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interviewFrance Culture — Le Temps du débat· 20 mai 2026 39 min

Morts liées au narcotrafic : la France est-elle dépassée ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Culture, question du soir, Mathéo Caranta. C'est sous de tristes auspices que la loi de lutte contre le narcotrafic s'apprête à fêter son premier anniversaire. Promulguée en juin dernier, elle a prévu, outre la création du PNACO, le parquet national anticriminalité organisé, la mise en place de nouvelles mesures concernant le blanchiment d'argent, les techniques d'enquête ou encore le statut des repentis. Malgré tout ça, le narcotrafic continue de faire des ravages. En une semaine, 6 personnes sont mortes, 3 par balle à Nantes et à Nice, et 3 encore dans un incendie criminel à Dessines, dans la banlieue de Lyon, lors de règlements de comptes liés au trafic de stupéfiants.

En réponse, des démonstrations de force sont organisées, aujourd'hui par exemple avec le déploiement d'un millier de policiers à Lyon, qui a conduit à plus de 120 interpellations et la saisie de plusieurs kilos de drogue. Reste qu'au vu de l'actualité macabre, la question se pose, l'État est-il dépassé par le narcotrafic en France ? Le narcotrafic est-il hors de contrôle ? Quels sont les effets de la lutte contre le trafic de drogue ? La stratégie adoptée, telle la bonne ? Pour en débattre avec nous ce soir, 3 invités. Clémence Girard, bonsoir.

1:13
Edwige Diaz

Bonsoir, merci de m'avoir invitée.

1:14
Présentateur

Merci à vous d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes vice-procureur au tribunal de Paris et chef de la section lutte contre la criminalité organisée. Et à vos côtés se trouve Frédéric Ploquin, bonsoir. Vous êtes journaliste d'investigation, spécialiste du grand banditisme et du narcotrafic. Vous aviez publié il y a quelques années les Narco-Français, Brise Lomerta. Mais je me dois de citer votre livre sur un autre sujet qui vient de paraître aujourd'hui. C'est Epstein, les secrets de la filière française aux éditions du Nouveau Monde. Autre forme de criminalité. Autre forme de criminalité. Fabrice Rizzoli, bonsoir. Bonsoir. Merci également à vous d'être là dans Question du Soir.

Vous êtes enseignant à Sciences Po et à l'HEIP. Vous êtes spécialiste de la grande criminalité et des mafias. Et vous avez fondé une association que vous présidez, Crime Alt. Vous nous en direz un petit peu plus au cours de l'émission. Merci à vous trois d'avoir accepté notre invitation. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 19h.

2:04
Locuteur non identifié

Évidemment, tous ces faits ne font qu'on renforcer notre détermination pour continuer à gagner, à gagner des batailles. Nous le devons évidemment à ces victimes. Nous le devons aux habitants des quartiers qui n'en peuvent plus de ce trafic de stupéfiants. La guerre que nous menons, elle est intraitable. Psychologiquement, je me dis si je sors, je peux me prendre une balle ou ma fille peut se prendre une balle. Du coup, je me prive des choses, je me prive de sortir, je prive ma fille de parc, je prive ma fille de tout.

2:42
Présentateur

J'ai envie et je souhaite de tout mon cœur que ça ne se reproduise pas, que ça ne touche plus d'autres familles et que vraiment l'État entende mon désespoir. C'est un appel à l'aide.

2:51
Locuteur non identifié

Je veux juste rappeler qu'hier soir, il y a quand même trois jeunes qui ont été victimes de cette barbarie, de la violence, de la narcocratie. Donc oui, notre pays s'est endormi, on m'a fermé les yeux face à ce monstre. Et aujourd'hui, on se réveille avec un monstre qui s'est infiltré partout et qui fait couler le sang partout et qui assassine tout le monde et qui assassine n'importe qui.

3:10
Présentateur

Voilà pour le montage réalisé par Vincent Thévenet. Alors, on a entendu les voix de Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, de Riverin, d'une fille de victime de fusillade à Nice et enfin du militant Amine Kessassi que vous avez peut-être reconnu. Est-ce que vous êtes d'accord lorsqu'il dit que le pays s'est endormi ? Est-ce que, d'une certaine manière, la situation est hors de contrôle ? Je voudrais faire un tour de table. D'abord, Frédéric Ploquin.

3:34
Invité

Endormi, oui, il y a une forme d'anesthésie politique, moi je dirais, mais qui a duré des années. Parce qu'en fait, le problème, il ne date pas d'aujourd'hui, vous le savez bien. Et même les crimes collatéraux qu'on déplore aujourd'hui et qui font la une des journaux, et la raison pour laquelle on est là, c'est ces morts qui, dans les quartiers, qui n'ont strictement rien à voir avec le trafic de stupéfiants. Eh bien, si on remonte un petit peu en arrière, moi j'ai la chance de suivre ce sujet depuis au moins 30 ans.

Je me souviens très bien qu'il y a 15 ans, à Marseille, pour la cité, dans la cité du Clos-la-Rose, on avait eu un cas similaire, c'est-à-dire des individus qui étaient rentrés en voiture, comme ça, un soir, et qui avaient sorti les mitraillettes, posé les mitraillettes sur les vitres des voitures, et mitraillé à tort et à travers, et fait un mort qui, à l'époque, il n'avait que 15 ans, et ce qui avait déclenché la visite à Marseille de tous les ministres, je ne sais même pas si le président de la République n'était pas allé, bon, à l'époque, un mort de 15 ans, il y a 15 ans, faisait venir sur place l'intégralité du gouvernement, donc on ne dormait pas complètement, mais néanmoins, 15 ans après, ces faits-là se répètent, se multiplient, donc on peut parler, moi l'anesthésie, je la vois dans la manière dont, pendant des années, en fait, on a laissé s'enquister ce trafic, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on lutte contre les points de deal, on fait du boulot, on en ferme plein, on peut s'en réjouir, etc., mais si on regarde un petit peu dans le passé, on a plusieurs générations qui se sont installées, on a des quartiers dans lesquels ça s'est vraiment enquisté, et on a des jeunes, finalement, une génération qui arrive aujourd'hui, qui arrive après trois générations de trafiquants de stupes, dans ces mêmes quartiers, et qui donc sont les héritiers déjà des générations précédentes, et qui à chaque fois essaient d'être plus durs, plus violents que les précédents, et cela, cette transmission comme ça, de génération en génération, je dirais qu'on l'a quand même un peu laissé faire.

