Budget, droits de douane...L'interview de Laurent-Saint Martin, ministre du commerce extérieur
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h34 sur BFM TV en direct. Mon invité est l'homme au sein du gouvernement qui essaye d'anticiper le jeu de Donald Trump, d'anticiper également potentiellement ses menaces douanières. On peut le dire comme ça, ce n'est pas une mince affaire.
Bonjour Laurent Saint-Martin. Vous êtes, je le disais, ministre délégué chargé du commerce extérieur. On va ce matin, s'il vous plaît, être vraiment très concret, très pédagogue pour les personnes qui nous écoutent, qui s'inquiètent, c'est vrai, de ses conséquences sur leur vie quotidienne, des surtaxes de 30% annoncées par Donald Trump sur l'Union européenne à partir du 1er août.
Mais avant ça, Laurent Saint-Martin, vous avez suivi évidemment, comme nous, la présentation de ce plan budget 2026 de François Bayrou. D'ailleurs, vous avez été au cœur, vous-même, il y a quelques temps maintenant, au cœur de la machine en tant que ministre du budget, sous le précédent gouvernement, celui de Michel Barnier. Ça y est, vous commencez à la reconnaître, cette odeur, celle que vous avez vécue déjà de la censure ?
Ce que je reconnais, c'est une situation de gravité qui n'a pas changé, parce que la censure du gouvernement précédent n'a rien résolu. Et nous l'avions dit, et les Français l'ont vu. Et donc, nous nous retrouvons, sous l'autorité de François Bayrou, avec une situation qui est toujours aussi grave, et une nécessité de redresser nos comptes publics qui est toujours là.
Et donc, la question qui se pose maintenant, c'est avec la présentation par le Premier ministre d'un budget courageux, d'un budget de redressement, avec des mesures claires. Comment nous y parvenons ? D'abord, par la baisse de la dépense publique.
Aurons-nous suffisamment de membres de l'opposition responsable pour accompagner un dialogue, une co-construction budgétaire permettant ensemble de redresser les comptes de la nation ? Justement, moi, j'ai repris ma calculatrice ce matin. L'ERN et ses alliés, 138.
Le nouveau Front populaire, je dis bien au grand complet, incluant le PS, 192. Total, 330 majorités, le gouvernement tombe. Vous avez raison, c'est une majorité relative dont dispose le gouvernement.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si toutes les oppositions se coalisent pour voter une censure, le gouvernement tombe. Mais est-ce qu'à un moment donné, on peut aussi se poser la question de la cohérence et de l'esprit de responsabilité de nos oppositions ?
Vous leur dites quoi, justement, ces oppositions, notamment au Parti Socialiste, aujourd'hui ? Est-ce qu'avoir censuré le gouvernement de Michel Barnier a permis d'améliorer et les comptes du pays et la prospérité de la nation ? La réponse est non.
Le gouvernement de François Bayrou reprend avec courage, justement, avec Éric Lombard, avec Amélie de Montchalin, qui font un gros travail de concertation avec l'ensemble des groupes politiques, cette nécessité de redressement des comptes. Ce n'est pas idéologique, le redressement des comptes publics. C'est une nécessité.
Notre pays a protégé, mieux que tous les autres pays européens, sa population pendant des crises majeures. Alors, souvenez-vous, quand vous invitiez les hommes politiques pendant la crise Covid, vous leur demandiez quelles allaient être les aides pour les Français, pour les entreprises, pour les restaurateurs, pour les collectivités. Eh bien, on l'a fait.
Et donc, aujourd'hui, on a besoin de redresser nos comptes parce que la dépense publique a été, effectivement, actionnée de façon très importante. Et donc, il faut tout simplement que les groupes responsables, et je pense notamment au Parti Socialiste, qui est un groupe politique qui a été au pouvoir il n'y a pas si longtemps, il y a une dizaine d'années, doit savoir que le redressement des comptes publics est un impératif pour le pays. Et donc, évidemment, je les appelle à la responsabilité pour comprendre que nous avons besoin de travailler ensemble.
Est-ce que la copie peut être revue sur certains aspects, mais en gardant cette ambition de redressement de plus de 43 milliards d'euros d'efforts budgétaires ? Pourquoi pas ? Ça, c'est à Éric Lombard, à Amélie de Montchalin, et bien sûr, sous l'autorité du Premier ministre, de regarder avec chaque membre de ce groupe-là, comment est-ce qu'on peut avoir un compromis, un consensus.
