettez Christine Ocren je voudrais mentionner une étude de l'IFRI publiée cette semaine par Alice Pannier sur ce sujet parce que ça c'est tout à fait décisif l'open source en fait sont les codes ouverts à partir desquels on construit les logiciels et ensuite des logiciels qui sont publiés et effectivement il y a la responsabilité que vous évoquiez de la responsabilité des éditeurs de logiciels qui n'est pas du tout établi or ce qu'on observe c'est que cette logique d'open source elle est essentielle au maintien de l'innovation c'est-à-dire parce qu'il y a de l'open source il y a beaucoup d'innovation et en même temps elle est souvent faille elle a été à l'origine d'un certain nombre de failles de sécurité qui aujourd'hui posent des problèmes à la fois aux entreprises et de plus en plus aux états Jean-Louis Gérgorin la Chine a proposé un nouveau protocole pour le web comme s'il lui revenait maintenant en fonction de la puissance et de sa taille mentionnée par Thomas comme s'il lui revenait en fait d'exercer à l'égal des Etats-Unis et souvent contre la domination américaine sa propre forme de puissance et tout cela est accéléré évidemment par l'intelligence artificielle donc l'incroyable et préoccupante accélération de la puissance des ordinateurs

46:52
Invité

ce qui est sûr c'est que la Chine et la Russie d'ailleurs ont élaboré une doctrine commune de souveraineté numérique et qui est extrêmement simple la souveraineté numérique ça consiste à pouvoir filtrer internet pour être chez eux voilà c'est tout et ce qu'ils cherchent ils ont même fait voter la Chine et la Russie sous l'impulsion du représentant permanent de Poutine pour les négociations de cybersécurité ça veut dire que l'importance puisque c'est quelqu'un qui dépend direct de l'ambassadeur Krautskirk il a réussi à faire voter à la majorité simple de l'Assemblée générale une résolution c'était il y a deux ans qui en fait reprend une bonne partie de l'argumentation sino-russe sur la souveraineté des états qui peuvent censurer tout ce qui passe sur internet bon alors ça n'a aucune valeur exécutoire mais c'est symbolique et vous avez en fait une solidarité des autoritaires tous les régimes qui cherchent à se protéger ils sont un peu solidaires pour censurer l'information donc ça c'est pour la Chine la Chine elle a surtout cette il faut on oublier qu'effectivement la Chine dans les 20 dernières années a mené le plus grand transfert de technologie de l'histoire humaine en pompant littéralement énormément de choses aux Etats-Unis dans les entreprises américaines et dans les entreprises européennes il faut savoir par exemple que l'entreprise Nokia l'entreprise Ericsson l'entreprise Nokia ont été cyber attaquées sans réagir ou sans le savoir on l'a su après coup pendant des années et ceci a notamment bien entendu énormément aidé tous les géants

48:40
Présentateur

chinois je rappelle en passant qu'Alibaba est l'un des sponsors très importants de nos Jeux Olympiques

48:47
Invité

c'est un élément important moi je crois que nous avons plusieurs grands défis et Guillaume Poupard est très clair dans ses interventions de départ le cyberespionnage est la principale menace et là il faut que c'est une question de résilience de protection c'est essentiel la deuxième menace ou à mon avis là il y a un problème et qui est un peu le point faible de l'Europe j'aimerais quand même y revenir là dessus c'est ce problème de la cybercriminalité de ces cybercorsaires qui sont partiellement qui sont des pirates et qui cherchent à s'enrichir mais qui en même temps contribuent à déstabiliser à des fins de guerre hybride il est clair qu'aucun hôpital ne paie de rançon mais en revanche les attaques répétées contre les hôpitaux la publication des données c'est un élément de déstabilisation et c'est pas un hasard que ces attaques se multiplient et là vous avez un hiatus que je voudrais signaler qui me paraît absolument dont il faut prendre conscience et c'est le seul désaccord que personnellement avec un certain nombre d'ailleurs d'amis et de collègues nous avons avec la politique officielle et européenne c'est à dire les pays européens les pays de l'Union Européenne contrairement à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ne considèrent pas que les attaques cybercriminelles notamment les attaques par renseignement judiciaire sont des enjeux de sécurité nationale et donc elles considèrent l'Union Européenne c'est merveilleux l'état de droit fait confiance à Interpol à la Convention de Budapest de lutte contre la cybercriminalité sachant que les pays d'où sont origines énervent l'essentiel des attaques cybercriminelles se moquent éperdument vous n'avez jamais extradé un cyberpirate russe ou iranien oui