5:35
Présentateur

Et on va y revenir, est-ce que Clément Gérard, vous êtes d'accord lorsqu'on dit qu'on a laissé s'enquister les points de deal, les narcotrafiques dans les quartiers, est-ce que la situation aujourd'hui est hors de contrôle parce que l'État a abandonné ces quartiers ?

5:47
Edwige Diaz

Non, je ne partage pas cette analyse, moi, vous l'avez indiqué, je suis chef d'un parquet qu'on appelle la GIRS, la Juridiction Interrégionale Spécialisée, il y en a huit en France, et ces GIRS, elles sont chargées de lutter contre la grande criminalité organisée, et elles ont été créées en 2004. Donc ça fait désormais, vous voyez, plus de 20 ans, que déjà, on parle de criminalité organisée, et qu'on a déployé des outils et des moyens pour lutter efficacement contre cette criminalité organisée.

Ensuite de cela, en 2019, vous avez eu la création de la Junalco, donc la Juridiction Nationale de l'Ide contre la Criminalité Organisée, qui était rattachée au parquet de Paris jusqu'en janvier 2026, et désormais, vous l'avez indiqué, il y a eu la création du PNACO, donc le parquet national anticriminalité organisée. Donc je ne peux pas dire qu'on n'a rien fait, puisque effectivement, ces lois-là se sont accompagnées aussi d'un arsenal législatif, de la mise en place, de la possibilité de mettre en place tout un tas de techniques, spéciales d'enquête notamment, pour pouvoir effectivement démanteler les réseaux, puisqu'on a parlé de points de deal.

Mais moi, mon métier, ce n'est pas de travailler sur les points de deal. Moi, mon métier, c'est de travailler sur les réseaux criminels organisés, les groupes criminels organisés, qui vont sur le territoire importer des volumes absolument astronomiques de stupéfiants. Les points de deal, évidemment, ils sont traités par d'autres juridictions, mais pas la mienne. Donc, à mon sens, il n'y a pas eu d'anesthésie véritablement, il y a eu une prise de conscience. En revanche, ce qui est certain, c'est que je pense qu'on s'est laissé surprendre par l'ampleur du phénomène.

C'est-à-dire que pendant longtemps, moi, j'ai entendu dire, vous voyez ce qui se passe en Belgique, vous voyez ce qui se passe aux Pays-Bas, on s'en prend à des journalistes, à des avocats. En France, on n'en est pas là. Et puis, il y a quand même eu, je pense, un point de bascule, effectivement, ces derniers mois, ces dernières années, avec des dossiers véritablement inquiétants, une montée en puissance de la violence, associée à ces trafics de stupéfiants.

Donc, je pense qu'il faut plutôt voir les choses comme ça, comme une montée en puissance des phénomènes, que comme quelque chose qui nous dépasserait aujourd'hui, puisque je considère, moi, à la place qui est la mienne, qu'aujourd'hui, on a tout un tas d'outils qui peuvent nous permettre de lutter efficacement contre ces réseaux criminels.

7:44
Présentateur

Donc, pour être précis, Clémence Girard, les morts de la semaine dernière, pour vous, ne sont pas la démonstration d'une perte de contrôle de l'État, mais sont, comment est-ce que vous les qualifieriez ?

7:54
Edwige Diaz

C'est la démonstration, à mon sens, de ce qu'il y a eu une montée en puissance de la criminalité organisée en France, avec des importations de plus en plus massives de stupéfiants, des personnes de plus en plus impliquées dans ces dossiers, de plus en plus de dossiers. C'est une réalité sur le terrain. C'est-à-dire que, quand vous faites le bilan de l'activité, notamment de la GIRS qui est la mienne, il y a une augmentation exponentielle du volume de dossiers, en particulier des dossiers liés au trafic de stupéfiants, et associés à ces dossiers de trafic de stupéfiants, malheureusement, des règlements de comptes.

8:24
Présentateur

Fabrice Rizzoli, comment expliquez-vous cette double dynamique ? D'une part, le renforcement continu des institutions et des pouvoirs publics. Clémence Girard citait à l'instant la GIRS, la Junalco, la PNACO, bon, toutes ces tribunales, ces parquets, ces lois qui ont été votées tout au long de ces 20 dernières années, et en même temps, la montée en puissance, ça pourrait paraître paradoxal, non seulement du narcotrafic, des importations, mais aussi de la violence liée à ces trafics.

8:51
Invité

Alors, oui, il ne faut pas exagérer, en effet, il y a eu un moment où il n'y a que le terrorisme qui comptait en France, et depuis 20 ans, on s'occupe un peu du crime organisé, il y a eu un retour avec les attentats du Bataclan, mais voilà, GIRS, confiscation, Agrasque, agence de gestion des biens confisqués, usage social des biens confisqués, on a beaucoup d'instruments aujourd'hui pour lutter contre le crime organisé.

Ce qu'on n'a pas vu venir, et peut-être tant mieux, on n'est pas dans Minority Report, alors que la démographie augmente, ça on le voit venir sur les 30 dernières années, une jeunesse pétrie de réseaux sociaux, qui entre dans la délinquance très jeune, qui utilise des kalachnikovs, et donc quand ils tirent pour impressionner sur un point de deal, ça tombe sur la chambre des enfants, de Soukaina et d'autres. On ne l'a pas vu venir, mais maintenant, on le sait.