Est-ce qu'on peut, en France, avoir enfin une culture du compromis, c'est-à-dire finalement une culture de la responsabilité ? Mais le compromis, Laurent Saint-Martin, s'est mal parti même au sein du Bloc central, loin d'être unanime. Dans Le Parisien, il y a quelques heures, Édouard Philippe déclare, on ne voit là qu'un plan d'urgence avec, je cite, ses limites.
Selon lui, il n'y a pas de réelle transformation avec ce plan, il n'y a aucune réforme structurelle des politiques publiques qui ne fonctionnent plus. On a connu plus enthousiaste quand même. D'abord, il n'est pas vrai de dire qu'il n'y a pas de réforme structurelle dans la présentation qu'a fait le Premier ministre.
Il y en a notamment sur l'assurance chômage qui sera justement présentée dans les prochaines semaines. En revanche, ce qui est vrai dans ce que dit Édouard Philippe, c'est qu'il y a l'urgence budgétaire. On fait d'abord un budget pour arrêter la saignée du déficit public.
Pour assurer les marchés financiers aussi qui sont en quelque sorte les banquiers de la France. Mais ce sont eux qui nous prêtent. Si vous voulez que demain, on continue à financer nos services publics auprès de nos concitoyens, si vous voulez que demain, on continue à financer notre modèle de protection sociale le plus généreux du monde, il va falloir effectivement qu'on puisse continuer à faire confiance à la France de la part de nos créanciers.
C'est quoi le risque, encore une fois, très concrètement, pour les personnes qui nous regardent ? Le risque, c'est tout simplement que les taux d'intérêt continuent à augmenter. C'est-à-dire que ce qu'on appelle la signature française se dégrade.
Et que donc, pour nous prêter, on nous demande de payer de plus en plus cher. Le scénario à la grecque, c'est trop caricatural de dire ça ? Le scénario à la grecque, c'est une mise sous tutelle, c'est la version extrême.
La France, aujourd'hui, n'est pas sous cette menace-là, mais pourrait l'être un jour. C'est possible ? Ah, c'est possible si on ne fait rien sur le long terme.
Et donc, il faut effectivement que nous puissions être en capacité de redresser nos comptes dès maintenant. Pourquoi dès maintenant ? L'objectif, c'est la stabilisation de notre dette.
Notre dette, elle augmente de façon continue et trop importante. On a besoin de la stabiliser dans un premier temps avant de la faire décroître. Pour la stabiliser, c'est très simple.
Il nous faut un déficit public d'abord ramené autour de 3%. Ce n'est pas un chiffre magique que Bruxelles nous demanderait. C'est simplement le niveau de stabilisation de notre dette.
Pour arriver à 3%, il nous faut d'abord, dès 2026, franchir une marche haute, ambitieuse. Nous le voulons à 4,6% pour 2026. Et pour cela, ça demande donc un effort budgétaire de plus de 43 milliards d'euros.
C'est ça que nous disons à l'ensemble des forces politiques du pays. Est-ce qu'à l'intérieur de ces 43,8 milliards d'euros d'efforts budgétaires, on peut discuter de certaines modalités ? Pourquoi pas ?
Mais ce que je dis surtout, c'est que cet objectif-là commun, il faut qu'on est ensemble. Sinon, il y aura deux camps politiques dans le pays. Il y aura le camp des responsables et le camp des irresponsables.
Parce que, comme disait Mendès France, un pays qui ne sait pas redresser ses finances publiques est un pays qui s'abandonne. Et je ne peux pas croire que les oppositions socialistes n'aient pas ça en tête. Je voudrais maintenant qu'on rentre, comme je vous le disais, dans le détail de certaines mesures qui coincent pour les oppositions et aussi pour certains Français qui nous écoutent ce matin.
D'abord, ces fameux deux jours fériés supprimés pour économiser 4,8 milliards d'euros environ. Vous pouvez le dire, vous saviez très bien que ça allait faire polémique. – Ah mais ce sont des mesures difficiles.
Il y en a d'autres des mesures difficiles. Attendez, le Premier ministre n'a pas dit, je vais vous présenter un plan de réduction de la dépense publique qui va passer comme une lettre à la poste. C'est du courage.