50:29
Présentateur

mais enfin c'est aussi la vertu de nos démocraties parce que cela concerne aussi la liberté d'expression la liberté on est d'accord mais c'est le fait oui mais on est d'accord après

50:39
Invité

ce sont les renseignements ce sont une attaque criminelle se dire qu'une attaque criminelle je ne vois pas pourquoi si vous avez si vous avez une attaque d'une banque la police intervient au niveau international si vous avez une attaque à distance je ne vois pas pourquoi c'est illégitime ce n'est pas de la dissuasion on a dit que c'était de la dissuasion il n'y a pas de dissuasion cyber en revanche tous ces groupes si vous leur compliquez la vie si vous augmentez leurs coûts puisqu'ils ont quand même une activité de business même s'ils sont protégés par les états et bien il faut pouvoir leur infliger des coûts qui réduisent l'intérêt actuellement la cybercriminalité et notamment par ensogiciel c'est probablement l'activité criminelle qui dans l'histoire humaine rapporte le plus avec le minimum de risque il faut qu'il y ait des risques il faut qu'il y ait des pénalités les américains et les britanniques infligent de telles pénalités nous les européens nous on inflige aux criminels aux cybercriminels nous on les inflige pas et je crois que c'est une faille parce que ça veut dire qu'on est de plus en plus attractif pour les criminels c'est tout Jean-Paul Palomero oui alors il y a un élément dont on n'a pas parlé c'est quand même le véhicule de ce qui fait la richesse de ces groupes criminels c'est à dire les crypto-monnaies et on sent bien que là on tient peut-être une partie de la solution et d'ailleurs on a commencé à voir des actions menées par certains pays les Etats-Unis en particulier sur sur le fait d'aller de rentrer dans ce monde des crypto-monnaies de commencer d'une part à le réguler c'est difficile mais surtout d'y intervenir c'est un champ d'intervention la crypto-monnaie si on arrive à retracer et à retrouver c'est pas toujours facile bien sûr à retrouver et à priver en quelque sorte ces pirates ou ces corsaires ou ces criminels de leurs ressources ou à la dévaluer c'est une autre manière de voir les choses là on a un mode d'action donc il faut pour résumer ma pensée il faut que les démocraties se battent évidemment pour les valeurs démocrates avec les outils de la démocratie mais avec leur intelligence avec l'innovation on a des jeunes pépites qui travaillent aujourd'hui sur la crypto-post-quantique c'est-à-dire déjà passer dans le monde d'après pour se préparer je crois que c'est ça l'essentiel il n'y a pas de raison que nous soyons moins intelligents que les cybercriminels il faut mettre toutes les forces en marche comme disait Saint-Exupéry c'est ça c'est ça la solution et aller chercher effectivement il y a le répertoire juridique bien sûr qu'il y a quelque chose à faire là-dedans mais il faut aussi se battre avec des armes modernes il faut rentrer dans ce monde du numérique et il n'y a pas de raison qu'avec les cerveaux avec les compétences qu'on a aujourd'hui

53:26
Présentateur

mais il faut les moyens il faut les moyens et il faut sans doute une coopération plus étroite c'est ce que vous soulignez tous au début de cette conversation avec les entreprises privées