Ce qu'on n'a pas vu venir, mais qu'on aurait peut-être un peu plus anticipé, c'est que depuis 10 ans, les cartels colombiens, qui sont en réalité les gestionnaires des endroits de production de cocaïne dans les trois pays andins, Pérou, Bolivie, Colombie, ont décidé d'inonder l'Europe. On le voit très clairement dans les saisies exponentielles de cocaïne depuis 10 ans. Alors saisie, ça pourrait vouloir dire que les services d'enquête sont beaucoup plus forts, c'est vrai, mais en fait, ce n'est pas ce que disent non plus les enquêtes de consommation. On consomme beaucoup plus de cocaïne. Je veux en venir, je veux en dire que c'est un marché beaucoup plus concurrentiel pour les trafiquants.

On peut gagner plus d'argent plus vite avec la cocaïne qu'on ne le gagnait avec le cannabis. Et donc, toute cette génération de narco-bandits, notamment des quartiers populaires, sont en compétition féroce avec ces armes de guerre, avec le recrutement. Donc là, il y a quelque chose de très nouveau où l'État dépassait, je ne sais pas, mais en tout cas, doit y faire face de manière très importante. Notons quand même qu'il y a peut-être un effet ciseau. Je m'explique. Augmentation de la cocaïne, augmentation de la plus-value, augmentation des revenus pour les têtes de réseau. Parce que les petits en bas, ils ne gagnent rien du tout, puis ils se font assassiner.

Et en même temps, augmenter, je suis désolé, mais le nombre de fonctionnaires n'augmente pas proportionnellement à la démographie en France. On a deux fois moins de magistrats qu'en Allemagne, en France. Deux fois moins.

10:52
Présentateur

C'est-à-dire que malgré tous les efforts et la mise en scène de ces efforts par les différents ministres de l'Intérieur qui se sont succédés à ces postes ces dernières années à la place Beauvau.

11:01
Invité

Si vous voulez faire des enquêtes patrimoniales, il vous faut des OPJ, il vous faut des magistrats, et ils ne sont pas assez nombreux. Ils croulent sous les dossiers. Donc, cet effet ciseau, il est à prendre en compte. Il y a beaucoup plus de procureurs en Italie qu'en France. Ça, les gens ne savent pas ça. Ce sont des données de l'OCDE. Donc, tous ces instruments juridiques que nous appelons vraiment de nos voeux, j'ai rédigé les amendements qui permettent la confiscation obligatoire des produits de l'instrument du crime. Ce n'était pas le cas avant la loi narcotrafic. qu'il faut plus de fonctionnaires dédiés à cette lutte.

11:31
Présentateur

On va revenir sur tous ces points, mais je voudrais m'arrêter sur l'un d'entre eux que vous avez souligné, Fabrice Rizzoli. C'est la transformation des organisations criminelles. De quelle manière est-ce que ces organisations se sont transformées ? Vous parliez de Kalachnikov, de réseaux sociaux. S'il fallait dresser un peu un paysage de ces évolutions. Frédéric Ploquin.

11:53
Invité

Juste d'abord, pour compléter, effectivement, il y a une prise de conscience, je suis d'accord, de ce que ça représente. Mais la classe politique française est assez peu coutumière de tout ce qui touche à la criminalité organisée. Assez peu renseignée, j'ai remarqué. Et on a très peu, finalement, de députés et de sénateurs qui sont capables de comprendre ce qui se passe sur le terrain. Et c'est ça qui crée un décalage. C'est-à-dire qu'on a quelques... Récemment, on a eu...

Moi, j'ai eu le plaisir de découvrir une commission sénatoriale qui a enfin mis les pieds dans le plat, qui a dit les choses qu'il fallait les dire, qui a reçu des magistrats qui se sont passés de l'aval de la place Vendôme pour dire la vérité. Et donc, qui ont fait progresser, qui ont cassé la langue de bois, d'une certaine manière, qu'il y avait sur ce sujet. Donc, qui ont fait progresser un peu nos responsables politiques dans la connaissance du sujet. Mais globalement, ils ne voient pas ce qui se passe. Et sur le terrain, comme ça a été dit déjà par Fabrice un petit peu, on a l'éclosion... D'abord, un rajeunissement formidable des acteurs de cette criminalité organisée.

Même une féminisation, ça c'est assez récent, l'apparition de femmes. Un rajeunissement extraordinaire. Et l'apparition aussi, l'usage à tort et à traf... Enfin, l'usage, oui, jusqu'à l'excès, on va dire, d'une main-d'oeuvre bon marché qui est recrutée, y compris parmi les clandestins, les jeunes clandestins, surtout les mineurs, etc. Donc, on a une multiplication à la base de cette main-d'oeuvre au bon marché qui est aussi de la chair à canon pour les barons de la drogue qui, eux, se mettent à l'abri un peu à l'extérieur, même parfois du pays. Donc, on a cette... Et c'est ça, moi, que je trouve le plus perturbant et le plus difficile à gérer, même pour l'État. C'est cette...

Finalement, est-ce qu'il ne va pas falloir doubler les effectifs bientôt des tribunaux de mineurs, des services de mineurs ? Dans la mesure où on a... Je veux dire, on a l'apparition dans le décor d'un nombre colossal de mineurs qui sont capables de se transformer en tueurs à gage, de rendre tout un tas de petits services pour des sommes dérisoires et de s'exposer pour des sommes ridicules. Donc, le paysage, la criminalité organisée, c'est ça en bas sur le terrain. Et en haut, on a une autre transformation qui est récente aussi. C'est l'apparition, moi, je dirais, d'une sorte de véritable cartel de la drogue à la française qui fait...