C'est difficile. Est-ce qu'on peut en avoir dans ce pays ? Ce n'est pas interdit.
Parce que sinon, nous, on peut aussi prendre le même biais qu'on a fait pendant des décennies, c'est-à-dire considérer que le déficit public, ce sera l'affaire des suivants. On ne le fait pas. On le prend à bras le corps. – Mais si je prolonge ma question… – Et donc on prend des propositions qui sont effectivement parfois impopulaires. – Cette question en particulier, pour être très précis, il y a des Français qui se demandent en fait ce matin, si au fond, c'est deux jours fériés supprimés, ce n'est pas l'arbre qui cache la forêt ?
C'est-à-dire qu'en fait, pour mieux faire passer la pilule de l'ensemble de ces mesures… – Non, il faut parler de tout. – On met ça sur le débat public, on sait que ça fera du bruit et ça cache en quelque sorte, par exemple, le gel des pensions des prestations sociales sur l'inflation ou alors le gel du barème sur l'impôt sur le refus. – Non, il faut parler de tout.
D'ailleurs, le Premier ministre a été très transparent. Il a présenté beaucoup de mesures. Évidemment, celles des jours fériés, peut-être plus médiatiques, plus télégéniques. – Très symboliques aussi.
Très concrètes aussi, pour les personnes qui nous regardent. – Oui, mais qu'est-ce qu'il y a derrière la suppression des jours fériés ? Il y a quelque chose de structurel dans notre pays.
Il y a la nécessité de travailler plus. Écoutez, c'est très simple. Notre pays est en déficit chronique parce qu'il ne produit pas assez. par rapport à nos dépenses de protection sociale.
On a besoin de travailler davantage pour créer de la richesse, pour faire rentrer effectivement du produit fiscal et social dans les caisses de l'État, pour pouvoir permettre de les redistribuer. C'est assez simple comme équation. Les Français le comprennent très bien.
Et on ne travaille pas assez par rapport à nos voisins. Point. Donc pour travailler davantage, on propose des solutions.
Parmi ces propositions, il y a celle effectivement de faire en sorte que sur deux jours fériés qui étaient chômés, il y ait cette fois-ci de la production dans le pays qui soit effectuée. – J'entends ce que vous dites. – Bon, c'est quand même plutôt compréhensible. – J'entends ce que vous dites. – Et on a besoin d'être un pays si on veut être au niveau de la compétition mondiale.
D'ailleurs, ça fera un lien avec les sujets de Donald Trump après. Si on veut être au niveau dans cette compétition mondiale, il faut être un pays qui produit davantage et donc il faut travailler davantage. – J'entends très bien ce que vous dites.
C'est d'ailleurs la feuille de route fixée par François Bayrou. Mais qu'est-ce que vous dites très concrètement encore ce matin aux Français qui nous regardent, qui galèrent, qui bossent dur ? Je pense par exemple aux caissiers, aux caissières, à ceux qui ne comptent pas leurs heures et qui se disent en fait c'est encore nous qui allons trinquer. – Mais ces personnes-là comprennent parfaitement. – Vous êtes sûr de ça ? – Qu'elles ont besoin d'un pays qui produise davantage pour pouvoir eux-mêmes avoir un emploi, vivre et travailler dans des entreprises qui sont en croissance, qui leur permettent d'avoir un salaire qui augmente et qui leur permettent d'avoir un état social qui puisse les protéger. – Vous êtes sûr de la notion d'acceptabilité comme vous le dites ce matin ? – Il faut en discuter et passer son temps à faire de la pédagogie sur les mesures. – Vous n'avez pas peur d'un mouvement social énorme à la rentrée, d'un retour potentiel du mouvement des Gilets jaunes ? – Je vous dis ça parce que ça a commencé avec ce sentiment d'injustice assez profond de la part de certains Français, le mouvement des Gilets jaunes, personne ne l'avait vu venir. – Moi ce que je vous dis c'est que notre pays est déséquilibré.
Et je sais que les Français le comprennent très bien. Notre pays est déséquilibré. On dépense plus qu'on a de recettes. – Et on ne peut pas leur demander dans leur foyer d'avoir un budget équilibré, parce que sinon leurs banquiers les appellent, et ne pas le faire pour la France, ne pas le faire pour leur nation.