53:36
Invité

et la crypto-monnaie ça c'est la clé du dispositif

53:39
Présentateur

Frédéric Douzet nous arrivons pratiquement à la conclusion provisoire de cette discussion Jean-Louis Jagorin disait il n'y a pas de dissuasion possible en matière de cyber est-ce qu'on peut imaginer et notamment avec l'accélération encore une fois de l'intelligence artificielle qu'il y ait néanmoins de nouvelles frontières de contrôle de cette dimension absolument vertigineuse qui nous attend sur l'intelligence artificielle elle peut être utilisée à des fins offensives comme à des fins défensives et ça recouvre en fait une multiplicité d'applications possibles et quand on dit intelligence artificielle en fait on parle de choses qui sont extrêmement différentes mais par rapport au phénomène de la dissuasion je crois qu'il faut arrêter de voir le cyber ou le cyberespace ou le monde numérique comme quelque chose qui est à part ce qui nous on préfère utiliser d'ailleurs le terme de data sphère dans mon centre Géode qui s'appelle géopolitique de la data sphère parce qu'on perçoit vraiment l'espace numérique comme une sorte de continuation et de reflet du monde physique c'est à dire que tout ce qui s'y passe est le fait des êtres humains et en plus les êtres humains dans toutes leurs activités laissent des traces numériques qui permettent de voir ce qui se passe donc quand on veut faire de la dissuasion il ne faut pas penser dissuasion juste cyber il faut réfléchir à tous les moyens d'action qu'on peut avoir et qui peuvent permettre à un moment de décourager un adversaire donc ça repose sur plusieurs piliers et le fond de la dissuasion le plus efficace c'est de finalement augmenter le coût de l'attaque pour l'adversaire alors on peut le faire en décidant de faire de l'attribution et en punissant l'adversaire avec des sanctions ou avec d'autres mesures mais on sait que l'attribution même si on y arrive de mieux en mieux ça reste une limite qui est compliquée mais on peut aussi et surtout augmenter très fortement la défense et on voit très bien que par exemple en Ukraine actuellement avec la coopération entre les alliés entre les services de renseignement des alliés et avec le secteur privé on augmente très considérablement le coût de l'attaque parce que la défense est beaucoup plus solide et à un moment donné c'est le rapport coût-bénéfice qui va faire qu'on va arriver à une certaine dissuasion après on a aussi des normes qui permettent de pointer des comportements qui vont être ne pas respecter finalement les attentes de la communauté internationale et qui peuvent avoir un effet plus ou moins dissuasif même si on est souvent sur du droit souple comme on dit et puis ce qui peut avoir un effet de dissuasion c'est le fait que dans l'espace numérique finalement on est dans un espace interconnecté avec beaucoup d'interdépendance d'interaction entre les différents domaines mais cette interaction on l'a aussi dans nos sociétés qui sont mondialisées à un niveau économique dans plein de domaines et de ce point de vue là je pense que la direction qu'on est en train de prendre avec le grand découplage technologie qui est vraiment tiré par la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine où finalement chacun est en train de remettre du contrôle à ses frontières y compris dans l'espace numérique va affaiblir cette interdépendance et potentiellement cet effet de dissuasion va être moins efficace une dernière chose pour revenir à notre vie quotidienne puisque encore une fois nous sommes tous des acteurs du champ numérique à chacun d'entre vous très très brièvement un conseil qu'est-ce qu'on doit faire tout de suite avec notre téléphone intelligent pour parler français général Paloméros rapidement

57:41
Invité

simplement adopter les mesures de base c'est-à-dire protéger nos logiciels des antivirus et puis peut-être limiter aussi notre consommation numérique à un juste besoin Jean-Louis Gérard Gorin avant tout être lucide sur la menace et notamment on pense des téléphones on parle des téléphones portables ils sont vulnérables on l'a vu avec l'affaire Pegasus et donc ce type de menace va se multiplier Thomas Gomart il faut faire des maths

58:16
Présentateur

et c'est un littéraire qui vous le dit et bien merci merci à vous quatre Frédéric Douzet vous avez écrit un ouvrage sur le cyber peace au presse de l'université de Cambridge cette année Thomas Gomart plusieurs excellents livres guerres invisibles nos prochains défis géopolitiques chez Taillandier et l'affolement du monde aussi chez Taillandier Jean-Louis Jargorin vous avez co-écrit cyber la guerre permanente aux éditions du CER je remercie bien sûr le général Paloméros qui était avec nous à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique Alex Dang Anne-Claire Bazin et Inès Michel m'ont aidé à préparer cette émission et nous sommes samedi voici bien sûr sous les radars et samedi prochain nous discuterons d'un sujet plus réjouissant cette période de Noël puisque nous discuterons du chocolat les parcours du chocolat et je vous assure c'est très intéressant c'est très intéressant

59:22
Locuteur

c'est très intéressant