Longtemps, on a dit non, non, mais la drogue, elle vient de la Belgique et de la Hollande. Aujourd'hui, le constat est le suivant. Il est complètement différent. Ce sont les cartels français qui envoient éventuellement du produit dans ces pays-là. Il y a un renversement. Et il y a l'apparition. C'est constaté par les services de police sur le terrain. Une espèce de cartel français, ou franco-maghrébin, on va dire, installée à l'étranger, plutôt du côté de Dubaï, qui gère les tarifs, qui, eux, à ce niveau-là, ils ne s'entretuent pas. Ils laissent s'entretuer les petits en bas sur le terrain. Mais au sommet, si vous voulez, c'est important à dire.

Au contraire, c'est l'appel des braves pour que l'argent rentre.

14:51
Présentateur

Je vous propose d'écouter Émile Diaz, ancienne figure de la French Connection lorsqu'il était auditionné par le Sénat en février dernier. Ce que je dis, moi,

14:59
Locuteur non identifié

c'est que nous, nous avions des codes. Les vieux, ils nous éduquaient. Ils nous disaient ce qu'il fallait faire et ne pas faire. Et on faisait les voyous et il y avait cette espèce de graduation. Vous voyez ? C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ils ont 16 ans et ils tuaient des gens. Mais nous, à 16 ans, on était là, on était en train de calculer comment on pouvait voler trois oblongs. il y avait une graduation. C'est-à-dire qu'à 25 ans, on commençait à être connu, à parler avec d'autres gens, vous voyez ? Et aujourd'hui, non. Aujourd'hui, il rentre dans le banditisme directement, mais il ne sait pas comment ça marche, le banditisme. Il n'a pas les codes. Il n'a rien.

C'est-à-dire qu'il veut devenir calife à la place du calife, alors il est là, il prend une kalachnikov et il tire et il dit, voilà, moi, c'est comme ça, quoi, voilà. Aujourd'hui, celui qui tue, il est brave. Et nous, celui qui tuait, il fallait qu'il ait une bonne raison de tuer.

16:04
Présentateur

Clément Girard, pour une réaction après ce témoignage qui peut paraître surprenant, mais qui au moins pose un état d'esprit. Il y a eu 47 mineurs qui ont été mis en examen dans une affaire d'assassinat ou de tentative d'assassinat seulement pour la ville de Marseille en 2025. Comment vous faites, vous ? Alors, vous êtes au parquet de Paris, mais comment est-ce que vous faites pour lutter contre ce rajeunissement non seulement de l'enrôlement mais aussi des passages à l'acte des personnes qui participent à ce trafic de drogue ?

16:34
Edwige Diaz

D'abord, avant de répondre à cette question, je voudrais vraiment dire sur ce qui a été dit sur la question des moyens parce que ça me semble évidemment extrêmement important. On fait face aujourd'hui à un nombre de dossiers évidemment de plus en plus complexes, de plus en plus volumineux avec de plus en plus de personnes mises en examen dans ces dossiers et je rejoins ce qui a été dit, c'est que non seulement il faut renforcer les moyens humains puisqu'aujourd'hui on a un arsenal comme je vous l'ai dit législatif qui à mon sens est suffisant, néanmoins derrière il faut des gens.

C'est-à-dire quand vous mettez en place des écoutes téléphoniques ou une sonorisation, il faut un enquêteur derrière qui va écouter 24h sur 24 ce qui se dit pour pouvoir l'exploiter et être efficace. Il faut des magistrats également. Mais au-delà des moyens humains, moi ce sur quoi je suis extrêmement attentive, c'est à la spécialisation des magistrats et des enquêteurs qui traitent de ces affaires. C'est-à-dire qu'il faut aujourd'hui être expérimenté, savoir comment ces réseaux fonctionnent et savoir comment ils évoluent. Et c'est en ça qu'à mon sens il faut qu'à la fois on soit plus nombreux mais qu'on soit également spécialisés du bout en bout de la chaîne.

C'est-à-dire du procureur qui va décider de se saisir du dossier au juge d'instruction puis au juge qui va juger ensuite le dossier au tribunal correctionnel ou à la cour d'assises et ensuite et c'est ce qui a été créé avec la nouvelle loi du 13 juin 2025 la création d'un juge de l'application des peines spécialiste de la criminalité organisée qui va pouvoir suivre comme ça les condamnés en lien avec la criminalité organisée et ça me paraît extrêmement important parce que évidemment il faut que tous ces magistrats puissent connaître cet environnement criminel comment il fonctionne quels sont leurs ressorts et qu'ils puissent connaître également comment ces groupes évoluent.

Je reviens à votre question effectivement sur cette transformation quelque part des organisations criminelles moi ce que j'ai pu constater effectivement de mon expérience c'est que auparavant peut-être des personnes qui se seraient orientées vers des activités délinquantes de type braquage vol vol avec arme aujourd'hui ont peut-être plus tendance à se tourner vers le trafic de stupéfiants parce que ça apparaît aujourd'hui peut-être plus simple à mettre en oeuvre et surtout c'est extrêmement rémunérateur donc on voit effectivement un changement un petit peu de paradigme et surtout de thématique vers laquelle il s'oriente plutôt vers le narco le narcotrafic ce qui est différent aussi à mon sens et ce qu'on observe dans les dossiers qu'on ne voyait pas forcément auparavant on parlait de cartel c'est effectivement l'implantation et l'arrivée sur notre territoire national de cartels étrangers Colombie par exemple Mexique donc deux gens qui sont projetés de l'étranger sur le territoire national pour gérer notamment les arrivages de cocaïne entre autres ou pour pouvoir mettre en exergue et pouvoir mettre en oeuvre des modes opératoires assez sophistiqués notamment sur la cocaïne qui serait trafiquée chimiquement on envoie des chimistes colombiens on envoie des chimistes mexicains sur le territoire national donc ça c'est quand même un véritable changement

19:24
Présentateur

L'arrivée de ces cartels sur le territoire français n'a pas de conséquences sur l'âge des primo arrivants dans le trafic français ?