Donc ils comprennent très bien la nécessité d'équilibrer les comptes. Ils comprennent souvent aussi très bien nos compatriotes, qui sont loin d'être idiots, qu'on a besoin de travailler plus pour avoir des entreprises qui grandissent et qui permettent justement de protéger l'emploi. – Et donc les personnes que vous citez, qui sont des employés, elles veulent surtout savoir est-ce que leur entreprise va bien rester en France dans les prochaines années. – Elles veulent savoir aussi combien de temps elles vont travailler de manière supplémentaire, peut-être moins voir leur famille alors que l'effort est déjà très compliqué. – S'il faut faire un effort collectif, on ne cible personne.
S'il faut faire un effort collectif par le travail dans notre pays pour se mettre à niveau par rapport aux autres pays, je suis sûr que la très grande majorité de nos compatriotes le comprend très bien. – Et donc cette proposition effectivement de la suppression de deux jours fériés, il en reste, je vous rassure, suffisamment. – On est à 11 aujourd'hui. – Il en restera 9.
Et fait en sorte que nous participons davantage à l'effort productif de notre pays à un moment, à un moment de l'histoire, où la France ne peut pas reculer, où la France ne peut pas se retrouver à la traîne de cette compétition industrielle mondiale. Faute de quoi ? On pourra garder nos jours fériés et on pourra garder un modèle de protection sociale déséquilibré, mais on n'aura plus les entreprises à terme qui iront se délocaliser.
Donc on a besoin justement de continuer à protéger notre système de production et donc travailler plus. – Justement, Laurence Amartin, avant d'évoquer très concrètement ces menaces économiques de Donald Trump qui plane plus que jamais sur nous, une dernière question sur ce budget, mais vous allez voir, c'est en lien également avec l'actualité internationale. Celle qui vous a succédé à ce poste de ministre du budget, Amélie de Montchalin, elle a expliqué que la fameuse année blanche, dont on parle beaucoup depuis maintenant plusieurs heures, elle serait quasi indolore pour les Français. parce que l'inflation est faible aujourd'hui, prévisions sont à environ 1% selon différents instituts.
Reste que l'épée de Damoclès des surtaxes douanières dont on parle, de la part de Donald Trump, elle reste très forte. Que se passe-t-il si l'inflation est plus importante que prévu ? Est-ce que vous allez revaloriser les minimas sociaux ou tant pis pour les plus faibles ? – D'abord, Amélie de Montchalin a raison, l'estimation d'inflation, elle est autour de 1% pour l'année 2026, nous verrons toujours s'il y a des évolutions là-dessus, mais on est en période d'inflation faible, ce qui permet justement à cette mesure d'année blanche d'être peu douloureuse pour nos compatriotes, puisqu'effectivement les revalorisations, notamment des aides sociales, mais aussi des pensions, auraient été de toute façon au niveau de l'inflation. – Mais ça reste très incertain aujourd'hui, ça reste très incertain. – L'inflation ne va pas bondir à 5% sur l'année 2026, il puisse y avoir quelques variations par rapport à la conjoncture économique, ça peut arriver, mais cela pourra effectivement être retravaillé au fil de l'année.
Je rappelle que les budgets sont modifiables en cours d'année, ce sont des choses qui sont tout à fait possibles, mais aujourd'hui nous sommes dans une période d'inflation maîtrisée, d'inflation faible qui nous permet… Pourquoi est-ce que l'année blanche c'est utile pour les finances publiques ? Parce que pour une inflation faible, et donc effectivement un impact faible pour chacun de nos concitoyens, on a tellement d'aides sociales dans ce pays, on a tellement d'effets redistributifs, qu'à la fin, vous faites une économie qui représente plusieurs milliards d'euros, et ça, c'est l'argent des Français. Vous savez, il ne faut jamais oublier quelque chose, quand on parle de 43,8 milliards d'euros, ce n'est pas une poche cachée quelque part à Bercy, c'est l'argent des Français.
On parle de leur argent. Les comptes de la nation, c'est l'argent des Français. Et donc, demander une année blanche, une non-revalorisation, exceptionnelle, parce que l'inflation est basse, pour pouvoir effectivement permettre de réduire le déficit du pays, c'est une bonne mesure, c'est une mesure intelligente, ce n'est pas une mesure structurelle, qui permet effectivement de transformer l'efficacité de l'action publique, ça c'est vrai, par contre c'est une mesure qui permet de faire des économies rapidement.