19:30
Edwige Diaz

Non mais ce que je veux dire c'est que plus vous faites arriver de la cocaïne quelles que soient les routes employées c'est-à-dire c'est les aéroports c'est les ports c'est la voie routière les gofaces depuis l'Espagne et plus effectivement vous créez de la ressource et une envie pour des personnes peut-être de se retrouver impliquées dans du trafic de stupéfiants ce qui fait qu'aujourd'hui on a besoin de main d'oeuvre parce qu'une fois que cette cocaïne ou que ce cannabis il arrive il faut le vendre alors ça moi c'est pas ma partie du travail mais effectivement ces stupéfiants vont arriver sur le territoire ils vont être ensuite répartis dispatchés vers des points de deal et là il vous faut des guetteurs il vous faut des vendeurs et généralement on va se tourner vers de jeunes mineurs qui vont pouvoir occuper ces places-là et malheureusement ce qu'on observe ces dernières années c'est qu'au-delà de cette implication dans les trafics de stupéfiants on les retrouve aujourd'hui à la manœuvre exécutant des contrats criminels puisqu'ils sont comme ça a été dit recrutés sur les réseaux sociaux de manière extrêmement simple Snapchat, Telegram, Signal on voit ça dans tous les dossiers aujourd'hui et pour quelques milliers d'euros on les fait venir ce qui est très différent aussi c'est qu'il y a une vraie mobilité géographique maintenant de ces groupes criminels et en particulier de ces jeunes on le voit bien on peut aujourd'hui demander à un jeune qui habiterait par exemple à Marseille de venir exécuter un contrat à Paris donc il y a vraiment aujourd'hui finalement une mobilité de ces groupes criminels et une facilité à venir embaucher comme ça des jeunes mineurs dans les dossiers

20:53
Présentateur

Thérèse Rissoli concrètement comment ça fonctionne le recrutement de ces jeunes mineurs dans les trafics ?

21:00
Invité

Alors je reste un peu convaincu que le territoire garde encore une importance très importante et que la classique cooptation de voir les gamins grandir par exemple dans une cité que de leur donner des petites missions de confiance de voir s'ils les font correctement et de les acheter de les séduire le fameux va me chercher un sandwich je te donne 50 euros garde la monnaie je veux dire dans les témoignages de toutes les mafias des mafios italiens vous disent je me suis fait acheter pour un blouson en sky ou une paire de baskets à 14, 15, 16 ans parce qu'on dit rajeunissement mais les témoignages des mafias italiennes disent que ça commençait très tôt le rajeunissement dans l'embauche je parle donc je pense que ça existe encore maintenant la vraie différence aujourd'hui c'est que les mecs passent une annonce pardon les trafiquants sur les réseaux sociaux sur Telegram et que vous avez des gamins qui descendent donc de toute la France pour faire le chouf le guetteur nous par exemple on suit une famille le gamin est descendu il n'avait rien à voir avec le trafic à l'origine mais il connaissait quelqu'un à Marseille qui avait fait une formation avec lui donc en Savoie il descend le matin pour faire le guet il n'est pas encore arrivé presque sur que déjà il meurt assassiné à la Kalachnikov parce qu'il y a eu un coup de force il voulait rembourser il voulait donner de l'argent à sa mère qui avait perdu son petit restaurant qui avait fait faillite c'est ça la motivation des gamins donc vous pouvez les attirer par pour tout et en même temps il existe aussi d'autres profils du jeune Mathéo qui n'était pas complètement par exemple hors famille sans soutien etc et qui est devenu un tueur et qui prenait un plaisir fou et qui se filmait etc ça aussi ça dit quelque chose la seule chose avec laquelle je suis d'accord avec le gangster dont vous avez donné la voix avec un goût de pastis donc à l'oreille c'est qu'effectivement il tuait moins jeune ça c'est sûr par contre le code d'honneur j'y crois pas du tout puis je vais vous dire une chose

22:56
Présentateur

non bien évidemment on a passé cet extrait pour donner à voir le discours de cet ancien membre mais vous faites bien de souligner que le discours sur le code d'honneur est évidemment un discours mythifié

23:08
Invité

il ne tue pas tout de suite mais je vous rappelle quand même que la majorité était à 21 ans que Francis Le Belge était au fichier du grand banditisme à 23 et qu'il était mineur qu'il avait déjà deux prostituées à lui les grandes victimes du crime organisé systémique français qui doit sa richesse au proxénétisme industriel pour alimenter les soldats qui font la guerre d'Algérie pour alimenter les soldats etc c'est les femmes des milliers des milliers des milliers de femmes ont été réduites en esclavage et ça a fait la richesse du crime organisé avant qu'ils ne rentrent dans l'héroïne dans la French Connection mais il n'y avait pas de chaîne d'information continue puis pour le coup la condition féminine était un peu moins travaillée donc aujourd'hui on voit ces gamins qui meurent ces nouveaux j'entends il y a aussi une caisse de résonance avec les chaînes d'info continue et je m'en réjouis je m'en réjouis qu'on soutienne les victimes innocentes un an après alors qu'elles étaient assassinées mais comprenez que la violence quand même avant ça devait être quelque chose aussi au quotidien et y compris pour les plus jeunes notamment les femmes

24:03
Présentateur

Frédéric Plequin par où ça passe du coup pour éviter ces trajectoires c'est plus d'état dans ces quartiers de la prévention des associations comme celle de Fabrice Rizzoli et pour compléter