Alors Laurent Saint-Martin, je le rappelle pour ceux qui nous rejoignent sur BFM TV, vous êtes le ministre en charge du commerce extérieur, c'est-à-dire notamment, je vais schématiser, la personne en ce moment qui cherche à minimiser l'impact de cette guerre commerciale américaine sur les Français. Les Français qui s'inquiètent de ce qui pourrait potentiellement arriver à partir du 1er août, je parle donc de ces surtaxes douanières de 30% annoncés par Donald Trump, 1er août c'est dans deux semaines, pile. Si on va au bout des menaces, c'est quoi les menaces très concrètes, les conséquences qui pourraient toucher les Français ?
Le pire des scénarios, c'est que nous n'arrivions pas à nous mettre d'accord entre la Commission européenne qui est en charge de la négociation avec les Etats-Unis...
Négociations extrêmement difficiles, dit hier Eric Lombard. Oui, elles le sont, elles le sont. Ça veut dire quoi ?
Que c'est très mal parti ? Ça veut dire que pour l'instant, nous n'arrivons pas à trouver les bonnes conditions d'un accord permettant de protéger les intérêts des deux parties. Qu'est-ce qui bloque précisément ?
D'abord, ce qui bloque, c'est que les Etats-Unis, unilatéralement, ont imposé une guerre commerciale que nous considérons comme absurde, injuste, contre-productive et récessive. Pour notre économie européenne, mais pour la leur aussi. L'effet inflationniste, aujourd'hui, il est aux Etats-Unis, il n'est pas en Europe.
D'accord ? On voit sur le prix de beaucoup de produits dans les rayons. Ensuite, ce qui est difficile, c'est le changement de discours régulier du président américain disant que finalement ça va être 20%, puis 50%, puis 10%, puis 30%, et que donc les méthodes de négociation ne sont pas aisées pour la Commission européenne puisqu'il y a effectivement beaucoup de revirements de situations là-dessus.
On est, comme on dit en Américain, justement, dans le money time. Ces deux dernières semaines de négociations, la Commission européenne et le commissaire en charge, Maros Jeffcovitch, est à Washington, justement, pour faire ce travail-là. Et vous êtes, vous, optimiste sur ça, aujourd'hui ?
Je crois qu'il nous faut avoir un accord et que tout le monde l'a compris. Mais est-ce que vous, vous êtes optimiste ? C'est compliqué de le dire.
Je suis prudemment optimiste. Pourquoi prudemment ? Parce que je considère que tout ce que nous avons vu depuis six mois avec le président américain et son administration ne nous permet jamais de conclure de façon définitive avant la date dite.
Donc, tant que ce n'est pas fait par respect pour les chefs d'entreprise français, pour nos filières que je vais voir régulièrement sur le terrain, je ne me permettrai pas de dire c'est bon, c'est derrière nous. Ce n'est pas encore derrière nous. Donc, on est encore en phase de négociation.
Aujourd'hui, il y a une menace de Donald Trump qui est d'imposer à 30% les produits européens si nous n'avons pas un accord d'ici le 1er août. Et donc, je reviens à la question, ça a quelles conséquences sur, par exemple, le supermarché des Français, les rayons, les courses, potentiellement à terme ? C'est quoi le risque ?
Là, le risque de 30% des droits de douane américains, c'est un risque pour nos exportations. Donc, pas pour le panier et le pouvoir d'achat de nos Français, nos Européens. Donc, ça, ça va avoir un effet inflationniste sur l'économie américaine.
Mais par contre, ça va pénaliser nos entreprises qui exportent. Parce que ça va renchérir le coût, justement, le prix de vente, et donc affaiblir soit leur marge, si elles ne veulent pas transférer le prix au consommateur final, soit affaiblir aussi leur capacité commerciale, parfois. Mais ça crée beaucoup d'autres difficultés.
Les Chinois, par exemple, qui sont aussi dans une logique de bras de fer très dure avec Washington, il n'y a pas que l'Europe, qui est dans cette situation. Le monde entier fait le bras de fer aujourd'hui avec Washington. Les Chinois risquent de nous déverser leurs produits de façon plus importante.