24:16
Invité

ce que vient de dire Fabrice moi je suis assez frappé par la manière dont ces jeunes rentrent en scène se mettent simultanément en scène pour montrer ce qu'ils font c'est à dire c'est vrai que les voyous dont parlait Fabrice à l'instant les voyous d'autre fois c'était tout sauf se faire ils ne se faisaient jamais photographier quand j'essaie de faire la biographie de voyous à l'ancienne ils n'ont pas de photo d'eux jamais on ne peut pas mettre dans le bouquin une photo d'eux parce que ça n'existe pas parce qu'ils ont toujours fui les photographes et là c'est l'exact inverse c'est à dire qu'il y a quand même quelque chose qu'on a raté je reçois régulièrement des petites vidéos comme ça où je vois dans des villes moyennes la dernière que j'ai reçue c'était à Tours deux jeunes cagoulés donc on ne les reconnaissait pas qui se filmaient dans une cité HLM de cette ville des armes longues à la main en train de tirer et de rigoler en le faisant et de se filmer en le faisant de tirer contre une fenêtre comme ça où peut-être potentiellement ils vivaient soit un de leurs rivaux soit la famille parce que maintenant ça déborde aussi ça éclabousse de tous les côtés on ne cible plus comme avant le voyou à qui on veut du mal ou celui qui vous a balancé ou je ne sais quoi c'était ça un peu leur code on ne tue que là maintenant c'est absolument n'importe quoi ils tirent à tort et à travers sur la vidéo ils doivent avoir 17 ans et ils se montrent donc là ça veut dire qu'il y a vraiment du boulot à mon avis parce que non seulement il s'agit de leur faire comprendre que pour leur faire comprendre que ce n'est pas des choses qui se font il faut déjà comprendre pourquoi ils se filment en le faisant et pourquoi ils se montrent en le faisant ça veut dire qu'ils n'ont strictement aucune conscience du danger que ça représente et qu'ils ont absolument peur ni de la police ni de la justice ni de la peine ni même de la prison donc on a vraiment raté quelque chose à ce niveau là sur une génération qui s'est approprié le modèle culturel pour moi à des gangs latino-américains qui fantasment là-dessus

26:14
Présentateur

dans une gangstérisation

26:15
Invité

ils fantasment pas sur les codes de l'honneur du milieu à l'ancienne mais ils fantasment effectivement sur les gangs latino-américains ils veulent être comme eux ils veulent leur ressembler et donc ils sont plutôt dans une j'ai presque envie de dire dans une réalité parallèle enfin moi j'essaie de parler avec eux quelques fois mais c'est je veux dire ils ne sont pas dans mon on n'est pas dans le même monde ils sont dans une d'ailleurs pour faire ça pour balancer sur les réseaux sociaux un film de soi-même en train de tirer dans les vides d'un inconnu etc où on a peut-être fait des blessés il faut être dans une autre réalité donc il y a un travail énorme que l'école l'école a raté quelque chose ça c'est clair enfin bon on n'a pas su les retenir dans les classes ces individus parce qu'ils sont partis trop tôt donc le modèle républicain là doit faire aussi un des efforts considérables pour essayer de se rappeler à l'ordre pour essayer de contrer en fait l'État pourrait peut-être et l'État n'ose pas faire ça pour l'instant on n'ose pas faire de la publicité contre l'usage de stupéfiants on le fait à peine alors qu'on savait le faire pour l'alcool et l'État ne se mouille pas pour essayer de dire ce modèle socioculturel là auquel vous adhérez et que le cinéma met en valeur cette espèce de mythe selon lequel vous allez être aussi riche qu'un footballeur si vous trafiquez des barrettes de stupéfiants alors vous pouvez hésiter entre les deux boulots mais finalement ça vous rapportera autant ce mythe là s'est installé sans que sociologiquement politiquement personne ne soit capable de construire un contre-discours susceptible d'ébranler ces jeunes et c'est ça qu'il faudrait qu'on cherche aujourd'hui

27:45
Présentateur

Est-ce qu'on prend la chose par le mauvais bout est-ce que le tout répressif entre guillemets n'est pas suffisant est-ce qu'il fallait prendre par un autre endroit la lutte contre le narcotrafic et l'enrôlement de ces jeunes mineurs dont on parle depuis tout à l'heure

27:57
Invité

Je ne pense pas que c'est l'un ou l'autre je pense que la répression je veux dire si on lâche là-dessus je suis d'accord qu'il faut ce qui a été dit par la magistrate est extrêmement important il faut renforcer les services de police il faut les spécialiser comme moi je discute avec aujourd'hui des policiers spécialisés dans la lutte contre le blanchiment qui est un point essentiel et qui me disent tous les spécialistes sont en train de partir à la retraite on ne forme plus personne et comme on a un peu ratiboisé la police judiciaire dans les réformes récentes il va falloir recommencer à aller chercher des spécialistes capables d'éplucher des comptabilités et surtout de suivre les transactions qui se passent à la seconde sur le téléphone portable aujourd'hui on est un peu largué donc là c'est ce que vous appelez le tout répressif il faut embaucher des policiers et les former notamment à la lutte contre le blanchiment parce qu'ils ne savent plus faire et parce que les spécialistes aujourd'hui se comptent sur les doigts de la main et qu'il y a cette inondation d'affaires ce burn-out de l'Etat en fait c'est ce qu'ils cherchent le burn-out de l'Etat en nous arrosant en nous inondant en saturant les services de police en saturant les tribunaux pour mineurs ils savent très bien que leurs dossiers ils vont arriver devant le tribunal au bout de 4, 5, 6 ans alors le mineur le temps qu'il comprenne 4, 5, 6 ans après il a 17 ans je finis juste la phrase au moment des faits quand il a 25 ans on lui dit tu vas être jugé ça ne va pas il faut accélérer

29:10
Présentateur

Je voudrais si vous le voulez bien pour les 10 minutes seulement qu'il nous reste des missions qu'on revienne sur la loi qui a été votée au printemps dernier la loi narcotrafic est-ce qu'on peut faire un premier bilan de ce qui a été mis en place Clémence Girard ?

29:25
Edwige Diaz

Je rebondis déjà sur ce qui a été dit c'est qu'effectivement à mon sens la répression elle est nécessaire c'est-à-dire qu'il faut déstabiliser les organisations criminelles et je considère que en tout cas dans les sanctions parfois qui peuvent être mises en oeuvre notamment au parquet de Paris dans les dossiers qui sont les miens les peines sont à la hauteur des enjeux et quand je dis ça c'est qu'effectivement les peines sont dissuasives qu'on incarcère les gens pendant plusieurs années et qu'on voit bien qu'on fait du mal quand même à ces organisations criminelles et qu'à un moment donné elles ont besoin de se remettre en place et que c'est compliqué dès lors que les chefs de réseau sont incarcérés

29:58
Présentateur

On fait bien de parler de guerre contre le narcotrafic d'utiliser ce vocable militaire

30:02
Edwige Diaz

C'est une lutte c'est une lutte contre le narcotrafic j'aime pas effectivement parler de termes militaires mais c'est une lutte contre le narcotrafic et c'est une lutte qui est la nôtre au quotidien et effectivement les magistrats sont à la tâche tous les jours pour lutter efficacement contre ces organisations criminelles donc la répression évidemment ça vient pas naturellement obérer cette nécessité également de faire de la prévention mais là on est sur un autre volet qui est celle du consommateur vous n'êtes pas sans savoir qu'en France la difficulté c'est qu'on est un des pays en Europe qui consomme le plus de stupéfiants c'était au départ le cannabis chez les jeunes 15-25 ans aujourd'hui c'est également la cocaïne donc il y a une véritable préoccupation aussi à ce niveau là puisqu'effectivement il y a un jeu d'offre et de la demande sans consommateur il y aurait peut-être moins d'arrivage de stupéfiants sur notre territoire et vice versa donc évidemment tout ça vient se nourrir et fait que évidemment l'institution judiciaire doit faire face à une activité aujourd'hui tant du côté des consommateurs parce que comme vous le savez et notamment au Parquet de Paris les consommateurs parfois sont présentés à un procureur et on leur demande effectivement de répondre à une injonction thérapeutique c'est-à-dire qu'on les oblige à se soigner et parallèlement à ça la section qui est la mienne elle va plutôt traiter ce qu'on appelle aujourd'hui le haut du spectre donc les importateurs et les trafiquants de stupéfiants donc l'un ne va pas sans l'autre et les deux évidemment sont complémentaires sur la loi narco-trafic elle est récente c'est même pas un an

31:24
Présentateur

le PNACO a été mis en place en janvier

31:26
Edwige Diaz

le PNACO a été mis en place en janvier 2026 le PNACO aujourd'hui sa mission ça va être de coordonner l'action de l'autorité judiciaire sur le territoire national des différents magistrats qui vont traiter de cette criminalité organisée

31:43
Présentateur

c'est-à-dire d'assurer un suivi par exemple comment est-ce que vous travaillez avec eux ?

31:47
Edwige Diaz

le PNACO doit être avisé et doit évidemment faire l'objet d'une remontée d'informations systématiques de tous les dossiers en France qui concernent la criminalité organisée de grande complexité c'est-à-dire qu'on doit effectivement leur répercuter des informations pour qu'eux puissent derrière en faire une analyse puissent éventuellement indiquer qu'il y a un phénomène émergent en France qu'on a constaté et pouvoir faire bénéficier l'ensemble des acteurs de la lutte contre la criminalité organisée de l'analyse qui sera la sienne grâce à des recoupements qu'elle pourra opérer par rapport à ces informations qui sont remontées donc ça c'est une première chose c'est qu'il y a un besoin évidemment de coordination sera meilleur si les uns et les autres acteurs de la lutte contre la criminalité organisée on vient effectivement mettre en commun nos connaissances notre expertise pour qu'elle soit analysée donc ça évidemment la création du PNACO c'est une avancée dans cette loi narcotrafique mais c'est pas la seule notamment et ça je pense que c'est effectivement une avancée aussi c'est la question d'avoir mis dans cette loi la question des informateurs vous n'êtes pas sans savoir que dans la majeure partie des dossiers de trafic de stupéfiants des informateurs des indics comme on dit des tontons interviennent dans ces dossiers jusqu'alors tout ça était parfaitement obscur on va dire il n'y avait rien dans la loi qui venait parler de ce qu'était un informateur c'est aujourd'hui inscrit dans cette loi narcotrafique

33:12
Présentateur

à la manière italienne un petit peu de témoins protégés

33:15
Edwige Diaz

alors ça c'est encore autre chose non les sources c'est vraiment les indicateurs sont des personnes qui vont vous donner des informations des renseignements et qui vous vont permettre d'initier des enquêtes sur le territoire national alors évidemment tout cela doit être parfaitement encadré doit faire l'objet de discussions de dialogues entre services d'enquête et magistrats mais à mon sens c'est une avancée que le terme d'informateur apparaisse dans cette loi et que l'article en question qui parle d'informateur prévoit qu'un officier de police judiciaire aujourd'hui peut débuter une enquête sur la base de renseignements fournies par un informateur parce que c'est une réalité de nos dossiers en matière de criminalité organisée on travaille beaucoup avec des informateurs et comme vous le disiez la protection effectivement de ce qu'on appelle les collaborateurs de justice ça aussi c'est un arsenal qui a été renforcé dans le cadre de la loi narcotrafic il y avait déjà des choses qui étaient prévues dans le code de procedure pénale sur les repentis donc ce que vous indiquez sur les collaborateurs un peu à l'italienne il y avait besoin d'une marge de progression à mon sens en France c'est aujourd'hui chose faite et ça rentre très clairement dans le sujet qui est le nôtre ce soir puisque jusqu'alors vous ne pouviez pas être repentis si vous étiez impliqué dans un dossier pour des faits de meurtre ce n'était pas prévu par la loi ce qui évidemment posait problème parce que ce sont les dossiers quand même les plus graves et les plus importants et on attendait que des personnes qui avaient connaissance d'un certain nombre d'informations puissent venir les répercuter à des services d'enquête aujourd'hui avec la loi narcotrafic une personne peut venir donner des informations si elle est impliquée dans des faits de meurtre et peut bénéficier éventuellement d'une réduction de peine donc à mon sens c'est évidemment une avancée majeure dans le cadre de cette loi

34:45
Présentateur

Fabrice Rizzoli qu'est-ce qui manque à cette loi ? Quel est le prochain pas nécessaire pour lutter plus efficacement encore contre le narcotrafic en France ?