Notamment les voitures. Exactement. Ça peut être sur beaucoup d'autres produits, ce qu'on appelle les surcapacités industrielles, qui n'iraient pas vers le marché américain, mais qui se déverseraient sur l'Europe.
Ça, c'est une menace très dangereuse aussi. Et donc, vous voyez bien que ce qu'a fait Donald Trump depuis plus de six mois, c'est rabattre les cartes complètes du commerce international. Ce qui est important à comprendre, pour ceux qui nous écoutent, c'est que l'Europe, là-dedans, ne doit pas se laisser faire.
Et que nous avons besoin de mener un rapport de force qui existe. Il n'y a pas un sentiment d'impuissance de la part de l'Europe, justement, aujourd'hui ? Il n'y a pas d'impuissance.
Vous n'avez pas d'impuissance quand vous êtes un continent et un marché unique, l'Union européenne, de 27 pays, 450 millions de personnes. Vous avez une épargne privée, qui d'ailleurs finance beaucoup l'économie américaine, qui est plus importante que l'épargne privée outre-Atlantique. Vous avez quand même un produit intérieur brut, qui est l'un des plus importants au monde.
Vous avez un marché de destination pour les produits américains qui est clé. Donc, on n'a pas à rougir de ce que nous sommes. Il n'y a pas d'impuissance, mais il y a une situation qu'on subit de la part d'une seule personne.
Ce qui est sûr, c'est que c'est Donald Trump qui a initié la situation tout seul. Et qu'est-ce qu'on fait alors ? Qu'est-ce qu'on peut faire concrètement ?
Mesures réciproques, l'Union européenne ? On se défend. Démontrer que l'on a, effectivement, des capacités de riposte dures, fermes.
Sans avoir peur des conséquences, derrière, on sait qu'il fonctionne comme ça aussi, Donald Trump, la surenchère permanente. Mais si vous voulez vous mettre dans des bonnes conditions de négociation, vous devez vous montrer ce que vous savez faire. La force.
Bien sûr. Donald Trump comprend le rapport de force. Et d'ailleurs, il invite presque au rapport de force quand il fait, justement, ses attaques commerciales.
Donc l'Europe doit démontrer qu'elle sait répondre. Elle l'a fait. Lundi dernier, le 14 juillet, la Commission européenne a annoncé la possibilité d'une série de contre-mesures tarifaires à hauteur de 72 milliards d'euros, qui vient s'ajouter à une première mesure, donc on est quasiment à 100 milliards d'euros au total, sur les produits américains.
Si, et seulement si, là aussi, Donald Trump actionne les 30% au 1er août. Et donc nous sommes en capacité de riposter. Il y a d'autres mesures.
Les services pourraient...
Pour ça qu'il y a une part de bluff là-dedans ? Ah, c'est une technique de négociation de Donald Trump, qui est un homme d'affaires avant tout, effectivement, qui prend probablement, dans toute cette période-là, une part de bluff évidente. Mais, moi, attention, je reste très vigilant pour nos entreprises.
À la fin de la journée, vous l'avez bien dit, moi, ce qui m'intéresse, ce sont nos emplois, nos industries en France. Donc jamais je ne les mettrai en risque. Et donc nous faisons tout pour avoir une négociation intelligente, une négociation qui respecte les intérêts, et surtout une négociation qui nous protège, nous, Européens.
Pour terminer, il nous reste quelques secondes, les États-Unis, c'est toujours nos alliés, nos amis, aujourd'hui ? Oui, ce sont nos alliés et nos amis. Et d'ailleurs, sur le front ukrainien, vous voyez bien qu'il y a des convergences qui se sont, ces derniers jours, totalement réunies.
Oui, ce sont nos alliés et nos amis, je le dis très franchement. Il ne faut pas se tromper d'adversaire. Par contre, sur le plan commercial, Donald Trump, je crois, fait une erreur depuis le début.
Et ça, c'est la discussion que nous avons en ce moment, parce que vous ne pouvez pas considérer que les Européens sont vos alliés, dire que les Européens doivent davantage financer leurs défenses, leurs armées, justement, pour ne plus être dépendants du parapluie américain, et les agresser commercialement en même temps. Si on est amis, si on est alliés, c'est aussi sur le plan de l'économie. Merci beaucoup, Laurent Saint-Martin.
Merci. Merci. Merci.
Laurent Saint-martin