34:53
Invité

Effectivement le bilan est difficile à faire je crois qu'on a vu que toutes les mesures de droit administratif peuvent montrer certains résultats retirer les gens de leurs logements sociaux s'ils sont impliqués dans le trafic il y a plein de choses qui se voient comme ça le droit administratif est pratique pour ça

35:07
Présentateur

A Marseille la décision n'a pas été prise de retirer le logement des familles de trafic

35:13
Invité

Je dis que ça on voit sur le pénal c'est toujours plus long on est quand même sur France Culture donc allons un peu quand même dans la complexité pédagogique mais complexité nous avons fait voter l'obligation de la confiscation des instruments et produits du crime le problème c'est que suite à une question prioritaire de constitutionnalité l'article mal rédigé ne faisait pas fois quelque chose de constitutionnel qui est très important par exemple que le juge puisse toujours dire non je ne confisque pas il a des motivations pour ça donc là on est en train de recommencer l'amendement pour qu'il soit voté là c'était un vrai progrès mais il y a encore l'amendement donc c'est toujours pas appliqué

35:48
Présentateur

c'est que par exemple un appartement ayant été acheté par un narcotrafiquant puisse être utilisé comme un bien social

35:56
Invité

alors attendez non les biens sont en général saisis par les enquêteurs puis confisqués définitivement sauf qu'il arrive que le juge du siège ne fasse pas la confiscation ce qui est totalement irrespectueux du travail des officiers de police judiciaire qui travaillent 70 heures par semaine les magistrats pareil et donc nous on veut que dans la loi il soit obligé de prononcer la confiscation s'il ne le fait pas il a deux motifs pour refuser il a bien raison la proportionnalité du patrimoine je ne vais pas vous prendre tout ce que vous avez eu de votre héritage de votre oncle d'Amérique je ne dois confisquer que l'appartement que vous avez acheté avec le trafic de drogue et aussi l'individualisation de la peine je vous la fais courte moi en matière de confiscation immobilière j'y crois pas donc moi je voudrais que ça soit sûr que le magistrat du siège prononce la confiscation trop souvent il ne le fait pas nous l'avons fait aussi pour le délit de non-justification de ressources problème c'est confiscation pénale en France sur 100 biens saisis provisoirement seuls 30% sont confisqués définitivement parce que les gens ne sont pas condamnés parce que la procédure est complexe parce que tous les trafiquants font des recours en Italie sur 100 biens saisis provisoirement 60 sont confisqués définitivement qu'est-ce qui nous manque une confiscation sans nécessaire condamnation pénale du propriétaire alors donc monsieur vous êtes un trafiquant de drogue mais les biens sont au nom d'autres personnes bien sûr que la magistrature peut aujourd'hui chercher le lien avec l'infraction et les personnes mais c'est très compliqué à prouver dans l'enceinte d'un tribunal ça demande des enquêtes patrimoniales très complexes etc en Italie tous les complices là ils vous fréquentent doivent aller dans un tribunal dit civil administratif et justifier l'origine légale de leurs biens et donc on confisque beaucoup plus et après on peut mettre à disposition ces biens aux citoyens

37:42
Présentateur

voilà pour un angle mort juridique qui mérite d'être développé on avait vous juste un mot

37:50
Invité

sur ce qui manque il ne faut jamais oublier que le trafic de stupéfiants est international et qu'il ne se joue pas au niveau de la France et donc ce qui est en train je trouve qu'il y a des enjeux majeurs qui sont en train de s'opérer le fait d'avoir réussi à déjeler les relations diplomatiques entre la France et le Maroc ont permis l'arrestation notamment du chef présumé du clan Yoda et son procès aujourd'hui en France son extradition la visite récente du ministre de la Justice en Algérie est essentielle parce que sans ce fil rouge entre la France et l'Algérie vous imaginez bien qu'il y a un certain nombre d'individus Clémence Girard vous souhaitez le mot de la fin très rapidement

38:27
Edwige Diaz

sur les confiscations effectivement il y a quand même là aussi tout un tas d'outils qui permettent quand même de confisquer les biens notamment la présomption de blanchiment je ne vais pas rentrer dans le détail mais qui vous permet de confisquer des biens sans démontrer nécessairement le fait que la personne soit impliquée 1% des confiscations oui mais c'est compliqué

38:41
Présentateur

le débat continuera en dehors de ce studio merci à vous trois d'avoir fait le déplacement dans Studio 341 de la Maison de la Radio Clémence Girard vice-procureur au tribunal de Paris chef de la section lutte contre la criminalité organisée Frédéric Ploquin journaliste d'investigation je cite votre livre qui vient de paraître sur un autre sujet Epstein les secrets de la filière française aux éditions du Nouveau Monde et Fabrice Rizzoli enseignant à Sciences Po spécialiste de la grande criminalité et des mafias et je rappelle le nom de votre association Crime Halt merci également à l'équipe qui prépare tous les soirs cette émission à la préparation Louise Morfois Mathias Mégier Antoine Hérald Diane Devance à la programmation quant à nous rester à l'écoute on se retrouve dans quelques secondes seulement pour la deuxième partie de cette émission consacrée aux nouvelles masculinités

Morts liées au narcotrafic : la France est-elle dépassée ? — Edwige Diaz · Pourquijevote